<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?>
<?xml-model href="../tei_all.rng" schematypens="http://relaxng.org/ns/structure/1.0"?>
<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra" xml:lang="fr">
  <teiHeader>
    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <title xml:lang="fr">Henri VI (1/3)</title>
        <author>
          <persName>William Shakespeare</persName>
          <note type="dates">1564–1616</note>
        </author>
        <respStmt>
          <resp>French translation</resp>
          <name>François Guizot</name>
        </respStmt>
        <respStmt xml:id="bookstacks-encoding">
          <resp>XHTML-to-TEI drama conversion and structural encoding</resp>
          <name>Bookstacks project</name>
        </respStmt>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition n="1.0">Bookstacks French TEI edition</edition>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Bookstacks project</publisher>
        <pubPlace>United States</pubPlace>
        <date when="2026-08-22">22 August 2026</date>
        <idno type="local">shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra</idno>
        <availability status="free">
          <licence target="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/">This derived TEI file is made available under the Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License; the Project Gutenberg source is public domain in the United States.</licence>
        </availability>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <p>Born-digital French text from Project Gutenberg eBook #26763, converted from its EPUB XHTML reading order. Gutenberg administrative boilerplate and navigation were omitted.</p>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>
    <encodingDesc>
      <projectDesc>
        <p>Acts, scenes, dramatic speakers, prose speeches, stage directions, cast material, songs and verse, editorial notices, inline typography, and referenced translator notes were mapped to TEI P5 without inventing speaker identities.</p>
      </projectDesc>
    </encodingDesc>
    <profileDesc>
      <langUsage>
        <language ident="fr">French</language>
      </langUsage>
      <textClass>
        <keywords scheme="https://www.gutenberg.org">
          <term>Henry VI, King of England, 1421-1471 -- Drama</term>
          <term>Great Britain -- Kings and rulers -- Drama</term>
          <term>Great Britain -- History -- Henry VI, 1422-1461 -- Drama</term>
        </keywords>
      </textClass>
    </profileDesc>
    <revisionDesc>
      <change when="2026-08-22" who="#bookstacks-encoding">Converted the French Project Gutenberg EPUB XHTML into standalone dramatic TEI P5.</change>
    </revisionDesc>
  </teiHeader>
  <text xml:lang="fr">
    <body>
      <div type="title-page" xml:id="fra-title-page-000001">
        <head>Henri VI (1/3)</head>
        <p xml:id="fra-p-000001" rend="preformatted">Note du transcripteur.</p>
        <p xml:id="fra-p-000002" rend="preformatted">=================================================</p>
        <p xml:id="fra-p-000003" rend="preformatted">Ce document est tiré de:</p>
        <p xml:id="fra-p-000004" rend="preformatted">OEUVRES COMPLÈTES DE</p>
        <p xml:id="fra-p-000005" rend="preformatted">SHAKSPEARE</p>
        <p xml:id="fra-p-000006" rend="preformatted">TRADUCTION DE</p>
        <p xml:id="fra-p-000007" rend="preformatted">M. GUIZOT</p>
        <p xml:id="fra-p-000008" rend="preformatted">NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE</p>
        <p xml:id="fra-p-000009" rend="preformatted">AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE</p>
        <p xml:id="fra-p-000010" rend="preformatted">DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES</p>
        <p xml:id="fra-p-000011" rend="preformatted">Volume 7</p>
        <p xml:id="fra-p-000012" rend="preformatted">Henri IV (2e partie)</p>
        <p xml:id="fra-p-000013" rend="preformatted">Henri V</p>
        <p xml:id="fra-p-000014" rend="preformatted">Henri VI (1re, 2e et 3e partie)</p>
        <p xml:id="fra-p-000015" rend="preformatted">PARIS</p>
        <p xml:id="fra-p-000016" rend="preformatted">A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE</p>
        <p xml:id="fra-p-000017" rend="preformatted">DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS</p>
        <p xml:id="fra-p-000018" rend="preformatted">35, QUAI DES AUGUSTINS</p>
        <p xml:id="fra-p-000019" rend="preformatted">1863</p>
        <p xml:id="fra-p-000020" rend="preformatted">==================================================</p>
        <p xml:id="fra-p-000021" rend="subheading">HENRI VI</p>
        <p xml:id="fra-p-000022" rend="subheading">TRAGÉDIE</p>
        <p xml:id="fra-p-000023" rend="subheading">PREMIÈRE PARTIE.</p>
      </div>
      <div type="introduction" xml:id="fra-introduction-000001">
        <head>NOTICE SUR LES PREMIÈRE, SECONDE ET TROISIÈME PARTIES DE HENRI VI</head>
        <p xml:id="fra-p-000024">Les trois parties de <hi rend="italic">Henri VI</hi> ont été, parmi les éditeurs et commentateurs
de Shakspeare, un sujet de controverse qui n'est point encore
éclairci, ni peut-être même épuisé; plusieurs d'entre eux ont
pensé que la première de ces pièces ne lui appartenait en aucune
façon; d'autres, en moindre nombre, lui ont aussi disputé l'invention
originale des deux dernières, que, selon eux, il n'aurait fait que retoucher,
et dont la conception primitive appartiendrait à un ou à
deux autres auteurs. Aucune des trois pièces n'a été imprimée du
vivant de Shakspeare, ce qui ne prouve rien, car il en est de même
de plusieurs autres ouvrages dont personne ne conteste l'authenticité,
mais ce qui laisse du moins toute latitude au doute et à la discussion.</p>
        <p xml:id="fra-p-000025">La faiblesse générale de ces trois compositions, où l'on ne trouve
qu'un petit nombre de scènes qui rappellent la touche du maître, ne
serait pas non plus un motif suffisant pour les attribuer à une autre
main que la sienne; car, dans le cas où elles lui appartiendraient, ce
seraient ses premiers ouvrages: circonstance qui expliquerait assez
leur infériorité, du moins en ce qui regarde la conduite du drame,
la liaison des scènes, l'art de soutenir et d'augmenter progressivement
l'intérêt, en ramenant toutes les diverses parties de la composition
à une impression unique qui s'avance et s'accroît, comme le
fleuve grossit à chaque pas des eaux que lui envoient les divers points
de l'horizon. Tel est en effet le caractère de Shakspeare dans ses
grandes compositions, et ce qui manque essentiellement aux trois
parties de Henri VI, surtout à la première. Mais ce qui y manque
également, ce sont les défauts de Shakspeare, cette recherche, cette
emphase auxquelles il n'a pas toujours échappé dans ses plus beaux
ouvrages, résultat presque nécessaire de la jeunesse des idées qui,
étonnées pour ainsi dire d'elles-mêmes, ne savent comment épuiser
le plaisir qu'elles trouvent à se produire; il serait étrange que les
premiers essais de Shakspeare en eussent été exempts.</p>
        <p xml:id="fra-p-000026">Il faut cependant distinguer ici, entre les trois parties de Henri VI,
ce qui concerne la première à laquelle on croit que Shakspeare a
été presque entièrement étranger, et ce qui a rapport aux deux
autres dont on ne lui dispute que l'invention et la composition originale,
en reconnaissant qu'il les a considérablement retouchées.
Voici les faits.</p>
        <p xml:id="fra-p-000027">En 1623, c'est-à-dire sept ans après la mort de Shakspeare, parut
la première édition complète de ses oeuvres. Quatorze de ses pièces
seulement avaient été imprimées de son vivant, et les trois parties de
Henri VI n'étaient pas du nombre; elles parurent en 1623, dans
l'état où on les donne aujourd'hui, et toutes trois attribuées à Shakspeare,
quoique déjà, à ce qu'il paraît, une espèce de tradition lui
disputât la première. D'un autre côté, dès l'an 1600, avaient été publiées,
sans nom d'auteur, par Thomas Mellington, libraire, deux
pièces intitulées, l'une <hi rend="italic">The first part of the contention of the two
famous houses of York and Lancaster, with the death of the good
duke Humphrey, etc.</hi>
<note type="editorial" n="1" xml:id="fra-note-000001">La première partie de la querelle des deux fameuses maisons d'York et de Lancaster, avec la mort du bon duc Humphrey, etc.</note>; l'autre: <hi rend="italic">The true tragedy of Richard duke
of York and death of good king Henry the sixth</hi>
<note type="editorial" n="2" xml:id="fra-note-000002">La vraie tragédie de Richard, duc d'York, et la mort du bon roi Henri VI.</note>. De ces deux
pièces, l'une a servi de moule, si on peut s'exprimer ainsi, à la seconde
partie de Henri VI, l'autre à la troisième. La marche et la
coupe des scènes et du dialogue s'y retrouvent à quelques légères
différences près; des passages entiers ont été transportés textuellement
des pièces originales dans celles que nous a données Shakspeare
sous le nom de <hi rend="italic">Seconde</hi> et <hi rend="italic">troisième partie de Henri VI</hi>. La
plupart des vers ont été simplement retouchés, et quelques-uns
seulement, en assez petit nombre, ont été entièrement ajoutés.</p>
        <p xml:id="fra-p-000028">En 1619, c'est-à-dire trois ans après la mort de Shakspeare, ces
deux pièces originales furent réimprimées par un libraire nommé
Pavier, et cette fois avec le nom du poëte. Dès lors s'établit parmi
les critiques l'opinion qu'elles appartenaient à Shakspeare, et devaient
être regardées, soit comme une première composition qu'il
avait lui-même revue et corrigée, soit comme une copie imparfaite
prise à la représentation, et livrée en cet état à l'impression; ce qui
arrivait assez souvent, dans ce temps-là, les auteurs étant peu dans
l'usage de faire imprimer leurs pièces. Cette dernière opinion a été
longtemps la plus générale; cependant elle ne peut guère soutenir
l'examen, car, comme l'observe M. Malone, celui de tous les commentateurs
qui a jeté le plus de jour sur la question, un copiste maladroit
retranche et estropie, mais il n'ajoute pas; et les deux pièces
originales contiennent des passages, même quelques scènes assez
courtes, qui ne se retrouvent plus dans les autres. D'ailleurs, rien
n'y porte l'empreinte d'une copie mal faite; la versification en est
régulière, le style en est seulement beaucoup plus prosaïque que celui
des passages qui appartiennent indubitablement à Shakspeare: d'où il
résulterait que le copiste aurait précisément omis les traits les plus
frappants, les plus propres à saisir l'imagination et la mémoire.</p>
        <p xml:id="fra-p-000029">Resterait donc seulement la supposition d'une première ébauche,
perfectionnée ensuite par son auteur. Entre les preuves de détail
qu'amasse M. Malone contre cette opinion, et qui ne sont pas toutes
également concluantes, il en est une cependant qui mérite d'être prise en
considération, c'est que les pièces originales sont évidemment tirées de
la chronique de Hall, tandis que c'est Hollinshed qu'a toujours suivi
Shakspeare, ne prenant jamais de Hall que ce qu'en a copié Hollinshed.
Il n'est pas vraisemblable que, s'il eût puisé dans Hall ses
premiers ouvrages, il eût ensuite quitté l'original pour le copiste.</p>
        <p xml:id="fra-p-000030">Ces deux opinions rejetées, il faut supposer que Shakspeare aurait
emprunté sans scrupule, à l'ouvrage d'un autre, le fond et l'étoffe
qu'il aurait ensuite enrichis de sa broderie; ses nombreux emprunts
aux auteurs dramatiques de son temps rendent cette supposition
très-facile à admettre, et voici un fait qui, dans cette occasion spéciale,
équivaut presque à une preuve de sa légitimité. Et d'abord il
faut savoir que les deux pièces originales imprimées en 1600 existaient
dès 1593, car on les trouve à cette époque enregistrées sous
le même titre, et avec le nom du même libraire, dans les registres
du <hi rend="italic">stationer</hi>, espèce de syndic de la corporation des libraires, imprimeurs,
etc., patenté par le gouvernement, et chargé de l'annonce
des ouvrages destinés à l'impression. Quelle cause retarda jusqu'en
1600 la publication de ces deux pièces, c'est ce qu'il est inutile en
ce moment de discuter; mais cette preuve de l'ancienneté de leur
existence acquiert, dans la question qui nous occupe, une importance
assez grande par le passage suivant d'un pamphlet de Green
<note type="editorial" n="3" xml:id="fra-note-000003">Green's groat's worth of wit, etc.</note>,
auteur très-fécond mort au mois de septembre 1592. Dans ce pamphlet,
écrit peu de temps avant sa mort, et imprimé aussitôt après,
comme il l'avait ordonné par son testament, Green adresse ses adieux
et ses conseils à plusieurs de ses amis, littérateurs comme lui; l'objet
de ses conseils est de les détourner de travailler pour le théâtre,
s'ils veulent éviter les chagrins dont il se plaint. Un des motifs qu'il
leur donne, c'est l'imprudence qu'il y aurait à eux de se fier aux
acteurs; car, dit-il, «il y a là un parvenu, corbeau paré de nos
plumes, qui, avec <hi rend="italic">son coeur de tigre recouvert d'une peau d'acteur</hi>
<note type="editorial" n="4" xml:id="fra-note-000004">Allusion à un vers de l'ancienne pièce The first part of the contentions, etc. O tyger's heart wrapt in a woman's hide.</note>,
se croit aussi habile à enfler (<hi rend="italic">to bombaste</hi>) un vers blanc
que le meilleur d'entre vous, et devenu absolument un <hi rend="italic">Johannes
factotum</hi>, est, dans sa propre opinion, le seul
<hi rend="italic">shake-scene</hi>
<note type="editorial" n="5" xml:id="fra-note-000005">Shake-scene (secoue scène), pour shake-spear (secoue-lance).</note> du
pays.» Ce passage ne laisse aucun doute sur les emprunts faits
à Green par Shakspeare dès 1592; et comme les <hi rend="italic">Henri VI</hi> sont les
seules pièces de notre poëte qu'on croie pouvoir placer avant cette
époque, la question paraîtrait à peu près résolue; en même temps
que la citation faite par Green, à cette occasion, d'un vers de la
pièce originale, prouverait que c'était là ce qui lui tenait au coeur.
Il est donc assez vraisemblable que Shakspeare, acteur alors et n'exerçant
encore l'activité de son génie qu'au profit de sa troupe, aura
essayé de remettre au théâtre, avec plus de succès, des pièces déjà
connues, et dont le fond lui présentait quelques beautés à faire valoir.
Les pièces appartenant alors, selon toute apparence, aux comédiens
qui les avaient achetées, l'entreprise était naturelle, et le
succès des <hi rend="italic">Henri VI</hi> aura été probablement le premier indice sur la
foi duquel un génie qui ignorait encore ses propres forces aura osé
s'élancer dans la carrière.</p>
        <p xml:id="fra-p-000031">Pour s'expliquer ensuite comment Shakspeare, reprenant ainsi en
sous oeuvre les deux pièces dont il a fait la seconde et la troisième
partie de <hi rend="italic">Henri VI</hi>, n'aurait pas fait le même travail sur la première,
il suffirait de penser que cette première partie était alors en
possession du théâtre avec un succès assez grand pour que l'intérêt
des acteurs n'y demandât aucun changement. Cette supposition est
appuyée par un passage d'un pamphlet de Thomas Nashe
<note type="editorial" n="6" xml:id="fra-note-000006">Pierce pennyless, his supplication to the devil; 1592.</note> où parlant
du brave Talbot: «Combien, dit-il, se serait-il réjoui de penser
«qu'après avoir reposé deux cents ans dans la tombe, il triompherait
de nouveau sur le théâtre, et que ses os seraient embaumés de
nouveau (en différentes fois) des larmes de dix mille spectateurs
au moins, qui le verraient tout fraîchement blessé dans la personne
du tragédien qui le représente!» Nashe, intime ami de Green,
n'aurait probablement pas parlé sur ce ton d'une pièce de Shakspeare,
et peut-être est-ce le succès même de cette pièce qui aura
engagé Shakspeare à rendre les deux autres dignes de le partager;
mais, dans cette supposition même, il serait difficile de ne pas croire
que, soit avant, soit plus tard, Shakspeare n'ait pas relevé, par quelques
touches, le coloris d'un ouvrage qui n'avait pu plaire à ses
contemporains que parce que Shakspeare ne s'était pas encore montré.
Ainsi, les scènes entre Talbot et son fils doivent être de lui, ou
bien il faudrait croire qu'avant lui existait, en Angleterre, un auteur
dramatique capable d'atteindre à cette touchante et noble vérité
dont bien peu, après lui, ont entrevu le secret. Rien n'est plus beau
que cette peinture des deux héros, l'un mourant, l'autre à peine né
à la vie des guerriers; le premier, rassasié de gloire, et, dans son
anxiété paternelle, occupé de sauver plutôt la vie que l'honneur
de son fils; l'autre, sévère, inflexible, et ne songeant à prouver son
affection filiale que par la mort qu'il est déterminé à chercher auprès
de son père, et par le soin qu'il aura de conserver ainsi l'honneur de
sa race. Cette situation, variée par toutes les alternatives de crainte
et d'espérance que peuvent offrir les chances d'une bataille où le
père sauve son fils, où le fils est ensuite tué loin de son père, offre
presqu'à elle seule l'intérêt d'un drame, et tout porte à croire que
Shakspeare ajouta cet ornement à une pièce que son étroite connexion
avec celles qu'il avait refaites associait pour ainsi dire à ses
oeuvres. Il faut remarquer d'ailleurs que les scènes entre Talbot et
son fils sont presque entièrement en vers rimés, ainsi qu'il s'en trouve
un grand nombre dans les ouvrages de Shakspeare, tandis que, dans
le reste de la pièce, et dans les deux pièces qui paraissent destinées
à lui faire suite, il ne se trouve presque aucune rime. La scène qui,
dans la première partie de <hi rend="italic">Henri VI</hi>, en contient le plus est celle où
l'on voit Mortimer mourant dans sa prison; aussi pourrait-on penser
qu'elle a reçu au moins des additions de la main de Shakspeare: ces
additions et quelques autres peut-être, bien qu'en petit nombre, auront
pu fournir, aux éditeurs de 1623, une raison qui leur aura paru
suffisante pour ranger, au nombre des ouvrages d'un poëte qui avait
tué tous les autres, une pièce qui devait tout son mérite à ce qu'il
y avait ajouté, et qui se joignait d'ailleurs nécessairement à deux
autres ouvrages où il avait trop mis du sien pour qu'on pût les retrancher
de ses oeuvres.</p>
        <p xml:id="fra-p-000032">Quant à l'insertion du nom de Shakspeare dans l'édition, donnée
par Pavier, des deux pièces originales, il est aisé de l'expliquer par
une fraude de libraire, fraude extrêmement commune alors, et qui
a été pratiquée à l'égard de plusieurs ouvrages dramatiques composés
sur des sujets qu'avait traités Shakspeare, et qu'on espérait
vendre à la faveur de son nom. Ce qui rend la chose encore plus
vraisemblable, c'est que cette édition est sans date, bien qu'on sache
qu'elle parut en 1619, ce qui pouvait être une petite habileté du
libraire pour laisser croire qu'elle avait paru du vivant de l'auteur
dont il empruntait le nom.</p>
        <p xml:id="fra-p-000033">On ignore l'époque précise de la représentation de la première
partie de <hi rend="italic">Henri VI</hi>, qui, selon Malone, a d'abord porté le nom de
<hi rend="italic">Pièce historique du roi Henri VI</hi>
<note type="editorial" n="7" xml:id="fra-note-000007">The historical play of king Henri the sixth.</note>. Le style de cette pièce, excepté
ce qu'on peut attribuer à Shakspeare, porte le même caractère
que celui de tous les ouvrages dramatiques de cette époque qui ont
précédé ceux de notre poëte, une construction grammaticale fort
irrégulière, le ton assez simple mais sans noblesse, et la versification
assez prosaïque. L'intérêt, assez médiocre quoique la pièce offre
un grand mouvement, est d'ailleurs fort diminué pour nous par la
ridicule et grossière absurdité du rôle de Jeanne d'Arc, qui du reste
peut nous donner l'idée la plus exacte du sentiment avec lequel les
chroniqueurs anglais ont écrit l'histoire de cette fille héroïque, et
des traits sous lesquels ils l'ont représentée: en ce sens, la pièce est
historique.</p>
        <p xml:id="fra-p-000034">La seconde partie de <hi rend="italic">Henri VI</hi>, beaucoup plus intéressante que
la première, n'est pas conduite avec beaucoup plus d'art; des monologues
y sont continuellement employés à exposer les faits; les sentiments
s'expriment dans des <hi rend="italic">aparté</hi>. Les scènes, séparées par des
intervalles considérables (la pièce entière renferme un espace de dix
ans), ne présentent entre elles aucun lien; on n'y aperçoit aucun de
ces efforts que Shakspeare a faits, dans la plupart de ses autres ouvrages,
pour les unir, quelquefois même aux dépens de la vraisemblance;
et comme en même temps rien n'avertit de ce qui les sépare,
on est souvent étonné de se trouver, sans l'avoir remarqué, transporté
à des années de distance de l'événement qu'on vient de voir
finir. Les diverses parties de la pièce ne tiennent pas non plus essentiellement
les unes aux autres, défaut très-rare dans les ouvrages
incontestablement reconnus pour être de la main de Shakspeare.
