Volume II, Part Two, Chapter VII
Bilibin was now at army headquarters in a diplomatic capacity, and though in French, with French jokes and turns of phrase, yet with an exclusively Russian fearlessness of self-condemnation and self-mockery, he described the whole campaign. Bilibin wrote that his diplomatic discrétion tormented him, and that he was happy to have in Prince Andrew a reliable correspondent to whom he could pour out all the bile that had accumulated in him at the sight of what was going on in the army. This letter was an old one, written before the battle of Preussisch-Eylau.
"Depuis nos grands succès d'Austerlitz vous savez, mon cher Prince, wrote Bilibin, que je ne quitte plus les quartiers généraux. Décidément j'ai pris le goût de la guerre, et bien m'en a pris. Ce que j'ai vu ces trois mois, est incroyable.
"Je commence ab ovo. L'ennemi du genre humain, comme vous savez, s'attaque aux Prussiens. Les Prussiens sont nos fidèles alliés, qui ne nous ont trompés que trois fois depuis trois ans. Nous prenons fait et cause pour eux. Mais il se trouve que l'ennemi du genre humain ne fait nulle attention à nos beaux discours, et avec sa manière impolie et sauvage se jette sur les Prussiens sans leur donner le temps de finir la parade commencée, en deux tours de main les rosse à plate couture et va s'installer au palais de Potsdam.
"'J'ai le plus vif désir, écrit le Roi de Prusse à Bonaparte, que V. M. soit accueillie et traitée dans mon palais d'une manière, qui lui soit agréable et c'est avec empressement, que j'ai pris à cet effet toutes les mesures que les circonstances me permettaient. Puissé-je avoir réussi!' Les généraux Prussiens se piquent de politesse envers les Français et mettent bas les armes aux premières sommations.
"Le chef de la garnison de Glogau avec dix mille hommes, demande au Roi de Prusse, ce qu'il doit faire s'il est sommé de se rendre?... Tout cela est positif.
"Bref, espérant en imposer seulement par notre attitude militaire, il se trouve que nous voilà en guerre pour tout de bon, et ce qui plus est, en guerre sur nos frontières avec et pour le Roi de Prusse. Tout est au grand complet, il ne nous manque qu'une petite chose, c'est le général en chef. Gomme il s'est trouvé que les succès d'Austerlitz auraient pu être plus décisifs si le général en chef eut été moins jeune, on fait la revue des octogénaires et entre Prosorofsky et Kamensky, on donne la preférence au dernier. Le général nous arrive en kibik à la manière Souvoroff, et est accueilli avec des acclamations de joie et de triomphe.
"Le 4 arrive le premier courrier de Pétersbourg. On apporte les malles dans le cabinet du maréchal, qui aime à faire tout par lui-mème. On m'appelle pour aider à faire le triage des lettres et prendre celles qui nous sont destinées. Le maréchal nous regarde faire et attend les paquets qui lui sont adressés. Nous cherchons — il n'y en a point. Le maréchal devient impatient, se met lui même à la besogne et trouve des lettres de l'Empereur pour le comte T., pour le prince V. et autres. Alors le voilà qui se met dans une de ses colères bleues. Il jette feu et flamme contre tout le monde, s'empare des lettres, les decachète et lit celles de l'Empereur adressées à d'autres. 'Ah, so that's how I am treated! I am not trusted! Ah, I am ordered to be watched! Very well then; get out!' Et il écrit le fameux ordre du jour au général Benigsen.
"'I am wounded, I cannot ride on horseback, consequently I cannot command the army. You have brought your defeated army corps to Pultusk! Here it is exposed, without wood or forage, so help is needed; and as you yourself reported to Count Buxhowden yesterday, you must think of retreating to our frontier, which you are to carry out today.'
"'От всех моих поездок,' écrit-il à l'Empereur, 'I have got a saddle-sore which, added to my former wounds, completely prevents me from riding and commanding so large an army, and I have therefore handed over the command to the general next in seniority, Count Buxhowden, having sent him all my staff and everything belonging to it, advising them, if there is no bread, to retreat further into the interior of Prussia, because there is only enough bread left for one day, and in some regiments none at all, as the divisional commanders Ostermann and Sedmoretsky have reported, and the peasants have eaten everything; and I myself, until I am cured, shall remain in hospital at Ostrolenka, of which I submit a report to Your Majesty, adding that if the army remains in its present bivouac another fifteen days, not a healthy man will be left by spring.
