Viens, Marcus, viens.--Cousins, voici le chemin.--Allons, mon enfant,--voyons ton adresse à tirer. Vraiment, tu ne manques pas le but, et la flèche y arrive tout droit. Terras Astræa reliquit Note 1Astrée quitte la terre. .--Rappelez-vous bien, Marcus.--Elle est partie, elle est partie.--Monsieur, voyez à vos outils.--Vous, mes cousins, vous irez sonder l'Océan, et vous jetterez vos filets; peut-être trouverez-vous la justice au fond de la mer; et cependant il y en a aussi peu sur mer que sur terre.--Non, Publius et Sempronius, il faut que vous fassiez cela; c'est vous qui devez creuser avec la bêche et la pioche, et percer le centre le plus reculé de la terre; et lorsque vous serez arrivés au royaume de Pluton, je vous prie, présentez-lui cette requête: dites-lui que c'est pour demander justice et implorer son secours; et que c'est de la part du vieil Andronicus, accablé de chagrins dans l'ingrate Rome.--Ah! Rome!--Oui, oui, j'ai fait ton malheur le jour que j'ai réuni les suffrages du peuple sur celui qui me tyrannise ainsi.--Allez, partez, et je vous prie, soyez tous bien attentifs, et ne laissez pas passer un seul vaisseau de guerre sans y faire une exacte recherche; ce méchant empereur pourrait bien l'avoir embarquée pour l'écarter d'ici, et alors, cousins, nous pourrions appeler en vain la Justice.
O Publius! n'est-il pas déplorable de voir ainsi ton digne oncle dans le délire?
C'est pour cela qu'il nous importe beaucoup, seigneur, de ne pas le quitter, de veiller sur lui jour et nuit, et de traiter le plus doucement que nous pourrons sa folie, jusqu'à ce que le temps apporte quelque remède salutaire à son mal.
Cousins, ses chagrins sont au-dessus de tous les remèdes. Joignons-nous aux Goths; et par une guerre vengeresse, punissons Rome de son ingratitude, et que la vengeance atteigne le traître Saturninus.
Eh bien, Publius? eh bien, messieurs, l'avez-vous rencontré?
Non, seigneur; mais Pluton vous envoie dire que si vous voulez obtenir vengeance de l'enfer vous l'aurez. Quant à la Justice, elle est occupée, à ce qu'il croit, dans le ciel avec Jupiter, ou quelque part ailleurs; en sorte que vous êtes forcé d'attendre un peu.
Il me fait tort de m'éconduire ainsi avec ses délais; je me plongerai dans le lac brûlant de l'abîme, et je saurai arracher la Justice de l'Achéron par les talons.--Marcus, nous ne sommes que des roseaux; nous ne sommes pas des cèdres; nous ne sommes pas des hommes charpentés d'ossements gigantesques, ni de la taille des cyclopes; mais nous sommes de fer, Marcus, nous sommes d'acier jusqu'à la moelle des os, et cependant nous sommes écrasés de plus d'outrages que notre dos n'en peut supporter.--Puisque la Justice n'est ni sur la terre ni dans les enfers, nous solliciterons le ciel et nous fléchirons les dieux pour qu'ils envoient la Justice ici-bas pour venger nos affronts. Allons, à l'ouvrage.--Vous êtes un habile archer, Marcus. (Il lui donne des flèches.) Ad Jovem Note 2A Jupiter , voilà pour toi.--Ici, ad Apollinem Note 3à Apollon , ad Martem Note 4à Mars, etc. . C'est pour moi-même.--Ici, mon enfant, à Pallas.--Ici, à Mercure.--A Saturne, Caïus, et non pas à Saturninus.--Il vaudrait autant tirer contre le vent.--Allons, à l'oeuvre, enfant. Marcus, tire quand je te l'ordonnerai. Sur ma parole, j'ai écrit cette liste à merveille: il ne reste pas un dieu qui n'ait sa requête.
Cousins, lancez toutes vos flèches vers la cour, nous mortifierons l'empereur dans son orgueil.
Allons amis, tirez. (Ils tirent.) A merveille, Lucius. Cher enfant, c'est dans le sein de la Vierge, envoie-la à Pallas.
Seigneur, je vise un mille par delà la lune: de ce coup, votre lettre est arrivée à Jupiter.
Ah! Publius, Publius, qu'as-tu fait? Vois, vois, tu as coupé une des cornes du Taureau.
C'était là le jeu, seigneur; quand Publius a lancé sa flèche, le Taureau, dans sa douleur, a donné un si furieux coup au Bélier que les deux cornes de l'animal sont tombées dans le palais; et qui les pouvait trouver que le scélérat de l'impératrice?--Elle s'est mise à rire, et elle a dit au More qu'il ne pouvait s'empêcher de les donner en présent à son maître.
Oui, cela va bien: Dieu donne la prospérité à votre grandeur! (Entre un paysan avec un panier et une paire de pigeons.) Des nouvelles, des nouvelles du ciel! Marcus, le message est arrivé.--Eh bien, l'ami, quelles nouvelles apportes-tu? as-tu des lettres? me fera-t-on justice? Que dit Jupiter?
Quoi, le faiseur de potences? Note 5Au lieu de Jupiter, le paysan entend Gibbet-Maker, faiseur de potences. Il dit qu'il les a fait descendre, parce que l'homme ne doit être pendu que la semaine prochaine.
Que dit Jupiter? Voilà ce que je te demande.
Hélas! monsieur, je ne connais pas Jupiter, je n'ai bu jamais avec lui de ma vie.
Comment, coquin, n'es-tu pas le porteur?
Oui, monsieur, de mes pigeons: de rien autre chose.
Quoi, ne viens-tu pas du ciel?
Du ciel? Hélas, monsieur, jamais je n'ai été là: Dieu me préserve d'être assez audacieux pour prétendre au ciel dans ma jeunesse! Quoi! je vais tout simplement avec mes pigeons au Tribunal peuple Note 6Tribunal peuple est ici pour tribun du peuple, impérial pour l'empereur. , pour arranger une matière de querelle entre mon oncle et un des gens de l'impérial.
Allons, seigneur, cela est juste ce qu'il faut pour votre harangue. Qu'il aille remettre les pigeons à l'empereur de votre part.
Dis-moi, peux-tu débiter une harangue à l'empereur avec grâce?
Franchement, monsieur, je n'ai jamais pu dire grâces de ma vie.
Allons, drôle, approche: ne fais plus de difficulté; mais donne tes pigeons à l'empereur. Par moi, tu obtiendras de lui justice.--Arrête, arrête!--En attendant, voilà de l'argent pour ta commission.--Donnez-moi une plume et de l'encre.--L'ami, peux-tu remettre une supplique avec grâce?
Oui, monsieur.
Eh bien, voilà une supplique pour toi. Et quand tu seras introduit près de l'empereur, dès le premier abord il faut te prosterner; ensuite lui baiser les pieds; et alors remets-lui tes pigeons, et alors attends ta récompense. Je serai tout près, l'ami: vois à t'acquitter bravement de ce message.
Oh! je vous le garantis, monsieur: laissez-moi faire.
Dis, as-tu un couteau? Voyons-le.--Marcus, plie-le dans la harangue: car tu l'as faite sur le ton d'un humble suppliant.--Et lorsque tu l'auras donnée à l'empereur, reviens frapper à ma porte, et dis-moi ce qu'il t'aura dit.
Dieu soit avec vous, monsieur! Je le ferai.
Venez, Marcus, allons.--Publius, suis-moi.