Ainsi l'aventure de Simpcox est absolument hors d'oeuvre; celle de
l'armurier et de son apprenti ne se rattache que faiblement au sujet,
et les pirates qui mettent Suffolk à mort ne se rattachent en rien au
reste de l'intrigue. Quant à la partie des caractères, il s'en faut de
beaucoup qu'elle réponde au talent ordinaire de Shakspeare; on ne
peut nier qu'il n'y ait du mérite dans la peinture de Henri, ce
prince dont les sentiments pieux et la constante bonté parviennent
presque toujours à nous intéresser malgré le ridicule de cette faiblesse
et de cette pauvreté d'esprit qui touchent à l'imbécillité: le
rôle de Marguerite est assez bien soutenu; mais cet excès de fausseté
envers son mari sort des bornes de la vraisemblance, et ce n'est pas
Shakspeare, du moins dans son bon temps, qui eût donné, à deux
criminels tels que Marguerite et Suffolk, des sentiments aussi tendres
que ceux de leur dernière entrevue. Pour Warwick et Salisbury,
ce sont deux caractères sans aucune espèce de liaison, et impossibles
à expliquer.</p>
        <p xml:id="fra-p-000035">Que Shakspeare soit ou non l'auteur de la pièce intitulée: <hi rend="italic">The
first contention</hi>, etc., la seconde partie de <hi rend="italic">Henri VI</hi> est entièrement
calquée sur cet ouvrage. Shakspeare n'en a cependant pris textuellement
qu'une assez petite partie, et particulièrement les scènes coupées
en dialogue rapide, comme celle de l'aventure de Simpcox, le
combat des deux artisans, la dispute de Glocester et du cardinal à la
chasse; il a fait peu de changements dans ces morceaux, ainsi que
dans une partie de la révolte de Cade. Cependant cette scène d'un
horrible effet, où l'on voit le lord Say entre les mains de la populace,
est presque entièrement de Shakspeare. Quant aux discours
un peu longs, il les a plus ou moins retouchés, et la plupart même
lui appartiennent entièrement, comme ceux de Henri en faveur de
Glocester, ceux de Marguerite à son mari, une grande partie de la
défense de Glocester, des monologues d'York, et presque tout le
rôle du jeune Clifford. Il n'est pas difficile d'y reconnaître la main
de Shakspeare, à une poésie plus hardie, plus brillante d'images,
moins exempte peut-être de cet abus d'esprit que Shakspeare ne paraît
pas avoir emprunté aux poëtes dramatiques de l'époque. Du
reste, sauf un certain nombre d'anachronismes communs à tous les
ouvrages de Shakspeare, celui-ci est assez fidèle à l'histoire, et la
lecture des chroniques a donné, en ce temps, aux auteurs de pièces
historiques un caractère de vérité et des moyens d'intérêt que les
hommes supérieurs peuvent seuls tirer des sujets d'invention.</p>
        <p xml:id="fra-p-000036">La troisième partie de <hi rend="italic">Henri VI</hi> comprend depuis le printemps
de l'année 1455 jusqu'à la fin de l'année 1471, c'est-à-dire un espace
d'environ seize ans, pendant lesquels ont été livrées quatorze
batailles qui, selon un compte probablement très-exagéré, ont coûté la
vie à plus de quatre-vingt mille combattants. Aussi le sang et les morts
ne sont-ils pas épargnés dans cette pièce, bien que, de ces quatorze
batailles, on n'en voie ici que quatre, auxquelles l'auteur a eu soin
de rapporter les principaux faits des quatorze combats: ces faits
sont, pour la plupart, des assassinats de sang-froid accompagnés
de circonstances atroces, quelquefois empruntées à l'histoire, quelquefois
ajoutées par l'auteur ou les auteurs. Ainsi la circonstance
du mouchoir trempé dans le sang de Rutland, et donné à son père
York pour essuyer ses larmes, est purement d'invention; le caractère
de Richard est également d'invention dans cette pièce et dans
la précédente. Richard était beaucoup plus jeune que son frère
Rutland dont on l'a fait l'aîné, et il ne peut avoir eu aucune part
aux événements sur lesquels se fondent les deux pièces; son caractère
y est d'ailleurs bien annoncé et bien soutenu. Celui de Marguerite
ne se dément point; et celui de Henri, à travers les progrès
de sa faiblesse et de son imbécillité, laisse encore apercevoir de
temps en temps ces sentiments doux et pieux qui ont jeté sur lui de
l'intérêt dans la première partie. Ces portions de son rôle appartiennent
entièrement à Shakspeare, ainsi que la plus grande partie
des méditations de Henri pendant la bataille de Towton, son discours
au lieutenant de la Tour, sa scène avec des gardes-chasse, etc.;
ces morceaux ne se trouvent point ou sont à peine indiqués
dans la pièce originale. Il est aisé de reconnaître les passages
ajoutés, car ils se distinguent par un charme et une naïveté d'images
que n'offre nulle part ailleurs le style de l'ouvrage original. Quelquefois
aussi les endroits retouchés par Shakspeare, soit sur son ouvrage,
soit sur celui d'un autre, se font remarquer par la recherche d'esprit
qui lui est familière, et qui n'est pas ici compensée par cette conséquence
et cette cohérence des images qui, dans ses bons ouvrages,
accompagnent presque toujours ses subtilités. C'est ce qu'on peut
remarquer, par exemple, dans les regrets de Richard sur la mort
de son père; il serait difficile de les attribuer à d'autres qu'à Shakspeare,
tant ils portent son empreinte; mais il serait également
difficile de les attribuer à ses meilleurs temps, et leur imperfection
pourrait servir encore à prouver que les trois parties de <hi rend="italic">Henri VI</hi>,
telles que nous les avons aujourd'hui, nous offrent, non pas Shakspeare
corrigé par lui-même dans la maturité de son talent, mais
Shakspeare employant le premier essai de ses forces à corriger les
ouvrages des autres. Il a au reste beaucoup moins retouché cette
pièce-ci que la précédente, qui probablement lui a paru plus digne
de ses efforts; excepté le discours de Marguerite avant la bataille de
Tewksbury, une partie de la scène d'Édouard avec lady Gray, et
quelques autres passages peu importants, on n'en peut guère ajouter
d'autres à ceux qui ont déjà été cités comme appartenant entièrement
à l'ouvrage corrigé. La plus grande partie de la pièce originale
y est textuellement reproduite; on y retrouve de même le décousu
qui a pu frapper dans la première et la seconde partie. Les horreurs
accumulées dans celle-ci ne laissent pas d'être peintes avec
une certaine énergie, mais bien éloignée de cette vérité profonde
que, dans ses beaux ouvrages, Shakspeare a su, pour ainsi dire,
tirer des entrailles mêmes de la nature.</p>
        <p xml:id="fra-p-000037">HENRI VI</p>
      </div>
      <div type="title-page" xml:id="fra-title-page-000002">
        <head>TRAGÉDIE</head>
        <p xml:id="fra-p-000038" rend="subheading">PREMIÈRE PARTIE</p>
        <p xml:id="fra-p-000039">PERSONNAGES</p>
        <p xml:id="fra-p-000040" rend="preformatted">LE ROI HENRI VI.</p>
        <p xml:id="fra-p-000041" rend="preformatted">LE DUC DE GLOCESTER, oncle du roi, et protecteur.</p>
        <p xml:id="fra-p-000042" rend="preformatted">LE DUC DE BEDFORD, oncle du roi, et régent de France.</p>
        <p xml:id="fra-p-000043" rend="preformatted">THOMAS DE BEAUFORT, duc d'Exeter, grand-oncle du roi.</p>
        <p xml:id="fra-p-000044" rend="preformatted">HENRI DE BEAUFORT, grand-oncle du roi, évêque de</p>
        <p xml:id="fra-p-000045" rend="preformatted">Winchester et ensuite cardinal.</p>
        <p xml:id="fra-p-000046" rend="preformatted">JEAN DE BEAUFORT, duc de Somerset.</p>
        <p xml:id="fra-p-000047" rend="preformatted">RICHARD PLANTAGENET, fils aîné de Richard, premièrement</p>
        <p xml:id="fra-p-000048" rend="preformatted">comte de Cambridge, ensuite duc d'York.</p>
        <p xml:id="fra-p-000049" rend="preformatted">LE COMTE DE WARWICK.</p>
        <p xml:id="fra-p-000050" rend="preformatted">LE COMTE DE SALISBURY.</p>
        <p xml:id="fra-p-000051" rend="preformatted">LE COMTE DE SUFFOLK.</p>
        <p xml:id="fra-p-000052" rend="preformatted">LORD TALBOT, ensuite comte de Shrewsbury.</p>
        <p xml:id="fra-p-000053" rend="preformatted">JEAN TALBOT, son fils.</p>
        <p xml:id="fra-p-000054" rend="preformatted">EDMOND MORTIMER, comte des Marches.</p>
        <p xml:id="fra-p-000055" rend="preformatted">LE GEOLIER DE MORTIMER.</p>
        <p xml:id="fra-p-000056" rend="preformatted">UN HOMME DE LOI.</p>
        <p xml:id="fra-p-000057" rend="preformatted">SIR JEAN FASTOLFFE.</p>
        <p xml:id="fra-p-000058" rend="preformatted">SIR WILLIAM LUCY.</p>
        <p xml:id="fra-p-000059" rend="preformatted">SIR WILLIAM GLANSDALE.</p>
        <p xml:id="fra-p-000060" rend="preformatted">SIR THOMAS GARGRAVE.</p>
        <p xml:id="fra-p-000061" rend="preformatted">WOODVILLE, lieutenant de la Tour de Londres.</p>
        <p xml:id="fra-p-000062" rend="preformatted">LE LORD MAIRE de Londres.</p>
        <p xml:id="fra-p-000063" rend="preformatted">VERNON, de la rose blanche, ou faction d'York.</p>
        <p xml:id="fra-p-000064" rend="preformatted">BASSET, de la rose rouge, ou faction de Lancastre.</p>
        <p xml:id="fra-p-000065" rend="preformatted">CHARLES, dauphin, depuis roi de France.</p>
        <p xml:id="fra-p-000066" rend="preformatted">RENÉ, duc d'Anjou, et roi titulaire de Naples.</p>
        <p xml:id="fra-p-000067" rend="preformatted">LE DUC DE BOURGOGNE.</p>
        <p xml:id="fra-p-000068" rend="preformatted">LE DUC D'ALENÇON.</p>
        <p xml:id="fra-p-000069" rend="preformatted">LE BATARD D'ORLÉANS.</p>
        <p xml:id="fra-p-000070" rend="preformatted">LE GOUVERNEUR DE PARIS.</p>
        <p xml:id="fra-p-000071" rend="preformatted">LE MAITRE CANONNIER de la ville d'Orléans, et son fils.</p>
        <p xml:id="fra-p-000072" rend="preformatted">LE GÉNÉRAL des troupes françaises à Bordeaux.</p>
        <p xml:id="fra-p-000073" rend="preformatted">UN SERGENT français.</p>
        <p xml:id="fra-p-000074" rend="preformatted">UN PORTIER.</p>
        <p xml:id="fra-p-000075" rend="preformatted">UN VIEUX BERGER, père de Jeanne d'Arc, la Pucelle.</p>
        <p xml:id="fra-p-000076" rend="preformatted">MARGUERITE, fille de René, et ensuite femme de Henri VI,</p>
        <p xml:id="fra-p-000077" rend="preformatted">et reine d'Angleterre.</p>
        <p xml:id="fra-p-000078" rend="preformatted">JEANNE, la Pucelle, dite communément Jeanne d'Arc.</p>
        <p xml:id="fra-p-000079" rend="preformatted">DÉMONS aux ordres de la Pucelle.</p>
        <p xml:id="fra-p-000080" rend="preformatted">LA COMTESSE D'AUVERGNE.</p>
        <p xml:id="fra-p-000081" rend="preformatted">Lords, gardiens de la tour, hérauts, capitaines, soldats,</p>
        <p xml:id="fra-p-000082" rend="preformatted">courriers, et autres suivants, tant anglais que français.</p>
        <p xml:id="fra-p-000083">La scène est tantôt en Angleterre, tantôt en France.</p>
      </div>
      <div type="act" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-001">
        <head>ACTE PREMIER</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-001-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000001">Abbaye de Westminster.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000002"><hi rend="italic">Marche funèbre. Le corps du roi Henri V, découvert, exposé
solennellement, entouré des</hi> DUCS DE BEDFORD, DE
GLOCESTER ET D'EXETER, DU COMTE DE WARWICK,
DE L'ÉVÊQUE DE WINCHESTER, DE HÉRAUTS,
ETC.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000001">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000084">Que les cieux soient tendus de noir! que le
jour cède à la nuit! comètes, qui amenez les révolutions
dans les siècles et les États, secouez dans le firmament
vos tresses de cristal, et châtiez-en les étoiles rebelles
qui ont conspiré la mort de Henri, de Henri V, trop illustre
pour qu'il vécût longtemps! Jamais l'Angleterre n'a
perdu un si grand roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000002">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000085">Avant lui, l'Angleterre n'avait jamais eu
de roi. Il avait de la vertu et méritait de commander.
Son épée, quand il la brandissait, éblouissait les yeux
de ses éclairs. Ses bras s'ouvraient plus largement que
les ailes du dragon: ses yeux, quand ils étincelaient du
feu de la colère, étourdissaient, repoussaient plus sûrement
ses ennemis que le soleil du midi lançant ses brûlants
rayons sur leurs visages. Que dirais-je? Ses exploits
sont au-dessus des récits. Jamais il n'a levé son bras
qu'il n'ait conquis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000003">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000086">Nous portons le deuil avec du noir; pourquoi
ne le portons-nous pas avec du sang? Henri est
mort et ne revivra jamais. Nous entourons un cercueil
de bois, et nous honorons de notre glorieuse présence
la honteuse victoire de la mort, comme des captifs enchaînés
à un char de triomphe. Qui accuserons-nous?
maudirons-nous les astres du malheur qui ont ainsi
conspiré la ruine de notre gloire? ou faut-il croire que
les rusés enchanteurs et magiciens français épouvantés
auront, par des vers magiques, amené sa perte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000004">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000087">C'était un roi chéri du Roi des rois. Le
terrible jour du jugement ne sera pas si terrible pour
les Français que l'était sa vue. Il a livré les batailles du
Dieu des armées: ce sont les prières de l'Église qui assuraient
ses succès.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000005">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000088">L'Église? Où est-elle? Si les ministres de
l'Église n'avaient pas prié, le fil de ses jours ne se serait
pas usé si vite. Vous n'aimez qu'un prince efféminé, que
vous puissiez gouverner comme un jeune écolier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000006">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000089">Glocester, quoi que nous aimions, tu
es protecteur de l'Angleterre, et tu aspires à gouverner
le prince et le royaume; ta femme est hautaine: elle
exerce sur toi plus d'empire que Dieu ou les ministres
de la religion n'en pourraient jamais avoir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000007">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000090">Ne nomme point la religion, car tu aimes
la chair: et, dans tout le cours de l'année, tu ne vas
jamais à l'église, si ce n'est pour prier contre tes ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000008">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000091">Cessez, cessez ces querelles, et tenez vos
esprits en paix.--Marchons vers l'autel.--Hérauts, suivez-nous.--Au
lieu d'or, nous offrirons nos armes, puisque
nos armes sont inutiles à présent que Henri n'est
plus.--Postérité, attends-toi à des années malheureuses:
tes enfants suceront les larmes des yeux de leurs mères,
notre île nourrira ses fils de douleurs et de pleurs, et
il ne restera que les femmes pour pleurer les morts. O
Henri V, j'invoque ton ombre! fais prospérer ce royaume:
préserve-le des troubles civils; lutte dans les cieux contre
les astres ses ennemis; et ton âme sera au firmament
une constellation bien plus glorieuse que celle de Jules
César, ou la brillante....</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000003">(Entre un messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000009">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000092">Salut à vous tous, honorables lords. Je
vous apporte de France de tristes nouvelles de pertes,
de carnage et de déroute. La Guyenne, la Champagne,
Reims, Orléans, Rouen, Gisors, Paris, Poitiers, sont absolument
perdus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000010">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000093">Qu'oses-tu dire, homme, devant le corps
de Henri? Parle bas, ou la perte de ces grandes villes
lui fera briser son cercueil, et il se lèvera du sein de la
mort.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000011">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000094">Paris perdu? Rouen perdu? Si Henri
était rappelé à la vie, ces nouvelles lui feraient de nouveau
rendre l'âme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000012">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000095">Et comment les avons-nous perdus? Quelle
trahison....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000013">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000096">Aucune trahison, mais disette d'hommes
et d'argent. Voici ce que murmurent entre eux les soldats:
«Que vous fomentez ici différentes factions; et que,
tandis qu'il faudrait mettre en mouvement une armée
et combattre, vous disputez ici sur le choix de vos généraux.
L'un voudrait traîner la guerre à peu de frais;
l'autre voudrait voler d'un vol rapide, et manque d'ailes.
Un troisième est d'avis que, sans aucune dépense, on
peut obtenir la paix avec de belles et trompeuses paroles.»
Réveillez-vous, réveillez-vous, noblesse d'Angleterre!
Que la paresse ne ternisse pas l'honneur que vous
avez récemment acquis! Les fleurs de lis sont arrachées
de vos armes, et la moitié de l'écusson d'Angleterre est
coupée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000014">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000097">Si nous manquions de larmes pour ce convoi
funèbre, ces nouvelles les appelleraient par torrents.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000015">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000098">C'est moi qu'elles regardent: je suis régent
de France.--Donnez-moi mon armure; je vais combattre
pour ressaisir la France.--Loin de moi ces honteux vêtements
de deuil! Je veux que les Français aient, non
point des yeux, mais des blessures pour pleurer leurs
malheurs un moment interrompus.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000004">(Entre un autre messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000016">
            <speaker>LE DEUXIÈME MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000099">Milords, lisez ces lettres pleines
de revers. La France entière s'est soulevée contre les
Anglais, excepté quelques petites villes de nulle importance.
Le dauphin Charles a été couronné roi à Reims:
le bâtard d'Orléans s'est joint à lui. René, duc d'Anjou,
épouse son parti: le duc d'Alençon vole se ranger à ses
côtés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000017">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000100">Le dauphin couronné roi! Tous volent à
lui! Oh! où fuir pour cacher notre honte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000018">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000101">Nous ne fuirons que vers nos ennemis.
Bedford, si tu temporises, j'irai, moi, faire cette guerre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000019">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000102">Glocester, pourquoi doutes-tu de mon ardeur?
J'ai déjà levé dans mes pensées une armée qui
inonde déjà la France.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000005">(Entre un troisième messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000020">
            <speaker>LE TROISIÈME MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000103">Mes respectables lords, pour
ajouter encore aux larmes dont vous arrosez le cercueil
du roi Henri, je dois vous instruire d'un fatal combat
livré entre l'intrépide Talbot et les Français.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000021">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000104">Comment? où Talbot a vaincu, n'est-ce
pas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000022">
            <speaker>LE TROISIÈME MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000105">Oh non! où lord Talbot a été
défait: je vais vous en raconter les détails. Le 10 août
dernier, ce redoutable lord, se retirant du siége d'Orléans,
ayant à peine six mille soldats, s'est vu enveloppé
et attaqué par vingt-trois mille Français; il n'a pas eu le
temps de ranger sa troupe: il manquait de pieux à placer
devant ses archers; faute de pieux, ils ont arraché
des haies des bâtons pointus, et les ont fichés en terre, à
la hâte et sans ordre, pour empêcher la cavalerie de fondre
sur eux. Le combat a duré plus de trois heures; et
le vaillant Talbot, avec son épée et sa lance, a fait des
miracles au-dessus de la pensée humaine; il envoyait
par centaines les ennemis aux enfers, nul n'osait lui
faire face. Ici, là, partout, il frappait avec rage: les
Français criaient que c'était le diable en armes. Tous
restaient immobiles d'étonnement et les yeux fixés sur
lui. Ses soldats, animés par son courage indomptable,
ont crié tous ensemble: <hi rend="italic">Talbot! Talbot!</hi> et se sont précipités
au fort de la mêlée. De ce moment la victoire était
décidée si sir Jean Fastolffe n'avait joué le rôle d'un
lâche. Il était dans l'arrière-garde et placé sur les dernières
lignes, avec ordre de le suivre et de le soutenir;
mais il a fui lâchement sans avoir frappé un seul coup.
De là la défaite générale et le carnage. Ils ont été enveloppés
par leurs ennemis: un lâche Wallon, pour faire
sa cour au dauphin, a frappé Talbot au dos avec sa
lance; Talbot, que toute la France, avec toutes ses forces
d'élite assemblées, n'avait pas osé une seule fois envisager
en face.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000023">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000106">Talbot est-il tué? Je me tuerai alors moi-même,
pour me punir de vivre oisif ici dans le luxe et
la mollesse, tandis qu'un si brave général, manquant
de secours, est trahi et livré à ses lâches ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000024">
            <speaker>LE TROISIÈME MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000107">Oh! non, il vit; mais il est
prisonnier, et avec lui le lord Scales et le lord Hungreford.
La plupart des autres ont été massacrés ou pris.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000025">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000108">Il n'est point, pour le délivrer, de rançon
que je ne sois déterminé à payer. Je précipiterai le dauphin,
la tête la première, en bas de son trône, et sa couronne
sera la rançon de mon ami: j'échangerai quatre
de leurs seigneurs contre un de nos lords.--Adieu, messieurs,
je cours à ma tâche. Il faut que j'aille sans délai
allumer des feux de joie en France, pour célébrer la fête
de notre grand saint Georges. Je prendrai avec moi dix
mille soldats, dont les sanglants exploits ébranleront
l'Europe.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000026">
            <speaker>LE TROISIÈME MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000109">Vous en auriez besoin, car
Orléans est assiégé: l'armée anglaise est affaiblie et impuissante.
Le comte de Salisbury sollicite des renforts,
et c'est avec peine qu'il empêche ses soldats de se mutiner;
car ils sont bien peu pour contenir tant d'ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000027">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000110">Lords, souvenez-vous des serments que vous
avez faits à Henri, ou d'accabler le dauphin, ou de le ramener
sous le joug de l'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000028">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000111">Je m'en souviens, et je prends ici congé de
vous pour aller faire mes préparatifs.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000006">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000029">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000112">Je vais me rendre en toute hâte à la Tour
pour visiter l'artillerie et les munitions, et ensuite proclamer
roi le jeune Henri.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000030">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000113">Moi, je vais à Eltham, où est le jeune roi;
je suis son gouverneur particulier, et je verrai là à
prendre les meilleures mesures pour sa sûreté.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000007">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000031">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000114">Chacun ici a son poste et ses fonctions;
moi, je suis laissé à l'écart, il ne reste rien pour moi.
Mais je ne veux pas être longtemps un serviteur sans
place. Je me propose de tirer le roi d'Eltham, et de m'asseoir
au premier rang sur le gouvernail de l'État.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000008">(Il sort.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-001-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000009">En France, devant Orléans.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000010"><hi rend="italic">Entrent</hi> CHARLES, <hi rend="italic">avec ses troupes</hi>, ALENÇON, RENÉ,
<hi rend="italic">et autres</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000032">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000115">Le véritable cours de Mars n'est pas plus
connu aujourd'hui sur la terre qu'il ne l'est dans les
cieux. Dernièrement il brillait pour les Anglais; maintenant
nous sommes vainqueurs, et c'est à nous qu'il
sourit. Quelles villes un peu importantes dont nous ne
soyons les maîtres? Nous sommes ici paisiblement établis
près d'Orléans: les Anglais affamés, comme de
pâles fantômes, nous assiégent à peine une heure dans
le mois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000033">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000116">Ils n'ont point ici leurs tranches de boeuf
gras: il faut que les Anglais soient repus, comme leurs
mules, et qu'ils aient leur sac de nourriture lié à la bouche;
autrement ils ont aussi piteuse mine que des rats
noyés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000034">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000117">Faisons lever le siège: pourquoi vivons-nous
ici paresseusement? Talbot est pris, lui que nous étions
accoutumés à craindre: il ne reste plus de chef que cet
écervelé de Salisbury; il peut dépenser son fiel en vaines
fureurs: il n'a ni hommes ni argent pour faire la
guerre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000035">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000118">Sonnez, sonnez l'alarme. Fondons sur eux;
sauvons l'honneur des Français jadis mis en déroute.--Je
pardonne ma mort à celui qui me tuera, s'il me voit
fuir ou reculer d'un pas. <hi rend="italic">(Ils sortent. On sonne l'alarme.--Mêlée.--Ensuite
une retraite.) (Rentrent Charles, Alençon
et René.)</hi> Qui vit jamais telle chose? Quels hommes ai-je
donc? des chiens, des poltrons, des lâches! Je n'aurais
jamais fui s'ils ne m'avaient abandonné au milieu de
mes ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000036">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000119">Salisbury tue en désespéré.--Il combat comme
un homme lassé de la vie. Les autres lords, en lions
affamés, fondent sur nous comme sur une proie que leur
montre la faim.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000037">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000120">Froissart, un de nos compatriotes, rapporte
que l'Angleterre n'enfantait que des Rolands et des Oliviers
sous le règne d'Édouard III. Le fait est encore plus
vrai de nos jours, car elle n'envoie pour combattre que
des Samsons et des Goliaths. Un contre dix! De grands
coquins maigres et efflanqués! qui aurait jamais cru
qu'ils eussent tant de courage et d'audace?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000038">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000121">Abandonnons cette ville! Ce sont des forcenés,
et la faim les rendra encore plus acharnés. Je les
connais de vieille date: ils arracheront les remparts
avec leurs dents plutôt que d'abandonner le siége.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000039">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000122">Je crois que, par quelque étrange invention,
par quelque sortilége, leurs armes sont ajustées pour
frapper sans relâche, comme des battants de cloche; autrement,
ils ne pourraient jamais tenir aussi longtemps.--Si
l'on suit mon avis, nous les laisserons ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000040">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000123">Soit; laissons-les.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000011">(Entre le bâtard d'Orléans.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000041">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000124">Où est le dauphin? J'ai des nouvelles
pour lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000042">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000125">Bâtard d'Orléans, sois trois fois le bienvenu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000043">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000126">Il me semble que vos regards sont tristes,
votre visage pâle. Est-ce la dernière défaite qui vous a
fait ce mal? Ne vous découragez pas: le secours est proche:
j'amène ici avec moi une jeune et sainte fille, qui,
dans une vision que le Ciel lui a envoyée, a reçu l'ordre
de faire lever cet ennuyeux siége et de chasser les Anglais
de France. Elle possède l'esprit de prophétie bien
mieux que les neuf Sibylles de Rome. Elle peut raconter
le passé et l'avenir. Dites, la ferai-je entrer? Croyez-en
mes paroles: elles sont certaines et infaillibles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000044">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000127">Allez, faites-la venir. (<hi rend="italic">Le bâtard sort</hi>.) Mais,
pour éprouver sa science, René, prends ma place et fais
le dauphin. Interroge-la fièrement; que tes regards
soient sévères. Par cette ruse, nous sonderons son habileté.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000012">(Entrent la Pucelle, le bâtard d'Orléans et autres.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000045">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000128">Belle fille, est-il vrai que tu veux exécuter ces
étonnants prodiges?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000046">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000129">René, espères-tu me tromper?--Où est
le dauphin?--Sors, sors, ne te cache plus là derrière. Je
te connais sans t'avoir jamais vu. Ne sois pas étonné,
rien n'est caché pour moi. Je veux t'entretenir seul et
en particulier.--Retirez-vous, seigneurs, et laissez-nous
un moment à part.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000047">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000130">Elle débute hardiment.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000013">(Ils s'éloignent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000048">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000131">Dauphin, je suis née fille d'un berger;
mon esprit n'a été exercé dans aucune espèce d'art. Il a
plu au Ciel et à Notre-Dame-de-Grâce de jeter un regard
sur mon obscure condition. Un jour que je gardais mes
tendres agneaux, exposant mon visage aux rayons brûlants
du soleil, la mère de Dieu daigna m'apparaître; et,
dans une vision pleine de majesté, elle me commanda
de quitter ma basse profession, et de délivrer mon pays
de ses calamités: elle me promit son assistance et me
garantit le succès. Elle daigna se révéler à moi dans
toute sa gloire. J'étais noire et basanée auparavant; les
purs rayons de lumière qu'elle versa sur moi me douèrent
de cette beauté que vous voyez. Fais-moi toutes
les questions que tu pourras imaginer, et je répondrai
sans préparation; essaye mon courage dans un combat,
si tu l'oses, et tu verras que je surpasse mon sexe. Sois
certain de ceci: tu seras heureux si tu me reçois pour
ton compagnon de guerre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000049">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000132">Tu m'as étonné par la hauteur de ton discours.
Je ne veux que cette preuve de ton mérite; tu
lutteras avec moi dans un combat singulier: si tu as
l'avantage, tes paroles sont vraies; autrement je te refuse
ma confiance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000050">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000133">Je suis prête. Voilà mon épée à la pointe
affilée, ornée de chaque côté de cinq fleurs de lis. Je l'ai
choisie dans le cimetière de Sainte-Catherine en Touraine,
parmi un amas de vieilles armes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000051">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000134">Viens donc: par le saint nom de Dieu! je
ne crains aucune femme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000052">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000135">Et moi, tant que je vivrai, je ne fuirai
jamais devant un homme.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000014">(Ils combattent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000053">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000136">Arrête, arrête; tu es une amazone: tu combats
avec l'épée de Débora.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000054">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000137">La mère du Christ me seconde; sans
elle, je serais trop faible.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000055">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000138">Quelle que soit la main qui te secoure, c'est
toi qui dois me secourir. Un désir ardent consume mon
âme; tu as vaincu à la fois et ma force et mon coeur.
Sublime Pucelle, si tel est ton nom, permets que je sois
ton serviteur et non pas ton souverain: c'est le dauphin
de France qui te conjure ainsi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000056">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000139">Je ne dois céder à aucun voeu d'amour,
car ma vocation a été consacrée d'en haut. Quand j'aurai
chassé tes ennemis de ces lieux, je songerai alors à
une récompense.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000057">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000140">En attendant, jette un regard de bonté sur
ton esclave dévoué.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000058">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000015">en dedans de la tente avec Alençon</stage>
            <p xml:id="fra-p-000141">Monseigneur,
il me semble, a un long entretien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000059">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000142">N'en doutez pas: il sonde cette femme en
tout sens; autrement il n'aurait pas prolongé à ce point
la conférence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000060">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000143">Le dérangerons-nous, puisqu'il ne garde aucune
mesure?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000061">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000144">Il prend peut-être des mesures plus profondes
que nous ne savons: les femmes sont de rusées
tentatrices avec leur langue.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000062">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000145">Mon prince, où êtes-vous? Quel objet vous occupe
si longtemps? Abandonnerons-nous Orléans, ou non?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000063">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000146">Non, non, vous dis-je, infidèles sans foi!
Combattez jusqu'au dernier soupir: je serai votre sauvegarde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000064">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000147">Ce qu'elle dit, je le confirmerai: nous combattrons
jusqu'à la fin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000065">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000148">Je suis destinée à être le fléau des Anglais.
Cette nuit je ferai certainement lever le siége.
Puisque je me suis engagée dans cette guerre, comptez
sur un été de la Saint-Martin, sur les jours de l'alcyon.