"'Dismiss an old man to the country, who is disgraced anyway by his failure to fulfill the great and glorious destiny for which he was chosen. I shall await your most gracious permission to do so here in the hospital, so as not to play the part of a clerk instead of a commander with the army. My departure from the army will not cause the slightest rumor, for it will be said that a blind man has left the army. There are thousands like me in Russia.'
"Le maréchal se fâche contre l'Empereur et nous punit tous; n'est ce pas que c'est logique!
"Voilà le premier acte. Aux suivants l'intêret et le ridicule montent comme de raison. Après le départ du maréchal il se trouve que nous sommes en vue de l'ennemi, et qu'il faut livrer bataille. Boukshevden est général en chef par droit d'ancienneté, mais le général Benigsen n'est pas de cet avis; d'autant plus qu'il est lui, avec son corps en vue de l'ennemi, et qu'il veut profiter de l'occasion d'une bataille "aus eigener Hand" comme disent les Allemands. Il la donne. C'est la bataille de Poultousk qui est sensée être une grande victoire, mais qui à mon avis ne l'est pas du tout. Nous autres pekins avons, comme vous savez, une très vilaine habitude de décider du gain ou de la perte d'une bataille. Celui qui s'est retiré après la bataille, l'a perdu, voilà ce que nous disons, et à titre nous avons perdu la bataille de Poultousk. Bref, nous nous retirons après la bataille, mais nous envoyons un courrier à Pétersbourg, qui porte les nouvelles d'une victoire, et le général ne cède pas le commandement en chef à Boukshevden, espérant recevoir de Pétersbourg en reconnaissance de sa victoire le titre de général en chef. Pendant cet interrègne, nous commenèons un plan de manoeuvres excessivement intéressant et original. Notre but ne consiste pas, comme il devrait l'être, à éviter ou à attaquer l'ennemi; mais uniquement à éviter le général Boukshevden, qui par droit d'ancienneté serait notre chef. Nous poursuivons ce but avec tant d'énergie, que même en passant une rivière qui n'est pas guéable, nous brûlons les ponts pour nous séparer de notre ennemi, qui pour le moment, n'est pas Bonaparte, mais Boukshevden. Le général Boukshevden a manqué d'être attaqué et pris par des forces ennemies supérieures à cause d'une de nos belles manoeuvres qui nous sauvait de lui. Boukshevden nous poursuit — nous filons. A peine passe-t-il de notre côté de la rivière, que nous repassons de l'autre. A la fin notre ennemi Boukshevden nous attrappe et s'attaque à nous. Les deux généraux se fâchent. Il y a même une provocation en duel de la part de Boukshevden et une attaque d'épilepsie de la part de Benigsen. Mais au moment critique le courrier, qui porte la nouvelle de notre victoire de Poultousk, nous apporte de Pétersbourg notre nomination de général en chef, et le premier ennemi Boukshevden est enfoncé: nous pouvons penser au second, à Bonaparte. Mais ne voilà-t-il pas qu'à ce moment se lève devant nous un troisième ennemi, c'est православное qui demande à grands cris du pain, de la viande, des souchary, du foin, — que sais je! Les magasins sont vides, les chemins impraticables. Le православное se met à la maraude, et d'une manière dont la dernière campagne ne peut vous donner la moindre idée. La moitié des régiments forme des troupes libres, qui parcourent la contrée en mettant tout à feu et à sang. Les habitants sont ruinés de fond en comble, les hôpitaux regorgent de malades, et la disette est partout. Deux fois le quartier général a été attaqué par des troupes de maraudeurs et le général en chef a été obligé lui même de demander un bataillon pour les chasser. Dans une de ces attaques on m'a emporté ma malle vide et ma robe de chambre. L'Empereur veut donner le droit à tous les chefs de divisions de fusiller les maraudeurs, mais je crains fort que cela n'oblige une moitié de l'armée de fusiller l'autre.
Prince Andrew at first read with his eyes only, but then involuntarily what he was reading (in spite of his knowing how much to believe Bilibin) began to engage him more and more. When he had read thus far, he crumpled up the letter and threw it away. It was not what he read in the letter that annoyed him, but it annoyed him that this life over there, which was alien to him, could still disturb him. He closed his eyes, rubbed his forehead with his hand as if to banish all interest in what he had read, and listened to what was going on in the nursery. Suddenly he thought he heard a strange noise behind the door. A panic seized him; he was afraid something might have happened to the child while he was reading the letter. He tiptoed to the nursery door and opened it.
