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    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <title xml:lang="fr">Henri V</title>
        <author>
          <persName>William Shakespeare</persName>
          <note type="dates">1564–1616</note>
        </author>
        <respStmt>
          <resp>French translation</resp>
          <name>François Guizot</name>
        </respStmt>
        <respStmt xml:id="bookstacks-encoding">
          <resp>XHTML-to-TEI drama conversion and structural encoding</resp>
          <name>Bookstacks project</name>
        </respStmt>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition n="1.0">Bookstacks French TEI edition</edition>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Bookstacks project</publisher>
        <pubPlace>United States</pubPlace>
        <date when="2026-08-22">22 August 2026</date>
        <idno type="local">shakespeare-king-henry-v-fra</idno>
        <availability status="free">
          <licence target="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/">This derived TEI file is made available under the Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License; the Project Gutenberg source is public domain in the United States.</licence>
        </availability>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <p>Born-digital French text from Project Gutenberg eBook #26762, converted from its EPUB XHTML reading order. Gutenberg administrative boilerplate and navigation were omitted.</p>
      </sourceDesc>
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    <encodingDesc>
      <projectDesc>
        <p>Acts, scenes, dramatic speakers, prose speeches, stage directions, cast material, songs and verse, editorial notices, inline typography, and referenced translator notes were mapped to TEI P5 without inventing speaker identities.</p>
      </projectDesc>
    </encodingDesc>
    <profileDesc>
      <langUsage>
        <language ident="fr">French</language>
      </langUsage>
      <textClass>
        <keywords scheme="https://www.gutenberg.org">
          <term>Henry V, King of England, 1387-1422 -- Drama</term>
          <term>Great Britain -- Kings and rulers -- Drama</term>
          <term>Great Britain -- History -- Henry V, 1413-1422 -- Drama</term>
          <term>Historical drama</term>
        </keywords>
      </textClass>
    </profileDesc>
    <revisionDesc>
      <change when="2026-08-22" who="#bookstacks-encoding">Converted the French Project Gutenberg EPUB XHTML into standalone dramatic TEI P5.</change>
    </revisionDesc>
  </teiHeader>
  <text xml:lang="fr">
    <body>
      <div type="title-page" xml:id="fra-title-page-000001">
        <head>Henri V</head>
        <p xml:id="fra-p-000001" rend="preformatted">Note du transcripteur.</p>
        <p xml:id="fra-p-000002" rend="preformatted">=================================================</p>
        <p xml:id="fra-p-000003" rend="preformatted">Ce document est tiré de:</p>
        <p xml:id="fra-p-000004" rend="preformatted">OEUVRES COMPLÈTES DE</p>
        <p xml:id="fra-p-000005" rend="preformatted">SHAKSPEARE</p>
        <p xml:id="fra-p-000006" rend="preformatted">TRADUCTION DE</p>
        <p xml:id="fra-p-000007" rend="preformatted">M. GUIZOT</p>
        <p xml:id="fra-p-000008" rend="preformatted">NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE</p>
        <p xml:id="fra-p-000009" rend="preformatted">AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE</p>
        <p xml:id="fra-p-000010" rend="preformatted">DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES</p>
        <p xml:id="fra-p-000011" rend="preformatted">Volume 7</p>
        <p xml:id="fra-p-000012" rend="preformatted">Henri IV (2e partie)</p>
        <p xml:id="fra-p-000013" rend="preformatted">Henri V Henri VI (1re, 2e et 3e partie)</p>
        <p xml:id="fra-p-000014" rend="preformatted">PARIS</p>
        <p xml:id="fra-p-000015" rend="preformatted">A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE</p>
        <p xml:id="fra-p-000016" rend="preformatted">DIDIER ET Ce, LIBRAIRES-ÉDITEURS</p>
        <p xml:id="fra-p-000017" rend="preformatted">35, QUAI DES AUGUSTINS</p>
        <p xml:id="fra-p-000018" rend="preformatted">1863</p>
        <p xml:id="fra-p-000019" rend="preformatted">==================================================</p>
        <p xml:id="fra-p-000020" rend="subheading">HENRI V</p>
        <p xml:id="fra-p-000021" rend="subheading">TRAGÉDIE</p>
      </div>
      <div type="introduction" xml:id="fra-introduction-000001">
        <head>NOTICE SUR HENRI V</head>
        <p xml:id="fra-p-000022">
C'est à tort que la plupart des critiques ont regardé <hi rend="italic">Henri V</hi>
comme l'un des plus faibles ouvrages de Shakspeare. Le cinquième
acte, il est vrai, est vide et froid, et les conversations qui le remplissent
ont aussi peu de mérite poétique que d'intérêt dramatique.