La gloire est comme un cercle dans l'onde; il ne cesse
de s'élargir et de s'étendre, jusqu'à ce qu'à force de
s'étendre il s'évanouisse. La mort de Henri est le terme
où finit le cercle des Anglais; toutes les gloires qu'il
renfermait sont dispersées. Je suis maintenant comme
cet orgueilleux vaisseau qui portait César et sa fortune.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000066">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000149">Si Mahomet était inspiré par une colombe
<note type="editorial" n="8" xml:id="fra-note-000008">Mahomet avait, disent les traditions arabes, une colombe qu'il nourrissait avec des grains de blé qui tombaient de son oreille; quand elle avait faim elle se posait sur l'épaule de Mahomet, et introduisait son bec dans l'oreille de son maître pour y chercher sa nourriture. Mahomet disait alors à ses sectateurs que c'était le Saint-Esprit qui venait le conseiller.</note>,
tu l'es donc, toi, par un aigle. Ni Hélène, la mère du
grand Constantin, ni les filles de saint Philippe
<note type="editorial" n="9" xml:id="fra-note-000009">Les quatre filles de Philippe dont il est fait mention dans les Actes des apôtres, et qui avaient le don de prophétie.</note> ne t'égalèrent
jamais. Brillante étoile de Vénus, descendue sur
la terre, par quel culte assez respectueux pourrai-je
t'adorer?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000067">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000150">Abrégeons les délais, et faisons lever le
siége.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000068">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000151">Femme, fais ce qui est en ton pouvoir pour
sauver notre honneur. Chasse-les d'Orléans, et immortalise-toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000069">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000152">Nous allons en faire l'essai. Allons, marchons
à l'entreprise. Si sa promesse est trompeuse, je
ne crois plus à aucun prophète.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000016">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-001-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000070">
            <speaker>L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000017">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000153">Colline devant la Tour.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000018"><hi rend="italic">Entre</hi> LE DUC DE GLOCESTER <hi rend="italic">qui s'approche des portes
de la Tour, avec ses gens vêtus de bleu</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000071">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000154">Je viens pour visiter la Tour: je crains
que depuis la mort de Henri il ne s'y soit commis quelque
larcin. Où sont donc les gardes, qu'on ne les trouve
pas à leur poste? Ouvrez les portes: c'est Glocester qui
vous appelle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000072">
            <speaker>PREMIER GARDE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000155">Qui frappe ainsi en maître?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000073">
            <speaker>PREMIER SERVITEUR DE GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000156">C'est le noble duc
de Glocester.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000074">
            <speaker>DEUXIÈME GARDE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000157">Qui que ce soit, vous ne pouvez entrer
ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000075">
            <speaker>DEUXIÈME SERVITEUR DE GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000158">Misérables, est-ce
ainsi que vous répondez au lord protecteur?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000076">
            <speaker>PREMIER GARDE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000159">Que Dieu protége le protecteur: voilà
notre réponse. Nous n'agissons que d'après nos ordres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000077">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000160">Qui vous les a donnés? Quelle autre
volonté que la mienne doit commander ici? Il n'est
point d'autre protecteur du royaume que moi. (A ses
gens.) Forcez ces portes: je serai votre garant. Me
laisserai-je jouer de la sorte par de vils esclaves?</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000019">(Les gens de Glocester cherchent à forcer les portes.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000078">
            <speaker>WOODVILLE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000020">en dedans</stage>
            <p xml:id="fra-p-000161">Quel est ce bruit? Qui sont
ces traîtres?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000079">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000162">Lieutenant, est-ce vous dont j'entends la
voix? Ouvrez les portes: c'est Glocester qui veut entrer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000080">
            <speaker>WOODVILLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000163">Patience, noble duc; je ne puis ouvrir.
Le cardinal de Winchester le défend: j'ai reçu de lui
l'ordre exprès de ne laisser entrer ni toi ni aucun des
tiens.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000081">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000164">Lâche Woodville, tu le préfères à moi,
cet arrogant Winchester, ce prélat hautain que Henri,
notre feu roi, ne put jamais supporter? Tu n'es ami ni
de Dieu ni du roi. Ouvre les portes, ou dans peu je te
fais chasser de la Tour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000082">
            <speaker>PREMIER SERVITEUR DE GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000165">Ouvrez les portes
au lord protecteur. Nous les enfoncerons si vous n'obéissez
pas à l'instant.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000021">(Entre Winchester suivi de ses gens en habits jaunâtres
<note type="editorial" n="10" xml:id="fra-note-000010">C'était la couleur des vêtements des huissiers dans les cours ecclésiastiques; le jaune était aussi à cette époque une couleur de deuil, comme le noir.</note>.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000083">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000166">Eh bien, ambitieux Humfroi, que veut
dire ceci?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000084">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000167">Vil prêtre tondu, est-ce toi qui commandes
qu'on me ferme les portes?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000085">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000168">Oui, c'est moi, traître d'usurpateur, tu
n'es point le protecteur du roi ou du royaume.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000086">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000169">Retire-toi, audacieux conspirateur, toi
qui machinas le meurtre de notre feu roi, toi qui vends
aux filles de mauvaise vie des indulgences qui leur permettent
le péché. Je te bernerai dans ton large chapeau
de cardinal, si tu t'obstines dans cette insolence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000087">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000170">Retire-toi toi-même; je ne reculerai pas
d'un pied. Que ceci soit la colline de Damas; et toi, sois
le Caïn maudit; égorge ton frère Abel, si tu veux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000088">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000171">Je ne veux pas te tuer, mais te chasser;
je me servirai, pour t'emporter d'ici, de ta robe d'écarlate,
comme on se sert des langes d'un enfant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000089">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000172">Fais ce que tu voudras; je te brave en
face.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000090">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000173">Quoi! je serai ainsi bravé et insulté en
face! Aux armes, mes gens, en dépit des priviléges de ce
lieu; les habits bleus contre les habits jaunes. Prêtre,
défends ta barbe. (<hi rend="italic">Glocester et ses gens attaquent l'évêque.</hi>)
Je veux te l'allonger d'un pied et te souffleter d'importance;
je foulerai aux pieds ton chapeau de cardinal, en
dépit du pape et des dignités de l'Église; je te traînerai
en tous sens par les oreilles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000091">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000174">Glocester, tu répondras de cette insulte
devant le pape.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000092">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000175">Oison de Winchester!--Je crie--une
corde! une corde! chassez-les d'ici à coups de corde.--Pourquoi
les laissez-vous encore là?--Je te chasserai
d'ici, loup couvert d'une peau d'agneau.--Hors d'ici les
habits jaunes! hors d'ici, hypocrite en écarlate!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000022">(Il se fait un grand tumulte. Au milieu du désordre entrent le
maire de Londres et ses officiers.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000093">
            <speaker>LE MAIRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000176">Fi, milords! vous, magistrats suprêmes,
troubler ainsi outrageusement la paix publique!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000094">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000177">Paix, lord maire: tu ne connais pas les
outrages que j'ai essuyés. Ce Beaufort, qui ne respecte
ni Dieu ni le roi, a ici usurpé la Tour à son usage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000095">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000023">au maire</stage>
            <p xml:id="fra-p-000178">Tu vois ici Glocester, l'ennemi
des citoyens, un homme qui propose toujours la
guerre, et jamais la paix; imposant à vos libres trésors
d'énormes tributs; cherchant à renverser la religion,
sous prétexte qu'il est le protecteur du royaume. Et il
voudrait ici enlever de la Tour l'armure et l'appareil de
la majesté, pour se couronner roi, et faire disparaître le
prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000096">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000179">Je ne te répondrai pas par des mots, mais
par des coups.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000024">(Leurs gens s'attaquent de nouveau.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000097">
            <speaker>LE MAIRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000180">Dans cette rixe tumultueuse, il ne me reste
que la ressource d'une proclamation à haute voix.--Officier,
avance, et parle aussi haut que tu le pourras.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000098">
            <speaker>L'OFFICIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000181">Vous tous, gens de toute classe, qui êtes
ici assemblés en armes, contre la paix de Dieu et du roi,
nous vous ordonnons et commandons, au nom de Sa Majesté,
de vous retirer chacun dans vos maisons, et de ne
porter, manier, ni employer désormais aucune épée,
arme ou poignard sous peine de mort.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000099">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000182">Cardinal, je ne veux pas enfreindre la loi:
mais nous nous rencontrerons, et nous nous expliquerons
à loisir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000100">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000183">Oui, Glocester, nous nous rencontrerons,
et il t'en coûtera cher, sois-en sûr; j'aurai le sang
de ton coeur pour ce que tu as fait là aujourd'hui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000101">
            <speaker>LE MAIRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000184">Je vais assembler le peuple, si vous différez
de vous retirer.--Ce cardinal est plus hautain que Satan.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000102">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000185">Maire, adieu. Ce que tu fais, tu as droit
de le faire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000103">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000186">Exécrable Glocester, veille sur ta tête;
car je prétends l'avoir avant peu. (Ils sortent.)</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000104">
            <speaker>LE MAIRE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000025">à ses officiers</stage>
            <p xml:id="fra-p-000187">Veillez à ce qu'on quitte ce
lieu, et ensuite nous nous retirerons.--Grand Dieu! est-il
possible que des nobles nourrissent de pareilles haines?
Pour moi je ne combats pas une fois dans quarante ans.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000026">(Il sort avec ses officiers.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-001-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000105">
            <speaker>F</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000027">rance</stage>
            <p xml:id="fra-p-000188">Devant Orléans.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000028"><hi rend="italic">Entrent, sur les remparts</hi>, LE MAITRE CANONNIER
D'ORLÉANS ET SON FILS.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000106">
            <speaker>LE CANONNIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000189">Mon garçon, tu sais comment Orléans
est assiégé, et comment les Anglais ont emporté les faubourgs?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000107">
            <speaker>LE FILS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000190">Je le sais, mon père, et j'ai souvent tiré sur
eux: mais, malheureux que je suis, chaque fois j'ai
manqué mon coup.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000108">
            <speaker>LE CANONNIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000191">A présent tu ne le manqueras pas.
Suis mes avis. Je suis maître canonnier en chef de cette
ville; il faut que je fasse quelque chose pour me faire
bien venir. Les espions du prince m'ont informé que les
Anglais, bien retranchés dans les faubourgs, pénètrent
par une secrète grille de fer dans la tour que tu vois là-bas,
pour dominer la ville, et découvrir de là comment
ils pourront, avec le plus d'avantage, nous mettre en
péril, soit par leur artillerie, soit par un assaut. Pour
faire cesser cet inconvénient, j'ai dirigé contre cette
tour une pièce de calibre, et j'ai veillé ces trois jours
entiers pour tâcher de les apercevoir. Toi, mon garçon,
prends ma place, et veille à ton tour, car je ne puis
rester plus longtemps à ce poste. Si tu aperçois quelque
Anglais, cours et viens me l'annoncer; tu me trouveras
chez le gouverneur.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000029">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000109">
            <speaker>LE FILS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000192">Mon père, ne vous inquiétez pas: je n'irai
pas vous déranger si je puis les découvrir.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000030">(Les lords Salisbury et Talbot, sir Guillaume Glansdale, sir Thomas
Gargrave et autres paraissent sur la plate-forme d'une tour.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000110">
            <speaker>SALISBURY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000193">Talbot, ma vie, ma joie, de retour ici! Et
comment t'a-t-on traité tant que tu as été prisonnier? Et
par quels moyens as-tu obtenu d'être relâché? Fais-moi
ce récit, je t'en conjure, ici sur le plateau de cette
tour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000111">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000194">Le duc de Bedford avait un prisonnier qu'on
appelait le brave seigneur Ponton de Saintrailles: j'ai
été échangé contre lui. Mais auparavant ils avaient
voulu, par mépris, me troquer contre un homme d'armes
bien plus ignoble: moi, je l'ai refusé avec dédain et colère,
et j'ai demandé la mort plutôt que d'être estimé à
si vil prix. Enfin j'ai été racheté comme je le désirais....
Mais, oh! la pensée du traître Fastolffe me déchire le
coeur: je l'exécuterais de mes propres mains, si je le
tenais en ce moment en ma puissance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000112">
            <speaker>SALISBURY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000195">Mais tu ne me dis pas comment tu as été
traité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000113">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000196">Accablé de brocards, d'insultes et d'épithètes
ignominieuses. Ils m'ont exposé sur la place publique
d'un marché, pour servir de spectacle à tout le peuple:
«Voilà, disaient-ils, la terreur des Français, l'épouvantail
qui effraye nos enfants.» Alors je me suis dégagé
des officiers qui me conduisaient, et avec mes ongles
j'arrachais les pierres du pavé, pour les lancer aux spectateurs
de mon opprobre. Mon air menaçant a fait fuir
les autres. Personne n'osait approcher, craignant une
mort soudaine. Ils ne me croyaient pas assez en sûreté
dans des murs de fer. Telle était la terreur que mon
nom avait répandue parmi eux, qu'ils s'imaginaient que
je pourrais briser des barres d'acier, et mettre en pièces
des poteaux de diamant. Aussi avais-je une garde des
fusiliers les plus adroits qui se promenaient à toute minute
autour de moi; et si je bougeais seulement de mon
lit, aussitôt ils me couchaient en joue, prêts à me tirer
au coeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000114">
            <speaker>SALISBURY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000197">Je suis au supplice d'entendre les tourments
que tu as essuyés; mais nous en serons bien vengés.
Maintenant c'est l'heure du souper à Orléans: ici,
au travers de cette grille, je peux compter chaque
homme, et voir comment les Français fortifient leurs
remparts. Allons les observer: cette vue te récréera. Sir
Thomas Gargrave, et vous, sir Guillaume Glansdale, je
veux savoir positivement votre avis sur le lieu où il
nous convient le mieux de diriger notre batterie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000115">
            <speaker>GARGRAVE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000198">Je pense que c'est à la porte du nord, car
c'est là que se tiennent les nobles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000116">
            <speaker>GLANSDALE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000199">Et moi, ici, au boulevard du pont.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000117">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000200">Autant que je puis voir, il faut affamer cette
ville, et l'affaiblir de plus en plus par de légères escarmouches.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000031">(Un coup de canon part des remparts de la ville; Salisbury et
Gargrave tombent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000118">
            <speaker>SALISBURY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000201">O Dieu, aie pitié de nous, misérables pécheurs!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000119">
            <speaker>GARGRAVE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000202">O Dieu, aie pitié de moi, malheureux que
je suis!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000120">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000203">Quel est ce coup qui vient si soudainement
traverser nos projets?--Parle, Salisbury.... si tu peux
parler encore. Quelle est ta blessure, modèle de tous les
guerriers? Oh! un de tes yeux et ta joue emportés! Tour
maudite! Maudite et fatale main, qui as machiné ce coup
terrible! Salisbury, vainqueur dans treize batailles! lui
qui forma Henri V à la guerre! Tant que sonnait une
trompette, ou que battait un tambour, son épée ne cessait
de frapper sur le champ de bataille.--Respires-tu
encore, Salisbury? Si tu n'as pas de voix, il te reste du
moins un oeil que tu peux lever vers le Ciel, pour implorer
sa miséricorde. Le soleil embrasse l'univers d'un
seul regard. Ciel, ne fais grâce à aucun mortel, si Salisbury
ne l'obtient pas de toi.--Enlevez son corps: je vais
vous aider à l'ensevelir. Et toi, Gargrave, respires-tu
encore? Parle à Talbot: regarde-le.--Salisbury, console
ton âme par cette pensée: tu ne mourras point tant
que.... Il me fait signe de la main, et me sourit comme
s'il me disait: «Quand je ne serai plus, souviens-toi de
me venger sur les Français.--Plantagenet, je te le promets:
comme Néron, je jouerai du luth en contemplant
l'incendie de leurs villes. (<hi rend="italic">Un coup de tonnerre, ensuite
une alarme.</hi>) Quel est ce tumulte? Que signifie ce vacarme
dans les cieux? D'où viennent cette alarme et ce
bruit?</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000032">(Entre un messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000121">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000204">Milord, milord: les Français ont rassemblé
leurs troupes. Le dauphin, avec une certaine
Jeanne la Pucelle..., une sainte prophétesse qui vient de
se manifester tout nouvellement, arrive à la tête d'une
grande armée pour faire lever le siége.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000033">(Ici Salisbury pousse un gémissement.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000122">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000205">Écoutez, écoulez, comme gémit Salisbury
mourant! son coeur souffre de ne pouvoir se venger.
Français, je serai pour vous un Salisbury! Pucelle, ou
non Pucelle, dauphin ou chien de mer, j'écraserai vos
coeurs sous les pieds de mon cheval. Portez Salisbury
dans sa tente; et, après, voyons jusqu'où va l'audace de
ces lâches Français.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000034">(Une alarme. Ils sortent emportant les deux morts.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-001-scene-005">
          <head>SCÈNE V</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000035">Devant une des portes d'Orléans.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000036"><hi rend="italic">Alarmes. Escarmouches.</hi> TALBOT <hi rend="italic">poursuit le DAUPHIN
et le chasse devant lui; alors paraît</hi> LA PUCELLE, <hi rend="italic">chassant
les Anglais devant elle. Ensuite rentre</hi> TALBOT.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000123">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000206">Où est ma force, mon intrépidité, ma valeur?
Nos Anglais se retirent: je ne puis les arrêter. Une
femme, vêtue en guerrier, les chasse devant elle. (<hi rend="italic">Entre
la Pucelle.</hi>) La voici, la voici qui s'avance.--Je veux me
mesurer avec toi: démon mâle ou femelle, je veux te
conjurer: je saurai te tirer du sang
<note type="editorial" n="11" xml:id="fra-note-000011">On croyait alors que lorsqu'on pouvait faire couler le sang d'une sorcière, on était hors de l'atteinte de son pouvoir.</note>; tu n'es qu'une
sorcière: je vais livrer dans l'instant ton âme au maître
que tu sers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000124">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000207">Viens, viens; c'est à moi seule qu'il est
réservé de ternir ta gloire.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000037">(Ils combattent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000125">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000208">Ciel! peux-tu souffrir que l'enfer l'emporte?
Plutôt que de renoncer à châtier cette insolente créature,
les élans de mon courage feront éclater ma poitrine;
et, dans ma fureur, j'arracherai de mes épaules
ces bras impuissants.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000126">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000209">Adieu, Talbot, ton heure n'est pas encore
venue: en attendant, il faut que j'aille ravitailler
Orléans.--Essaye de me vaincre, si tu peux: je me ris
de ta force; va, va plutôt rafraîchir tes soldats affamés,
aider Salisbury à faire son testament. Cette journée est
à nous, et bien d'autres qui vont la suivre.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000038">(Elle entre dans Orléans avec les soldats.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000127">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000210">Mes pensées tourbillonnent comme la roue
d'un potier. Je ne sais où je suis, ni ce que je fais. Une
sorcière, par la peur qu'elle répand, et non par sa
force, comme Annibal, pousse devant elle nos troupes,
et triomphe comme il lui plaît. Ainsi on voit les abeilles
fuir de leurs ruches devant la fumée, et les colombes
chassées de leurs asiles par une mauvaise odeur. Ils
nous appelaient des <hi rend="italic">dogues anglais</hi>, à cause de notre
acharnement; aujourd'hui, timides comme de petits
chiens, nous fuyons en poussant des cris. <hi rend="italic">(Une courte
alarme</hi>.) Écoutez-moi, concitoyens, ou recommencez le
combat, ou arrachez les lions de l'écusson d'Angleterre:
mettez-y des moutons au lieu de lions; renoncez à votre
patrie. Non, le mouton ne fuit pas devant le loup, ni le
cheval ou le boeuf devant le léopard, aussi timidement
que vous devant ces esclaves que vous avez tant de
fois vaincus. <hi rend="italic">(Une autre escarmouche</hi>.) Ils ne le feront
pas.--Retirez-vous dans vos retranchements: vous
avez tous conspiré la mort le Salisbury, car nul de
vous ne veut frapper un seul coup pour le venger.--La
Pucelle est entrée dans Orléans malgré nous et tous nos
efforts. Oh! je voudrais mourir avec Salisbury! La honte
me forcera de cacher ma tête.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000039">(Il sort.)</stage>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000040">(Alarme, bruit de trompettes, retraite.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="6" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-001-scene-006">
          <head>SCÈNE VI</head>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000041">LA PUCELLE, CHARLES, RENÉ, ALENÇON,
<hi rend="italic">et des soldats paraissent sur les remparts</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000128">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000211">Arborons nos étendards déployés sur
les murs. Orléans est délivré des loups anglais. Ainsi
Jeanne la Pucelle a accompli sa parole.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000129">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000212">Divine créature, fille brillante d'Astrée, de
quels honneurs assez grands te payerai-je ce succès? Tes
promesses ressemblent aux jardins d'Adonis, qui donnaient
un jour des fleurs et le lendemain des fruits.
France, triomphe et réjouis-toi de ta glorieuse prophétesse.
La ville d'Orléans est regagnée: jamais bonheur
plus signalé n'est échu à notre empire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000130">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000213">Pourquoi donc toutes les cloches de la ville
n'annoncent-elles pas notre victoire? Dauphin, commandez
aux citoyens d'allumer des feux de joie, et de
célébrer des fêtes et des banquets dans les rues et les
places, pour célébrer le bonheur que Dieu vient de nous
accorder.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000131">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000214">Toute la France sera dans la joie, quand
elle apprendra quel mâle courage nous avons montré.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000132">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000215">C'est à Jeanne, et non à nous, que ce beau
triomphe est dû. En reconnaissance, je veux partager
ma couronne avec elle; tous les prêtres, tous les religieux
de mon royaume chanteront en choeur ses immortelles
louanges. Je veux lui élever une pyramide plus
magnifique que ne fut jamais celle de la Rhodope de
Memphis. En mémoire d'elle, quand elle sera morte, ses
cendres, enfermées dans une urne plus précieuse que le
coffre aux riches diamants de Darius, seront portées aux
fêtes solennelles devant les rois et les reines de France.
Ce ne sera plus saint Denis que nous invoquerons;
Jeanne la Pucelle sera désormais la patronne de la
France. Entrons, et après ce beau jour de victoire, allons
nous réjouir dans un banquet royal.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000042">(Fanfare. Ils sortent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-002">
        <head>ACTE DEUXIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-002-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000133">
            <speaker>F</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000043">rance</stage>
            <p xml:id="fra-p-000216">Devant Orléans.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000044"><hi rend="italic">Entre</hi> UN SERGENT <hi rend="italic">français, avec</hi> DEUX SENTINELLES.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000134">
            <speaker>LE SERGENT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000217">Camarades, à vos postes, et soyez vigilants.
Si vous entendez quelque bruit, si vous apercevez
quelque ennemi près des remparts, donnez-nous-en avis
au corps de garde par quelque signal.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000135">
            <speaker>LES SENTINELLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000218">Sergent, vous serez averti. (<hi rend="italic">Le sergent
sort.</hi>) Ainsi les pauvres subalternes, tandis que les
autres dorment tranquilles sur leurs lits, sont contraints
de veiller au milieu des ténèbres, par le froid et la pluie!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000045">(Entrent Talbot, Bedford, le duc de Bourgogne et les troupes,
munis d'échelles d'assaut. Leurs tambours battent une marche
sourde.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000136">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000219">Lord régent, et vous, duc redouté dont l'alliance
nous donne l'amitié des provinces d'Artois, de
Flandre et de Picardie, pendant cette nuit favorable, les
Français sont sans défense, après avoir bu et banqueté
tout le jour. Saisissons cette occasion: elle est faite pour
nous venger de leur fraude, oeuvre de perfidie et d'une
sorcellerie diabolique.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000137">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000220">Lâche roi! Quel outrage il fait à sa renommée
en désespérant ainsi de la vigueur de son bras,
et en se liguant avec des sorcières et des suppôts d'enfer!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000138">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000221">Les traîtres n'ont jamais d'autre
alliance. Mais quelle est donc cette Pucelle qu'on dit
si chaste?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000139">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000222">Une jeune fille, dit-on.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000140">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000223">Une jeune fille! et si guerrière!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000141">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000224">Prions Dieu que d'ici à peu
de temps elle ne prouve pas qu'elle est un homme, si
elle continue, comme elle a commencé, à porter l'armure
sous l'étendard des Français!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000142">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000225">Eh bien, qu'ils commercent, qu'ils complotent
avec les esprits infernaux! Dieu est notre forteresse;
en son nom victorieux, déterminons-nous à escalader
leurs remparts.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000143">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000226">Monte, brave Talbot, nous te suivrons.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000144">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000227">Non pas tous ensemble: il vaut bien mieux,
à mon avis, que nous entrions par divers côtés à la fois:
si quelqu'un de nous vient à échouer, les autres pourront
tenir encore contre les ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000145">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000228">D'accord. Je vais monter par cet angle, là-bas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000146">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000229">Et moi, par celui-ci.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000147">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000230">Et Talbot montera par ici, ou y trouvera son
tombeau. Allons, Salisbury; c'est pour toi et pour le
droit de Henri d'Angleterre; cette nuit va montrer combien
je vous suis dévoué à tous les deux.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000046">(Les Anglais escaladent les murailles en criant: Saint-George!
Talbot!)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000148">
            <speaker>UNE SENTINELLE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000047">à l'intérieur</stage>
            <p xml:id="fra-p-000231">Aux armes! aux armes!
L'ennemi livre l'assaut.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000048">(Les Français accourent et sautent à demi-vêtus sur les murs. Le
Bâtard, Alençon, René, arrivent par différents côtés, les uns
habillés et armés, et les autres en désordre.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000149">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000232">Quoi donc, mes seigneurs, à demi nus!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000150">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000233">A demi nus? oui; et bien joyeux d'avoir
échappé si heureusement!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000151">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000234">Il était temps, je crois, de s'éveiller et de
quitter nos lits; l'alarme retentissait à la porte de nos
chambres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000152">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000235">De tous les exploits que j'ai vus, depuis que
je fais la guerre, jamais je n'ai ouï parler d'une entreprise
plus hasardeuse et plus désespérée que cet assaut.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000153">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000236">Je crois que ce Talbot est un démon des
enfers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000154">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000237">Si ce n'est pas l'enfer, à coup sûr, c'est le ciel
qui le seconde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000155">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000238">Voici Charles qui vient. Je suis étonné de
sa diligence.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000049">(Entrent Charles et la Pucelle.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000156">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000050">avec ironie</stage>
            <p xml:id="fra-p-000239">Bon! la divine Jeanne était sa
garde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000157">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000051">à la Pucelle</stage>
            <p xml:id="fra-p-000240">Est-ce là ton art, trompeuse
dame? N'as-tu commencé de nous flatter d'abord par
un léger succès, que pour nous exposer après à une
perte dix fois plus grande?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000158">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000241">Pourquoi Charles est-il exigeant avec
son amie? Prétendez-vous que ma puissance soit toujours
la même? Dois-je l'emporter soit que je veille, soit
que je dorme? ou rejetterez-vous sur moi toutes les
fautes? Imprévoyants soldats, si vous aviez fait bonne
garde, ce désastre soudain ne serait jamais arrivé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000159">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000242">Duc d'Alençon, c'est votre faute, à vous,
qui commandiez la garde de nuit, de n'avoir pas été
plus attentif à cet important emploi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000160">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000243">Si tous vos quartiers avaient été aussi soigneusement
veillés que celui dont j'avais l'inspection,
nous n'aurions pas été si honteusement surpris.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000161">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000244">Le mien était en sûreté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000162">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000245">Et le mien aussi, mon prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000163">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000246">Pour moi, j'ai passé la plus grande partie
de cette nuit dans le quartier de la Pucelle et dans le
mien, à errer de garde en garde, et à relever les sentinelles:
comment donc les ennemis ont-ils pu entrer?
par quel côté ont-ils pénétré le premier?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000164">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000247">Ne demandez plus, seigneur, comment
et par où. Il est certain qu'ils ont trouvé quelque partie
faiblement gardée, où la brèche a été ouverte. Et maintenant
il ne nous reste que la ressource de rallier nos
soldats épars, et d'établir de nouvelles plates-formes,
pour inquiéter les Anglais.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000052">(Une alarme. Entre un soldat anglais criant: <hi rend="italic">Talbot! Talbot!</hi> Le
roi, les ducs et la Pucelle fuient, laissant derrière eux une
partie de leurs habits.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000165">
            <speaker>LE SOLDAT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000248">J'aurai bien la hardiesse de prendre ce
qu'ils ont laissé. Le cri de <hi rend="italic">Talbot</hi> me sert d'épée. Me
voilà chargé de dépouilles, sans avoir employé d'autre
arme que son nom. (Il sort.)</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-002-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000166">
            <speaker>O</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000053">rléans</stage>
            <p xml:id="fra-p-000249">Dans la ville.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000054"><hi rend="italic">Entrent</hi> TALBOT, BEDFORD, LE DUC DE BOURGOGNE,
UN CAPITAINE <hi rend="italic">et autres</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000167">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000250">Le jour commence à percer, et la nuit fuit
en repliant le noir manteau dont elle couvrait la terre.
