Quel est votre nom, monsieur? Votre titre? Et de quel endroit êtes-vous, je vous prie?
Je suis chevalier, monsieur, et je m'appelle Coleville de la Vallée.
Ainsi Coleville est votre nom, chevalier votre titre, et la Vallée votre demeure. Le nom de Coleville vous restera, traître sera votre titre et le cachot sera votre demeure, demeure assez profonde. Ainsi vous ne changerez point de nom et vous serez toujours Coleville de la Vallée.
N'êtes-vous pas sir Jean Falstaff?
Je le vaux bien toujours, monsieur, qui que je puisse être. Vous rendez-vous, monsieur, ou bien faudra-t-il que je sue pour vous y forcer? Si tu me fais suer, les larmes de tes amis me le payeront: ils pleureront ta mort. Ainsi songe à avoir peur et à trembler, et soumets-toi à ma clémence.
Je crois que vous êtes le chevalier Falstaff, et, dans cette idée, je me rends à vous.
J'ai une école entière de langues dans mon ventre, et il n'y en a pas une qui sache dire autre chose que mon nom. Si je n'avais qu'un ventre ordinaire, je serais simplement l'homme le plus actif qu'il y eût en Europe; mais mon ventre, mon ventre, mon ventre me perd.--Oh! voilà notre général.
La première chaleur est passée; ne poursuivez pas plus loin à présent. Rassemblez les troupes, mon cher cousin Westmoreland. (Westmoreland sort.) A présent, Falstaff, qu'êtes-vous devenu pendant tout ce temps-ci? Quand tout est fini, c'est alors que vous paraissez. Sur ma parole, ces tours de paresseux vous fileront un jour ou l'autre quelque corde.
Je serais bien fâché, mon prince, d'en agir autrement. Je n'ai encore connu d'autre récompense de la valeur que les rebuts et les reproches. Me prenez-vous pour une hirondelle, une flèche, ou un boulet de canon? Puis-je donner à mes pauvres vieux mouvements la rapidité de la pensée? Je suis arrivé ici avec toute la célérité qui m'était possible. J'ai coulé à fond cent quatre-vingt et tant de postes; et après cela, tout harassé que je suis, j'ai encore dans ma pure et immaculée valeur, pris sir Jean Coleville de la Vallée, un des plus terribles chevaliers, des plus vaillants ennemis qu'on puisse rencontrer: mais après tout, quel mérite y a-t-il à cela? Il ne m'a pas plutôt vu, qu'il s'est rendu: de façon que je puis bien dire, avec le célèbre nez crochu de Rome: «Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu.»
Grâce à sa courtoisie, plus qu'à votre valeur.
Je n'en sais rien; mais le voilà toujours, et c'est à vous que je le remets, et je supplie en grâce Votre Altesse que cette action soit enregistrée parmi les autres faits de cette journée: ou bien, sur mon Dieu, je la ferai mettre dans une ballade spéciale, avec mon portrait en tête, où l'on verra Coleville baisant mon pied: et quand vous m'aurez forcé à prendre ce parti, si vous ne paraissez pas tous auprès de moi aussi minces que des pièces de deux sous dorées, et si, placé dans le ciel pur de la gloire, je ne vous surpasse pas alors en éclat, comme la pleine lune surpasse les petites étincelles du firmament, semblables près d'elle à des têtes d'épingles, ne croyez jamais à la parole d'un chevalier. C'est pourquoi, laissez-moi jouir de mes droits, et souffrez que le mérite monte.
Le tien est trop pesant pour monter.
Eh bien! qu'il brille donc.
Il est trop opaque.
Enfin, qu'il lui arrive donc quelque chose, mon cher lord, qui me fasse du bien: après cela, donnez-lui le nom que vous voudrez.
Est-ce toi qui t'appelles Coleville?
Oui, milord.
Tu es un fameux rebelle, Coleville.
Et c'est un fameux fidèle sujet qui l'a pris.
Je ne suis, milord, que ce que sont les chefs qui m'ont conduit ici. S'ils avaient voulu suivre mes conseils, vous les auriez achetés plus cher que vous n'avez fait.