Mais la marche des quatre premiers actes est simple, rapide, animée;
les événements de l'histoire, plans de gouvernement ou de
conquête, complots, négociations, guerres, s'y transforment sans
effort en scènes de théâtre pleines de vie et d'effet; si les caractères
sont peu développés, ils sont bien dessinés et bien soutenus; et le
double génie de Shakspeare, moraliste profond et poëte brillant,
même dans les formes pénibles et bizarres qu'il donne à sa pensée et
à son imagination, y conserve son abondance et son éclat.</p>
        <p xml:id="fra-p-000023">On rencontre aussi, dans les paroles du choeur qui remplit les
entr'actes, des preuves remarquables du bon sens de Shakspeare et
de l'instinct qui lui faisait sentir les inconvénients de son système
dramatique: «Permettez, dit-il aux spectateurs dès le début de la
pièce, que nous fassions travailler la force de votre imagination....
C'est à votre pensée à créer en ce moment nos rois pour les transporter
d'un lieu à l'autre, franchissant les temps et resserrant les
événements de plusieurs années dans l'espace d'une heure.» Et ailleurs:
«Accordez-nous votre patience et pardonnez l'abus du changement
de lieu auquel nous sommes réduits pour resserrer la pièce
dans son cadre.»</p>
        <p xml:id="fra-p-000024">La partie populaire et comique du drame, bien que la verve originale
de Falstaff n'y soit plus, offre des scènes d'une gaieté parfaitement
naturelle, et le Gallois Fluellen est un modèle de ce bavardage
militaire sérieux, naïf, intarissable, inattendu et moqueur, qui
excite en même temps le rire et la sympathie.</p>
      </div>
      <div type="title-page" xml:id="fra-title-page-000002">
        <head>HENRI V</head>
        <p xml:id="fra-p-000025" rend="subheading">TRAGÉDIE</p>
        <p xml:id="fra-p-000026">Lords, courriers, soldats français, anglais, etc.</p>
        <p xml:id="fra-p-000027">La scène, au commencement de la pièce, est en Angleterre,
ensuite toujours en France.</p>
        <p xml:id="fra-p-000028" rend="subheading">LE CHOEUR.</p>
        <p xml:id="fra-p-000029">Oh! si j'avais une muse de feu qui pût s'élever jusqu'au
ciel le plus brillant de l'invention! un royaume pour
théâtre, des princes pour acteurs, et des monarques
pour spectateurs de cette sublime scène, c'est alors qu'on
verrait le belliqueux Henri, sous ses traits naturels,
avec la majesté du dieu Mars, menant en laisse, comme
des limiers, la famine, la guerre et l'incendie qui ramperaient
à ses pieds, pour demander de l'emploi. Mais,
pardonnez, indulgente assemblée; pardonnez à l'impuissance
du talent, qui a osé, sur ces planches indignes, exposer
à la vue un objet si grand. Cette arène à combats
de coqs peut-elle contenir les vastes plaines de la
France? pouvons-nous entasser dans cet O
<note type="editorial" n="1" xml:id="fra-note-000001">O, lettre de l'alphabet. Allusion à la forme circulaire de cette lettre.</note> de bois
tous les milliers de casques qui épouvantèrent le ciel
d'Azincourt? Pardonnez, si un chiffre si minime doit
représenter ici, sur un petit espace, un million. Permettez
que, remplissant l'office des zéros dans cet énorme
calcul, nous fassions travailler la force de votre imagination.
