ACTE CINQUIÈME

SCÈNE VI

[Une autre partie du champ de bataille.]
AJAX.
[reparaît]

Troïlus, lâche Troïlus, montre donc ta tête!

DIOMÈDE.
[arrive]

Troïlus, dis-tu? où est Troïlus?

AJAX.

Que lui veux-tu?

DIOMÈDE.

Je veux le châtier.

AJAX.

Je serais le général que tu m'arracherais ma dignité avant que je te laissasse ce soin... Troïlus! dis-je; Troïlus!

[(Entre Troïlus.)]
TROÏLUS.

O traître Diomède! tourne ton visage perfide, traître, et paye-moi ta vie, que tu me dois pour m'avoir enlevé mon cheval!

DIOMÈDE.

Ah! te voilà?

AJAX.

Je veux le combattre seul, arrête, Diomède.

DIOMÈDE.

Il est ma proie; je ne veux pas vous regarder faire.

TROÏLUS.

Venez tous deux, Grecs perfides , voilà pour tous les deux.

[(Ils sortent en combattant.)]
[(Entre Hector.)]
HECTOR.

Ah! c'est toi, Troïlus! oh! bien combattu, mon jeune frère.

[(Achille paraît.)]
ACHILLE.

Enfin, je t'aperçois.—Allons, défends-toi, Hector.

[(Ils combattent.)]
HECTOR.

Arrête, si tu veux.

ACHILLE.

- Je dédaigne ta courtoisie, orgueilleux Troyen. Tu es heureux que mes armes soient hors d'usage; ma négligence et mon repos te servent en ce moment, mais bientôt tu entendras parler de moi; en attendant, va, suis ta fortune.

[(Il sort.)]
HECTOR.

Adieu. Je t'aurais offert un adversaire plus frais et plus dispos, si je t'eusse attendu. [(Troïlus paraît.)] Eh bien! mon frère?

TROÏLUS.

Ajax a pris Énée. Le souffrirons-nous? Non, par les feux de ce ciel glorieux, il n'emmènera pas son prisonnier; je serai pris aussi, ou je le délivrerai.—Destin, écoute ce que je dis: peu m'importe que ma vie finisse aujourd'hui.

[(Il sort.)]
[(Paraît un autre guerrier revêtu d'une armure somptueuse.)]
HECTOR.

Grec, arrête: tu es un beau but.—Non, tu ne veux pas? Je suis épris de ton armure; je veux la briser et en faire sauter toutes les agrafes jusqu'à ce que j'en sois maître. [(L'autre fuit.)] Tu ne veux pas rester, animal? Eh bien! fuis donc, je vais te faire la chasse pour avoir ta dépouille.

[(Il le poursuit.)]