Fi ! fi ! — quelle fastidiosité et quelle insanité — chez vous tous ! Me suis-je évertué si longtemps — à vous inculquer les rudiments, à vous les faire téter, — et, pour employer une figure, à vous prodiguer — la compote même et la moelle de mon intellect, — pour que vous vous écriiez continuellement : par où ? et comment ? et pourquoi ? — Ô capacités de la serge la plus grossière, jugements embrouillés, — ai-je dit : voici comment, et voilà où, — et voici quand, pour que personne ne me comprenne ? — Proh Deum ! medius fidius. Vous êtes tous des nigauds ! — Car quoi ? Ici je me tiens ; ici le duc arrive ; là vous êtes, — cachés dans le fourré. Le duc paraît, je l’aborde, — et je lui débite maintes choses savantes, — et maintes figures ; il écoute, hoche la tête, marmonne, — et puis s’écrie : splendide ! Alors je poursuis ; et enfin — je jette mon bonnet en l’air. Attention, là ! Vous alors, — comme autrefois Méléagre et le sanglier, — vous débusquez gracieusement devant lui, tels que de vrais amants, — vous vous précipitez en corps décemment et, — ravissamment, pour ainsi dire, vous défilez et vous filez, mes enfants !
— Et ravissamment nous le ferons, maître Gerrold.
— Passons en revue la troupe. Où est le joueur de tambourin ?
Hé ! Timothée !
— Voici, mes enragés ; je suis à vous.
Mais, je le demande, où sont les femmes ?
Voici Friz et Madeleine.
— Et la petite Luce, aux jambes blanches, et la dondon Barbery.
— Et la rousse Nell, qui n’a jamais manqué à son maître.
— Où sont vos rubans, fillettes ? Nagez avec vos corps, — et balancez-les doucement et lestement, — et, de temps à autre, un sourire et une gambade !
— Laissez-nous faire, monsieur.
Où est le reste de l’orchestre ?
— Dispersé comme vous l’avez commandé.
Couplez nos gens, — et voyez qui manque… Où est le Bavien ?… — Mon ami, portez votre queue sans offenser — ni scandaliser les dames ; et ne manquez pas — de cabrioler avec audace et énergie ! — Et quand vous aboyez, faites-le avec jugement.
Oui, monsieur.
— Quo usque tandem ? Il y a une femme qui manque.
— Nous pouvons aller chanter : toute la graisse est dans le feu.
Nous avons, — comme disent de doctes auteurs, lessivé une tuile ; — nous avons été fatuus, et nous avons perdu nos peines.
— C’est cette impertinente créature, cette sale drôlesse, — qui nous avait promis si sérieusement d’être ici, — Cécile, la fille du couturier ! — Les premiers gants que je lui donne seront en peau de chien ! — Ah ! si une fois elle me trompe… Vous pouvez le dire, Arcas, — elle avait juré, par le pain et le vin, de ne pas manquer.
Une anguille et une femme, — dit un savant poëte, à moins que vous ne les teniez — par la queue et avec vos dents, échapperont l’une et l’autre. — En somme, nous voici dans une fausse position.
— Que le feu du mal l’attrape ! Nous faire faux bond à présent !
Qu’allons-nous — décider, monsieur ?
Rien. — Notre affaire est devenue une nullité, — oui, une triste et pitoyable nullité !
— Au moment même où la réputation de notre ville en dépend, — nous morfondre là à pisser sur des orties !… — Va ton chemin, je me souviendrai de toi, je t’arrangerai.
— Voilà une exquise folle, maître, — qui arrive à point nommé, folle comme un lièvre en mars ! — Si nous pouvons la faire danser, nous sommes sauvés. — Je garantis qu’elle fera les plus rares entrechats !
— Une folle ! Nous sommes sauvés, enfants !
Est-ce que vous êtes folle, bonne femme ?
Je serais fâchée de ne pas l’être ; — donnez-moi votre main.
Pourquoi ?