Supposez qu'en ce moment, dans l'enceinte de ces
murs, sont enfermées deux puissantes monarchies, dont
les fronts levés et menaçants, l'un contre l'autre opposés,
ne sont séparés que par l'Océan, étroit et périlleux:
réparez par vos pensées toutes nos imperfections: divisez
un homme en mille parties; et voyez en lui une armée
imaginaire: figurez-vous, lorsque nous parlons des
coursiers, que vous les voyez imprimer leurs pieds superbes
sur le sein foulé de la terre. C'est à votre pensée
à orner en ce moment nos rois; qu'elle les transporte
d'un lieu dans un autre, qu'elle franchisse les barrières
du temps, et resserre les événements de plusieurs années
dans la durée d'une heure. Pour suppléer aux lacunes,
souffrez qu'un choeur complète les récits de cette histoire:
c'est lui qui, dans cet instant, tenant la place du prologue,
implore votre attention patiente, et vous prie d'écouter
et de juger la pièce avec indulgence.</p>
      </div>
      <div type="act" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-001">
        <head>ACTE PREMIER</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-001-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000001">
            <speaker>L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000001">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000030">Antichambre dans le palais du roi.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000002"><hi rend="italic">Entrent</hi> L'ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY,
L'ÉVÊQUE D'ÉLY.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000002">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000031">Milord, je puis vous dire qu'on presse
vivement la signature de ce même bill, qui aurait suivant
toute apparence, et même infailliblement passé contre
nous, la onzième année du règne du feu roi, si l'agitation
de ces temps de trouble n'en avait interrompu l'examen.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000003">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000032">Mais, milord, quel obstacle lui opposerons-nous
aujourd'hui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000004">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000033">C'est à quoi il faut réfléchir. Si ce bill
passe contre nous, nous perdons la plus belle moitié de
nos domaines: car toutes les terres laïques, que la piété
des mourants a données par testament à l'Église, nous
seront enlevées. Voici la taxe: d'abord une somme suffisante
pour entretenir, à l'honneur du roi, jusqu'à quinze
comtes, quinze cents chevaliers et six mille deux cents
bons gentilshommes; ensuite, pour le soulagement des
pestiférés et des pauvres vieillards infirmes et languissants,
dont le grand âge et le corps se refusent aux travaux,
cent hôpitaux bien pourvus, bien entretenus; et
de plus encore, pour les coffres du roi, mille livres sterling
par an: telle est la teneur du bill.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000005">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000034">Ce serait presque épuiser la caisse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000006">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000035">Ce serait la mettre à sec.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000007">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000036">Mais quel moyen de l'empêcher?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000008">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000037">Le roi est généreux et plein d'égards.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000009">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000038">Et ami sincère de la sainte Église.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000010">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000039">Ce n'était pas là ce que promettaient
les écarts de sa jeunesse. Le dernier souffle de la vie n'a
pas plutôt abandonné le corps de son père, que sa folie,
mortifiée en lui, sembla expirer aussi: oui, au même
moment, la raison, comme un ange descendu du ciel, vint
et chassa de son sein le coupable Adam. Son âme épurée
redevint un paradis, où rentrèrent les esprits célestes.