Cessons ici notre chaude poursuite, et faisons sonner la
retraite.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000055">(On sonne la retraite.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000168">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000251">Qu'on apporte le corps du vieux Salisbury
et qu'on le dépose au milieu de la place publique, dans
le centre même de cette ville maudite.--Me voilà donc
acquitté du voeu que j'avais fait à son âme. Pour chaque
goutte de sang qu'il a perdue, cinq Français au moins
sont morts cette nuit, et afin que les siècles futurs sachent
quel désastre a produit sa vengeance, je veux
ériger dans leur principal temple une tombe où sera
enterré son corps: sur sa tombe, et de telle sorte que
chacun le puisse lire, sera gravé le récit du sac d'Orléans,
par quelle trahison est arrivée sa mort déplorable,
et quelle terreur il inspirait à la France.--Mais je songe,
seigneurs, que dans notre sanglant carnage nous n'avons
pas rencontré l'altesse du dauphin, ni son nouveau
champion, la vaillante Jeanne d'Arc, ni aucun de ses
perfides alliés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000169">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000252">On croit, lord Talbot, qu'au commencement
du combat, arrachés tout d'un coup à leurs lits
paresseux, et au milieu des pelotons de gens armés, ils
ont sauté par-dessus les murailles pour chercher un
asile dans la plaine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000170">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000253">Moi-même, autant que j'ai pu
distinguer à travers la fumée et les noires vapeurs de
la nuit, je suis sûr d'avoir effrayé le dauphin et sa compagne,
comme ils accouraient tous deux les bras enlacés,
ainsi qu'un couple de tendres tourterelles, qui ne
peuvent vivre séparées ni le jour ni la nuit.--Quand
nous aurons mis ordre à tout ici, nous marcherons sur
leurs traces avec toutes nos troupes.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000056">(Entre un messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000171">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000254">Salut à vous tous, milords! Quel est
celui, dans cette noble réunion, que vous nommez le
belliqueux Talbot, célèbre par ses exploits si vantés
dans tout le royaume de France?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000172">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000255">Voici Talbot; qui veut lui parler?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000173">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000256">Une vertueuse dame, la comtesse d'Auvergne,
admirant avec respect ta renommée, te supplie
par moi, illustre seigneur, de lui accorder la faveur de
visiter l'humble château où elle réside, afin qu'elle
puisse se vanter d'avoir vu l'homme dont la gloire remplit
l'univers de son éclat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000174">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000257">En est-il donc ainsi? Allons,
je vois que nos guerres deviendront un gai et paisible
passe-temps, si les dames demandent qu'on aille ainsi
les visiter.--Vous ne pouvez honnêtement, milord, dédaigner
sa gracieuse requête.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000175">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000258">Ne me croyez plus désormais; car ce qu'un
peuple entier d'orateurs n'auraient jamais pu obtenir
de moi avec toute leur éloquence, la politesse d'une
femme l'emporte. Ainsi, dites-lui que je lui rends grâces,
et que, soumis et respectueux, j'irai lui faire ma cour.
Vos Seigneuries ne me tiendront-elles pas compagnie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000176">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000259">Non certes: ce serait plus que n'exige la
politesse; et j'ai ouï dire que les hôtes qui ne sont pas
priés ne sont jamais mieux venus que lorsqu'ils s'en
vont.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000177">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000260">Allons, j'irai donc seul, puisqu'il n'y a pas
moyen de s'en défendre; je veux faire l'essai de la courtoisie
de cette dame.--Capitaine, approchez. <hi rend="italic">(Il lui parle
à l'oreille.)</hi> Vous devinez mes intentions?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000178">
            <speaker>LE CAPITAINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000261">Oui, milord, et je m'y conformerai.</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-002-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000057">(Cour du château de la comtesse d'Auvergne.)</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000058">LA COMTESSE, <hi rend="italic">suivie du</hi> CONCIERGE <hi rend="italic">de son château</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000179">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000262">Concierge, souviens-toi de ce dont je
t'ai chargé; et, quand tu l'auras fait, apporte-moi les
clefs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000180">
            <speaker>LE CONCIERGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000263">Je le ferai, madame.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000059">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000181">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000264">Le plan est dressé. Si tout réussit, je
serai aussi fameuse par cet exploit que la Scythe Thomyris
par la mort de Cyrus.--On fait un grand bruit de
ce redoutable chevalier et de ses merveilleuses prouesses.
Je serais bien aise que le témoignage de mes yeux concourût
avec celui de mes oreilles pour porter mon jugement
sur ses hauts faits.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000060">(Entrent le messager et Talbot.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000182">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000265">Madame, conformément à votre désir
exprimé par mon message, le lord Talbot vient vous voir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000183">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000266">Il est le bienvenu.--Quoi! est-ce lui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000184">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000267">Madame, lui-même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000185">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000268">Est-ce là le fléau de la France? Est-ce
là ce Talbot si redouté dans l'Europe, et dont le nom
sert aux mères pour faire taire leurs enfants? Je vois à
présent combien les récits sont fabuleux et trompeurs;
je m'attendais à voir un Hercule, un second Hector, à
l'aspect farouche, d'une vaste et forte stature. Eh! c'est
un enfant, un nain ridicule; il ne se peut pas que cet
avorton faible et ridé frappe ses ennemis d'une si grande
terreur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000186">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000269">Madame, j'ai pris la hardiesse de vous importuner;
mais puisque Votre Seigneurie n'est pas libre,
je choisirai quelque autre temps pour vous faire
ma visite.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000187">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000270">Que prétend-il? Allez lui demander où
il va.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000188">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000271">Daignez rester, milord Talbot: ma
maîtresse désire savoir la cause de votre brusque départ.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000189">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000272">Hé mais, c'est parce que je vois qu'elle est
dans l'erreur: je vais lui prouver que Talbot est ici.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000061">(Rentre le concierge avec des clefs.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000190">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000273">Si tu es Talbot, tu es donc prisonnier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000191">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000274">Prisonnier? Et de qui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000192">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000275">Le mien, lord altéré de sang: et voilà
pourquoi je t'ai attiré chez moi. Depuis longtemps ton
ombre est ma prisonnière, car ton portrait est pendu
dans ma galerie. Aujourd'hui l'original subira le même
sort, et j'enchaînerai tes bras et tes jambes à toi, qui,
depuis tant d'années, as tyranniquement opprimé, ravagé
ma patrie, égorgé nos citoyens, et envoyé dans les
fers nos enfants et nos maris.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000193">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000276">Ha, ha, ha!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000194">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000277">Tu ris, misérable! Va, ta joie se changera
bientôt en gémissements.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000195">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000278">Je ris de votre folie, de croire que vous ayez
en votre possession autre chose que l'ombre de Talbot
pour objet de vengeance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000196">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000279">Quoi! n'es-tu pas l'homme?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000197">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000280">Oui, sans doute.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000198">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000281">Eh bien, j'en possède donc l'original.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000199">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000282">Non, non: je ne suis que l'ombre de moi-même.
Vous êtes déçue, madame; vous n'avez ici que
l'ombre de Talbot: ce que vous voyez n'est qu'un frêle
et chétif individu de l'espèce humaine. Je vous dis, madame,
que si Talbot tout entier était ici, vous le verriez
d'une grandeur et d'une étendue si immense, que votre
appartement ne suffirait pas pour le contenir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000200">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000283">C'est un marchand d'énigmes: il est ici
et il n'est point ici: comment ces contradictions peuvent-elles
se concilier?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000201">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000284">Je vais vous le montrer dans l'instant. (<hi rend="italic">Il
donne un coup de sifflet: on entend des tambours; aussitôt
suit une décharge d'artillerie. Les portes sont forcées; entre
une troupe de soldats</hi>.) Qu'en dites-vous, madame? Reconnaissez-vous
à présent que Talbot n'est que l'ombre
de lui-même? (<hi rend="italic">Montrant ses soldats</hi>.) Voilà sa substance,
ses muscles, ses bras, sa force avec laquelle il courbe
sous le joug vos têtes rebelles, rase vos cités, renverse
vos places, et les change en un moment en solitudes
désolées.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000202">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000285">Victorieux Talbot! pardonne mon outrage.
Je vois que tu n'es pas moins grand que ne te
peint la renommée, et que tu es bien plus grand que ne
l'annonce ta stature. Que ma présomption ne provoque
pas ton courroux! Je me reproche de ne t'avoir pas reçu
avec le respect qui t'est dû.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000203">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000286">Ne vous effrayez point, belle dame; et ne
vous méprenez pas sur l'âme de Talbot, comme vous
vous êtes méprise sur son apparence extérieure. Ce que
vous avez fait ne m'a point offensé: et je ne vous demande
d'autre satisfaction, que de nous permettre, de
votre plein gré, de goûter votre vin et de voir quelles
douceurs vous avez à nous offrir, car l'appétit des soldats
les sert toujours à merveille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000204">
            <speaker>LA COMTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000287">De tout mon coeur. Et croyez que je
me trouve honorée de fêter un si grand guerrier dans
ma maison.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000062">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-002-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000205">
            <speaker>(L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000063">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000288">Le jardin du Temple.)</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000064"><hi rend="italic">Entrent</hi> LES COMTES DE SOMERSET, DE SUFFOLK
ET DE WARWICK, RICHARD PLANTAGENET,
VERNON <hi rend="italic">et un autre avocat</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000206">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000289">Nobles lords, et vous gentilshommes,
que signifie ce silence? Personne n'ose-t-il donc rendre
hommage à la vérité?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000207">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000290">Nous faisions trop de bruit dans la salle du
Temple: le jardin nous convient mieux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000208">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000291">Dites donc, en un mot, si j'ai soutenu
la vérité, et si l'obstiné Somerset n'était pas dans l'erreur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000209">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000292">Sur ma foi, je fus toujours un disciple paresseux
en matière de lois; jamais je n'ai pu plier ma
volonté à la loi: en revanche je plie la loi à ma volonté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000210">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000293">Jugez donc entre nous deux, vous, lord
Warwick.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000211">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000294">Demandez-moi, entre deux faucons, quel
est celui qui vole le plus haut; entre deux dogues, celui
qui a la plus large gueule; entre deux lames, quelle est
la mieux trempée; entre deux chevaux, quel est celui
qui a la plus belle encolure; entre deux jeunes filles,
quelle est celle dont l'oeil est le plus riant: j'ai là-dessus
quelques légères connaissances, assez peut-être pour
porter un jugement; mais quant à ces fines et subtiles
équivoques de la loi, sur ma foi, je ne m'y entends
nullement, pas plus qu'un choucas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000212">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000295">Bah! c'est un adroit subterfuge pour
éviter de parler. La vérité paraît si nue, si visible de
mon côté, que l'oeil le moins perçant peut l'apercevoir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000213">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000296">Et elle se manifeste de mon côté si claire
et si brillante, que ses rayons se feraient sentir à l'oeil
même de l'aveugle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000214">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000297">Puisque votre langue est enchaînée,
et qu'il vous répugne tant de parler, déclarez vos pensées
par des signes muets. Que celui qui est né vrai gentilhomme,
et tient à l'honneur de sa naissance, s'il
pense que j'ai plaidé la cause de la vérité, arrache avec
moi une rose blanche de cet églantier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000215">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000298">Que celui qui n'est pas un lâche, ni un
flatteur, et qui ose se ranger du parti de la vérité, arrache
avec moi de cette épine une rose rouge.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000216">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000299">Je n'aime point les couleurs, et dédaignant
de colorer mes intentions par une basse et insinuante
flatterie, j'arrache cette rose blanche avec Plantagenet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000217">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000300">Et moi cette rose rouge avec le jeune Somerset,
et j'ajoute que je pense qu'il a le bon droit pour
lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000218">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000301">Arrêtez, lords et gentilshommes; et ne
cueillez plus de roses avant d'avoir décidé que celui des
deux qui aura le moins de roses cueillies de son côté
cédera à l'autre, et reconnaîtra la justice de son opinion.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000219">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000302">Sage Vernon, c'est bien dit; si c'est moi
qui ai le moins de roses, j'y souscris en silence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000220">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000303">Et moi aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000221">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000304">Eh bien, pour rendre hommage à la bonne
cause et à son évidence, je cueille ce bouton pâle et
vierge, et donne mon suffrage au parti de la rose blanche.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000222">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000305">Ne vous piquez pas le doigt en la cueillant,
de peur que votre sang ne teigne en rouge la rose
blanche, et que vous ne veniez à mon avis, fort contre
votre gré.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000223">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000306">Si je saigne pour mon opinion, milord, elle
se chargera de guérir ma blessure et me maintiendra
du côté où je suis présentement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000224">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000307">Fort bien, fort bien: allons, qui encore?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000225">
            <speaker>L'AVOCAT</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000065">à Somerset</stage>
            <p xml:id="fra-p-000308">Si mon étude n'est pas vaine,
si mes livres ne sont pas faux, le système que vous avez
embrassé est une erreur; et, comme preuve, j'arrache
aussi une rose blanche.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000226">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000309">Eh bien, Somerset, où est maintenant
votre argument?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000227">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000310">Ici, dans le fourreau, où il se propose de
teindre votre rose blanche en rouge de sang.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000228">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000311">En attendant, vos joues contrefont nos
roses, car elles pâlissent de crainte, pour attester que la
vérité est à nous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000229">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000312">Non, Plantagenet, ce n'est pas de crainte,
mais de colère de voir tes joues rougir de honte pour
contrefaire nos roses; tandis que ta langue refuse de confesser
ton erreur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000230">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000313">Somerset, ta rose n'a-t-elle pas un ver
qui la ronge?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000231">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000314">Plantagenet, ta rose n'a-t-elle pas une
épine?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000232">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000315">Oui, une épine aiguë et piquante, propre
à défendre la vérité; tandis que ton ver rongeur détruit
son mensonge.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000233">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000316">Eh bien, je trouverai des amis qui porteront
mes roses sanglantes et qui soutiendront la vérité
de ce que j'ai avancé, tandis que le fourbe Plantagenet
n'osera pas se montrer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000234">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000317">Par ce jeune bouton qui est dans ma
main, je te méprise, toi et ton parti, maussade enfant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000235">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000318">Plantagenet, ne dirige pas tes mépris de ce
côté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000236">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000319">Présomptueux Pole, je le veux ainsi, et
je te brave ainsi que lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000237">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000320">C'est dans ton sang que j'en serai vengé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000238">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000321">Cesse, cesse, noble Guillaume Pole: nous
honorons trop ce paysan, en conversant avec lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000239">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000322">Par le ciel, tu lui fais injure, Somerset.
Son aïeul était Lionel duc de Clarence, troisième fils
d'Édouard III, roi d'Angleterre. Sort-il, d'une souche si
antique, des roturiers sans armoiries?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000240">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000323">Il se fie au privilége de ce lieu
<note type="editorial" n="12" xml:id="fra-note-000012">Il ne paraît pas qu'à cette époque le Temple, où se font encore les études de droit, eût aucun privilége analogue au droit d'asile; peut-être ce lieu en avait-il été investi dans des temps antérieurs, lorsque les Templiers l'habitaient.</note>: autrement,
son lâche coeur n'aurait pas osé se permettre
ce langage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000241">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000324">Par celui qui m'a créé, je soutiendrai
mes paroles dans tous les coins de la chrétienté. Richard,
le comte de Cambridge, ton père, n'a-t-il pas été
exécuté sous le règne du feu roi, pour crime de trahison?
Et sa trahison ne t'a-t-elle pas entaché, souillé et dégradé
de ton ancienne noblesse? Son crime vit encore
dans ton sang, et jusqu'à ce que tu sois réhabilité, non,
tu n'es qu'un roturier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000242">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000325">Mon père fut accusé et non convaincu:
il fut condamné à mourir pour crime de trahison; mais
il ne fut point un traître. Et ce que je dis ici, je le prouverai
contre de plus illustres adversaires que Somerset,
si le temps dans son cours amène et mûrit à mon gré
l'occasion. Ton partisan Pole, et toi, vous serez notés
dans ma mémoire, et je vous châtierai un jour pour cet
injurieux préjugé: souvenez-vous-en bien, et tenez-vous
pour avertis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000243">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000326">Soit: tu nous trouveras toujours prêts à
te répondre, et reconnais-nous à ces couleurs pour tes
ennemis: mes amis les porteront en dépit de toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000244">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000327">Et j'en jure par mon âme, nous porterons
à jamais, moi et mon parti, cette rose pâle de courroux,
en symbole de ma haine qui ne s'éteindra que
dans ton sang. Ou cette fleur se flétrira avec moi dans
ma tombe, ou elle fleurira avec moi jusqu'au degré
d'élévation qui m'appartient.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000245">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000328">Poursuis ta route, et trouve ta ruine dans
ton ambition; adieu, jusqu'à la première occasion de te
rejoindre.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000066">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000246">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000329">Je te suis, Pole.--Adieu, ambitieux Richard.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000247">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000330">Comme on me brave! Et je suis forcé
de l'endurer!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000248">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000331">Cette tache, qu'ils reprochent à votre maison,
sera effacée dans le prochain parlement, convoqué
pour régler un accord entre Winchester et Glocester. Et
si vous n'êtes pas ce jour-là créé duc d'York, je ne veux
plus m'appeler Warwick. En attendant, en témoignage
de mon affection pour vous contre l'orgueilleux Somerset
et Guillaume Pole, je veux porter cette rose qui me
déclare de votre parti. Et je prédis ici que cette querelle
des roses blanches et des roses rouges, née dans le jardin
du Temple, et qui a déjà formé une faction, précipitera
des milliers d'hommes dans les ombres du tombeau.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000249">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000332">Sage Vernon, je vous dois beaucoup,
d'avoir cueilli une rose en faveur de mon parti.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000250">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000333">Et je la porterai toujours pour sa défense.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000251">
            <speaker>L'AVOCAT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000334">Et moi aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000252">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000335">Je vous rends grâces, brave gentilhomme.--Allons
dîner ensemble tous quatre. J'ose
dire qu'un jour viendra où cette querelle s'abreuvera de
sang.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000067">(Il sort.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-002-scene-005">
          <head>SCÈNE V</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000068">Une salle dans l'intérieur de la Tour.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000069"><hi rend="italic">Entre</hi> MORTIMER, <hi rend="italic">porté sur un siége par</hi> DEUX
GEOLIERS.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000253">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000336">Gardiens compatissants de mon infirme
vieillesse, laissez Mortimer mourant se reposer ici. Je
souffre dans tous mes membres endoloris par ma longue
prison, comme un malheureux à peine échappé à la
torture. Je suis aussi vieux que Nestor et vieilli par un
siècle de peines, et ces cheveux blancs, messagers du
trépas, annoncent la fin d'Edmond Mortimer. Ces yeux,
tels que des lampes dont l'huile est consumée, s'obscurcissent
de plus en plus, comme prêts à s'éteindre. Mes
épaules fléchissent sous le poids du chagrin, et mes bras
languissants tombent comme une vigne flétrie, dont les
rameaux desséchés rampent sur la terre. Et cependant
ces pieds, dont la plante sans force ne peut plus soutenir
cette masse d'argile, semblent prendre des ailes dans le
désir de me porter au tombeau, comme s'ils comprenaient
qu'il ne me reste plus d'autre refuge. Mais, dis-moi, geôlier,
mon neveu viendra-t-il?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000254">
            <speaker>PREMIER GEOLIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000337">Milord, Richard Plantagenet viendra:
nous avons envoyé à son appartement dans le
Temple, et sa réponse a été qu'il allait venir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000255">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000338">C'est assez! mon âme sera donc satisfaite!--Pauvre
jeune homme! son malheur égale le mien.
Depuis que Henri Monmouth a commencé de régner
(hélas! avant son élévation, je brillais à la guerre), j'ai
été confiné dans cette odieuse prison; et, depuis le
même temps, Richard est tombé dans l'obscurité, dépouillé
de ses honneurs et de son héritage. Mais aujourd'hui
que l'équitable mort, cet arbitre souverain qui
termine tous les désespoirs, et délivre l'homme des misères
de la vie, va de sa main propice me faire quitter
ce lieu, je voudrais que les peines de ce jeune homme
fussent aussi à leur terme et qu'il pût recouvrer ce qu'il
a perdu.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000070">(Entre Plantagenet.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000256">
            <speaker>PREMIER GEOLIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000339">Milord, votre cher neveu est arrivé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000257">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000340">Richard Plantagenet, mon ami, est-il arrivé?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000258">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000341">Oui, mon noble oncle, votre neveu Richard,
si indignement traité, et tout récemment encore si
insulté, vient vers vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000259">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000342">Guidez mes bras, que je puisse l'y serrer
et rendre dans son sein mon dernier soupir. Oh! dites-moi
quand mes lèvres seront près de toucher ses joues,
afin que je puisse dans ma faiblesse lui donner encore
un baiser.--Et apprends-moi, cher rejeton de l'illustre
tige d'York, pourquoi tu as dit que tu avais tout récemment
été insulté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000260">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000343">Commencez par appuyer sur mon bras
votre corps épuisé, et ainsi en repos, vous pourrez entendre
le récit de mes douleurs.--Ce jour même, dans
une conférence sur un cas de la loi, quelques paroles ont
été échangées entre Somerset et moi, et dans la chaleur
de cette discussion il a donné carrière à sa langue, et m'a
reproché la mort de mon père. Ce reproche imprévu m'a
fermé la bouche; autrement j'aurais repoussé l'injure
par l'injure. Ainsi, cher oncle, au nom de mon père,
pour l'honneur d'un vrai Plantagenet, et en considération
de notre alliance, déclarez-moi pourquoi le comte
de Cambridge, mon père, a été décapité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000261">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000344">La même cause, mon beau neveu, qui m'a
fait emprisonner et détenir, pendant toute ma florissante
jeunesse, dans une odieuse prison, pour y languir solitaire,
a été aussi la cause détestée de sa mort.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000262">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000345">J'ignore tout. Expliquez-moi cette
cause avec plus de détail, car je ne peux rien deviner.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000263">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000346">Je vais le faire, si mon souffle haletant me
le permet, et si la mort ne survient pas avant la fin de
mon récit.--Henri IV, aïeul du roi, déposa son cousin
Richard, le fils d'Édouard, le premier-né et l'héritier légitime
du roi Édouard, troisième roi de cette race. Pendant
son règne, les Percy du Nord, trouvant son usurpation
injuste, s'efforcèrent de me porter au trône. La
raison qui poussa ces lords belliqueux à cette entreprise
était que le jeune roi Richard ainsi écarté, et ne laissant
aucun héritier de sa génération, j'étais le premier après
lui par ma naissance et ma parenté; car je descends par
ma mère de Lionel, duc de Clarence, troisième fils du roi
Édouard III; tandis que lui, Monmouth, descend de Jean
de Gaunt, qui n'est que le quatrième de cette race héroïque.
Mais écoutez: dans cette grande et difficile entreprise,
où ils tentaient de placer sur le trône l'héritier
légitime, je perdis ma liberté, et eux la vie. Longtemps
après ceci, lorsque Henri V, succédant à son père Bolingbroke,
vint à régner, ton père, le comte de Cambridge,
qui descendait du fameux Edmond Langley, duc d'York,
épousa ma soeur, qui fut ta mère. De nouveau touché de
ma cruelle infortune, il leva une armée, espérant me délivrer
et ceindre mon front du diadème; mais ce généreux
comte y périt comme les autres, et fut décapité.
Ainsi furent détruits les Mortimer, en qui reposait ce titre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000264">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000347">Et vous, milord, vous êtes le dernier
de leur nom?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000265">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000348">Oui; et tu vois que je n'ai point de postérité,
et que ma voix défaillante annonce ma mort prochaine.
