Qu’aucune étoile ne soit sombre pour toi !
Que le ciel et la terre — te soient pour toujours propices !
À tous les souhaits de bonheur — qui pleuvent sur ta tête, je crie Amen !
— Les dieux impartiaux qui du haut des cieux — nous voient, nous, leur troupeau mortel, reconnaissant ceux qui s’égarent — et les châtient à leur heure… Allez chercher — les ossements de vos rois morts, et honorez-les — d’une triple cérémonie ! Plutôt que de permettre qu’il y ait une lacune — dans les pieux rites, nous y suppléerions nous-mêmes. — Nous allons choisir les députés qui doivent vous réintégrer — dans vos dignités et achever l’œuvre — que notre hâte laisse imparfaite… Sur ce, adieu, — et que les yeux favorables du ciel se fixent sur vous !
[Les reines sortent.] Quels sont ces prisonniers ?
— Des hommes de haute qualité, comme on en peut juger — par leur équipement. Des gens de Thèbes nous ont dit — qu’ils sont les enfants des deux sœurs, les neveux du roi.
— Par le cimier de Mars, je les ai vus dans la bataille, — pareils à deux lions, barbouillés de carnage, — faisant des trouées dans mes troupes épouvantées ; j’ai fixé mon attention — constamment sur eux ; car c’était un spectacle — digne des regards d’un dieu… Que m’a donc dit le prisonnier — à qui je demandais leur nom ?
Avec votre permission, ils s’appellent — Arcite et Palémon.
Justement ; ceux-là, ceux-là ! — Ils ne sont pas morts ?
— Ils ne sont guère en état de vivre. Si on les avait pris — avant qu’ils eussent reçu leurs dernières blessures, on aurait — encore pu les sauver. Pourtant ils respirent, — et portent le nom d’hommes.
Traitez-les donc comme des hommes ! — La lie de pareilles gens est un million de fois — supérieure au vin des autres. Que tous nos chirurgiens — se réunissent pour les guérir ; n’épargnez pas — nos plus précieux baumes, prodiguez-les ! Leur vie a plus de prix à nos yeux — que Thèbes tout entière. Plutôt que de les voir affranchis de cette captivité, et, comme ce matin, — alertes et libres, je voudrais les voir morts ; — mais j’aime quarante mille fois mieux — les voir en mon pouvoir — qu’au pouvoir de la mort. Emportez-les vite — loin de cet air vif, pour eux meurtrier, et donnez-leur tous les soins — qu’un homme peut offrir à un homme, et plus encore, pour ma gloire ! — Depuis que j’ai connu les alarmes, les violences, les exigences de l’amitié, — les provocations de l’amour, la passion, le joug d’une maîtresse, — le désir de la liberté, devenu fébrile et furieux, — m’a assigné pour but un idéal que la nature ne peut atteindre — sans bien des sacrifices, sans bien des défaillances de volonté, — sans bien des efforts de raison… Pour l’amour de moi, — au nom du grand Apollon, que nos meilleurs médecins — déploient leur plus profonde science ! Entrons dans la ville ; — puis, quand nous aurons groupé tout ce qui est dispersé, nous volerons à Athènes — en avant de notre armée.