Jamais jeune homme ne devint sitôt homme fait; jamais
la réforme ne vint d'un cours plus soudain balayer tous
les défauts: jamais le vice, cette hydre aux têtes renaissantes,
ne perdit si promptement et son trône et tout à
la fois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000011">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000040">Ce changement est béni pour nous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000012">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000041">Entendez-le raisonner en théologie, et
tout rempli d'admiration, vous souhaiterez en vous-même,
que le roi fût un prélat: écoutez-le discuter les affaires
de l'Etat, et vous direz qu'il en a fait sa seule étude:
s'il parle guerre, vous croyez assister à une bataille, mise
pour vous en musique; mettez-le sur tous les problèmes
de la politique, il vous en dénouera le noeud gordien,
aussi facilement que sa jarretière; aussi, lorsqu'il parle,
l'air, contenu dans sa licence, reste calme, et l'admiration
muette veille dans l'oreille de ses auditeurs pour saisir
les maximes qui sortent de sa bouche, aussi douces
que le miel. Il paraît impossible que l'exercice et la pratique
n'aient pas servi de maîtres à sa théorie profonde;
et ce qui est merveilleux, c'est comment Son Altesse a pu
recueillir cette ample moisson, lui dont la jeunesse était
livrée à toutes les vaines folies; lui dont les associés
étaient illettrés, grossiers et frivoles; lui dont les heures
étaient remplies par les festins, par les jeux et la débauche;
lui que jamais on n'a vu appliqué à aucune étude;
jamais seul dans la retraite, jamais loin du bruit et de la
foule.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000013">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000042">La fraise croît sous l'ombre de l'ortie, et c'est dans
le voisinage des fruits les plus communs que les plantes
salutaires s'élèvent et mûrissent le mieux; ainsi le prince
a caché sa raison sous le voile de la dissipation; c'est
ainsi qu'elle a crû, n'en doutez pas, comme le gazon
d'été, dont les progrès sont plus rapides la nuit, quoique
invisibles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000014">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000043">Il faut bien que cela soit; car les miracles
ont cessé, et nous sommes obligés de croire aux
moyens qui amènent les choses à la perfection.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000015">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000044">Mais, mon bon lord, quel moyen de mitiger
ce bill que sollicitent les communes? Sa Majesté penche-t-elle
pour ou contre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000016">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000045">Le roi paraît indifférent, ou plutôt il
semble incliner beaucoup plus de notre côté, que favoriser
le parti qui le propose contre nous; car j'ai fait
une offre à Sa Majesté, au sujet de la convocation de
notre assemblée ecclésiastique, et par rapport aux objets
dont on s'occupe actuellement, qui concernent la
France, de lui donner une somme plus forte que n'en
a jamais accordé le clergé à aucun de ses prédécesseurs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000017">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000046">Et de quel air a-t-il paru recevoir cette offre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000018">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000047">Le roi l'a favorablement accueillie; mais
le temps a manqué pour entendre (comme je me suis
aperçu que Sa Majesté l'aurait désiré) la filiation claire
et suivie de ses titres divers et légitimes à certains duchés,
et généralement à la couronne et au trône de
France, en remontant à Édouard, son bisaïeul.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000019">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000048">Et quelle cause a donc interrompu cette discussion?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000020">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000049">A cet instant même, l'ambassadeur de
France a demandé audience; et l'heure où on doit l'entendre
est, je pense, arrivée. Est-il quatre heures?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000021">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000050">Oui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000022">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000051">Entrons donc pour connaître le sujet
de son ambassade, que je pourrais, je crois, par une conjecture
certaine, déclarer avant même que le Français
ait ouvert la bouche.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000023">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000052">Je veux vous suivre, et je suis impatient de