Tu es mon héritier: je fais des voeux pour que
tu en recueilles les droits; mais sois circonspect dans
cette périlleuse affaire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000266">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000349">Vos graves conseils ont sur moi un
juste empire: cependant il me semble que l'exécution de
mon père ne fut qu'un acte sanglant de tyrannie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000267">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000350">Garde le silence, mon neveu, et conduis-toi
avec prudence. La maison de Lancastre est solidement
établie, et, telle qu'une montagne, n'est pas facile
à ébranler.--Mais en ce moment ton oncle va quitter
cette vie, comme les princes quittent leur cour lorsqu'ils
sont rassasiés d'un long séjour dans le même lieu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000268">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000351">O mon oncle, je voudrais qu'une part
de mes jeunes années pût éloigner le terme de votre
vieillesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000269">
            <speaker>MORTIMER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000352">Tu veux donc me faire tort, comme le
meurtrier qui donne mille coups de poignard, lorsqu'un
seul peut tuer. Ne t'afflige point, ou ne t'afflige que pour
mon bien. Donne seulement des ordres pour mes obsèques:
adieu; que toutes tes espérances s'accomplissent,
et que ta vie soit heureuse dans la paix et dans la
guerre!</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000071">(Il expire.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000270">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000353">Que la paix et non la guerre accompagne
ton âme qui s'enfuit! Tu as passé ton pèlerinage
dans une prison, et, comme un ermite, tu y finis tes
jours.--Oui, j'enfermerai ton conseil dans mon sein; ce
que je conçois y reposera en silence.--Geôliers, emportez
son corps de ces lieux; je verrai avec moins de douleur
ses obsèques que sa triste vie.--(<hi rend="italic">Les geôliers sortent
emportant le corps de Mortimer</hi>.) Ici s'éteint le flambeau
consumé des jours de Mortimer, victime de l'ambition de
gens méprisables. Quant à l'outrage, à l'injure amère
que Somerset a reprochée à ma maison, j'espère bien
l'effacer avec honneur: et dans ce dessein, je vais hâter
mes pas vers le parlement. Ou je serai rétabli dans tous
les honneurs dus à mon sang, ou je ferai de mon malheur
même l'instrument de ma fortune.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000072">(Il sort.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-003">
        <head>ACTE TROISIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-003-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000271">
            <speaker>L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000073">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000354">La salle du parlement.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000074"><hi rend="italic">Fanfares. Entrent </hi>LE ROI HENRI, EXETER, GLOCESTER,
WINCHESTER, WARWICK, SOMERSET,
SUFFOLK ET RICHARD PLANTAGENET. <hi rend="italic">Glocester
se met en mesure de présenter un bill; Winchester le lui arrache
et le déchire</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000272">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000355">Humfroi de Glocester, viens-tu ici avec
des écrits soigneusement prémédités, des libelles écrits
et arrangés avec art? Si tu as à m'accuser, et que tu te
proposes de me charger de quelque imputation, parle
sur-le-champ et sans préparation, comme je me propose
de répondre sur-le-champ, et par un discours sans apprêt,
à ce que tu m'opposeras.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000273">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000356">Prêtre présomptueux, ce lieu m'impose
la patience; autrement tu connaîtrais à quel point tu
m'as outragé. Ne crois pas que, si j'ai voulu présenter
par récit le tableau de tes lâches et odieux méfaits, j'aie
rien inventé ou que je sois hors d'état de répéter de vive
voix ce qu'avait tracé ma plume. Tu n'es pas un prélat:
telle est ton audacieuse perversité, telles sont tes perfidies
et ton ambitieuse soif de discorde, que les enfants
même parlent de ton orgueil. Tu es un infâme usurier;
insolent par nature, ennemi de la paix, licencieux, débauché,
plus qu'il ne convient à un homme de ton état
et de ton rang. Et quant à tes trahisons, quoi de plus
notoire? Tu m'as tendu un piége pour surprendre ma
vie au pont de Londres et à la Tour; et je craindrais
bien, si l'on venait à sonder tes pensées, que le roi, ton
souverain, ne fût pas tout à fait à l'abri des jaloux complots
de ton coeur ambitieux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000274">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000357">Glocester, je te défie.--Milords, daignez
entendre ma réponse: si j'étais avide, pervers, ambitieux,
comme il veut que je le sois, comment serais-je si
pauvre? Comment arrive-t-il que je ne cherche pas à
marcher en avant, à m'élever plus haut, et que je me
renferme dans mon état? Quant à l'esprit de dissension,
qui chérit la paix plus que moi.... à moins que je ne
sois provoqué? Mais, mes dignes lords, ce n'est pas là
ce qui offense le duc, ce n'est pas là ce qui l'a irrité:
ce qui l'irrite...., c'est qu'il voudrait que nul autre ne
gouvernât que lui, que personne que lui n'approchât le
roi; voilà ce qui soulève la tempête dans son coeur, voilà
ce qui lui fait exhaler ces accusations contre moi. Mais
il connaîtra que je suis aussi bien né....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000275">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000358">Aussi bien né? Toi, bâtard de mon
aïeul!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000276">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000359">Ah! orgueilleux seigneur, qui es-tu, je
te prie, qu'un sujet impérieux sur le trône d'un autre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000277">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000360">Prêtre insolent, ne suis-je pas le protecteur?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000278">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000361">Et moi, ne suis-je pas un prélat de
l'Église?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000279">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000362">Oui, comme un proscrit se tient dans un
château et s'en sert pour protéger son brigandage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000280">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000363">Insolent Glocester!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000281">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000364">Ta profession mérite du respect, mais
non pas ta conduite.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000282">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000365">Rome me vengera.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000283">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000366">Va donc mendier le secours de Rome
<note type="editorial" n="13" xml:id="fra-note-000013">Winchester. This Rome shall remedy. Ce jeu de mots entre Rome, Rome, et to roam, rôder, vagabonder, est impossible à reproduire. Glocester. Roam thither them.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000284">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000367">Milord, il serait de votre devoir de vous
contenir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000285">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000075">à Somerset</stage>
            <p xml:id="fra-p-000368">Et vous, retenez donc l'évêque
dans les bornes du sien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000286">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000369">Il me semble que milord devrait être respectueux,
et connaître mieux la dignité sacrée d'un
prélat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000287">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000370">Il me semble que <hi rend="italic">Sa Grandeur</hi> devrait être
plus modeste; il ne convient pas à un prélat de parler
ainsi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000288">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000371">Il en a le droit, lorsque son caractère sacré
est si vivement offensé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000289">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000372">Sacré ou profane, qu'importe? <hi rend="italic">Sa Grâce</hi>
n'est-elle pas le <hi rend="italic">protecteur</hi> du roi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000290">
            <speaker>PLANTAGENET</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000076">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000373">Plantagenet, je le vois, doit ici
garder le silence: on pourrait lui dire: «Attendez pour
parler, que vous en ayez le droit. Votre avis téméraire
doit-il se mêler aux débats des lords?» Sans cette
crainte, j'aurais déjà lancé un trait à Winchester.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000291">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000374">Glocester, et vous, Winchester, mes oncles,
vous les premiers gardiens de notre Angleterre, je voudrais
vous prier, si les prières avaient sur vous quelque
empire, de réconcilier vos coeurs dans la paix et l'amitié.
Oh! quel scandale pour notre couronne que deux
nobles pairs tels que vous soient en discorde! Croyez-moi,
lords, ma jeunesse peut dire que la discorde civile
est un ver funeste qui ronge le coeur de l'État. (<hi rend="italic">On entend
un grand bruit en dehors avec ces cris:</hi> «A bas, à bas
la livrée jaune!») Quel est ce tumulte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000292">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000375">C'est une émeute, j'ose l'assurer, commencée
par la furie des gens de l'évêque.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000077">(On entend encore ces cris: <hi rend="italic">Des pierres! des pierres!</hi>)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000078">(Entre le maire de Londres avec son escorte.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000293">
            <speaker>LE MAIRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000376">O mes dignes lords! ô vertueux Henri!
prenez pitié de la cité de Londres, prenez pitié de nous.
Les gens de l'évêque et ceux du duc de Glocester, malgré
la défense récente de porter aucune arme, ont rempli
leurs poches de pierres, et, se rangeant en bandes
ennemies, les font pleuvoir si violemment les uns sur
les autres que nombre d'hommes ont la tête fracassée;
on brise nos fenêtres le long des rues, et dans notre
alarme nous avons été forcés de fermer nos boutiques.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000079">(Entrent, en se battant et la tête ensanglantée, les gens de Glocester
et ceux de Winchester.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000294">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000377">Nous vous enjoignons, par l'obéissance que
vous nous devez, d'arrêter vos mains homicides et de
rester en paix.--Mon oncle Glocester, je vous en conjure,
apaisez cette rixe.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000295">
            <speaker>UN DES GENS DU DUC</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000378">Si l'on nous interdit les pierres,
nous combattrons avec nos dents.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000296">
            <speaker>UN AUTRE DU PARTI OPPOSÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000379">Faites ce qui vous plaira:
nous sommes aussi déterminés.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000080">(Ils recommencent à se battre.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000297">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000380">Hommes de ma maison, cessez cette ridicule
querelle, et mettez fin à cet étrange combat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000298">
            <speaker>UN TROISIÈME DE LA SUITE DU DUC</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000381">Milord, nous savons
que Votre Grâce est un homme juste et droit, et par
votre royale naissance, vous ne le cédez à personne qu'à
Sa Majesté; aussi, avant que nous souffrions qu'un si
noble prince, un si bon père de l'État soit insulté par
un barbouilleur d'encre, nous combattrons tous, nous,
nos femmes et nos enfants, et nous consentirons plutôt
à nous voir massacrés par vos ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000299">
            <speaker>UN AUTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000382">Oui; et morts, on nous verra creuser encore
la terre de nos ongles furieux.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000081">(Le combat recommence.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000300">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000383">Arrêtez, arrêtez, vous dis-je! et si vous
m'aimez comme vous le dites, laissez-moi vous persuader
de suspendre un instant votre fureur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000301">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000384">Oh! que cette discorde afflige mon âme!--Milord
Winchester, pouvez-vous voir mes soupirs et
mes larmes, et ne pas ralentir votre haine? Qui donc
sera pitoyable, si vous ne l'êtes pas? Qui se montrera
l'ami de la paix, si les saints ministres de l'Église se
plaisent dans le trouble?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000302">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000385">Milord protecteur, cédez.... Cédez, Winchester;
à moins que vous ne vouliez, par votre obstination,
égorger aussi votre souverain et bouleverser le
royaume. Vous voyez quels désastres, quels meurtres
sont l'ouvrage de votre inimitié! Réconciliez-vous donc
si vous n'êtes pas altérés de sang.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000303">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000386">Qu'il commence par se soumettre ou je
ne céderai jamais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000304">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000387">Ma tendre compassion pour le roi me
commande de céder; sans quoi, je verrais le coeur de ce
prêtre arraché de ses entrailles, avant qu'il pût se vanter
de cet avantage sur moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000305">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000388">Voyez, milord Winchester, voyez; le duc
a déjà banni toute furieuse colère: son front adouci vous
l'annonce. Pourquoi paraissez-vous encore si farouche
et si menaçant?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000306">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000389">Voilà ma main, Winchester; je te l'offre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000307">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000390">C'est une honte, Beaufort! Je vous ai entendu
prêcher que la haine était un grave et énorme péché:
ne pratiquerez-vous pas la morale que vous enseignez?
Voulez-vous être le premier à la transgresser?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000308">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000391">Bon roi! le prélat est touché.--Allons,
milord Winchester, quelle honte! apaisez-vous. Quoi!
un enfant vous enseignera-t-il votre devoir?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000309">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000392">Eh bien, duc de Glocester, je veux bien
te céder. Je te rends amour pour amour, et j'unis ma
main à la tienne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000310">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000082">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000393">Oui, mais je crains bien que ce ne
soit d'un coeur mensonger.... <hi rend="italic">(Haut.)</hi> Voyez, mes amis,
mes chers compatriotes: ce gage est un signal de trêve
entre nous et tous nos serviteurs; que Dieu m'assiste,
comme il est vrai que je ne dissimule rien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000311">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000083">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000394">Que Dieu m'assiste, comme ce
n'est pas là mon intention.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000312">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000395">O mon bon oncle, mon cher duc de Glocester,
que vous me rendez joyeux par cet accord de paix. (<hi rend="italic">A
leurs gens</hi>.) Allons, mes amis, retirez-vous: ne nous
troublez pas davantage; redevenez amis, à l'exemple de
vos maîtres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000313">
            <speaker>UN DES GENS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000396">Volontiers.--Je vais chez le chirurgien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000314">
            <speaker>UN AUTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000397">Et moi aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000315">
            <speaker>UN TROISIÈME</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000398">Et moi, je vais voir quel remède la
taverne pourra me procurer.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000084">(Sortent les gens des deux partis, le Maire, etc.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000316">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000399">Gracieux souverain, recevez cette requête,
que nous présentons à Votre Majesté pour la restitution
des droits de Richard Plantagenet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000317">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000400">J'approuve votre démarche, milord Warwick.--(<hi rend="italic">Au
roi.</hi>) En effet, cher prince, si Votre Majesté
considère toutes les circonstances, vous trouverez de
grands motifs de réhabiliter Plantagenet dans ses droits,
surtout si vous songez aux événements d'Eltham, dont
j'ai entretenu Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000318">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000401">Oui, ce furent autant d'actes de violence. Aussi,
chers lords, nous voulons que Richard soit rétabli dans
tous les priviléges de sa naissance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000319">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000402">Que Richard soit rétabli dans les priviléges
de sa naissance; ainsi seront réparés les torts faits
à son père.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000320">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000403">L'avis de l'assemblée sera celui de Winchester.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000321">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000404">Que Richard jure d'être fidèle, et je lui rendrai
non-seulement cela, mais encore tout l'héritage de
la maison d'York, dont vous descendez, Richard, en ligne
directe.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000322">
            <speaker>RICHARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000405">Votre humble sujet vous dévoue son obéissance
et ses services, jusqu'à son dernier soupir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000323">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000406">Incline-toi donc, et mets ton genou à mes
pieds; et en retour de cet acte d'hommage ainsi accompli,
je te ceindrai de la vaillante épée d'York.--Lève-toi,
Richard, comme un vrai Plantagenet; et lève-toi, créé
par nous prince et duc d'York.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000324">
            <speaker>RICHARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000407">Que Richard prospère, et que vos ennemis
succombent! et périssent tous ceux qui cachent une seule
pensée suspecte contre Votre Majesté, comme il est vrai
que mon zèle est ardent et ma soumission sincère!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000325">
            <speaker>TOUS LES PAIRS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000408">Salut, noble prince, puissant duc
d'York!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000326">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000085">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000409">Périsse ce vil prince, cet ignoble
duc d'York!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000327">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000410">Maintenant l'intérêt de Votre Majesté est
de traverser les mers et de vous faire couronner en
France. La présence d'un roi réveille l'amour dans le
coeur de ses sujets et de ses fidèles amis, comme elle décourage
ses ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000328">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000411">Quand Glocester a parlé, Henri n'hésite
point: le conseil d'un ami sage est la mort de beaucoup
d'ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000329">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000412">Votre flotte est prête à faire voile.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000086">(Tous sortent excepté Exeter.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000330">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000087">seul</stage>
            <p xml:id="fra-p-000413">Oui: nous pourrions bien voyager en
France ou en Angleterre, sans prévoir les événements
qui nous menacent. Le feu de cette dernière dissension,
qui s'est élevée entre ces pairs, couve sous les cendres
trompeuses d'une fausse amitié, et éclatera bientôt en
flammes terribles; ainsi que les membres gangrenés se
corrompent par degrés, jusqu'à ce que la chair, les os et
les nerfs tombent en dissolution, de même se développera
cette jalouse et fatale haine; et je crains bien l'accomplissement
de cette sinistre prédiction qui, du temps
de Henri V, était dans la bouche des enfants à la mamelle:
<hi rend="italic">Que le Henri né à Monmouth gagnerait tout, et que
le Henri né à Windsor perdrait tout</hi>. Cela est si probable
que le voeu d'Exeter est de finir ses jours avant de voir
ces temps désastreux.</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-003-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000331">
            <speaker>E</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000088">n France</stage>
            <p xml:id="fra-p-000414">Devant Rouen.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000089"><hi rend="italic">Entrent</hi> LA PUCELLE DÉGUISÉE ET DES SOLDATS
<hi rend="italic">vêtus en paysans, portant des sacs sur le dos</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000332">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000415">Voici les portes de la ville, les portes de
Rouen, dont il faut que notre adresse nous ouvre l'entrée.
Soyez sur vos gardes, faites bien attention à vos
paroles; parlez comme des paysans de la campagne, qui
viennent au marché vendre leur blé. Si nous parvenons
à entrer, comme j'en ai l'espérance, et que nous ne
trouvions qu'une garde faible et négligente, d'un signal
j'avertirai nos amis, afin que le dauphin Charles vienne
attaquer les Anglais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000333">
            <speaker>UN SOLDAT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000416">Les sacs que nous portons préparent le
sac de la ville, et nous serons bientôt maîtres et seigneurs
de Rouen. Allons, frappons aux portes.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000090">(Ils frappent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000334">
            <speaker>LA SENTINELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000417">Qui va là?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000335">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000418">Paysans, pauvres gens de France; de
pauvres fermiers qui viennent vendre leur blé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000336">
            <speaker>LA SENTINELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000419">Entrez, entrez; la cloche du marché
a déjà sonné.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000091">(Elle ouvre les portes.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000337">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000420">C'est maintenant, ô Rouen, que je renverserai
tes remparts jusque dans leurs fondements!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000092">(Ils entrent dans la ville.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000093">(Entrent Charles, le Bâtard d'Orléans, Alençon et des troupes.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000338">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000421">Que saint Denis favorise cet heureux stratagème!
et nous dormirons encore une fois en sûreté
dans Rouen.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000339">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000422">Voici par où sont entrées la Pucelle et sa
troupe. A présent qu'elle est dans la ville, comment nous
indiquera-t-elle le passage le plus facile et le plus sûr?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000340">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000423">En plaçant, à cette tour, une torche allumée:
à l'endroit où nous la verrons paraître, ce signal
nous annoncera qu'il n'est point de passage plus facile
que celui par où la Pucelle s'est introduite.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000094">(La Pucelle paraît sur le haut d'une tour, tenant une torche
allumée.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000341">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000424">Regardez; voici l'heureux flambeau d'union
qui va réunir Rouen à ses compatriotes: mais il
brille d'un éclat fatal aux gens de Talbot.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000342">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000425">Voyez, noble Charles, le phare de notre
amie. La torche enflammée est plantée là-bas sur cette
petite tour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000343">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000426">Qu'elle brille comme une comète vengeresse
et présage la ruine de nos ennemis!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000344">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000427">Ne perdons pas de temps; les délais finissent
mal: entrons à l'instant, en criant: <hi rend="italic">Vive le dauphin!</hi>
et égorgeons les sentinelles.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000095">(Ils entrent.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000096">(Alarme. Arrive Talbot suivi de quelques Anglais.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000345">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000428">France, tes larmes expieront cette trahison,
si Talbot survit à cette perfidie. C'est la Pucelle, cette
sorcière, cette infernale magicienne, qui a ourdi cette
trame diabolique et nous a surpris; à grand'peine
avons-nous échappé au malheur de servir d'ornement
à l'orgueil de la France.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000097">(Une alarme. Sortie, escarmouche. Entrent Bedford, transporté
mourant sur un siége hors de la ville, Talbot, le duc de Bourgogne
et les troupes anglaises. La Pucelle, Charles, le Bâtard,
Alençon et autres paraissent sur les remparts.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000346">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000429">Salut, mes braves: avez-vous besoin de
blé pour faire du pain? Je crois que le duc de Bourgogne
jeûnera quelque temps avant d'en racheter une seconde
fois à pareil prix: il était plein d'ivraie. En aimez-vous
le goût?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000347">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000430">Raille, raille, vil démon, courtisane
effrontée. Je me flatte qu'avant peu nous t'étoufferons
avec ton blé, et que nous te ferons maudire la
moisson que tu viens de faire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000348">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000431">Votre Altesse pourrait bien mourir de faim
avant ce moment-là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000349">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000432">Oh! que des actions et non des paroles nous
vengent de cette trahison!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000350">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000433">Hé! que ferez-vous, pauvre vieillard à
la barbe grise? Prétendez-vous rompre une lance et porter
un coup mortel, assis et défaillant sur votre chaise?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000351">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000434">Odieux démon de France, sorcière dévouée
à l'opprobre, qui te fais suivre sans pudeur de tes lascifs
galants, te convient-il d'insulter son honorable vieillesse
et de braver lâchement un homme à demi mort? Ma
belle, je veux faire assaut avec toi, ou que Talbot périsse
dans l'ignominie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000352">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000435">Vous êtes bien vif, seigneur.--Mais
nous, restons en paix; si Talbot commence à tonner, la
pluie suivra bientôt. (<hi rend="italic">Talbot et les autres Anglais délibèrent
ensemble.</hi>) Que Dieu préside à votre parlement! Qui de
vous sera l'orateur?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000353">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000436">Oseras-tu sortir et venir nous joindre en
plaine?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000354">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000437">En vérité, Votre Seigneurie nous prend
donc pour des insensés, en nous proposant de remettre
en question si ce qui nous appartient est à nous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000355">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000438">Ce n'est point à cette moqueuse Hécate que
je parle; c'est à toi, Alençon, et aux autres chevaliers.
Voulez-vous venir et combattre en soldats?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000356">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000439">Non, seigneur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000357">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000440">Au diable avec ton seigneur!--Vils muletiers
de France! Ils se tiennent sur les murailles comme
d'ignobles paysans, et n'osent prendre les armes en
gentilshommes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000358">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000098">à Alençon et autres seigneurs</stage>
            <p xml:id="fra-p-000441">Capitaines,
quittons ces remparts: le regard de Talbot ne nous annonce
rien de bon. Que Dieu soit avec vous, milord!
Nous étions venus simplement pour vous dire que nous
étions ici.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000099">(La Pucelle et les Français descendent des remparts.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000359">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000442">Et nous y serons aussi avant peu, ou que
l'ignominie devienne la gloire de Talbot. Jure, duc
de Bourgogne, par l'honneur de ta maison offensée
des outrages publics que te fait souffrir la France;
jure de reprendre la ville ou de périr: et moi, aussi
sûr que Henri d'Angleterre respire, que son père est
entré ici en conquérant, et que le grand coeur de
Richard Coeur de Lion est enseveli dans cette ville que la
trahison vient de nous enlever, je jure de la reprendre
ou de mourir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000360">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000443">J'associe mon voeu au tien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000361">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000444">Mais, avant de partir, prenons soin de ce
héros mourant, du vaillant duc de Bedford.--(<hi rend="italic">A Bedford.</hi>)
Venez, milord; nous allons vous placer dans un lieu
plus sûr, et plus favorable pour votre état languissant
et votre grand âge.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000362">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000445">Lord Talbot, ne me déshonore pas à ce
point. Je veux rester ici, assis devant les murs de Rouen;
et partager encore vos succès ou vos revers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000363">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000446">Courageux Bedford, laissez-vous
persuader.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000364">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000447">Non, je ne quitterai point ce lieu; je me
souviens d'avoir lu que jadis l'intrépide Pendragon,
mourant, se fit porter dans sa litière au champ de bataille,
et vainquit ses ennemis. Il me semble que d'ici
je ranimerai encore les coeurs de nos soldats: je les ai
toujours trouvés tels que j'étais moi-même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000365">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000448">O courage invincible dans un corps mourant!
Eh bien, soit: que le Ciel garde en sûreté le vieux Bedford!
et nous, maintenant, brave duc de Bourgogne,
nous n'avons plus qu'à rassembler les troupes qui sont
sous notre main, et à fondre sur notre insolent ennemi.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000100">(Ils sortent.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000101">(Alarme. Sorties, escarmouche. Entrent sir Jean Fastolffe et un
capitaine.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000366">
            <speaker>LE CAPITAINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000449">Où va sir Jean Fastolffe, à pas si précipités?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000367">
            <speaker>FASTOLFFE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000450">Où je vais? me sauver en fuyant
<note type="editorial" n="14" xml:id="fra-note-000014">Sir Jean Fastolffe, capitaine anglais, se conduisit en effet lâchement dans les guerres de France, et fut tué en 1429, à la bataille de Patay. Il y a lieu de croire que c'est la lâcheté, devenue proverbiale, de sir Jean Fastolffe qui a donné à Shakspeare l'idée d'appeler Falstaff le compagnon des débauches du prince Henri, lorsqu'il renonça à mettre ce rôle sous le nom de sir John Oldcastle.</note>. Nous
avons bien l'air d'être mis en déroute une seconde fois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000368">
            <speaker>LE CAPITAINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000451">Quoi, vous fuyez? Vous abandonneriez
lord Talbot?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000369">
            <speaker>FASTOLFFE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000452">Tous les Talbot de l'univers, pour sauver
ma vie.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000102">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000370">
            <speaker>LE CAPITAINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000453">Lâche chevalier, que le malheur te suive!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000103">(Il sort.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000104">(Retraite, escarmouches. Entrent, au sortir de la ville, la Pucelle,
Charles, Alençon et autres qui fuient.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000371">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000454">A présent, mon âme, pars en paix, quand
il plaira au Ciel! j'ai vu la déroute de nos ennemis.
Qu'est-ce que la force et la confiance de l'homme insensé?
Ceux qui tout à l'heure nous insultaient de leurs
railleries sont trop heureux en ce moment de sauver
leur vie par la fuite.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000105">(Il expire et on l'emporte.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000106">(Alarme. Entrent Talbot, le duc de Bourgogne et autres.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000372">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000455">Perdue et reprise en un jour! C'est un double
honneur, duc de Bourgogne! Mais que le Ciel ait
toute la gloire de cette victoire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000373">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000456">Brave Talbot, le duc de Bourgogne
t'ouvre un sanctuaire dans son coeur, et y grave
tes nobles exploits en monument de ta valeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000374">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000457">Duc, je te rends grâces.--Mais où est la
Pucelle maintenant? Je pense que son démon familier
est endormi. Où sont maintenant les bravades du Bâtard,
et les railleries de Charles? Quoi, tous évanouis!
Rouen est dans le deuil, et gémit d'avoir perdu de si
braves hôtes!--A présent mettons quelque ordre dans
la ville, en y plaçant des officiers expérimentés, et allons
ensuite à Paris, rejoindre le roi: car le jeune Henri y
est avec sa cour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000375">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000458">Tout ce que veut le lord Talbot
plaît au duc de Bourgogne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000376">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000459">Mais, avant de partir, n'oublions pas le noble
duc de Bedford, qui vient de mourir: assistons à ses
obsèques dans la ville. Jamais plus brave guerrier ne
tint sa lance en arrêt; jamais caractère plus aimable ne
gouverna une cour. Mais les rois et les plus fiers potentats
doivent mourir. C'est le terme des misères humaines.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000107">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-003-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000108"><hi rend="italic">Entrent</hi> CHARLES, LE BATARD, ALENÇON,
LA PUCELLE <hi rend="italic">et des troupes</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000377">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000460">Princes, ne vous découragez pas pour
un revers, et ne gémissez plus de voir Rouen retomber
aux mains de l'ennemi. Le chagrin n'est point un remède,
mais bien plutôt un corrosif pour des maux auxquels
il n'y a point de remède. Laissez le frénétique
Talbot triompher un moment, et, comme un paon, étaler
fièrement sa queue: nous lui arracherons ses brillantes
plumes, et tout son orgueilleux appareil, si vous
voulez vous laisser conduire par mes avis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000378">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000461">C'est vous qui nous avez guidés jusqu'ici,
et nous nous sommes confiés en votre habileté: un
échec inattendu n'éveillera pas notre défiance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000379">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000462">Cherchez dans votre génie quelque ressource
heureuse, et nous publierons votre renommée
dans l'univers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000380">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000463">Nous placerons ta statue dans quelque lieu
sacré, et nous t'y révérerons comme une sainte. Agis
donc, admirable vierge, et travaille à notre succès.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000381">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000464">Eh bien, voici ce que Jeanne propose.
Par un discours insinuant et de douces paroles, nous
captiverons le duc de Bourgogne, et le déterminerons à
quitter Talbot pour nous suivre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000382">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000465">Ah! chère Jeanne, si nous pouvions gagner
cela, la France ne serait plus remplie des guerriers de
Henri: cette nation ne serait plus si fière avec nous, et
nous l'extirperions de nos provinces.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000383">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000466">L'Anglais serait pour jamais chassé de la
France, et n'y conserverait pas le titre d'un seul comté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000384">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000467">Vos seigneurs seront témoins de la manière
dont je vais m'y prendre pour parvenir au but
que vous désirez. (<hi rend="italic">On entend battre le tambour</hi>.) Écoutez;
au son de ces tambours vous pouvez reconnaître que
l'armée anglaise marche vers Paris. (<hi rend="italic">Une marche anglaise.
