ACTE QUATRIÈME

SCÈNE IV

[Une autre partie de la France.]
[Entre SOMERSET à la tête de son armée.]
SOMERSET.

Il est trop tard: je ne puis les envoyer à présent; cette expédition a été trop témérairement projetée par York et par Talbot. Toutes nos forces rassemblées pourraient être enveloppées et coupées par une sortie de la seule garnison de la ville. Le présomptueux Talbot a terni l'éclat de sa gloire par cette entreprise imprudente et désespérée, où il a mis tout au hasard. York l'a envoyé combattre et mourir dans la honte, afin que Talbot mort, le grand York puisse avoir l'honneur de la guerre.

UN CAPITAINE.

Voici sir William Lucy, qui a été député avec moi par nos troupes en péril, pour réclamer votre secours.

[(Entre sir William Lucy.)]
SOMERSET.

Eh bien, sir William, de la part de qui venez-vous?

LUCY.

De la part de qui, milord? de la part du lord Talbot, dont la vie est vendue et achetée. Assiégé de tous côtés par la fière adversité, il appelle à grands cris York et Somerset, pour repousser la mort qui fond sur ses faibles légions. Et tandis que ce brave général voit une sueur sanglante couler de ses membres harassés par les combats, et profite de sa position pour prolonger sa résistance en attendant du secours; vous qui trompez son espérance, vous, dépositaires de l'honneur de l'Angleterre, vous vous tenez oisifs loin de lui, livrés à vos honteuses jalousies! que vos querelles personnelles ne retardent pas plus longtemps le renfort qui devait le secourir, lorsque ce brave et glorieux général expose sa vie aux chances les plus inégales. Le bâtard d'Orléans, Charles et le duc de Bourgogne, Alençon et René, l'environnent; et Talbot périt par votre faute.

SOMERSET.

York l'a engagé dans ce péril; York devrait le secourir.

LUCY.

Et York se déchaîne aussi contre Votre Seigneurie, et jure que vous lui retenez sa cavalerie, qui avait été levée pour cette expédition.

SOMERSET.

York ment: il pouvait envoyer demander ce renfort, et il l'eût eu. Je lui dois peu de déférence et encore moins d'amitié, et je dédaigne de le flatter en le prévenant.

LUCY.

Ce sont les fraudes des chefs de l'Angleterre, et non la force de la France, qui ont précipité dans ce piége le généreux Talbot. Jamais il ne reverra vivant sa patrie: il meurt livré à la fortune par vos dissensions.

SOMERSET.

Allons; je vais lui envoyer ce détachement: dans six heures ils seront en état de le secourir.

LUCY.

Le secours vient trop tard: il est déjà pris ou tué, car Talbot ne pourrait fuir, quand il le voudrait; et Talbot ne fuira jamais, quand il le pourrait.

SOMERSET.

S'il est mort, disons donc adieu au brave Talbot.

LUCY.

Sa gloire vit dans l'univers, et la honte de sa défaite s'attache à vous.

[(Ils sortent.)]