l'entendre.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000003">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-001-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000004">La salle d'audience.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000005"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE ROI HENRI, GLOCESTER, BEDFORD,
WARWICK, WESTMORELAND, EXETER, <hi rend="italic">et suite</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000024">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000053">Où est mon respectable prélat de Cantorbéry?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000025">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000054">Il n'est pas ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000026">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000006">à Exeter</stage>
            <p xml:id="fra-p-000055">Cher oncle, envoyez-le chercher.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000027">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000056">Mon souverain, ferons-nous entrer
l'ambassadeur?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000028">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000057">Pas encore, mon cousin. Avant de l'entendre,
nous voudrions être décidé sur quelques points importants,
qui nous préoccupent, par rapport à nous et à la
France.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000007">(Entrent l'archevêque de Cantorbéry et l'évêque d'Ély.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000029">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000058">Que Dieu et ses anges gardent votre
trône sacré, et qu'ils vous accordent d'en être longtemps
l'ornement!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000030">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000059">Nous vous remercions sincèrement, savant
prélat; nous vous prions de vous expliquer; développez
avec une justice exacte et religieuse pourquoi la loi
salique, qu'ils ont en France, doit ou ne doit pas être un
empêchement à nos prétentions: et à Dieu ne plaise,
mon cher et fidèle seigneur, que vous apprêtiez ou
torturiez votre raison. A Dieu ne plaise que vous
chargiez sciemment votre conscience de subtils et coupables
sophismes, pour nous présenter des titres spécieux,
mais illégitimes, dont la vérité désavouerait les
fausses couleurs; car Dieu sait combien de milliers
d'hommes, aujourd'hui pleins de vie, verseront leur sang
pour soutenir le parti auquel Votre Révérence va nous
exciter: ainsi, songez bien comment vous engagerez
notre personne, et par quels droits vous réveillez le
glaive endormi de la guerre. Nous vous en sommons au
nom de Dieu: réfléchissez-y bien; car jamais deux pareils
royaumes n'ont lutté ensemble, que le sang n'ait
coulé à grands flots; chaque goutte est une malédiction,
et implore vengeance contre l'homme, dont l'injustice
affile l'épée qui exerce de tels ravages sur la courte vie
des mortels. Maintenant que je vous ai adressé cette
recommandation, parlez, milord; nous allons vous écouter,
et croire dans notre coeur que tout ce que vous nous
direz sera aussi pur dans votre conscience que l'est le
péché après avoir reçu le baptême.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000031">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000060">Daignez donc m'écouter, gracieux
souverain.--Et vous aussi, pairs, qui devez votre vie,
votre foi et vos services à ce trône impérial.--Il n'est
d'autre obstacle aux droits de Votre Majesté sur la France,
que ce principe qu'ils font venir de Pharamond: <hi rend="italic">In terram
salicam mulieres ne succedant</hi>, «Nulle femme ne succédera
en terre salique.» Et cette terre salique, les Français,
par un commentaire infidèle, prétendent que c'est le
royaume de France, et donnent Pharamond pour le fondateur
de cette loi qui exclut les femmes. Et cependant
leurs propres historiens affirment, de bonne foi, que la
terre salique est dans la Germanie, entre les fleuves de
Sala et de l'Elbe, où Charles le Grand, après avoir subjugué
les Saxons, laissa derrière lui, et établit un certain
nombre de Français, qui par dédain pour les femmes
germaines, dont quelques taches honteuses souillaient
la vie et les moeurs, y établirent cette loi: <hi rend="italic">Que nulle femme
ne serait héritière en terre salique</hi>, et cette terre salique,
comme je l'ai dit, est située entre l'Elbe et la Sala, et
s'appelle aujourd'hui, en Allemagne, <hi rend="italic">Meisen</hi>. Il est donc
manifeste que la loi salique n'a pas été établie pour le
royaume de France; et les Français n'ont possédé la
terre salique que quatre cent vingt-un ans après le décès
du roi Pharamond, vainement supposé l'auteur de cette