Entrent et passent à distance Talbot et ses troupes</hi>.) Voilà
Talbot qui s'avance, enseignes déployées, et suivi de
toutes les troupes anglaises. (<hi rend="italic">Une marche française. Entrent
le duc de Bourgogne et ses troupes</hi>.) Ensuite viennent
à l'arrière-garde le duc et sa troupe. La fortune nous
seconde en le faisant rester ainsi, en arrière. Faites demander
un pourparler; nous entrerons en conférence
avec lui.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000109">(On sonne pour demander un pourparler.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000385">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000468">Un pourparler avec le duc de Bourgogne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000386">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000469">Qui demande une conférence
avec le duc de Bourgogne?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000387">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000470">Le prince Charles de France, ton compatriote.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000388">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000471">Eh bien, Charles, que me
veux-tu? je suis pressé de partir d'ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000389">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000472">Parle, Jeanne, et charme-le par tes paroles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000390">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000473">Brave duc de Bourgogne, infaillible espoir
de la France, arrête et permets à ton humble servante
de t'entretenir un moment.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000391">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000474">Parle; mais pas de longueurs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000392">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000475">Contemple ton pays, contemple la fertile
France; vois ses villes et ses cités défigurées par les ravages
destructeurs d'un ennemi cruel; ainsi qu'une
mère contemple son jeune enfant au berceau, dont la
mort va fermer les yeux, vois, vois les maux qui consument
la France. Vois les plaies, les plaies barbares dont
ta main dénaturée a déchiré son malheureux sein; ah!
détourne contre d'autres victimes le fer de ton épée;
frappe ceux qui blessent, et ne blesse pas ceux qui secourent.
Une seule goutte de sang tirée du sein de ta
patrie devrait te causer plus de douleur que des flots
d'un sang étranger. Efface donc par tes larmes les taches
sanglantes qui couvrent le corps de ta malheureuse patrie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000393">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000476">Il faut qu'elle m'ait ensorcelé
par ses paroles, ou que la nature m'inspire cet attendrissement
soudain!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000394">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000477">Toute la France et ses enfants poussent
sur toi des cris de surprise, et commencent à douter de
ta naissance et de ta légitimité.... A quel peuple t'es-tu
associé? A une nation hautaine, qui ne te sera fidèle
que selon son intérêt. Quand Talbot aura mis le pied en
France, et aura fait de toi un instrument de calamités,
dis, quel autre que Henri d'Angleterre sera le souverain?
et toi, tu seras rejeté comme un proscrit. Rappelle
à ta mémoire.... et que ceci serve à te convaincre:--le
duc d'Orléans n'était-il pas ton ennemi? et n'était-il pas
prisonnier en Angleterre? mais dès qu'ils ont su qu'il
était ton ennemi, ils lui ont rendu sa liberté sans rançon,
au mépris des intérêts du duc de Bourgogne et de
tous ses amis. Vois donc, tu combats contre tes compatriotes,
et tu t'es lié avec ceux qui sont prêts à devenir
tes assassins. Allons, reviens, reviens, prince égaré;
Charles et toute la France sont prêts à te recevoir dans
leurs bras.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000395">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000478">Je suis vaincu; ses victorieuses
paroles m'ont bombardé comme le canon bat les remparts
d'une ville; et je me sens prêt à fléchir les genoux.--Pardonne,
ô ma patrie; pardonnez, mes chers compatriotes;
et vous, princes, acceptez ce cordial et sincère
embrassement. Mes forces et mes soldats sont à vous;
adieu, Talbot; je ne me fierai plus à toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000396">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000479">Je reconnais là un Français: change encore
une fois pour revenir vers nous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000397">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000480">Sois le bienvenu, brave duc; ton amitié
renouvelle nos forces.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000398">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000481">Elle ramène un nouveau courage dans
notre sein.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000399">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000482">La Pucelle a rempli admirablement son
rôle: elle mérite une couronne d'or.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000400">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000483">Allons, seigneurs, marchons; joignons nos
troupes, et cherchons tous les moyens de nuire à notre
ennemi.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000110">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-003-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000401">
            <speaker>P</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000111">aris</stage>
            <p xml:id="fra-p-000484">Un appartement du palais.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000112"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE ROI HENRI, GLOCESTER, WINCHESTER,
YORK, SUFFOLK, SOMERSET, WARWICK,
EXETER, TALBOT, <hi rend="italic">suivi de quelques officiers, leur
adresse ces paroles</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000402">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000485">Mon auguste prince, et vous, illustres pairs!
ayant appris votre arrivée dans ce royaume, j'ai suspendu
quelque temps mes combats pour venir rendre
hommage à mon souverain. Ce bras qui a remis
sous votre obéissance cinquante forteresses, douze villes
et sept places fortes, outre cinq cents prisonniers de
marque, laisse tomber son épée aux pieds de Votre Majesté;
et, avec la soumission d'un coeur loyal, il renvoie
toute la gloire de ses conquêtes d'abord à son Dieu, et
ensuite à Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000403">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000486">Est-ce là lord Talbot, mon oncle Glocester, ce
guerrier qui depuis si longtemps combat en France?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000404">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000487">Oui, mon souverain, c'est lui-même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000405">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000488">Soyez le bienvenu, brave capitaine, victorieux
Talbot. Lorsque j'étais jeune, et je ne suis pas
vieux encore, je me rappelle que mon père me disait
que jamais plus intrépide chevalier n'avait manié l'épée.
Depuis longtemps nous étions instruits de votre loyauté,
de vos fidèles services, de vos travaux guerriers, et cependant
vous n'avez jamais connu les récompenses de
votre souverain; vous n'avez pas même reçu ses remerciements:
car, avant ce jour, je n'avais jamais vu vos
traits. Levez-vous, et pour tous ces illustres services
nous vous créons ici comte de Shrewsbury; vous prendrez
votre rang à notre couronnement.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000113">(Sortent le roi, Glocester, Talbot et autres seigneurs.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000406">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000489">Maintenant, seigneur, vous qui étiez si fougueux
sur mer et qui avez insulté les couleurs que je
porte en l'honneur de mon noble lord York, osez-vous
ici soutenir les paroles que vous avez dites?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000407">
            <speaker>BASSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000490">Oui, je l'ose, comme vous osez soutenir les
jalouses inventions de votre langue insolente contre
mon noble lord, le duc de Somerset.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000408">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000491">Drôle, j'honore ton lord pour ce qu'il est.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000409">
            <speaker>BASSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000492">Et qu'est-il? Il vaut autant qu'York.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000410">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000493">Lui? non. Et en preuve reçois ceci.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000114">(Il le frappe.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000411">
            <speaker>BASSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000494">Lâche, tu sais trop que la loi des armes est
que quiconque tire son épée dans le palais du roi est sur-le-champ
condamné à mort; sans cela cette attaque te
coûterait le plus pur de ton sang; mais je vais m'adresser
à Sa Majesté, et lui demander la liberté de me venger
de cet affront; et alors tu verras si je sais te joindre et
t'en punir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000412">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000495">Allons, homme sans foi; j'y serai aussitôt
que toi; et après tu me rencontreras plus tôt que tu ne
voudras.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000115">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004">
        <head>ACTE QUATRIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000413">
            <speaker>P</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000116">aris</stage>
            <p xml:id="fra-p-000496">Une salle d'apparat.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000117">LE ROI HENRI, GLOCESTER, WINCHESTER, YORK,
SUFFOLK, SOMERSET, WARWICK, TALBOT, EXETER,
LE GOUVERNEUR <hi rend="italic">de Paris et autres</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000414">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000497">Lord évêque, placez la couronne sur sa
tête.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000415">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000498">Que Dieu protége le roi Henri sixième
du nom!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000416">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000499">A présent, gouverneur de Paris, prêtez
votre serment.--(<hi rend="italic">Le gouverneur se met à genoux.</hi>) Que
vous ne reconnaîtrez d'autre roi que Henri; que vous
n'aurez d'amis que ses amis, et que vous ne compterez
pour vos ennemis que ceux qui machineront de coupables
complots contre Sa Majesté. Ainsi faites que le Dieu
de justice vous protége!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000118">(Sortent le gouverneur et la suite.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000119">(Entre sir Jean Fastolffe.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000417">
            <speaker>FASTOLFFE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000500">Mon gracieux souverain, comme je venais
de Calais, pressant mon cheval pour me trouver à
votre couronnement, on a remis dans mes mains cette
lettre adressée à Votre Majesté par le duc de Bourgogne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000418">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000501">Opprobre sur le duc de Bourgogne et sur
toi! Lâche chevalier, j'ai fait voeu, dès que je te trouverais,
d'arracher la jarretière de ta jambe fuyarde, et je
le fais (<hi rend="italic">il la lui arrache</hi>), car tu étais indigne d'être élevé
à ce rang honorable. Pardonnez, mon roi, et vous,
lords; ce lâche, à la bataille de Patay, lorsque je n'avais
en tout que six mille hommes, et que les Français étaient
presque dix contre un, avant même que nous nous fussions
rencontrés, avant qu'un seul coup eût été frappé,
s'est enfui comme un écuyer confident. Dans cette attaque
nous avons perdu douze cents hommes, et moi-même
avec nombre d'autres gentilshommes, nous avons
été surpris et faits prisonniers. Jugez à présent, nobles
lords, si j'ai mal fait, et si de tels lâches sont faits pour
porter cet ornement des chevaliers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000419">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000502">Il faut l'avouer, cette action est infâme:
elle déshonorerait un simple soldat; à plus forte raison
un chevalier, un officier, un chef.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000420">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000503">Dans les premiers temps où cet ordre fut
établi, milords, les chevaliers de la Jarretière étaient
d'une noble naissance, vaillants et généreux, pleins
d'un courage intrépide, comme des hommes nés pour
s'illustrer par la guerre, qui ne craignaient point la
mort, qui n'étaient point abattus par l'infortune, mais
toujours pleins de résolution dans les plus affreuses
extrémités. Celui donc qui n'est pas doué de ces qualités
usurpe le nom sacré de chevalier, profane l'honneur
de cet ordre, et devrait, si l'on s'en rapportait à
mon jugement, être dégradé comme un obscur paysan
qui oserait se vanter d'être issu d'un sang illustre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000421">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000120">à Fastolffe</stage>
            <p xml:id="fra-p-000504">Opprobre de ton pays, tu viens
d'entendre ta condamnation; fuis de notre vue, toi qui
fus jadis chevalier: nous te bannissons de notre présence
sous peine de mort. (<hi rend="italic">Fastolffe sort</hi>.) Maintenant,
lord protecteur, voyons cette lettre que nous envoie
notre oncle le duc de Bourgogne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000422">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000121">lisant la suscription</stage>
            <p xml:id="fra-p-000505">Que prétend donc
Son Altesse, en changeant son style ordinaire? On ne
lit ici que cette adresse nue et familière: <hi rend="italic">Au roi</hi>. A-t-il
donc oublié que Henri est son souverain? ou cette formule
irrespectueuse annonce-t-elle quelque changement
dans sa volonté?--Voyons ce qu'elle dit. (<hi rend="italic">Il ouvre et lit.</hi>)
«Cédant à des motifs particuliers, et ému de pitié des
désastres de ma patrie et des plaintes des victimes
infortunées que vous opprimez, j'ai abandonné votre
inique faction, et je me suis joint à Charles, le roi
légitime de la France.» O trahison monstrueuse! Se
peut-il que dans une telle alliance, au sein de tant d'amitié
et de serments, nous ne trouvions que tant de
fausseté et de perfidie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000423">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000506">Quoi! Est-ce que mon oncle le duc de Bourgogne
se révolte contre nous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000424">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000507">Oui, mon prince, il est devenu votre
ennemi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000425">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000508">Est-ce là ce que sa lettre contient de plus
grave?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000426">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000509">Oui, mon souverain; voilà tout ce qu'il
écrit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000427">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000510">Eh bien, lord Talbot aura une entrevue avec
lui et saura le punir de cette fourberie. (<hi rend="italic">A Talbot</hi>.) Milord,
qu'en dites-vous? n'est-ce pas votre avis?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000428">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000511">Mon avis? Oui, sans doute, mon souverain;
et si vous ne m'aviez prévenu, j'allais vous supplier de
me charger de cette tâche.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000429">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000512">Rassemblez des forces et marchez sans délai:
qu'il connaisse quelle indignation nous inspire sa perfidie,
et quel crime c'est d'insulter ses amis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000430">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000513">Je pars, mon prince, en formant dans mon
coeur le voeu que vous voyiez bientôt vos ennemis confondus.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000122">(Il sort.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000123">(Entrent Vernon et Basset.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000431">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000514">Gracieux souverain, accordez-moi le combat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000432">
            <speaker>BASSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000515">Et à moi aussi, mon seigneur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000433">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000516">Celui-ci est de ma maison: écoutez-le, noble
prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000434">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000517">Et l'autre est de la mienne: aimable
Henri, soyez-lui favorable.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000435">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000518">Patience, lords, laissez-les parler.--Expliquez-vous,
gentilshommes: quelle est la raison de cette
démarche? Pourquoi demandez-vous le combat, et avec
qui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000436">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000519">Avec lui, mon prince; il m'a outragé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000437">
            <speaker>BASSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000520">Et moi avec lui; c'est lui qui m'a outragé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000438">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000521">Quel est cet outrage dont vous vous plaignez
tous deux? faites-le-moi connaître; et ensuite je vous répondrai.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000439">
            <speaker>BASSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000522">En traversant la mer d'Angleterre en France,
cet homme, d'une langue insultante et railleuse, m'a
reproché la rose que je porte; disant que la couleur de
sang de ses feuilles représente la rougeur des joues de
mon maître, dans une dispute où il repoussait opiniâtrement
la vérité, sur une question de loi élevée entre
le duc d'York et lui; et il y a ajouté d'autres paroles
pleines de mépris et d'ignominie. C'est pour réfuter son
odieux reproche et pour défendre l'honneur de mon seigneur
que je réclame le privilége de la loi des armes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000440">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000523">Et c'est aussi là ma demande, noble seigneur;
car bien qu'il affecte de colorer adroitement d'un vernis
trompeur son audace et ses torts, apprenez que c'est lui
qui m'a provoqué, et qui, le premier, a lancé ses observations
malignes sur la rose que je porte, en disant que
la pâleur de cette fleur décelait la faiblesse du coeur de
mon maître.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000441">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000524">Eh quoi, Somerset, ne renonceras-tu jamais à
cette maligne animosité?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000442">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000525">Et c'est vous, milord d'York, dont la secrète
envie éclate à tout moment, malgré vos adroites
précautions pour la dissimuler.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000443">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000526">Grand Dieu! quel délire insensé s'empare
des hommes, pour nourrir, sur des causes si légères, sur
des prétextes si frivoles, ces haines jalouses et factieuses?
Nobles cousins, York, et vous, Somerset, calmez-vous,
je vous prie, et vivez en paix.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000444">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000527">Que d'abord un combat vide cette querelle, et
ensuite Votre Majesté nous commandera la paix.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000445">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000528">Cette querelle n'intéresse que nous seuls:
laissez-nous donc la vider ensemble.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000446">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000529">Voilà mon gage; relève-le, Somerset.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000447">
            <speaker>VERNON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000530">Non, que la querelle reste là où elle a commencé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000448">
            <speaker>BASSET</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000124">à Somerset</stage>
            <p xml:id="fra-p-000531">Oui; daignez le permettre, mon
honorable seigneur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000449">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000532">Le permettre? Maudits soient vos débats,
et vous et vos audacieux propos! vassaux présomptueux,
n'êtes-vous pas honteux de venir troubler et inquiéter
le roi et nous de vos indiscrètes et insolentes clameurs?--Et
vous, milords, il me semble que vous ayez grand
tort de souffrir leurs mutuels reproches; et beaucoup
plus encore de prendre occasion des querelles de vos
vassaux pour éveiller la discorde entre vous-mêmes.
Laissez-moi vous persuader de suivre un parti plus
sage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000450">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000533">Ceci désole Sa Majesté. Chers lords, soyez
amis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000451">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000534">Approchez, vous qui demandez le combat.--Je
vous enjoins désormais, si vous êtes jaloux de notre
faveur, d'oublier pour toujours cette querelle et sa
cause.--Et vous, milords, souvenez-vous du lieu où nous
sommes; en France, au milieu d'une nation inconstante
et légère. S'ils surprennent la dissension dans nos regards,
s'ils s'aperçoivent que nous soyons divisés, combien
leurs coeurs, déjà irrités, se porteront aisément à
la désobéissance et à la révolte! Et quel déshonneur
pour vous si les princes étrangers viennent à apprendre
que pour un rien, une chose sans importance, les pairs
d'Angleterre et la première noblesse du roi Henri se sont
détruits eux-mêmes et ont perdu le royaume de France?
Oh! songez à la conquête de mon père, à ma tendre
jeunesse, et ne sacrifiez pas pour une bagatelle le prix
de tant de sang. Laissez-moi être l'arbitre de votre différend.
Je ne vois aucune raison, si je porte cette rose (<hi rend="italic">il
prend une rose rouge</hi>), de faire soupçonner à personne
que j'incline plus pour Somerset que pour York: tous
deux sont mes parents, et je les aime tous deux. On
pourrait donc aussi me reprocher ma couronne, parce
que le roi d'Écosse est aussi couronné. Mais vos lumières
peuvent bien mieux vous persuader que mes raisonnements
et mes avis. Allons, nous sommes venus ici en
paix, continuons de vivre en paix et en bonne amitié.
Cousin d'York, nous vous établissons régent de ces contrées
de la France; et vous, noble lord de Somerset,
unissez votre cavalerie à son infanterie, et comme des
sujets fidèles, dignes fils de vos pères, vivez en bon
accord et déchargez votre ressentiment sur nos ennemis.
Nous, le lord protecteur et les autres lords, après
quelque repos, nous reprendrons le chemin de Calais:
de là nous repasserons en Angleterre, où j'espère apprendre
avant peu vos victoires sur Charles, sur Alençon
et cette bande de traîtres.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000125">(Une fanfare, ils sortent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000452">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000535">Milord d'York, le jeune roi, à mon avis,
vient de parler avec beaucoup d'éloquence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000453">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000536">J'en conviens; mais ce qui me déplaît, c'est
qu'il porte la livrée de Somerset.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000454">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000537">Bon! c'est une pure fantaisie: ne l'en
blâmez pas. J'ose assurer que cet aimable prince n'a en
cela nulle intention d'offenser.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000455">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000538">Et moi, si je m'y connais bien, je l'en soupçonne.--Mais
laissons cela.--Nous nous devons en ce
moment à d'autres soins.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000126">(Ils sortent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000456">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000127">seul</stage>
            <p xml:id="fra-p-000539">Tu as bien fait, Richard, d'étouffer ta
voix; car si la passion de ton coeur avait éclaté, je crains
bien que nous n'eussions pu y voir plus de rancune haineuse
et des discordes plus acharnées qu'il n'est possible
de l'imaginer. Il n'est point d'homme si borné qui, en
voyant ces violentes dissensions de la noblesse, ces discordes
au sein de la cour, ces partis réunissant leurs
serviteurs en bandes factieuses, ne prévoie dans l'avenir
quelque événement funeste. C'est un malheur quand le
sceptre est dans la main d'un enfant; mais c'est un bien
plus grand malheur encore quand la rivalité enfante
ces divisions cruelles: alors approche la ruine, alors
commence la confusion.</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000128">Devant les murs de Bordeaux.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000129"><hi rend="italic">Entre</hi> TALBOT, <hi rend="italic">suivi de trompettes et de tambours</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000457">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000540">Trompette, avance aux portes de Bordeaux,
et somme le gouverneur de paraître sur le rempart. (<hi rend="italic">La
trompette sonne.--Le gouverneur paraît sur les murs</hi>.) Capitaines,
Jean Talbot d'Angleterre, homme d'armes et
vassal de Henri, roi d'Angleterre, vous appelle sous vos
murs et vous dit: Ouvrez les portes de votre ville; rendez-vous
à nous; reconnaissez mon souverain pour le
vôtre, rendez-lui hommage en sujets soumis, et alors je
me retire avec ces troupes qui vous menacent. Mais si
vous dédaignez la paix que je vous propose, vous tentez
les trois fléaux qui suivent mes pas: la famine amaigrie,
le fer tranchant et le feu dévorant. Ces trois monstres
abaisseront bientôt au niveau du sol vos hautes et orgueilleuses
tours, si vous repoussez l'offre de notre
amitié.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000458">
            <speaker>LE GOUVERNEUR</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000541">Hibou funeste et redouté, qui annonces
la mort, effroi et fléau sanguinaire de notre nation,
le terme de ta tyrannie est proche: tu ne peux
entrer dans notre ville que par les portes du trépas. Je
t'annonce que nous sommes bien fortifiés, et assez forts
pour sortir de nos murs et te combattre. Si tu te retires,
le dauphin, bien accompagné, t'attend pour t'envelopper
dans les piéges de la guerre. De tous côtés, autour de
toi, sont postés des escadrons pour t'ôter la liberté de
fuir; tu ne peux tourner tes pas vers aucun asile que tu
ne rencontres partout la mort en face, sûre de sa conquête:
partout la pâle destruction t'environne. Dix mille
Français ont fait serment de ne pointer leurs canons
homicides contre nulle autre tête de chrétien que celle
de l'Anglais Talbot. Ainsi, tu es là maintenant plein de
vie, héros d'un courage indomptable et invaincu; mais
ces paroles que je t'adresse, moi ton ennemi, sont les
dernières louanges de ta gloire que tu doives entendre,
car avant que ce sable qui commence à couler ait comblé
la mesure de cette heure, mes yeux qui te voient en
cet instant plein de santé te verront sanglant, pâle et
mort. (<hi rend="italic">On entend des tambours au loin</hi>.) Écoute, écoute;
les tambours du dauphin, de leurs sons prophétiques,
font entendre à ton âme effrayée une musique sinistre:
les miens vont leur répondre et annoncer ta ruine prochaine.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000130">(Le gouverneur s'en va.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000459">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000542">Il ne ment point; j'entends l'ennemi.--Holà!
quelques cavaliers des mieux montés pour aller
reconnaître leurs ailes.--O molle et imprudente discipline!
Comment arrive-t-il que nous soyons enfermés
et cernés ici de toutes parts? Un petit troupeau de timides
daims anglais, qu'environnent une meute de
chiens français avides de proie! Eh bien, si nous sommes
des daims anglais, plongeons-nous dans le sang: n'allons
pas succomber honteusement sous les premiers
coups comme un daim affaibli; mais plutôt, tels que des
cerfs enragés et au désespoir, retournons contre ces
chiens ensanglantés nos redoutables pieds d'airain et
forçons ces lâches à se tenir au loin, aboyant autour de
nous. Mes amis, que chacun vende sa vie aussi cher que
je vendrai la mienne, et ils payeront cher notre chair
<note type="editorial" n="15" xml:id="fra-note-000015">Toujours le jeu de mots entre deer, daim, et dear, cher, qu'on rend ici par un équivalent qui s'y adapte presque partout.</note>.
Dieu et saint George! Talbot et le bon droit de l'Angleterre!
Que nos drapeaux prospèrent dans ce périlleux
combat!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000131">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000132">La scène se passe dans les plaines de la Gascogne.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000133"><hi rend="italic">Entre</hi> UN MESSAGER <hi rend="italic">qui va au-devant</hi> D'YORK, <hi rend="italic">à la tête
d'une troupe que précèdent des trompettes</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000460">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000543">Les agiles espions envoyés pour reconnaître
les forces du dauphin sont-ils de retour?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000461">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000544">Oui, milord, et ils annoncent que le
dauphin marche vers Bordeaux avec son armée pour
combattre Talbot. Ils ont vu encore deux troupes de soldats
plus fortes que l'armée du dauphin le joindre sur
son passage et marcher avec lui vers Bordeaux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000462">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000545">Malédiction sur cet odieux Somerset, qui tarde
si longtemps à m'envoyer le renfort promis d'un corps
de cavalerie, levé exprès pour ce siége! L'illustre Talbot
attend mes secours, et je suis joué par un traître, et ne
puis secourir ce brave chevalier; que Dieu l'assiste dans
sa détresse! S'il échoue, adieu les guerres en France.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000134">(Entre sir William Lucy.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000463">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000546">O vous, le premier commandant des forces de
l'Angleterre, jamais vous ne fûtes si nécessaire sur le
territoire de France! volez au secours du noble Talbot,
qui en ce moment est environné d'une ceinture de fer et
assiégé de toutes parts par la hideuse destruction. A Bordeaux,
vaillant duc; à Bordeaux, York! ou c'en est fait
de Talbot, de la France et de l'honneur de l'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000464">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000547">O Dieu! Si Somerset, dont l'orgueil jaloux retient
ma cavalerie, était à la place de Talbot! Nous sauverions
un brave guerrier, au prix de la perte d'un lâche
et d'un traître. Oui, je pleure de rage et de désespoir,
de voir que nous périssons, tandis que des traîtres dorment
en repos.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000465">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000548">Oh! envoyez quelque secours à ce brave lord
en danger.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000466">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000549">Talbot périt! Nous perdons tout: je manque
à ma parole de soldat. Nous pleurons; la France sourit:
et chaque jour une nouvelle perte pour l'Angleterre; le
tout par la faute du traître Somerset!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000467">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000550">Que Dieu prenne donc en pitié l'âme du brave
Talbot et de son jeune fils Jean, que j'ai rencontré il y a
deux heures, voyageant pour aller joindre son glorieux
père. Depuis sept ans entiers Talbot n'a pas vu son fils;
et ils se revoient aujourd'hui pour mourir tous deux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000468">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000551">Hélas! quelle joie le noble Talbot aura-t-il à
revoir son jeune fils pour lui dire adieu au bord de la
tombe! Loin de moi cette idée! le chagrin étouffe ma
voix: deux amis séparés qui se saluent à l'heure de la
mort! Adieu, cher Lucy! Ma destinée ne me permet plus
rien, que de maudire l'auteur de nos maux; mais je ne
puis secourir ce brave. Le Maine, Blois, Poitiers et Tours
sont déjà perdus, et tout cela par la faute de Somerset
et de ses retards.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000135">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000469">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000552">Ainsi, tandis que le vautour de la discorde se
repaît du coeur de ces grands du royaume, l'inaction et
la négligence perdent les conquêtes de notre héros dont
les cendres sont tièdes encore, de cet homme d'éternelle
mémoire, Henri V. Tandis qu'ils se traversent l'un l'autre,
nos vies, nos terres, notre honneur, tout se perd et
s'abîme.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000136">(Il sort.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000137">Une autre partie de la France.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000138"><hi rend="italic">Entre</hi> SOMERSET <hi rend="italic">à la tête de son armée</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000470">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000553">Il est trop tard: je ne puis les envoyer à
présent; cette expédition a été trop témérairement projetée
par York et par Talbot. Toutes nos forces rassemblées
pourraient être enveloppées et coupées par une
sortie de la seule garnison de la ville. Le présomptueux
Talbot a terni l'éclat de sa gloire par cette entreprise imprudente
et désespérée, où il a mis tout au hasard.
