ACTE QUATRIÈME

SCÈNE III

[Entre TYRREL.]
TYRREL.

L'acte sanglant et tyrannique est consommé; l'action la plus perfide, le massacre le plus horrible dont cette terre se soit jamais rendue coupable! Dighton et Forrest, que j'ai gagnés pour exécuter cette impitoyable scène de boucherie, des scélérats endurcis, des chiens sanguinaires, tout pénétrés d'attendrissement et d'une douce pitié, ont pleuré comme deux enfants en me faisant le triste récit de leur mort. «C'est ainsi, me disait Dighton, qu'étaient couchés ces aimables enfants.»--«Ils se tenaient ainsi, disait Forrest, se tenant mutuellement dans leurs bras innocents et blancs comme l'albâtre; leurs lèvres semblaient quatre roses rouges sur une seule tige, qui, dans leur beauté d'été, se baisaient l'une l'autre. Un livre de prières était posé sur leur oreiller: cette vue, dit Forrest, a, pendant un moment, presque changé mon âme. Mais, oh! le démon...» Le scélérat s'est arrêté à ce mot, et Dighton a continué: «Nous avons étouffé le plus parfait, le plus charmant ouvrage que la nature ait jamais formé depuis la création!» Ils m'ont quitté tous deux si pénétrés de douleur et de remords qu'ils ne pouvaient parler; et je les ai laissés aller pour venir apporter cette nouvelle à notre roi sanguinaire.--Ah! le voilà. (Entre le roi Richard.) Salut à mon souverain seigneur.

LE ROI RICHARD.

Eh bien, cher Tyrrel, vais-je être heureux par ta nouvelle?

TYRREL.

Si l'exécution de l'acte dont vous m'avez chargé doit enfanter votre bonheur, soyez donc heureux, car il est consommé.

LE ROI RICHARD.

Mais les as-tu vus morts?

TYRREL.

Oui, seigneur.

LE ROI RICHARD.

Et enterrés, cher Tyrrel?

TYRREL.

Le chapelain de la Tour les a enterrés; mais pour vous dire où, j'avoue que je ne le sais pas.

LE ROI RICHARD.

Reviens me trouver, cher Tyrrel, immédiatement après mon souper, et tu me conteras alors toutes les circonstances de leur mort... En attendant, ne t'occupe qu'à chercher dans ta pensée comment je pourrais te faire du bien, et sois sûr de l'accomplissement de tes désirs.--Adieu jusqu'à tantôt.

TYRREL.

Je prends humblement congé de vous.

[(Il sort.)]
LE ROI RICHARD.

Je vous ai bien enfermé le fils de Clarence; j'ai marié sa fille en bas lieu. Les fils d'Édouard dorment dans le sein d'Abraham, et ma femme Anne a souhaité le bonsoir à ce bas monde. A présent, comme je sais que Richmond de Bretagne a des vues sur la jeune Élisabeth, la fille de mon frère, et qu'à la faveur de ce noeud il forme des projets ambitieux sur la couronne, je vais la trouver, et lui faire ma cour en amant heureux et galant.

[(Entre Catesby.)]
CATESBY.

Mon prince....

LE ROI RICHARD.

Sont-ce de bonnes ou de mauvaises nouvelles que tu m'apportes si brusquement?

CATESBY.

Mauvaises, mon prince. Morton s'est enfui vers Richmond; et Buckingham, soutenu par les intrépides Gallois, est en campagne; ses forces s'accroissent à chaque instant.

LE ROI RICHARD.

Ély, joint à Richmond, m'inquiète bien plus que Buckingham et sa troupe ramassée à la hâte.--Allons, on m'a appris que les réflexions que l'on fait sur le danger sont les pesants auxiliaires du paresseux délai, et que le délai conduit après lui l'impotente indigence au pas de tortue. Volons donc sur les ailes de la rapidité, prompte comme la flamme, messagère de Jupiter, et faite pour être le héraut d'un roi! Partons, assemblons une armée.--Mon bouclier est mon conseil: il faut abréger, quand les traîtres osent se mettre en campagne.

[(Ils sortent.)]