Je puis vous dire la bonne aventure : — vous êtes un niais. Comptez dix… Je l’ai décontenancé. Bah !… — L’ami, ne mangez pas de pain blanc ; si vous le faites, — vos dents saigneront extrêmement… Danserons-nous ? Holà… — Je vous reconnais, vous êtes un chaudronnier. Coquin de chaudronnier, — ne bouchez plus de trous, excepté celui que vous devriez boucher.
Dii boni ! — Un chaudronnier, donzelle ?
Ou un sorcier. — Évoquez-moi un diable à présent, et qui joue — à quipassa avec des grelots et des osselets !
Allez, emmenez-la, — et induisez-la bonnement à se taire.
[ Atque opus exegi, quod nec Jovis ira, nec ignis. ] — En avant la musique, et faites-la entrer en danse !
[à LA FILLE DU GEÔLIER.] Allons, fillette, santons !
Je conduirai le pas.
Oui, oui.
— Éloquemment et adroitement. Retirez-vous, enfants ! — J’entends les cors. Laissez-moi méditer un peu, — et attention à votre entrée !
Que Pallas m’inspire !
— Le cerf a pris ce chemin.
Arrêtez et édifiez-vous !
Qu’avons-nous là ?
— Quelque fête champêtre, sur ma vie, seigneur !
[à GERROLD.] — Eh bien, monsieur, poursuivez ; nous allons nous édifier. — Mesdames, asseyez-vous. Nous ferons une halte.
— Duc intrépide, salut ! salut, charmantes dames !
Voilà un froid commencement.
— Pour peu que vous nous soyez favorables, notre fête champêtre est parfaite. Nous sommes ici un petit nombre de ceux — que les langues grossières qualifient de villageois ; — à dire vrai, et sans aucune fable, — nous sommes une joyeuse bande, autrement dit cohue, — ou compagnie, ou, pour employer une figure, un chœur — qui devant votre honneur va danser la morisque. — Et moi, qui suis le régisseur général, — en ma qualité de pédagogue, faisant tomber — les verges sur les fesses des petits — et humiliant les grands sous la férule, — je te présente ici cette machine, ou ce décor, — ô duc exquis, dont la renommée d’intrépidité terrible, — de Dité à Dédalus, du poteau à la colonne, — est trompétée par le monde ! Viens en aide à mon pauvre bon vouloir, — et, d’un clin d’œil, regarde droit devant toi ; — regarde cette puissante troupe more qui, en ta présence — se risque ; more et risque, soudés ensemble, — font justement morisque, et c’est pour en danser une que nous sommes ici. — Le corps de notre fête, lequel ne manque pas de science, — c’est moi ; je parais le premier, tout grossier, tout brut, tout crotté que je suis, — pour débiter cette harangue devant ta noble grâce, — aux grands pieds de laquelle je dépose mon porte-plume. — Après moi vient le seigneur de Mai et sa brillante dame, — la camériste et le valet de chambre nocturne — qui font silencieusement tapisserie. Puis arrive — mon hôte, et sa grosse épouse, qui accueillent à ses dépens — le voyageur écorché, et d’un signe — avertissent le sommelier d’enfler le compte. — Puis le clown qui dévore les bêtes, et ensuite le bouffon, — le Bavien, avec sa longue queue, et son long instrument, — cum multis aliis qui forment la danse. — Dis oui, et tous vont s’avancer sur-le-champ.
— Oui, oui, certainement, cher magister.
Qu’ils paraissent.
— Intrate, filii ! En avant, et trémoussez-vous.
— Prends-en vingt, magister… Comment se trouve ma bien — aimée ?
On ne peut plus charmée, seigneur.
— Cette danse était excellente ; et, pour la préface, — jamais je n’en ai ouï de meilleure.
Maître d’école, je vous remercie. — Qu’on veille à ce qu’ils soient tous récompensés.
Voici de quoi — peindre votre mât de cocagne.
Retournons à nos divertissements !
[Fanfares.] Allons, notre fortune à tous est faite ! — Dii deœque omnes. Vous avez dansé supérieurement, fillettes.