York l'a envoyé combattre et mourir dans la honte, afin
que Talbot mort, le grand York puisse avoir l'honneur
de la guerre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000471">
            <speaker>UN CAPITAINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000554">Voici sir William Lucy, qui a été député
avec moi par nos troupes en péril, pour réclamer
votre secours.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000139">(Entre sir William Lucy.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000472">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000555">Eh bien, sir William, de la part de qui
venez-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000473">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000556">De la part de qui, milord? de la part du lord
Talbot, dont la vie est vendue et achetée. Assiégé de
tous côtés par la fière adversité, il appelle à grands cris
York et Somerset, pour repousser la mort qui fond sur
ses faibles légions. Et tandis que ce brave général voit
une sueur sanglante couler de ses membres harassés
par les combats, et profite de sa position pour prolonger
sa résistance en attendant du secours; vous qui trompez
son espérance, vous, dépositaires de l'honneur de l'Angleterre,
vous vous tenez oisifs loin de lui, livrés à vos
honteuses jalousies! que vos querelles personnelles ne
retardent pas plus longtemps le renfort qui devait le
secourir, lorsque ce brave et glorieux général expose sa
vie aux chances les plus inégales. Le bâtard d'Orléans,
Charles et le duc de Bourgogne, Alençon et René, l'environnent;
et Talbot périt par votre faute.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000474">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000557">York l'a engagé dans ce péril; York devrait
le secourir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000475">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000558">Et York se déchaîne aussi contre Votre Seigneurie,
et jure que vous lui retenez sa cavalerie, qui
avait été levée pour cette expédition.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000476">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000559">York ment: il pouvait envoyer demander
ce renfort, et il l'eût eu. Je lui dois peu de déférence et
encore moins d'amitié, et je dédaigne de le flatter en le
prévenant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000477">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000560">Ce sont les fraudes des chefs de l'Angleterre,
et non la force de la France, qui ont précipité dans ce
piége le généreux Talbot. Jamais il ne reverra vivant sa
patrie: il meurt livré à la fortune par vos dissensions.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000478">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000561">Allons; je vais lui envoyer ce détachement:
dans six heures ils seront en état de le secourir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000479">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000562">Le secours vient trop tard: il est déjà pris ou
tué, car Talbot ne pourrait fuir, quand il le voudrait; et
Talbot ne fuira jamais, quand il le pourrait.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000480">
            <speaker>SOMERSET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000563">S'il est mort, disons donc adieu au brave
Talbot.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000481">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000564">Sa gloire vit dans l'univers, et la honte de sa
défaite s'attache à vous.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000140">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004-scene-005">
          <head>SCÈNE V</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000141">Un champ de bataille près de Bordeaux.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000142"><hi rend="italic">Entrent</hi> TALBOT ET SON FILS.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000482">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000565">Jeune Jean Talbot, je t'ai mandé pour te
servir de maître dans l'art de la guerre, afin que le nom
de Talbot pût revivre en toi, quand l'épuisement de l'âge
et la faiblesse de membres impuissants retiendraient
sur une chaise ton père immobile. Mais, ô fatale et pernicieuse
étoile! tu reviens aujourd'hui pour une fête funèbre,
pour un terrible et inévitable péril. Cher enfant,
remonte donc sur le plus léger de mes chevaux, et je
t'enseignerai le moyen d'échapper par une fuite précipitée.
Allons, ne diffère plus, et pars.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000483">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000566">Talbot est-il mon nom? suis-je votre
fils? et fuirai-je? Oh! si vous aimez ma mère, ne déshonorez
pas son honorable nom, en faisant de moi un
bâtard et un lâche. L'univers dira: «Il n'est point le
fils de Talbot, celui qui a fui lâchement quand le noble
Talbot est resté.»</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000484">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000567">Fuis pour venger ma mort, si je suis tué.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000485">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000568">Qui fuit ainsi ne reviendra jamais au
combat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000486">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000569">Si nous restons tous deux, nous sommes
tous deux sûrs de mourir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000487">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000570">Eh bien, laissez-moi rester, et vous,
mon père, sauvez-vous. Votre mort est une perte immense,
et vous devez vous conserver: mon mérite est
inconnu; en me perdant, on ignore ce qu'on perd. Les
Français tireront peu de gloire de ma mort; ils seraient
fiers de la vôtre: avec vous s'évanouissent toutes nos
espérances. La fuite ne peut ternir la gloire que vous
avez acquise; mais la fuite me déshonorerait, moi qui
n'ai fait aucun exploit. Tout le monde fera serment que
vous avez fui pour vaincre un jour; mais moi, si je recule,
on dira que c'était de peur. Il n'y aura plus d'espérance
que je reste sur le champ de bataille, si à la
première heure je fléchis et me sauve. Ici, à genoux,
j'implore la mort plutôt qu'une vie conservée par l'infamie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000488">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000571">Quoi! toutes les espérances de ta mère descendront
dans le même tombeau?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000489">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000572">Oui, plutôt que de déshonorer le sein
de ma mère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000490">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000573">Au nom de ma bénédiction, je t'ordonne de
partir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000491">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000574">Pour combattre l'ennemi, mais non
pour le fuir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000492">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000575">Tu peux sauver en toi une partie de ton
père.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000493">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000576">Je ne sauverai rien de mon père; il
sera déshonoré en moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000494">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000577">Tu n'as pas encore eu de gloire; tu ne peux
pas la perdre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000495">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000578">Oui, et votre glorieux nom, irai-je le
flétrir?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000496">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000579">L'ordre de ton père t'absoudra du reproche.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000497">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000580">Pourrez-vous rendre témoignage pour
moi quand vous ne serez plus? Si la mort est inévitable,
fuyons ensemble.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000498">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000581">Que je laisse ici mes soldats combattre et
mourir! Jamais pareille honte n'a souillé ma vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000499">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000582">Et ma jeunesse en serait souillée! Il
n'est pas plus possible de séparer votre fils de vous, que
vous ne pouvez vous-même vous partager en deux. Restez,
fuyez, faites ce que vous voudrez, je le ferai aussi;
si mon père meurt, je ne veux plus vivre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000500">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000583">Je prends donc ici congé de toi, mon noble
fils; tu es né pour voir ta vie s'éteindre avant la fin de
ce jour. Allons vivre et mourir l'un à côté de l'autre, et
que nos deux âmes unies s'envolent ensemble de France
au ciel.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000143">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="6" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004-scene-006">
          <head>SCÈNE VI</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000144"><hi rend="italic">Une alarme. Sorties dans lesquelles le fils de</hi> TALBOT <hi rend="italic">est
enveloppé; il est sauvé par son père</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000501">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000584">Saint George, victoire! Combattons, soldats,
combattons. Le régent a violé la parole qu'il avait donnée
à Talbot, et nous a laissés exposés à la furie de l'épée
française.--Où est Jean Talbot?--Repose-toi, mon fils,
et reprends haleine: je t'ai donné la vie, et je viens de
te sauver de la mort.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000502">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000585">O vous, deux fois mon père, je suis
deux fois votre fils. La première vie que vous m'aviez
donnée était perdue; c'en était fait; et votre belliqueuse
épée, en dépit du sort, a fait recommencer le cours des
ans qui me sont assignés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000503">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000586">Quand j'ai vu ton épée faire jaillir le feu du
casque du dauphin, cela a rallumé dans le coeur de ton
père un orgueilleux désir de la victoire au visage hardi.
Alors la pesante vieillesse s'est sentie animée de l'ardeur
du jeune âge et d'une fureur guerrière: j'ai repoussé
Alençon, Orléans, le duc de Bourgogne, et je t'ai délivré
de l'orgueil de la Gaule. Le fougueux Bâtard qui t'a tiré
du sang, ô mon fils! et qui a eu les prémices de ton premier
combat,--je l'ai attaqué soudain,--et dans le rapide
échange de nos coups, j'ai bientôt fait couler son
ignoble sang: et dans mon dédain, je lui ai adressé ces
mots: «Je fais couler ton sang impur, vil et méprisable,
faible et indigne dédommagement du pur sang que
tu as fait jaillir des flancs de Talbot mon brave
enfant;» et ici, brûlant de frapper à mort le Bâtard, je
t'ai puissamment secouru.--Dis-moi, unique souci de
ton père, n'es-tu pas fatigué, Jean? Comment te trouves-tu?
Mon enfant, veux-tu maintenant quitter ce champ
de bataille et te sauver? Maintenant te voilà dignement
reçu chevalier. Fuis, pour venger ma mort quand je ne
serai plus: le secours d'un homme est peu de chose
pour moi. Oh! c'est trop de folie de hasarder tous notre
vie dans une seule petite barque. Moi, si je ne meurs pas
aujourd'hui sous les coups des Français, je mourrai
demain de mon grand âge; ils ne gagnent rien par ma
mort; et en restant ici, je n'abrège ma vie que d'un
jour. Mais en toi mourront ta mère, et le nom de notre
famille, et ma vengeance, et ta jeunesse, et la gloire de
l'Angleterre. Si tu restes, nous exposons tout cela et
bien plus encore: et si tu veux fuir, tout cela sera sauvé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000504">
            <speaker>JEAN TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000587">L'épée d'Orléans ne m'a fait aucun
mal; mais vos paroles font couler le plus pur sang de
mon coeur. Oh! quel avantage, au prix d'une telle infamie,
que de traîner une vie misérable et de sacrifier
une glorieuse renommée! Avant que le jeune Talbot
fuie le vieux Talbot, que le cheval qui me porte succombe
et meure, et me laisse à pied comme les vils
paysans de France, en butte au mépris et objet d'outrages!
Oui, par toute la gloire que vous avez acquise,
si je fuis je ne suis pas le fils de Talbot: ne me parlez
donc plus de fuir; c'est en vain: si je suis le fils de
Talbot, je dois mourir aux pieds de Talbot.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000505">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000588">Allons, suis-moi donc, et sois l'Icare d'un
Dédale au désespoir. Ta vie m'est bien chère; si tu veux
combattre, combats à côté de ton père, et après t'être
illustré, mourons tous deux fièrement.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000145">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="7" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-004-scene-007">
          <head>SCÈNE VII</head>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000146"><hi rend="italic">Une alarme: combats. Entre le vieux</hi> TALBOT <hi rend="italic">blessé,
conduit par des soldats français</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000506">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000589">Où est ma seconde vie?--C'est fait de la
mienne.--Oh! où est le jeune Talbot? où est le vaillant
Jean? O mort glorieuse ternie par la captivité, la valeur
du jeune Talbot fait que je te reçois en souriant. Lorsqu'il
m'a vu chanceler et tomber sur mes genoux, il a
brandi au-dessus de ma tête son épée sanglante, et
comme un lion affamé, il a commencé avec furie les
plus terribles exploits. Mais lorsque mon défenseur courroucé
s'est vu seul, ne protégeant plus que ma vie expirante,
et sans ennemis qui le vinssent assaillir, alors les
yeux étincelants, le coeur saisi de rage, il s'est élancé
soudain de mes côtés dans le plus épais des bataillons
français, et dans cette mer de sang mon enfant a éteint
sa vie et son âme sublime, et là est mort dans son noble
orgueil mon Icare, ma fleur.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000147">(On apporte Jean Talbot mort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000507">
            <speaker>UN DES SERVITEURS DE TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000590">O mon cher maître!
voyez: c'est votre fils qu'ils portent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000508">
            <speaker>TALBOT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000591">O mort hideuse, qui te fais un jeu de nous
insulter ici, bientôt affranchis de ton insolente tyrannie,
et unis par les liens de l'immortalité, les deux Talbot
voleront ensemble au travers des cieux légers, et en
dépit de toi échapperont au néant de l'oubli.--(<hi rend="italic">A son
fils</hi>.)--O toi dont les blessures annoncent une mort si
dure, parle à ton père avant de rendre ton dernier soupir!
brave encore la mort en parlant, qu'elle veuille ou
ne veuille pas t'écouter; traite-la comme un Français,
comme ton ennemi.--Pauvre enfant! il me semble qu'il
sourit, comme s'il voulait dire: «Si la mort avait été un
Français, la mort serait morte aujourd'hui!» Approchez,
approchez, et mettez-le dans les bras de son père. Mon
âme ne peut plus supporter tant de douleurs. Soldats!
adieu: j'ai ce que je voulais avoir, et mes vieux bras
sont le tombeau du jeune Jean Talbot!</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000148">(Il meurt.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-005">
        <head>ACTE CINQUIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-005-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000149">Toujours devant Bordeaux.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000150"><hi rend="italic">Entrent</hi> CHARLES, ALENÇON, LE DUC DE BOURGOGNE,
LE BATARD D'ORLÉANS ET LA PUCELLE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000509">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000592">Si York et Somerset avaient envoyé du
renfort ici, nous aurions eu une journée sanglante.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000510">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000593">Avec quelle furie le jeune nourrisson de
Talbot abreuvait de sang français son épée novice!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000511">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000594">Je l'ai attaqué une fois en lui disant:
«Toi, jeune homme, sois vaincu par une jeune fille.»
Mais, avec un fier et majestueux dédain, il m'a répondu:
«Le jeune Talbot n'est pas fait pour se commettre avec
une prostituée;» et, s'élançant dans le sein des bataillons
français, il m'a quittée avec mépris, comme un
adversaire indigne de lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000512">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000595">Certes, il aurait fait un brave
chevalier. Tenez, le voici enseveli dans les bras de son
père, sanguinaire auteur de ses exploits meurtriers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000513">
            <speaker>LE BATARD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000596">Taillons-les en pièces, hachons les cadavres
de ces deux ennemis, la gloire de l'Angleterre et la
terreur de la France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000514">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000597">Oh! non! arrêtez; n'outrageons pas morts
ceux que nous avons fuis vivants.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000151">(Entre sir William Lucy précédé d'un héraut.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000515">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000598">Héraut, conduis-moi à la tente du Dauphin, à
qui est resté l'avantage de cette journée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000516">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000599">Quelle soumission est l'objet de ton message?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000517">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000600">Soumission, Dauphin! ce mot est purement
français; nous autres soldats anglais, nous ignorons ce
qu'il signifie.--Je viens savoir quels prisonniers vous
avez faits et reconnaître nos morts.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000518">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000601">Tu redemandes des prisonniers? nos prisons,
c'est l'enfer.--Mais qui cherches-tu?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000519">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000602">Où est le grand Hercule du champ de bataille,
le vaillant lord Talbot, comte de Shrewsbury, créé, pour
récompense de ses rares exploits, grand comte de Washford,
de Waterford et de Valence, lord Talbot de Goodrig
et d'Urchinfield? Où sont le lord Strange de Blachmore,
le lord Vernon d'Alton, le lord Cromwell de Wingfield,
le lord Furnival de Sheffield, le lord Faulconbridge,
illustre par trois victoires, chevalier de l'ordre de Saint-George,
de Saint-Michel et de la Toison d'Or, grand maréchal
de notre roi Henri V dans toutes ses guerres de
France?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000520">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000603">Voilà un style bien impertinent et bien
magnifique. Le grand sultan, qui domine sur cinquante-deux
royaumes, ne s'exprime pas d'un ton si fastueux.
--Vois; celui que tu pares de tous ces titres est ici gisant
à nos pieds, cadavre impur et la proie des vers!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000521">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000604">Talbot est donc tué, le fléau des Français, la
terreur et la sombre Némésis de votre nation! Oh! que
mes deux yeux ne peuvent-ils se changer en balles!
comme je les lancerais contre vous! Que ne puis-je rappeler
ces morts à la vie? c'en serait assez pour effrayer
toute la France. Oui, l'image seule de Talbot suffirait
pour épouvanter le plus fier d'entre vous.--Cédez-moi
leurs corps, que je les emporte de ce lieu, et que je leur
donne la sépulture qui convient à leur mérite.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000522">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000605">Je crois que ce fanfaron est l'ombre du
vieux Talbot, il parle d'un ton si orgueilleux et si hautain.
Au nom de Dieu, qu'il prenne ces cadavres, qu'il
les emporte d'ici; ils ne serviraient qu'à infecter l'air de
notre patrie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000523">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000606">Tu peux enlever ces corps.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000524">
            <speaker>LUCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000607">Oui, je vais les enlever d'ici; mais de leurs
cendres renaîtra un phénix qui fera trembler la France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000525">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000608">Délivre-nous de leur vue, et fais après ce
que tu voudras.--Marchons vers Paris sans délai, et suivons
le cours de nos conquêtes; tout va fléchir devant
nous, à présent que le terrible Talbot est mort.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000152">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-005-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000526">
            <speaker>A L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000153">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000609">Une salle du palais.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000154"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE ROI HENRI, GLOCESTER ET EXETER.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000527">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000610">Avez-vous vu les lettres du pape, de l'empereur
et du comte d'Armagnac?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000528">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000611">Oui, mon prince, et voici ce qu'elles contiennent:
ils demandent en grâce à Votre Majesté qu'une
bienheureuse paix soit conclue entre la France et l'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000529">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000612">Et que pensez-vous de cette demande?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000530">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000613">Je l'approuve, mon prince, comme le
moyen d'arrêter l'effusion du sang chrétien et de rétablir
la tranquillité dans les deux royaumes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000531">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000614">Allons, j'y consens, mon oncle; car j'ai toujours
pensé que c'était une chose impie et contre nature,
que d'entretenir ces barbares et sanglantes querelles
entre des nations qui professent la même foi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000532">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000615">De plus, sire, pour accélérer et affermir
encore plus le noeud de cette alliance, le comte d'Armagnac,
proche parent de Charles, et homme d'un grand
poids en France, propose à Votre Majesté sa fille en mariage,
avec une riche et magnifique dot.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000533">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000616">En mariage? Hélas! mon oncle, je suis bien
jeune encore: mon cabinet et mes livres vont mieux à
mon âge que l'amour et le choix d'une femme. Cependant,
qu'on fasse entrer les ambassadeurs, et que chacun
d'eux reçoive la réponse que vous jugerez convenable;
je serai satisfait de toute résolution qui tendra à la gloire
de Dieu et au bien de mon pays.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000155">(Entrent un légat et deux ambassadeurs, avec Winchester,
revêtu du chapeau de cardinal.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000534">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000156">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000617">Quoi! voilà donc le lord Winchester
élevé à la dignité de cardinal
<note type="editorial" n="16" xml:id="fra-note-000016">Shakspeare a oublié ici que dans les premières scènes de cette tragédie il avait déjà, à diverses reprises, qualifié Winchester de cardinal; du reste, c'est en lui donnant trop tôt ce titre qu'il s'est trompé; l'évêque de Winchester ne reçut en effet le chapeau de cardinal que dans la cinquième année du règne de Henri VI.</note>! Ah! je commence à voir
que ce qu'a prédit un jour Henri V pourra bien s'accomplir:
<hi rend="italic">«Si jamais</hi>, disait-il, <hi rend="italic">Winchester parvient à être cardinal,
il fera de son chapeau le rival de la couronne</hi>.»</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000535">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000618">Ambassadeurs, vos différentes demandes ont
été examinées et discutées. Votre proposition est juste
et sage: aussi nous sommes décidément résolus à dresser
les articles d'une paix sincère; et ils seront incessamment
présentés à la France par milord Winchester.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000536">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000157">à l'ambassadeur du comte d'Armagnac</stage>
            <p xml:id="fra-p-000619">Et
quant à l'offre particulière du comte votre maître, j'en
ai instruit Sa Majesté en détail; et le roi, satisfait des
vertus de la princesse, informé de sa beauté, et content
de sa dot, a le dessein de la faire reine de l'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000537">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000620">Pour preuve de mes intentions et de mon
aveu, portez-lui ce joyau, gage de mon affection. <hi rend="italic">(Il lui
remet un bijou</hi>.) Et vous, lord protecteur, veillez à ce
qu'ils soient escortés et conduits en sûreté jusqu'à Douvres;
et après qu'ils seront embarqués, remettez-les
aux chances de la mer.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000158">(Le roi sort avec sa suite.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000538">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000159">au légat</stage>
            <p xml:id="fra-p-000621">Arrêtez, seigneur légat; vous
recevrez d'abord la somme que j'ai promise à Sa Sainteté,
en échange de ces ornements vénérables dont elle
m'a revêtu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000539">
            <speaker>LE LÉGAT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000622">J'attendrai votre convenance, milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000540">
            <speaker>WINCHESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000623">Maintenant Winchester ne se soumettra
pas, je pense, et ne le cédera pas au plus fier des pairs.
--Humfroy de Glocester, tu reconnaîtras que l'évêque
n'est ton inférieur, ni en naissance, ni en autorité, je te
ferai plier et fléchir le genou, ou j'abîmerai ce royaume
à force de révoltes.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000160">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-005-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000161">En France.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000162"><hi rend="italic">Entrent</hi> CHARLES, LE DUC DE BOURGOGNE, ALENÇON,
LE BATARD, RENÉ ET LA PUCELLE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000541">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000624">Ces nouvelles, seigneur, doivent ranimer
nos esprits abattus. On dit que les fiers Parisiens se révoltent
et reviennent au parti des Français.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000542">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000625">Marchons donc vers Paris, prince, et ne
tenons pas ici notre armée dans l'inaction.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000543">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000626">Que la paix soit avec eux, s'ils reviennent
à nous! Autrement, que la ruine s'attache à leurs
palais!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000163">(Entre un éclaireur.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000544">
            <speaker>L'ÉCLAIREUR</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000627">Succès à notre vaillant général, et prospérité
à ses partisans!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000545">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000628">Quelles nouvelles nous envoient nos éclaireurs?
Parle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000546">
            <speaker>L'ÉCLAIREUR</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000629">L'armée anglaise, qui était divisée en
deux corps, est maintenant réunie en un seul, et se propose
de vous livrer bataille à l'instant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000547">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000630">Cet avis est un peu soudain; mais nous
allons nous mettre en état de les recevoir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000548">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000631">J'ai confiance; l'ombre de Talbot
n'est pas au milieu d'eux: à présent que Talbot
n'est plus, seigneur, vous ne devez plus vous alarmer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000549">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000632">De toutes les passions honteuses, la plus
maudite est la peur. Commandez à la victoire, Charles,
et la victoire est à vous. Que Henri écume de rage; et
que l'univers murmure en voyant nos triomphes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000550">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000633">Marchons, mes seigneurs. Et que la France
soit heureuse!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000164">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-005-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000551">
            <speaker>U</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000165">ne alarme</stage>
            <p xml:id="fra-p-000634">Attaques.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000166"><hi rend="italic">Entre</hi> LA PUCELLE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000552">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000635">Le régent triomphe, et les Français
fuient!--Venez à notre secours, paroles magiques,
charmes puissants
<note type="editorial" n="17" xml:id="fra-note-000017">Periapts, amulettes</note>; et vous, esprits d'élite qui m'instruisez
de l'avenir et me faites prévoir les événements.
(<hi rend="italic">On entend un coup de tonnerre</hi>.) Vous, génies légers, qui
servez sous les lois du souverain monarque du Nord,
paraissez, et secondez-moi dans cette entreprise. (<hi rend="italic">Paraissent
des démons</hi>.) À cette prompte apparition, je reconnais
votre obéissance ordinaire à ma voix. Maintenant,
esprits familiers, qui sortez du redoutable empire des
régions souterraines, assistez-moi aujourd'hui, et faites
que la France ait la victoire! (<hi rend="italic">Les démons se promènent en
silence.</hi>) Ah! ne gardez pas plus longtemps ce morne
silence.--Faut-il vous nourrir de mon propre sang? Je
vais me couper un membre et vous le donner pour gage
d'un plus riche salaire; consentez donc à m'assister. (<hi rend="italic">Les
démons baissent la tête</hi>.) N'est-il plus d'espoir de secours?
--Eh bien, si vous m'accordez ma prière, mon corps
sera le prix dont je payerai votre bienfait. (<hi rend="italic">Les démons
secouent la tête</hi>.) Quoi? le sacrifice de mon corps et de mon
sang ne peuvent vous toucher et obtenir votre assistance
accoutumée? Prenez donc mon âme. Oui, mon corps,
mon sang, mon âme, tout, plutôt que de laisser la
France succomber sous l'Angleterre. (<hi rend="italic">Les démons s'évanouissent.</hi>)
Hélas! ils m'abandonnent!--L'heure est donc
venue où la France doit couvrir d'un voile son superbe
panache et laisser tomber sa tête dans le giron de l'Angleterre.
Mes anciens enchantements sont impuissants,
et l'enfer est trop fort pour que je lutte contre lui. C'en
est fait, ô France; ta gloire va tomber en poussière.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000167">(Elle sort.)</stage>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000168">(Escarmouches. La Pucelle et York combattent corps à
corps. La Pucelle est prise. Les Français fuient.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000553">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000636">Damoiselle de France, je crois que je vous
tiens.--Déchaînez à présent vos esprits infernaux par
vos sortiléges; essayez s'ils peuvent vous remettre en
liberté: vous êtes une précieuse prise et qui doit tenter
le diable.--Voyez comme cette sorcière hideuse fronce
ses sourcils; on dirait que, comme une autre Circé, elle
cherche à me faire changer de forme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000554">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000637">Tu ne peux recevoir une forme plus
odieuse que la tienne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000555">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000638">Oh! sans doute, le dauphin Charles est un bel
homme; nul autre que lui ne peut plaire à votre oeil
difficile.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000556">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000639">Que la peste tombe sur Charles et sur
toi! et puissiez-vous tous deux être surpris endormis
dans votre lit et assaillis par des mains homicides!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000557">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000640">Farouche et maudite sorcière, retiens ta langue.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000558">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000641">Je t'en conjure, laisse-moi maudire à
mon gré.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000559">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000642">Tu maudiras à ton gré, mécréante, quand tu
seras attachée au poteau.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000169">(Ils sortent.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000170">(Une alarme. Entre Suffolk tenant Marguerite par la main.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000560">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000643">Soyez qui vous voudrez, vous êtes ma prisonnière.