Just as he went in, he saw the wet nurse with a frightened face hiding something from him, and Princess Mary was no longer by the cot.
"My dear," he heard behind him what seemed the despairing whisper of Princess Mary. As often happens after a long sleepless night and a long agitation, he was seized by a causeless panic: it came into his head that the child was dead. All that he saw and heard seemed to confirm his terror.
"All is over," he thought, and a cold sweat broke out on his forehead. He went distractedly to the cot, convinced that he would find it empty and that the nurse was hiding the dead child. He drew back the curtains, and for a long time his frightened, roving eyes could not find the baby. At last he saw him: a rosy boy, tossed about, lying across the bed with his head lower than the pillow, smacking his lips in his sleep, breathing evenly.
Prince Andrew rejoiced at seeing the boy as if he had already lost him. He bent down and, as his sister had taught him, tested with his lips whether the child had a fever. The delicate forehead was moist; he touched the head with his hand—even the hair was wet, so profusely had the child perspired. Not only was he not dead, but it was now evident that the crisis was past and he had recovered. Prince Andrew longed to snatch up, to crush, to press to his heart this small helpless creature; but he did not dare to do it. He stood over him, gazing at his head, his little arms and legs, which showed under the blanket. A rustle was heard beside him, and a shadow seemed to fall under the canopy of the cot. He did not look round, but gazing at the baby's face, listened to his regular breathing. The dark shadow was Princess Mary, who with noiseless steps had come up to the cot, lifted the canopy, and dropped it behind her. Prince Andrew recognized her without looking, and held out his hand to her. She pressed his hand.
"He has perspired," said Prince Andrew.
"I was coming to tell you so."
The child moved slightly in his sleep, smiled, and rubbed his forehead against the pillow.
Prince Andrew looked at his sister. The radiant eyes of Princess Mary, in the dim light under the canopy, shone more than usual with the happy tears that stood in them. Princess Mary leaned towards her brother and kissed him, catching slightly on the canopy of the cot. They shook their fingers at one another, and stood a little longer in the dim light of the canopy as if unwilling to leave this world in which the three of them were shut off from everyone else. Prince Andrew was the first to move away, tangling his hair in the muslin of the canopy. "Yes, this is all that is left me now," he said with a sigh.
Volumen II, Segunda Parte, Capítulo VII
Bilibin se encontraba entonces en el cuartel general del ejército en calidad de oficial diplomático, y aunque en francés, con chistes y giros franceses, pero con una intrepidez exclusivamente rusa para condenarse y burlarse de sí mismo, describía toda la campaña. Bilibin escribía que su discrétion diplomática lo atormentaba, y que se sentía feliz de tener en el príncipe Andrés a un corresponsal fiel sobre el cual derramar toda la bilis que se había acumulado en él al ver lo que ocurría en el ejército. Esta carta era antigua, anterior a la batalla de Preussisch-Eylau.
"Depuis nos grands succès d'Austerlitz vous savez, mon cher Prince, escribía Bilibin, que je ne quitte plus les quartiers généraux. Décidément j'ai pris le goût de la guerre, et bien m'en a pris. Ce que j'ai vu ces trois mois, est incroyable.
"Je commence ab ovo. L'ennemi du genre humain, comme vous savez, s'attaque aux Prussiens. Les Prussiens sont nos fidèles alliés, qui ne nous ont trompés que trois fois depuis trois ans. Nous prenons fait et cause pour eux. Mais il se trouve que l'ennemi du genre humain ne fait nulle attention à nos beaux discours, et avec sa manière impolie et sauvage se jette sur les Prussiens sans leur donner le temps de finir la parade commencée, en deux tours de main les rosse à plate couture et va s'installer au palais de Potsdam.
"'J'ai le plus vif désir, écrit le Roi de Prusse à Bonaparte, que V. M. soit accueillie et traitée dans mon palais d'une manière, qui lui soit agréable et c'est avec empressement, que j'ai pris à cet effet toutes les mesures que les circonstances me permettaient. Puissé-je avoir réussi!' Les généraux Prussiens se piquent de politesse envers les Français et mettent bas les armes aux premières sommations.
"Le chef de la garnison de Glogau avec dix mille hommes, demande au Roi de Prusse, ce qu'il doit faire s'il est sommé de se rendre?... Tout cela est positif.