Je ne sais pas combien ils se sont vendus; mais pour toi, comme un bon garçon, tu t'es donné gratis, et je te remercie du présent que tu m'as fait de toi.
A-t-on cessé la poursuite?
On a fait retraite et on va s'occuper de l'exécution des rebelles.
Envoyez Coleville avec ses confédérés à York, pour y être exécuté sur-le-champ. Vous, Blount, conduisez-le hors d'ici, et voyez à ce qu'il soit bien gardé.... (Quelques-uns sortent avec Coleville.) A présent hâtons-nous de partir pour la cour, mes lords, car j'apprends que mon père est très-malade. La nouvelle de nos succès nous devancera auprès de Sa Majesté. Ce sera vous, cousin, qui vous chargerez de la lui porter pour le ranimer, tandis que nous vous suivrons sans nous presser.
Milord, je vous en supplie, permettez-moi de traverser le comté de Glocester, et quand vous arriverez à la cour, je vous en conjure, faites un bon rapport de moi, mon prince.
Allez, portez-vous bien, Falstaff; pour moi, comme c'est aussi mon caractère, je parlerai de vous mieux que vous ne méritez.
Je vous souhaiterais seulement de l'esprit, cela vaudrait mieux que votre duché. De bonne foi, ce jeune homme au sang-froid ne m'aime point, il est impossible de le faire rire: mais il n'y a rien d'étonnant, cela ne boit pas de vin. Vous ne verrez jamais aucun de ces graves petits garçons tourner à bien, car leur maigre boisson leur refroidit tellement le sang, que, joignez à cela tous leurs repas de poisson, ils tombent dans des espèces de pâles couleurs masculines, et quand ils se marient ils ne font que des femelles. Ce sont pour la plupart des sots et des lâches, comme le seraient quelques-uns de nous si nous ne nous mettions pas le feu dans le ventre. Une bonne bouteille de vin de Xérès produit deux grands effets: 1º elle monte à la tête et s'empare de mon cerveau, où elle dessèche toutes les vapeurs crues, épaisses et sottes qui l'environnent. Elle rend la conception vive, légère, la remplit de tournures soudaines, animées, charmantes, qui, communiquées à la voix, naissent au moyen de la langue en excellentes saillies. Le second avantage qu'on retire de ce recommandable vin de Xérès, c'est qu'il vous réchauffe le sang, qui, auparavant froid et tranquille, laissait le foie pâle et blafard, ce qui est la marque évidente de la pusillanimité et de la lâcheté: mais le Xérès le réchauffe, et le fait courir de l'intérieur aux extrémités extérieures: il allume la figure qui, comme un phare, avertit tout le reste de ce petit royaume, l'homme, de prendre les armes: et alors la troupe des esprits vitaux, et autres moindres habitants de l'intérieur des terres vous viennent en grand nombre se porter vers leur capitaine, le coeur, qui, fier et enflé de cette suite nombreuse, exécute tout ce qu'on veut en fait d'actions de courage; et toute cette valeur vient du Xérès; de façon que la plus grande science dans les armes n'est rien, sans un peu de vin d'Espagne. C'est lui qui la met en mouvement; et le plus grand savoir n'est qu'un trésor gardé par le diable jusqu'à ce que le vin d'Espagne le fasse sortir de l'inaction, le mette en usage et en valeur. Aussi voilà pourquoi le prince Henri est brave; il avait naturellement hérité de son père un sang morne et froid; mais il l'a si bien cultivé, travaillé et engraissé, comme on fait une terre sèche, maigre et stérile, à force de s'accoutumer à boire du bon, du vrai et fertile vin d'Espagne, et à bonnes doses, qu'il est devenu chaud et très-vaillant. Si j'avais mille fils, le premier principe que je leur donnerais serait de renoncer à toute maigre boisson, et de s'adonner au vin d'Espagne. (Entre Bardolph.) Eh bien, Bardolph, quelles nouvelles?
L'armée est tout à fait licenciée et partie.
Soit, qu'elle aille: pour moi je vais repasser par le comté de Glocester, et là, rendre une petite visite à maître Robert Shallow, écuyer. Je le tiens déjà comme une cire que je façonne entre mes doigts, et je ne tarderai pas à lui donner l'empreinte.--Allons, partons.