Appartement du palais.
Écoutez, la terre me défend de la fouler plus longtemps. Elle a honte de me porter! Approchez, mes amis; je me suis si fort attardé Note 1Benighted, surpris par la nuit; nous avons conservé le mot attardé, qui rend assez bien le mot anglais. dans le monde que j'ai perdu ma route pour jamais.—Il me reste un vaisseau chargé d'or, prenez-le; partagez-le entre vous. Fuyez, et allez faire votre paix avec César.
Fuir? Non, pas nous.
J'ai bien fui moi-même, et j'ai appris aux lâches à se sauver et à montrer leur dos à l'ennemi. Amis, quittez-moi; je suis décidé à suivre une voie dans laquelle je n'ai aucun besoin de vous. Allez. Mon trésor est dans le port; prenez-le.—Oh! j'ai suivi celle que je rougis maintenant d'envisager! Mes cheveux eux-mêmes se révoltent, car mes cheveux blancs reprochent aux cheveux bruns leur imprudence, et ceux-ci reprochent aux autres leur lâcheté et leur folie.—Mes amis, quittez-moi; je vous donnerai des lettres pour quelques amis, qui vous faciliteront l'accès auprès de César. Je vous en conjure, ne vous affligez point: ne me parlez pas de votre répugnance, suivez le conseil que mon désespoir vous donne bien haut; abandonnez ceux qui s'abandonnent eux-mêmes. Descendez tout droit au rivage. Je vais dans un instant vous mettre en possession de ce trésor et de ce vaisseau.—Laissez-moi, je vous prie, un moment.—Je vous en conjure, laissez-moi; je vous en prie, car j'ai perdu le droit de vous commander. Je vous rejoindrai tout à l'heure.
Oui, madame, approchez-vous; venez, consolez-le.
Consolez-le, chère reine.
Le consoler! Oui, sans doute.
- Laissez-moi m'asseoir. O Junon!
Non, non, non, non.
La voyez-vous, seigneur?
Oh! loin de moi, loin, loin!
Madame....
Madame, chère souveraine....
Seigneur, seigneur!
Oui, mon seigneur, oui, vraiment.—Il portait à Philippes son épée dans le fourreau, comme un danseur, tandis que je frappais le vieux et maigre Cassius, et ce fut moi qui donnai la mort au frénétique Brutus Note 2«C'est ainsi que le débauché Antoine traitait le sublime patriotisme de Brutus.» WARBURTON. . Lui, il n'agissait que par des lieutenants et n'avait aucune expérience des grands exploits de la guerre; et aujourd'hui...—N'importe.
Ah! restez-là.
La reine, seigneur, la reine!
Avancez vers lui, madame. Parlez-lui. Il est hors de lui, il est accablé par la honte.
Allons, soutenez-moi donc.—Oh!
Noble seigneur, levez-vous: la reine s'approche; sa tête est penchée et la mort va la saisir; mais vous pouvez la consoler et la rappeler à la vie.
J'ai porté un coup mortel à ma réputation! le coup le plus lâche....
Seigneur, la reine...
O Égyptienne, où m'as-tu conduit? Vois, je cherche à dérober mon ignominie à tes yeux, en jetant mes regards en arrière, sur ce que j'ai laissé derrière moi, plongé dans le déshonneur.
Ah! seigneur, seigneur, pardonnez à mes timides vaisseaux; j'étais loin de prévoir que vous me suivriez.
Égyptienne, tu savais trop bien que mon coeur était attaché au gouvernail de ton vaisseau, et que tu me traînerais à la remorque. Tu connaissais ton empire absolu sur mon âme, et tu savais qu'un signe de toi m'eût fait désobéir aux ordres des dieux mêmes.
Oh! pardonne-moi!
Maintenant il faut que j'envoie d'humbles propositions à ce jeune homme. Il faut que je supplie, que je rampe dans tous les détours de l'humiliation; moi qui gouvernais, en me jouant, la moitié de l'univers, qui créais et anéantissais, à mon gré, les fortunes! Tu savais trop à quel point tu avais asservi mon âme, et que mon épée, affaiblie par ma passion, lui obéirait toujours.
Oh! pardon.
Ah! ne pleure pas; une seule de tes larmes vaut tout ce que j'ai jamais pu gagner ou perdre: donne-moi un baiser, il me paye de tout.—Nous avons envoyé notre maître d'école Note 3Euphronius. .—Est-il de retour?—Ma bien-airnée, je me sens abattu. Un peu de vin là-dedans et quelques aliments.—La fortune sait que plus elle me menace, et plus je la brave.