"Bref, espérant en imposer seulement par notre attitude militaire, il se trouve que nous voilà en guerre pour tout de bon, et ce qui plus est, en guerre sur nos frontières avec et pour le Roi de Prusse. Tout est au grand complet, il ne nous manque qu'une petite chose, c'est le général en chef. Gomme il s'est trouvé que les succès d'Austerlitz auraient pu être plus décisifs si le général en chef eut été moins jeune, on fait la revue des octogénaires et entre Prosorofsky et Kamensky, on donne la preférence au dernier. Le général nous arrive en kibik à la manière Souvoroff, et est accueilli avec des acclamations de joie et de triomphe.
"Le 4 arrive le premier courrier de Pétersbourg. On apporte les malles dans le cabinet du maréchal, qui aime à faire tout par lui-mème. On m'appelle pour aider à faire le triage des lettres et prendre celles qui nous sont destinées. Le maréchal nous regarde faire et attend les paquets qui lui sont adressés. Nous cherchons — il n'y en a point. Le maréchal devient impatient, se met lui même à la besogne et trouve des lettres de l'Empereur pour le comte T., pour le prince V. et autres. Alors le voilà qui se met dans une de ses colères bleues. Il jette feu et flamme contre tout le monde, s'empare des lettres, les decachète et lit celles de l'Empereur adressées à d'autres. '¡Ah, así es como me tratan! ¡No confían en mí! ¡Ah, ordenan que se me vigile! ¡Muy bien; lárguense!' Et il écrit le fameux ordre du jour au général Benigsen.
"'Estoy herido, no puedo montar a caballo, por consiguiente no puedo mandar el ejército. ¡Ha llevado su cuerpo de ejército derrotado a Pultusk! Allí está al descubierto, y sin leña ni forraje, así que hay que socorrerle; y como ayer mismo informó al conde Buxhowden, debe pensar en retirarse a nuestra frontera, lo que deberá ejecutar hoy.'
"'От всех моих поездок,' écrit-il à l'Empereur, 'he sacado una llaga de la silla que, unida a mis antiguas heridas, me impide por completo montar a caballo y mandar un ejército tan grande, por lo cual he entregado el mando al general que me sigue en antigüedad, el conde Buxhowden, enviándole todo mi estado mayor y todo lo que a él pertenece, aconsejándoles que, si no hay pan, se retiren más hacia el interior de Prusia, porque sólo queda pan para un día, y en algunos regimientos nada en absoluto, como han declarado los jefes de división Ostermann y Sedmoretski, y los campesinos se lo han comido todo; y yo mismo, hasta que me cure, me quedaré en el hospital de Ostrolenka, de lo cual elevo parte a Vuestra Majestad, añadiendo que si el ejército permanece en su actual vivac quince días más, para la primavera no quedará ni un solo hombre sano.
"'Despida al campo a un anciano, que ya está deshonrado por no haber podido cumplir el grande y glorioso destino para el que fue elegido. Esperaré aquí en el hospital su graciosísimo permiso al respecto, para no hacer el papel de escribiente en vez de comandante en el ejército. Mi partida del ejército no producirá el menor rumor de que un ciego se ha ido del ejército. De esos como yo hay miles en Rusia.'
"Le maréchal se fâche contre l'Empereur et nous punit tous; n'est ce pas que c'est logique!
"Voilà le premier acte. Aux suivants l'intêret et le ridicule montent comme de raison. Après le départ du maréchal il se trouve que nous sommes en vue de l'ennemi, et qu'il faut livrer bataille. Boukshevden est général en chef par droit d'ancienneté, mais le général Benigsen n'est pas de cet avis; d'autant plus qu'il est lui, avec son corps en vue de l'ennemi, et qu'il veut profiter de l'occasion d'une bataille "aus eigener Hand" comme disent les Allemands. Il la donne. C'est la bataille de Poultousk qui est sensée être une grande victoire, mais qui à mon avis ne l'est pas du tout. Nous autres pekins avons, comme vous savez, une très vilaine habitude de décider du gain ou de la perte d'une bataille. Celui qui s'est retiré après la bataille, l'a perdu, voilà ce que nous disons, et à titre nous avons perdu la bataille de Poultousk. Bref, nous nous retirons après la bataille, mais nous envoyons un courrier à Pétersbourg, qui porte les nouvelles d'une victoire, et le général ne cède pas le commandement en chef à Boukshevden, espérant recevoir de Pétersbourg en reconnaissance de sa victoire le titre de général en chef. Pendant cet interrègne, nous commenèons un plan de manoeuvres excessivement intéressant et original. Notre but ne consiste pas, comme il devrait l'être, à éviter ou à attaquer l'ennemi; mais uniquement à éviter le général Boukshevden, qui par droit d'ancienneté serait notre chef. Nous poursuivons ce but avec tant d'énergie, que même en