Une rue.
Oui, nous nous échapperons pendant le souper: nous irons prendre nos déguisements chez moi, nous reviendrons tous en moins d'une heure.
Nous n'avons pas fait les préparatifs nécessaires.
Nous n'avons pas encore parlé de nous procurer des porte-flambeaux.
C'est une pauvre chose, quand cela n'est pas arrangé dans un bel ordre; et à mon avis il vaudrait mieux, en ce cas, n'y pas songer.
Il n'est encore que quatre heures: nous avons deux heures pour nous procurer tout ce qu'il faut. [(Entre Lancelot avec une lettre.)] Ami Lancelot, qu'y a-t-il de nouveau?
S'il vous plaît d'ouvrir cette lettre, elle pourra probablement vous l'apprendre.
Je connais cette main: c'est une belle main sur ma foi, et la belle main qui a écrit cette lettre est plus blanche que le papier sur lequel elle a écrit.
Une lettre d'amour, sûrement?
Avec votre permission, monsieur....
Où vas-tu?
Vraiment, monsieur, inviter mon ancien maître le Juif à souper ce soir chez mon nouveau maître le chrétien.
Attends, prends ceci.--Dis à l'aimable Jessica, que je ne lui manquerai pas de parole. Parle-lui en secret: va. [(Sort Lancelot.)]--Messieurs, voulez-vous vous préparer pour la mascarade de ce soir? Je suis pourvu d'un porte-flambeau.
Oui, vraiment, j'y vais sur-le-champ.
Et moi aussi.
Venez nous trouver, Gratiano et moi, dans quelque temps, au logis de Gratiano.
C'est bon, nous n'y manquerons pas.
Cette lettre ne venait-elle pas de la belle Jessica?
Il faut que je te dise tout: elle m'instruit de la manière dont il faut que je l'enlève de la maison de son père, me détaille ce qu'elle emporte d'or et de bijoux, l'habillement de page qu'elle a tout prêt. Si jamais le Juif son père entre dans le ciel, ce ne sera que par considération pour son aimable fille; et jamais le malheur n'osera traverser les pas de cette belle, qu'en s'autorisant du prétexte qu'elle est la lignée d'un Juif sans foi. Allons, viens avec moi: parcours cette lettre tout en marchant. La belle Jessica me servira de porte-flambeau.