loi. Pharamond décéda l'année de notre rédemption
quatre cent vingt-six, et Charles le Grand dompta les
Saxons, et établit les Français au delà de la rivière de
Sala, dans l'année huit cent cinq. De plus, leurs auteurs
disent que le roi Pépin, qui déposa Childéric, fit valoir
ses prétentions et son titre à la couronne de France,
comme héritier légitime, étant descendu de Bathilde,
qui était fille du roi Clotaire. Hugues Capet aussi, qui
usurpa la couronne de Charles, duc de Lorraine, seul
héritier mâle de la vraie ligne et souche de Charles le
Grand, pour colorer son titre de quelque apparence de
vérité (quoique dans la vérité il fût faux et nul), se porta
pour héritier de dame Lingare, fille de Charlemagne, qui
était fils de Louis, empereur, et Louis était fils de Charles
le Grand. Aussi le roi Louis X, qui était l'unique héritier
de l'usurpateur Capet, ne put porter la couronne de
France et rester en paix avec sa conscience, jusqu'à ce
qu'on lui eût prouvé que la belle reine Isabelle, son
aïeule, descendait en ligne directe de dame Ermengare,
fille du susdit Charles, duc de Lorraine; par lequel mariage,
la ligne de Charles le Grand avait été réunie à la
couronne de France: en sorte qu'il est clair, comme le
soleil d'été, que le titre du roi Pépin, et la prétention de
Hugues Capet, et l'éclaircissement qui tranquillisa la
conscience de Louis, tirent tous leur droit et leur titre
des femmes, malgré cette loi salique qu'ils opposent
aux justes prétentions que Votre Majesté tient du chef
des femmes; et ils aiment mieux se cacher dans un réseau,
que d'exposer à la vue leurs titres faux, usurpés
sur vos ancêtres et sur vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000032">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000061">Puis-je, en conscience et en droit, hasarder
cette revendication?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000033">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000062">Que le crime en retombe sur ma tête,
auguste souverain! Il est écrit dans le livre des Nombres:
<hi rend="italic">Quand le fils meurt, que l'héritage alors descende à
la fille.</hi> Mon digne prince, soutenez vos droits: déployez
votre étendard sanglant: tournez vos regards sur vos
illustres ancêtres: allez, mon souverain, allez à la tombe
de votre fameux aïeul, de qui vous tenez vos droits, invoquez
son âme guerrière, et celle de votre grand-oncle
Édouard, le Prince Noir, qui donna une sanglante tragédie
sur les champs français, et défit toutes leurs forces,
tandis que son auguste père, debout sur une colline,
souriait de voir son lionceau se baigner dans le sang de
la noblesse française. O vaillants Anglais, qui pouvaient,
avec la moitié de leurs forces, faire face à toute la puissance
de la France; tandis qu'une moitié de l'armée
contemplait l'autre en souriant, avec tout le calme d'un
spectateur tranquille et étranger à l'action!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000034">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000063">Réveillez le souvenir de ces morts fameux, et
que votre bras puissant renouvelle leurs faits d'armes.
Vous êtes leur héritier; vous êtes assis sur leur trône;
le courage et le sang, qui les a rendus immortels, coule
dans vos veines, et mon trois fois redoutable souverain
est, dans le printemps de sa jeunesse, mûr pour les exploits
de ces vastes entreprises.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000035">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000064">Vos frères, les rois et les monarques de la
terre, attendent tous que vous vous leviez dans votre
force, comme ont fait, avant vous, ces lions issus de votre
race.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000036">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000065">Ils savent que Votre Majesté a, tout à
la fois, une cause juste, les moyens et la puissance; et
rien n'est plus vrai: jamais roi d'Angleterre n'eut une
noblesse plus opulente, et des sujets plus dévoués; et
leurs coeurs, laissant pour ainsi dire les corps en Angleterre,
ont déjà passé les mers, et sont campés dans les
plaines de France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000037">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000066">O que leurs corps, mon souverain chéri,
aillent joindre leurs coeurs, avec le fer et le feu, pour
reconquérir vos droits! Pour vous aider dans cette entreprise,
nous promettons de lever sur le clergé, et de fournir
à Votre Majesté, un puissant subside, tel que jamais
l'Église n'en a encore apporté à aucun de vos ancêtres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000038">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000067">Il ne suffit pas que nous armions pour envahir