passant une rivière qui n'est pas guéable, nous brûlons les ponts pour nous séparer de notre ennemi, qui pour le moment, n'est pas Bonaparte, mais Boukshevden. Le général Boukshevden a manqué d'être attaqué et pris par des forces ennemies supérieures à cause d'une de nos belles manoeuvres qui nous sauvait de lui. Boukshevden nous poursuit — nous filons. A peine passe-t-il de notre côté de la rivière, que nous repassons de l'autre. A la fin notre ennemi Boukshevden nous attrappe et s'attaque à nous. Les deux généraux se fâchent. Il y a même une provocation en duel de la part de Boukshevden et une attaque d'épilepsie de la part de Benigsen. Mais au moment critique le courrier, qui porte la nouvelle de notre victoire de Poultousk, nous apporte de Pétersbourg notre nomination de général en chef, et le premier ennemi Boukshevden est enfoncé: nous pouvons penser au second, à Bonaparte. Mais ne voilà-t-il pas qu'à ce moment se lève devant nous un troisième ennemi, c'est православное qui demande à grands cris du pain, de la viande, des souchary, du foin, — que sais je! Les magasins sont vides, les chemins impraticables. Le православное se met à la maraude, et d'une manière dont la dernière campagne ne peut vous donner la moindre idée. La moitié des régiments forme des troupes libres, qui parcourent la contrée en mettant tout à feu et à sang. Les habitants sont ruinés de fond en comble, les hôpitaux regorgent de malades, et la disette est partout. Deux fois le quartier général a été attaqué par des troupes de maraudeurs et le général en chef a été obligé lui même de demander un bataillon pour les chasser. Dans une de ces attaques on m'a emporté ma malle vide et ma robe de chambre. L'Empereur veut donner le droit à tous les chefs de divisions de fusiller les maraudeurs, mais je crains fort que cela n'oblige une moitié de l'armée de fusiller l'autre.
El príncipe Andrés al principio leía sólo con los ojos, pero luego, involuntariamente, lo que leía (a pesar de saber cuánto crédito debía dar a Bilibin) empezó a interesarle cada vez más. Al llegar a este punto, arrugó la carta y la tiró. No era lo que leía en la carta lo que le enojaba, sino que le enojaba que aquella vida de allí, que le era ajena, pudiera todavía inquietarle. Cerró los ojos, se frotó la frente con la mano como para desterrar todo interés por lo que había leído, y escuchó lo que pasaba en el cuarto de los niños. De pronto le pareció oír un ruido extraño detrás de la puerta. Se apoderó de él el pánico; temía que le hubiera pasado algo al niño mientras leía la carta. Se acercó de puntillas a la puerta del cuarto de los niños y la abrió.
Al entrar, vio que la nodriza, con cara de susto, le escondía algo, y la princesa María ya no estaba junto a la cunita.
—Amigo mío —oyó a sus espaldas lo que le pareció un susurro desesperado de la princesa María. Como sucede a menudo después de una larga noche de insomnio y una larga agitación, se apoderó de él un miedo sin causa: se le ocurrió la idea de que el niño había muerto. Todo lo que veía y oía parecía confirmar su temor.
"Todo ha terminado", pensó, y un sudor frío brotó de su frente. Se acercó aturdido a la cunita, convencido de que la encontraría vacía, de que la nodriza ocultaba al niño muerto. Descorrió las cortinas y durante un largo rato sus ojos asustados y desorbitados no pudieron encontrar al niño. Por fin lo vio: el niño, sonrosado, agitado, yacía atravesado en la cunita, con la cabeza más baja que la almohada, y en sueños chasqueaba, moviendo los labios, y respiraba acompasadamente.
El príncipe Andrés se alegró al ver al niño como si ya lo hubiera perdido. Se inclinó y, como le había enseñado su hermana, comprobó con los labios si el niño tenía fiebre. La delicada frente estaba húmeda; le tocó la cabeza con la mano... hasta el pelo lo tenía mojado, tanto había sudado el niño. No sólo no había muerto, sino que ahora era evidente que la crisis había pasado y que se había recuperado. El príncipe Andrés sintió deseos de agarrar, de apretujar, de apretar contra su pecho a aquella criatura pequeña e indefensa; pero no se atrevió a hacerlo. Se quedó de pie sobre él, mirando su cabecita, sus bracitos y sus piernecitas, que se dibujaban bajo la manta. Se oyó un susurro a su lado, y una sombra pareció caer bajo el dosel de la cuna. No miró a su alrededor y, observando la cara del niño, escuchó su respiración regular. La sombra oscura era la princesa María, que con pasos inaudibles se había acercado a la cuna, había levantado el dosel y lo había dejado caer tras ella. El príncipe Andrés, sin mirar, la reconoció y le tendió la mano. Ella le apretó la mano.