(<hi rend="italic">Il la regarde</hi>.) Ô la plus belle de toutes les
belles, ne crains rien, ne songe pas à fuir: je ne te toucherai
que d'une main respectueuse; et je les pose doucement
sur ton coeur. Je baise ces doigts en signe d'une
paix éternelle. Qui es-tu? dis-le-moi afin que je te rende
l'hommage qui t'est dû.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000561">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000644">Marguerite est mon nom: je suis fille
d'un roi, du roi de Naples; apprends-le, qui que tu sois
toi-même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000562">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000645">Je suis comte, et je m'appelle Suffolk. Merveille
de la nature, ne t'offense point du sort qui t'a fait
ma captive; c'est ainsi que le cygne sauve ses petits du
danger en les tenant emprisonnés sous ses ailes. Mais si
ce droit de la guerre t'offense, va, sois libre comme
l'amie de Suffolk. <hi rend="italic">(Marguerite va pour s'éloigner.)</hi>--Ah!
reste.--Je ne me sens pas le pouvoir de la laisser partir:
ma main voudrait la laisser libre, mais mon coeur dit
non. Telle que l'image du soleil dont les rayons se jouent
dans l'onde pure, telle paraît à mes yeux cette beauté
ravissante.--Je voudrais lui faire ma cour, mais je n'ose
lui parler. Je vais demander une plume et de l'encre et
lui écrire ma pensée.--Allons donc, Suffolk, aie plus de
confiance en toi. N'as-tu pas une langue? n'est-elle pas
ta captive? Seras-tu dompté par la vue d'une femme?--Oh!
la majesté de la beauté est si souveraine qu'elle enchaîne
la langue et confond tous les sens.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000563">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000646">Dis, comte de Suffolk, si tel est ton
nom, quelle rançon faudra-t-il que je paye pour obtenir
ma liberté? car je vois que je suis ta prisonnière.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000564">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000171">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000647">Comment peux-tu être sûr qu'elle
dédaignera tes voeux avant d'avoir essayé de gagner son
amour?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000565">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000648">Pourquoi ne parles-tu pas? Quelle rançon
dois-je payer?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000566">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000172">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000649">Elle est belle, et dès lors faite pour
être adorée; elle est femme, et dès lors faite pour être
conquise.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000567">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000650">Veux-tu accepter une rançon, oui ou
non?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000568">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000173">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000651">Insensé, souviens-toi que tu as une
femme: comment donc Marguerite pourrait-elle être
l'objet de ton amour?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000569">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000652">Il vaut mieux que je le quitte; car il ne
veut point m'entendre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000570">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000174">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000653">C'est là ce qui renverse tous mes
projets; il n'y faut plus songer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000571">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000654">Il parle au hasard: sûrement cet homme
est fou.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000572">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000175">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000655">Mais on pourrait obtenir une dispense.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000573">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000656">Et cependant je voudrais bien obtenir
votre réponse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000574">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000176">toujours à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000657">Je veux gagner le coeur de
cette belle Marguerite.... Pour qui?--Quoi? pour mon
roi.--Ah! c'est une créature de bois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000575">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000658">Il parle de bois: c'est quelque charpentier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000576">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000177">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000659">Mais enfin ce moyen satisferait mon
désir, et la paix serait cimentée entre les deux royaumes.--Mais
à cela il reste encore un obstacle: car quoique
son père soit roi de Naples, duc d'Anjou et du Maine,
cependant il est pauvre, et notre noblesse dédaignerait
cette alliance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000577">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000660">M'entendez-vous, capitaine?--N'en
avez-vous donc pas le loisir?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000578">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000661">Cela sera, en dépit de tous leurs dédains.
Henri est jeune, il cédera facilement. (<hi rend="italic">En se rapprochant
d'elle.</hi>) Madame, j'ai un secret à vous révéler.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000579">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000178">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000662">Quoique je sois prisonnière, il
me paraît un chevalier, et je ne dois craindre aucune
insulte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000580">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000663">Madame, daignez écouter ce que je vous
dis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000581">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000179">à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000664">Peut-être serai-je délivrée par
les Français, et alors je n'ai pas besoin de mendier ses
égards.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000582">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000665">Aimable dame, donnez-moi votre attention
sur un objet important.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000583">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000666">Après tout, d'autres femmes ont été
captives avant moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000584">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000667">Madame, pourquoi parlez-vous ainsi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000585">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000668">Je vous demande merci; ce n'est qu'un
prêté rendu
<note type="editorial" n="18" xml:id="fra-note-000018">A quid pro quo, c'est-à-dire: Quelque chose, pour quelque chose de pareil.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000586">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000669">Répondez, aimable princesse; ne regarderiez-vous
pas votre esclavage comme un heureux événement,
s'il vous faisait reine?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000587">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000670">Une reine dans l'esclavage est plus avilie
qu'un esclave dans la plus basse servitude: il faut
que les princes soient libres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000588">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000671">Et vous le serez, si le roi de la belle Angleterre
l'est lui-même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000589">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000672">Quoi? que me fait sa liberté?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000590">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000673">J'entreprendrai de te faire la reine de
Henri, de placer dans ta main un sceptre d'or, et une
riche couronne sur ta tête, si tu veux condescendre à
être ma....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000591">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000674">Quoi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000592">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000675">L'objet de son amour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000593">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000676">Je suis indigne d'être l'épouse de Henri.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000594">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000677">Non, madame, c'est moi qui suis indigne
et me sens incapable de faire ma cour à une beauté si
céleste, pour la rendre la femme de Henri, sans avoir
moi-même aucune part dans ce choix. Eh bien! madame,
que répondez-vous? êtes-vous satisfaite?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000595">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000678">Oui, je le suis, si mon père y consent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000596">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000679">Allons, assemblons nos officiers et déployons
nos enseignes; et, près des murs du château de
votre père, faisons sonner un pourparler pour lui demander
à conférer avec lui. <hi rend="italic">(Un trompette sonne un pourparler.--René
paraît sur les murs</hi>.) Vois, René, vois ta
fille prisonnière.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000597">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000680">De qui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000598">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000681">La mienne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000599">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000682">Eh bien, Suffolk, quel remède? Je suis un soldat,
et ne sais ni pleurer, ni me déchaîner contre l'inconstance
de la fortune.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000600">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000683">Il est un remède, seigneur. Consentez (et
pour votre gloire consentez-y) que votre fille soit mariée
à mon roi, c'est avec peine que je suis parvenu à l'y déterminer,
et cette captivité si douce aura valu à votre
fille la liberté et un trône.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000601">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000684">Suffolk pense-t-il comme il parle?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000602">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000685">La belle Marguerite sait que Suffolk ne sait
ni flatter, ni dissimuler, ni tromper.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000603">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000686">Sur ta parole de comte, je descends pour répondre
à tes gracieuses offres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000604">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000687">Et moi, je vais t'attendre ici.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000180">(Les trompettes sonnent. Entre René.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000605">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000688">Brave comte, sois le bienvenu sur notre territoire:
commande dans l'Anjou selon qu'il te plaira.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000606">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000689">Je te rends grâces, René, heureux père
d'une si belle enfant, faite pour devenir la compagne
d'un roi. Quelle réponse fais-tu à ma demande?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000607">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000690">Puisque tu daignes rechercher le faible mérite
de ma fille pour en faire la royale épouse d'un si grand
prince, ma fille appartiendra à Henri s'il veut bien l'accepter,
à condition que je jouirai tranquillement de
mes duchés du Maine et de l'Anjou, exempt des troubles
et de tous les maux de la guerre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000608">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000691">Ton consentement est sa rançon; je lui
rends sa liberté; et je me charge d'obtenir pour toi la
jouissance paisible de tes deux comtés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000609">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000692">Et moi, au nom de l'auguste Henri, voyant en
toi le représentant et l'envoyé de ce puissant roi, je te
donne sa main pour gage de sa foi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000610">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000693">René de France, je te rends grâces au nom
du roi; car c'est ici un pacte convenu pour les intérêts
du roi. <hi rend="italic">(A part</hi>.) Et cependant il me semble que je serais
avec plaisir, dans cet accord, mon propre mandataire.--Je
vais partir pour l'Angleterre avec cette nouvelle et
hâter la célébration de ce mariage. Adieu, René: dépose
ce diamant dans un palais, ainsi qu'il convient.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000611">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000694">Je t'embrasse, comme j'embrasserais le pieux
roi Henri s'il était ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000612">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000181">à Suffolk</stage>
            <p xml:id="fra-p-000695">Adieu, milord. Suffolk peut
compter toute sa vie sur les voeux, les prières et les
louanges de Marguerite.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000182">(Elle va pour se retirer.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000613">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000696">Adieu, ravissante dame.--Eh quoi! Marguerite,
ne me chargerez-vous d'aucun compliment pour
mon roi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000614">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000697">Dites-lui de ma part tout ce que peut lui
dire une jeune fille, sa servante.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000615">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000698">Douces paroles, pleines de grâce et de modestie!
Mais, madame, il faut que je vous importune encore:
quoi! nul gage d'amour pour Sa Majesté?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000616">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000699">Excusez-moi, mon cher lord: je lui
envoie un coeur pur et sans tache, que n'a jamais profané
l'amour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000617">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000183">en l'embrassant</stage>
            <p xml:id="fra-p-000700">Et ce baiser aussi....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000618">
            <speaker>MARGUERITE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000701">Que ceci soit pour vous.--Je n'aurais
pas la présomption d'envoyer à un roi des gages si téméraires.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000184">(Sortent René et Marguerite.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000619">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000702">Oh! si tu étais pour moi!.... Mais, arrête,
Suffolk; ne t'engage pas dans ce dangereux labyrinthe:
là sont cachés des monstres dévorants et d'horribles
trahisons.--Éveille plutôt l'amour de Henri par les
louanges de la charmante Marguerite; grave dans ta
mémoire ses ravissantes vertus et ses grâces naturelles
si supérieures à l'art: retrace-toi souvent son image en
traversant les mers, afin qu'arrivé aux pieds de Henri
tu puisses troubler sa raison et l'enivrer d'admiration.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000185">(Il sort.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-005-scene-005">
          <head>SCÈNE V</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000186">Camp du duc d'York, en Anjou.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000187"><hi rend="italic">Entrent</hi> YORK, WARWICK, UN BERGER, LA PUCELLE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000620">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000703">Amenez cette sorcière, qui est condamnée au
feu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000621">
            <speaker>LE BERGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000704">Ah! Jeanne, ce coup donne la mort au
coeur de ton père. N'ai-je donc parcouru tant de pays, et
ne te retrouvé-je à présent que pour être témoin de ta
mort cruelle et prématurée? Ah! Jeanne, ma chère fille,
je veux mourir avec toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000622">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000705">Vieillard décrépit, ignoble et vil mendiant,
je suis sortie d'un plus noble sang que le tien:
tu n'es point mon père, ni mon ami.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000623">
            <speaker>LE BERGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000706">Ah! malheureuse!.... Milord, je vous en
conjure, cela n'est pas. Je suis son père: toute la paroisse
le sait; sa mère vit encore et peut attester qu'elle
fut le premier fruit de ma jeunesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000624">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000707">Ingrate, veux-tu donc renier tes parents?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000625">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000708">On peut juger par là quel genre de vie elle a
menée, honteuse et criminelle; sa mort répond à sa vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000626">
            <speaker>LE BERGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000709">C'est une honte, Jeanne, de vouloir ainsi
démentir ton père. Dieu sait que tu es formée de ma
chair, et que pour toi j'ai versé bien des larmes: ne me
méconnais pas, chère fille, je t'en conjure.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000627">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000710">Loin de moi, paysan. <hi rend="italic">(Aux Anglais</hi>.)
Vous avez suborné cet homme pour flétrir ma noble
origine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000628">
            <speaker>LE BERGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000711">Il est vrai que je donnai un <hi rend="italic">noble</hi>
<note type="editorial" n="19" xml:id="fra-note-000019">Jeu de mots sur noble, noble, et un noble, monnaie du temps.</note> au
prêtre le jour où j'épousai sa mère.--Mets-toi à genoux,
ma chère fille, et reçois ma bénédiction. Quoi, tu ne
veux pas? Eh bien, maudit soit l'instant de ta naissance!
je voudrais que le lait que tu suçais sur le sein de ta
mère fût devenu un poison pour toi; ou bien je voudrais
que dans le temps où tu gardais mes moutons dans les
champs, quelque loup affamé t'eût dévorée: tu renies
ton père, infâme prostituée? Brûlez-la! brûlez-la! le
gibet serait un supplice trop doux pour elle.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000188">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000629">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000712">Qu'on l'emmène; elle a vécu trop longtemps
pour semer dans l'univers ces vices odieux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000630">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000713">Laissez-moi d'abord vous dire qui vous
condamnez. Je ne suis point la fille d'un obscur berger:
je suis issue de la race des rois; vierge chaste et sacrée,
choisie par le Ciel, inspirée par sa grâce, et appelée à
opérer sur la terre les plus grands miracles. Jamais je
n'eus de commerce avec les esprits infernaux. Mais vous,
hommes corrompus par la débauche, souillés du sang
des innocents, chargés d'iniquités et de vices, parce que
vous êtes privés de la grâce dont d'autres ont reçu les
dons, vous jugez impossible d'opérer des merveilles, si
ce n'est par le secours des démons. Non! cette Jeanne
d'Arc, que méconnaît votre ignorance, naquit et vécut
vierge depuis sa tendre enfance: elle vécut chaste et
sans reproche même dans ses pensées; et son sang pur,
que vos mains barbares versent si injustement, criera
vengeance contre vous aux portes du Ciel.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000631">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000714">Oui, oui; allons, qu'on l'entraîne au supplice.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000632">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000189">aux exécuteurs</stage>
            <p xml:id="fra-p-000715">Écoutez; comme elle est
fille, allumez un grand bûcher, et placez au-dessus des
barils de poix, afin d'abréger ses tourments.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000633">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000716">Rien ne touchera-t-il vos coeurs impitoyables?--Allons,
Jeanne, puisqu'il le faut, dévoile
donc ta faiblesse qui t'assure le privilége de la loi. Je
suis enceinte, homicides sanguinaires; si vous m'entraînez
à une mort violente, ne faites pas du moins périr le
fruit qui vit dans mon sein.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000634">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000717">Que le Ciel ne permette pas.... La sainte Pucelle
enceinte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000635">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000718">C'est là le plus grand miracle que tu aies
jamais fait. Voilà donc où aboutit la scrupuleuse vertu?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000636">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000719">Sûrement le dauphin et elle auront eu commerce
ensemble. J'avais prévu que ce serait là son dernier
refuge.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000637">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000720">Allons, pars: nous ne voulons point sauver
la vie à des bâtards, surtout à ceux dont Charles est
le père.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000638">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000721">Vous vous trompez; mon enfant n'est
point de lui: c'est Alençon qui a eu mon amour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000639">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000722">Alençon, cet indigne Machiavel
<note type="editorial" n="20" xml:id="fra-note-000020">Machiavel est postérieur à Henri VI, et cela a fait supposer à quelques critiques que ce vers avait été intercalé par quelque comédien ignorant; mais Shakspeare commet bien souvent de tels anachronismes.</note>! Elle mourra,
eût-elle mille vies à perdre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000640">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000723">Oh! permettez. Je vous ai trompés encore:
ce n'est ni Charles ni ce duc que je viens de nommer,
c'est René, le roi de Naples, qui a triomphé de ma
vertu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000641">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000724">Un homme marié! Ce crime est intolérable.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000642">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000725">Bon; nous avons ici une vraie fille: je crois
qu'elle ne sait trop lequel accuser, tant elle a eu d'amants!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000643">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000726">C'est une marque qu'elle a été facile et
libérale.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000644">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000727">Et cependant tout à l'heure elle était vierge.--Vile
prostituée, tes paroles te condamnent, toi et ton indigne
fruit. Cesse les instances; elles sont inutiles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000645">
            <speaker>LA PUCELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000728">Eh bien! emmenez-moi, vous à qui je
lègue mes malédictions. Puisse le brillant soleil ne jamais
laisser tomber ses rayons sur le pays que vous
habitez! que la nuit et les funestes ombres de la mort
vous environnent, jusqu'à ce que le malheur et le désespoir
vous poussent à vous égorger ou à vous étrangler
vous-mêmes!</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000190">(Les gardes l'emmènent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000646">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000729">Va tomber en lambeaux et te réduire en cendres,
ministre maudit de l'enfer.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000191">(Entre l'évêque de Winchester, cardinal de Beaufort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000647">
            <speaker>LE CARDINAL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000730">Lord régent, je salue Votre Grâce, et
vous remets des lettres du roi. Apprenez, milord, que
les puissances de la chrétienté, émues de pitié à la vue
de ces sanglantes querelles, ont sollicité avec les plus
vives instances une paix générale entre nous et l'ambitieuse
France.--Et voyez le dauphin et sa suite qui
s'avancent pour conférer avec nous sur les articles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000648">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000731">Est-ce là tout le fruit de notre expédition?
Après le meurtre de tant d'illustres lords, de tant de
braves guerriers, capitaines et soldats, qui ont été immolés
dans cette querelle et ont vendu leur vie pour
leur patrie, finirons-nous par conclure une paix honteuse?
N'avons-nous pas perdu par trahison, par fraude,
la plupart des villes qu'avaient conquises nos illustres
ancêtres? O Warwick, Warwick, je prévois avec douleur
la perte complète de tout le royaume de France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000649">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000732">Calmez-vous, York: si nous signons une
paix, ce sera à des conditions si rigoureuses et si sévères,
que les Français en retireront peu d'avantage.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000192">(Entrent Charles, Alençon, le Bâtard et René.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000650">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000733">Lords d'Angleterre, puisqu'il est arrêté qu'il
sera proclamé une trêve en France, nous venons savoir
de vous-mêmes quelles doivent être les conditions du
traité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000651">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000734">Parlez, Winchester: car la bouillante colère
me suffoque et étouffe ma voix à la vue de nos mortels
ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000652">
            <speaker>LE CARDINAL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000735">Charles, et vous, princes de France,
voici les clauses: Qu'en reconnaissance de ce que le roi
Henri, ému de compassion, et par pure clémence, consent
à soulager votre pays des calamités de la guerre, et
à vous laisser respirer au sein d'une heureuse paix,
vous vous reconnaîtrez les vassaux fidèles de sa couronne.
Et vous, Charles, à condition que vous ferez serment
de lui payer tribut, et l'hommage de votre soumission,
vous serez établi en qualité de vice-roi sous
ses ordres, et vous n'en jouirez pas moins de la dignité
royale.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000653">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000736">Quoi! faudra-t-il qu'il ne soit plus que
l'ombre de lui-même? qu'il orne son front d'une couronne,
et qu'en réalité et en autorité il ne conserve que
le privilége d'un simple sujet? Cette offre est absurde et
dénuée de toute raison.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000654">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000737">Il est notoire que je suis déjà en possession
de plus de la moitié du territoire de la France, et que
j'y suis reconnu pour légitime souverain. Irai-je, pour
gagner le reste des provinces non encore conquises,
ravaler le privilége de ma royauté au point de n'avoir
plus que le titre de vice-roi? Non, non, lord ambassadeur;
j'aime mieux garder ce que je possède, que de me
voir, par un désir trop pressé d'acquérir ce que je n'ai
pas encore, dépouillé de l'espoir de devenir maître de
tout.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000655">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000738">Présomptueux Charles! as-tu donc, par de
sourdes intrigues, imploré l'intercession de l'Europe
pour obtenir une paix, et aujourd'hui qu'on en vient à
la conclure, oses tu comparer ton état présent aux conditions
que nous t'offrons? Accepte de tenir comme un
bienfait de notre roi le titre que tu usurpes, et non
comme un droit qui t'appartienne, ou bien nous te poursuivrons
d'une guerre éternelle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000656">
            <speaker>RENÉ</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000193">bas au dauphin</stage>
            <p xml:id="fra-p-000739">Seigneur, vous avez tort de
vous obstiner à chicaner les articles du traité; si vous
laissez échapper cette occasion, je gage dix contre un
que vous n'en retrouverez jamais une aussi favorable.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000657">
            <speaker>ALENÇON</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000194">bas au dauphin</stage>
            <p xml:id="fra-p-000740">Il faut convenir qu'il est de
votre prudence de sauver vos sujets d'un si cruel carnage,
et de tous les barbares massacres qui s'exercent
tous les jours dans le cours de nos hostilités. Ainsi, acceptez
cette trêve, vous la romprez quand votre intérêt
l'exigera.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000658">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000741">Que répondez-vous, Charles? nos conditions
tiennent-elles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000659">
            <speaker>CHARLES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000742">Elles tiendront. Je demande seulement que
vous ne conserviez aucune force dans nos villes de garnison.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000660">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000743">Jure donc foi et hommage à Sa Majesté, et,
sur l'honneur d'un chevalier, jure de ne jamais désobéir,
de n'être jamais rebelle à la couronne d'Angleterre, ni
toi ni ta noblesse. (<hi rend="italic">Charles et sa suite font acte d'hommage.</hi>)
A présent, licenciez votre armée quand il vous plaira;
suspendez vos étendards, et que vos tambours se taisent,
car nous promettons ici d'observer une paix sacrée.</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="6" xml:id="shakespeare-king-henry-vi-part-1-fra-act-005-scene-006">
          <head>SCÈNE VI</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000661">
            <speaker>E</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000195">n Angleterre</stage>
            <p xml:id="fra-p-000744">Un appartement du palais.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000196"><hi rend="italic">Entrent</hi> SUFFOLK <hi rend="italic">s'entretenant avec</hi> LE ROI HENRI,
GLOCESTER et EXETER.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000662">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000745">Noble comte, votre ravissant portrait de la
belle Marguerite m'a saisi d'étonnement. Ses vertus parées
des grâces de la beauté éveillent dans mon coeur,
auparavant tranquille, toutes les passions de l'amour.
Tel qu'un ruisseau dans la tempête, que la fureur des
vents soulève et pousse contre la marée, tel mon coeur
agité par le récit de son rare mérite se sent invinciblement
entraîné, ou vers le naufrage, ou vers le lieu où
je pourrai jouir de son amour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000663">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000746">Eh bien, mon bon prince, ce récit superficiel
n'est pour ainsi dire que l'exorde des louanges dont
elle est digne. Toutes les perfections de cette divine
dame, si j'avais assez d'art pour les décrire, formeraient
un volume de pages ravissantes qui plongeraient dans
l'extase l'imagination la plus insensible; et ce qui vaut
mieux encore, c'est qu'avec cette beauté céleste, avec
tant de grâces et d'appas, elle proteste, de l'âme la plus
humble et la plus modeste, qu'elle est satisfaite d'être à
vos ordres, s'ils sont honnêtes et vertueux; qu'elle est
prête à aimer et respecter Henri comme son seigneur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000664">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000747">Et jamais Henri n'osera exiger d'elle autre
chose; ainsi, milord protecteur, donnez votre consentement
à ce que Marguerite soit la reine de l'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000665">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000748">Je consentirais donc à flatter le crime?
Vous savez, mon prince, que Votre Majesté est engagée
à une autre dame du mérite le plus distingué. Comment
vous dispenserez-vous de ce contrat sans souiller votre
honneur d'un reproche honteux?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000666">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000749">Comme un souverain se dispense d'accomplir
des serments illégitimes; ou comme un athlète qui,
dans un tournois, ayant fait voeu de combattre, abandonne
la lice à cause de l'inégalité de son adversaire. La
fille d'un pauvre comte est un parti inégal et dont on
peut se dégager sans offense.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000667">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000750">Eh quoi, je vous prie, qu'est de plus Marguerite?
Son père n'est rien de mieux qu'un comte, malgré
tous les titres fastueux dont il se décore.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000668">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000751">Milord, son père est un roi, roi de Naples
et de Jérusalem; et il a une si grande autorité en France,
que son alliance affermira notre paix et tiendra les
Français dans l'obéissance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000669">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000752">Et le comte d'Armagnac aura le même
pouvoir, car il est le proche parent de Charles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000670">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000753">D'ailleurs son opulence promet une riche
dot, tandis que René est plus prêt à recevoir qu'à
donner.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000671">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000754">Une dot, milords? N'avilissez pas notre
monarque à ce point, d'être assez abject, assez pauvre,
pour déterminer son choix par la richesse et non par
l'amour. Henri est en état d'enrichir une reine, au lieu
de chercher une reine qui l'enrichisse. C'est ainsi que
les vils paysans marchandent leurs femmes, comme ils
marchandent des boeufs, des chevaux ou des moutons.
Mais le mariage est une affaire trop importante pour
être ainsi traitée par procureur. Ce n'est pas celle que
nos intérêts pourraient nous faire préférer, mais celle
qui plaît à Sa Majesté, qui doit partager sa couche nuptiale.
Ainsi, lords, puisque c'est Marguerite que Henri
préfère, c'est là un motif plus puissant que tous les autres
qui nous oblige à la préférer aussi. Car qu'est-ce
qu'un mariage forcé, sinon un enfer, une vie de discorde
et de querelles éternelles, tandis qu'une union libre et
volontaire donne le bonheur et fait goûter ici-bas la paix
des cieux? Pourrions-nous faire épouser à Henri, qui est
roi, une autre que Marguerite qui est la fille d'un roi?
Ses incomparables attraits, joints à sa naissance, annoncent
qu'elle n'est faite que pour épouser un roi. Son
vaillant courage, son âme intrépide à un degré bien
au-dessus du courage ordinaire de son sexe, nous promettent
tout ce que nos espérances attendent de la lignée
d'un roi. Henri, fils d'un conquérant, ne peut manquer
d'engendrer des conquérants, si l'amour l'unit avec une
femme d'une âme aussi élevée que l'est celle de la belle
Marguerite. Rendez-vous donc, milords, et convenez ici
avec moi que Marguerite sera notre reine, et nulle autre
qu'elle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000672">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000755">Si c'est l'impression puissante que m'a faite
votre récit, mon noble lord Suffolk, ou si c'est que mon
jeune coeur n'a jamais encore senti l'atteinte des flammes
de l'amour, c'est ce que je ne puis expliquer: mais il
est certain que je sens un trouble si violent dans mon
âme, de si vives alarmes de crainte et d'espérance, que
je suis fatigué et malade du tumulte de mes pensées.
Allez donc vous embarquer: pressez votre arrivée en
France, convenez de toutes les conditions, et faites tout
pour que la belle Marguerite consente à traverser les
mers, et vienne en Angleterre se voir couronner la reine
fidèle et sacrée du roi Henri. Pour fournir aux dépenses
et aux honneurs de votre ambassade, levez un dixième
sur le peuple, et partez sans délai, car jusqu'à votre retour
je vais être agité de mille soucis.--Et vous, mon
cher oncle, bannissez tout reproche; si vous jugez ma
faiblesse sur ce que vous fûtes autrefois, et non sur ce
que vous êtes aujourd'hui, je suis sûr que vous pardonnerez
cette soudaine exécution de ma volonté.--Allez,
conduisez-moi dans un lieu où, loin de tout témoin, je
puisse me livrer sans contrainte aux pensées qui tourmentent
mon âme.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000197">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000673">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000756">Oui, je crains bien que les tourments qui
commencent avec ce dessein ne cessent plus désormais.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000198">(Glocester et Exeter sortent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000674">
            <speaker>SUFFOLK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000199">seul</stage>
            <p xml:id="fra-p-000757">Ainsi, Suffolk l'emporte: et comme
autrefois Pâris s'embarqua pour la Grèce, il part aujourd'hui
pour la France, avec l'espoir de rencontrer la
même fortune en amour, mais de prospérer plus heureusement
que ne fit le Troyen. Marguerite sera reine,
et gouvernera le roi: et moi je gouvernerai la reine, le
roi et le royaume.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000200">(Il sort.)</stage>
        </div>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