la France: il faut aussi prendre nos mesures,
pour défendre le royaume contre l'Écossais, qui viendra
fondre sur nous avec toutes sortes d'avantages.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000039">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000068">Les habitants des frontières, mon souverain,
seront un rempart suffisant pour défendre l'intérieur
de l'État contre les incursions de ces pillards.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000040">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000069">Nous ne parlons pas seulement des incursions
de quelques pillards: nous craignons une entreprise
plus vaste de l'Écossais, qui fut toujours pour nous un
voisin remuant. L'histoire vous apprendra que mon illustre
aïeul ne passa jamais avec ses forces en France,
que l'Écossais ne vînt, comme les flots dans une brèche,
se répandre sur son royaume dépourvu, avec le torrent
de sa puissance, harcelant de vives et chaudes attaques
nos provinces dégarnies, bloquant les châteaux et les
villes par des siéges ruineux, au point que l'Angleterre,
nue et sans défense, a tremblé et chancelé grâce à ce
funeste voisinage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000041">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000070">Elle a eu plus de peur que de mal,
mon souverain; et voyez-en la preuve dans les exemples
qu'elle a donnés elle-même.--Lorsque tous ses
chevaliers étaient passés en France, et qu'elle était
comme une veuve en deuil de l'absence de tous ses nobles,
non-seulement elle se défendit bien elle-même,
mais elle prit et enveloppa, comme un cerf égaré, le
roi des Écossais: elle l'envoya en France, décorer de
rois captifs la renommée du roi Édouard, et elle enrichit
vos chroniques d'autant de louanges, que le sable de la
mer est riche en débris précieux de naufrages, et en trésors
abîmés sous les eaux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000042">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000071">Mais il y a un dicton fort ancien et très-vrai:
Si vous voulez conquérir la France, commencez
d'abord par l'Écosse; car lorsque l'aigle anglaise est
sortie pour chercher proie au dehors, la belette écossaise
vient en rampant se glisser dans son nid sans défense,
et dévore sa royale couvée; jouant le rat en l'absence
du chat, elle détruit et tue plus qu'elle ne peut
dévorer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000043">
            <speaker>ÉLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000072">La conséquence serait donc que le chat doit
rester dans ses foyers: et cependant ce n'est là qu'une
malheureuse nécessité; car nous avons des serrures
pour enfermer nos biens, et de petits piéges pour prendre
les petits voleurs. Quand les bras armés combattent
au dehors, la tête prudente sait se défendre au dedans;
car le gouvernement, quoique formé de parties séparées,
du haut, du moyen et du bas ordre, les maintient tous
dans un concert et une harmonie naturelle, comme les
sons dans la musique
<note type="editorial" n="2" xml:id="fra-note-000002">La même idée se rencontre dans Cicéron, de Republica, lib. II: «Sic ex summis, et mediis, et infimis interjectis ordinibus, ut sonis, moderatam ratione civitatem, consensu dissimiliorum concinere, et quæ harmonia a musicis dicitur in cantu eam esse in civitate concordiam.»</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000044">
            <speaker>CANTORBÉRY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000073">Cela est vrai: aussi le ciel a divisé l'économie
de l'homme en fonctions diverses; toutes ses parties,
dans un effort continuel, tendent à un but commun,
l'obéissance: ainsi travaillent les abeilles, créatures qui,
servant d'exemple dans la nature, enseignent l'art de
l'ordre à un royaume peuplé. Elles ont un roi et des
officiers de différente espèce: les uns, magistrats, punissent
à l'intérieur; d'autres, comme les commerçants,
se hasardent au loin; d'autres, comme les soldats, armés
de leurs dards, butinent sur les boutons veloutés du
printemps, et, chargés de leurs larcins, reviennent d'un
pas joyeux à la tente de leur empereur. Lui, dans son
active majesté, surveille les maçons bourdonnants qui
construisent les lambris d'or, les citoyens qui pétrissent
le miel, le peuple d'artisans qui arrivent en foule, et
déposent à la porte étroite de l'État leurs précieux fardeaux;
et la justice, à l'oeil sévère, au chant maussade,
livre aux pâles exécuteurs les paresseux qui bâillent
mollement.--Voici ma conclusion.--Que plusieurs parties
qui ont un rapport direct vers un centre commun
peuvent agir en sens contraires, comme plusieurs flèches,
lancées de points différents, volent vers un seul but,
comme plusieurs rues se mêlent dans une ville; comme