—Ha sudado —dijo el príncipe Andrés.
—Iba a decírtelo.
El niño se movió un poco en sueños, sonrió y se frotó la frente contra la almohada.
El príncipe Andrés miró a su hermana. Los ojos radiantes de la princesa María, en la penumbra del dosel, brillaban más de lo normal por las lágrimas de felicidad que asomaban a ellos. La princesa María se inclinó hacia su hermano y le besó, enganchándose un poco en el dosel de la cuna. Se amenazaron mutuamente con el dedo, se quedaron un rato más en la penumbra del dosel, como si no quisieran separarse de aquel mundo en el que los tres estaban aislados de todo el mundo. El príncipe Andrés fue el primero en alejarse, enredando su cabello en la muselina del dosel. "Sí, eso es lo único que me queda ahora", dijo con un suspiro.
Том II, Часть вторая, Глава VII
Билибин находился теперь в качестве дипломатического чиновника при главной квартире армии и хотя и на французском языке, с французскими шуточками и оборотами речи, но с исключительно-русским бесстрашием перед самоосуждением и самоосмеянием описывал всю кампанию. Билибин писал, что его дипломатическая discrétion [скромность] мучила его, и что он был счастлив, имея в князе Андрее верного корреспондента, которому он мог изливать всю желчь, накопившуюся в нем при виде того, что творится в армии. Письмо это было старое, еще до Прейсиш-Эйлауского сражения.
"Depuis nos grands succès d'Austerlitz vous savez, mon cher Prince, писал Билибин, que je ne quitte plus les quartiers généraux. Décidément j'ai pris le goût de la guerre, et bien m'en a pris. Ce que j'ai vu ces trois mois, est incroyable.
"Je commence ab ovo. L'ennemi du genre humain, comme vous savez, s'attaque aux Prussiens. Les Prussiens sont nos fidèles alliés, qui ne nous ont trompés que trois fois depuis trois ans. Nous prenons fait et cause pour eux. Mais il se trouve que l'ennemi du genre humain ne fait nulle attention à nos beaux discours, et avec sa manière impolie et sauvage se jette sur les Prussiens sans leur donner le temps de finir la parade commencée, en deux tours de main les rosse à plate couture et va s'installer au palais de Potsdam.
"J'ai le plus vif désir, écrit le Roi de Prusse à Bonaparte, queV. M. soit accueillie et traitée dans mon palais d'une manière, qui lui soit agréable et c'est avec empressement, que j'ai pris à cet effet toutes les mesures que les circonstances me permettaient. Puissé-je avoir réussi! Les généraux Prussiens se piquent de politesse envers les Franèais et mettent bas les armes aux premières sommations.
"Le chef de la garnison de Glogau avec dix mille hommes, demande au Roi de Prusse, ce qu'il doit faire s'il est sommé de se rendre?... Tout cela est positif.
"Bref, espérant en imposer seulement par notre attitude militaire, il se trouve que nous voilà en guerre pour tout de bon, et ce qui plus est, en guerre sur nos frontières avec et pour le Roi de Prusse. Tout est au grand complet, il ne nous manque qu'une petite chose, c'est le général en chef. Gomme il s'est trouvé que les succès d'Austerlitz auraient pu être plus décisifs si le général en chef eut été moins jeune, on fait la revue des octogénaires et entre Prosorofsky et Kamensky, on donne la preférence au dernier. Le général nous arrive en kibik à la manière Souvoroff, et est accueilli avec des acclamations de joie et de triomphe.
"Le 4 arrive le premier courrier de Pétersbourg. On apporte les malles dans le cabinet du maréchal, qui aime à faire tout par lui-mème. On m'appelle pour aider à faire le triage des lettres et prendre celles qui nous sont destinées. Le maréchal nous regarde faire et attend les paquets qui lui sont adressés. Nous cherchons — il n'y en a point. Le maréchal devient impatient, se met lui même à la besogne et trouve des lettres de l'Empereur pour le comte T., pour le prince V. et autres. Alors le voilà qui se met dans une de ses colères bleues. Il jette feu et flamme contre tout le monde, s'empare des lettres, les decachète et lit celles de l'Empereur adressées à d'autres. A, так со мною поступают. Мне доверия нет! А, за мной следить велено, хорошо же; подите вон! Et il écrit le fameux ordre du jour au général Benigsen.
"Я ранен, верхом ездить не могу, следственно и командовать армией. Вы кор д'арме ваш привели разбитый в Пултуск! тут оно открыто, и без дров, и без фуража, потому пособить надо, и так как вчера сами отнеслись к графу Буксгевдену, думать должно о ретираде к нашей границе, что и выполнить сегодня.
"От всех моих поездок, écrit-il à l'Empereur, получил ссадину от седла, которая сверх прежних перевязок моих совсем мне мешает ездить верхом и командовать такою обширною армией, а потому я командованье оною сложил на старшего по мне генерала, графа Буксгевдена, отослав к нему всё дежурство и всё принадлежащее к оному, советовав им, если хлеба не будет, ретироваться ближе во внутренность Пруссии, потому что оставалось хлеба только на один день, а у иных полков ничего, как о том дивизионные командиры Остерман и Седморецкий объявили, а у мужиков всё съедено; я и сам, пока вылечусь, остаюсь в гошпитале в Остроленке. О числе которого ведомость всеподданнейше подношу, донося, что если армия простоит в нынешнем биваке еще пятнадцать дней, то весной ни одного здорового не останется.
"Увольте старика в деревню, который и так обесславлен остается, что не смог выполнить великого и славного жребия, к которому был избран. Всемилостивейшего дозволения вашего о том ожидать буду здесь при гошпитале, дабы не играть роль писарскую, а не командирскую при войске. Отлучение меня от армии ни малейшего разглашения не произведет, что ослепший отъехал от армии. Таковых, как я — в России тысячи".
"Le maréchal se fâche contre l'Empereur et nous punit tous; n'est ce pas que c'est logique!
"Voilà le premier acte. Aux suivants l'intêret et le ridicule montent comme de raison. Après le départ du maréchal il se trouve que nous sommes en vue de l'ennemi, et qu'il faut livrer bataille. Boukshevden est général en chef par droit d'ancienneté, mais le général Benigsen n'est pas de cet avis; d'autant plus qu'il est lui, avec son corps en vue de l'ennemi, et qu'il veut profiter de l'occasion d'une bataille "aus eigener Hand" comme disent les Allemands. Il la donne. C'est la bataille de Poultousk qui est sensée être une grande victoire, mais qui à mon avis ne l'est pas du tout. Nous autres pekins avons, comme vous savez, une très vilaine habitude de décider du gain ou de la perte d'une bataille. Celui qui s'est retiré après la bataille, l'a perdu, voilà ce que nous disons, et à titre nous avons perdu la bataille de Poultousk. Bref, nous nous retirons après la bataille, mais nous envoyons un courrier à Pétersbourg, qui porte les nouvelles d'une victoire, et le général ne cède pas le commandement en chef à Boukshevden, espérant recevoir de Pétersbourg en reconnaissance de sa victoire le titre de général en chef. Pendant cet interrègne, nous commenèons un plan de manoeuvres excessivement intéressant et original. Notre but ne consiste pas, comme il devrait l'être, à éviter ou à attaquer l'ennemi; mais uniquement à éviter le général Boukshevden, qui par droit d'ancienneté serait notre chef. Nous poursuivons ce but avec tant d'énergie, que même en passant une rivière qui n'est pas guéable, nous brûlons les ponts pour nous séparer de notre ennemi, qui pour le moment, n'est pas Bonaparte, mais Boukshevden. Le général Boukshevden a manqué d'être attaqué et pris par des forces ennemies supérieures à cause d'une de nos belles manoeuvres qui nous sauvait de lui. Boukshevden nous poursuit — nous filons. A peine passe-t-il de notre côté de la rivière, que nous repassons de l'autre. A la fin notre ennemi Boukshevden nous attrappe et s'attaque à nous. Les deux généraux se fâchent. Il y a même une provocation en duel de la part de Boukshevden et une attaque d'épilepsie de la part de Benigsen. Mais au moment critique le courrier, qui porte la nouvelle de notre victoire de Poultousk, nous apporte de Pétersbourg notre nomination de général en chef, et le premier ennemi Boukshevden est enfoncé: nous pouvons penser au second, à Bonaparte. Mais ne voilà-t-il pas qu'à ce moment se lève devant nous un troisième ennemi, c'est православное qui demande à grands cris du pain, de la viande, des souchary, du foin, — que sais je! Les magasins sont vides, les chemins impraticables. Le православное se met à la maraude, et d'une manière dont la dernière campagne ne peut vous donner la moindre idée. La moitié des régiments forme des troupes libres, qui parcourent la contrée en mettant tout à feu et à sang. Les habitants sont ruinés de fond en comble, les hôpitaux regorgent de malades, et la disette est partout. Deux fois le quartier général a été attaqué par des troupes de maraudeurs et le général en chef a été obligé lui même de demander un bataillon pour les chasser. Dans une de ces attaques on m'a emporté ma malle vide et ma robe de chambre. L'Empereur veut donner le droit à tous les chefs de divisions de fusiller les maraudeurs, mais je crains fort que cela n'oblige une moitié de l'armée de fusiller l'autre. [Сo времени наших блестящих успехов в Аустерлице, вы знаете, мой милый князь, чтò я не покидаю более главных квартир. Решительно я вошел во вкус войны, и тем очень доволен; то, чтò я видел в эти три месяца — невероятно.]
Князь Андрей сначала читал одними глазами, но потом невольно то, что он читал (несмотря на то, что он знал, на сколько должно было верить Билибину) больше и больше начинало занимать его. Дочитав до этого места, он смял письмо и бросил его. Не то, что он прочел в письме, сердило его, но его сердило то, что эта тамошняя, чуждая для него, жизнь могла волновать его. Он закрыл глаза, потер себе лоб рукою, как будто изгоняя всякое участие к тому, что он читал, и прислушался к тому, что делалось в детской. Вдруг ему показался за дверью какой-то странный звук. На него нашел страх; он боялся, не случилось ли чего с ребенком в то время, как он читал письмо. Он на цыпочках подошел к двери детской и отворил ее.
В ту минуту, как он входил, он увидел, что нянька с испуганным видом спрятала что-то от него, и что княжны Марьи уже не было у кроватки.
— Мой друг, — послышался ему сзади отчаянный, как ему показалось, шопот княжны Марьи. Как это часто бывает после долгой бессонницы и долгого волнения, на него нашел беспричинный страх: ему пришло в голову, что ребенок умер. Всё, что он видел и слышал, казалось ему подтверждением его страха.
"Всё кончено", подумал он, и холодный пот выступил у него на лбу. Он растерянно подошел к кроватке, уверенный, что он найдет ее пустою, что нянька прятала мертвого ребенка. Он раскрыл занавески, и долго его испуганные, разбегавшиеся глаза не могли отыскать ребенка. Наконец он увидал его: румяный мальчик, раскидавшись, лежал поперег кроватки, спустив голову ниже подушки и во сне чмокал, перебирая губками, и ровно дышал.
Князь Андрей обрадовался, увидав мальчика так, как будто бы он уже потерял его. Он нагнулся и, как учила его сестра, губами попробовал, есть ли жар у ребенка. Нежный лоб был влажен, он дотронулся рукой до головы — даже волосы были мокры: так сильно вспотел ребенок. Не только он не умер, но теперь очевидно было, что кризис совершился и что он выздоровел. Князю Андрею хотелось схватить, смять, прижать к своей груди это маленькое, беспомощное существо; он не смел этого сделать. Он стоял над ним, оглядывая его голову, ручки, ножки, определявшиеся под одеялом. Шорох послышался подле него, и какая-то тень показалась ему под пологом кроватки. Он не оглядывался и глядя в лицо ребенка, всё слушал его ровное дыханье. Темная тень была княжна Марья, которая неслышными шагами подошла к кроватке, подняла полог и опустила его за собою. Князь Андрей, не оглядываясь, узнал ее и протянул к ней руку. Она сжала его руку.
— Он вспотел, — сказал князь Андрей.
— Я шла к тебе, чтобы сказать это.
Ребенок во сне чуть пошевелился, улыбнулся и потерся лбом о подушку.
Князь Андрей посмотрел на сестру. Лучистые глаза княжны Марьи, в матовом полусвете полога, блестели более обыкновенного от счастливых слёз, которые стояли в них. Княжна Марья потянулась к брату и поцеловала его, слегка зацепив за полог кроватки. Они погрозили друг другу, еще постояли в матовом свете полога, как бы не желая расстаться с этим миром, в котором они втроем были отделены от всего света. Князь Андрей первый, путая волосы о кисею полога, отошел от кроватки. — "Да, это одно, что осталось мне теперь", — сказал он со вздохом.