plusieurs eaux limpides se confondent dans une mer;
comme plusieurs lignes se rejoignent dans le centre
d'un cadran: de même un millier d'entreprises, toutes
sur pied à la fois, peuvent aboutir à une même fin, et
marcher toutes de front, sans que l'une souffre de l'autre:
ainsi, mon souverain, en France! Partagez votre
heureuse nation en quatre portions; prenez-en une pour
la France; elle vous suffira pour ébranler toute la Gaule:
et nous, si avec les trois autres quarts de nos forces
restés dans le sein du royaume nous ne pouvons pas défendre
nos portes contre les chiens, puissions-nous être
maltraités, et que notre nation perde à jamais sa réputation
de courage et de sagesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000045">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000074">Qu'on introduise les ambassadeurs envoyés
de la part du dauphin. (<hi rend="italic">Un seigneur de la suite sort. Le roi
monte sur son trône.</hi>) Notre résolution est bien prise, et
par le secours du ciel et le vôtre, nobles, qui êtes le
nerf de notre puissance, la France une fois à nous,
ou nous la plierons à notre joug, ou nous la mettrons
en pièces: ou bien l'on nous verra, assis sur
son trône, gouvernant comme un grand et vaste
empire tous ses riches duchés qui valent presque des
royaumes, ou bien nous déposerons ces ossements
dans une urne sans gloire, privés de sépulture et sans
aucun monument qui conserve notre souvenir. Il faut
que notre histoire célèbre hautement, à pleine voix,
nos exploits, ou que notre tombeau, muet comme
l'esclave du sérail, ne nous accorde même pas l'honneur
d'une épitaphe de cire. (<hi rend="italic">Entrent les ambassadeurs
de France.</hi>) Nous voici maintenant disposé à connaître
les intentions de notre cher cousin, le dauphin; car
nous apprenons que vous nous saluez de sa part, et non
de celle du roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000046">
            <speaker>L'AMBASSADEUR</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000075">Votre Majesté veut-elle nous permettre
d'exposer librement la commission dont nous
sommes chargés? autrement, nous nous bornerons à
lui faire entendre, avec réserve et sous des termes
enveloppés, l'intention du dauphin et notre ambassade.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000047">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000076">Nous ne sommes point un tyran, mais un roi
chrétien: nos passions nous obéissent en silence, enchaînées
à notre volonté comme les criminels qui sont
aux fers dans nos prisons: ainsi déclarez-nous les intentions
du dauphin avec une franchise ouverte et sans
contrainte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000048">
            <speaker>L'AMBASSADEUR</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000077">Les voici en peu de mots. Votre Altesse,
par ses députés qu'elle a dernièrement envoyés en
France, a revendiqué certains duchés sous prétexte des
droits de votre glorieux prédécesseur le roi Édouard III.
En réponse à cette prétention, le prince, notre maître,
dit que vous vous ressentez trop de votre jeunesse, et il
vous avertit de bien songer qu'il n'est en France aucun
domaine qu'on puisse conquérir avec une gaillarde
<note type="editorial" n="3" xml:id="fra-note-000003">Une gaillarde, danse du temps.</note>, et
que vous ne pouvez introduire vos fêtes dans ces duchés:
en indemnité, il vous envoie, comme un présent plus
conforme à vos inclinations, le trésor que contient ce
baril; et il demande qu'en reconnaissance de ce don,
vous laissiez là les duchés que vous réclamez, et qu'ils
n'entendent plus parler de vous. Voilà ce que dit le dauphin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000049">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000008">au duc d'Exeter</stage>
            <p xml:id="fra-p-000078">Quel trésor, cher oncle?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000050">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000079">Des balles de paume, mon souverain!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000051">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000080">Nous sommes charmé de trouver le dauphin
si plaisant avec nous, et nous vous remercions, et de son
présent et de vos peines. Quand une fois nous aurons
ajusté nos raquettes à ces balles, nous espérons, avec
l'aide de Dieu, jouer en France un jeu à frapper la couronne
du roi, son père, et à l'envoyer dans la grille
<note type="editorial" n="4" xml:id="fra-note-000004">Terme du jeu de paume.</note>.
Dites-lui qu'il vient d'engager la partie avec un adversaire
tel qu'il lancera ses balles dans toute la France.
Nous le comprenons bien quand il fait allusion aux
égarements de notre jeunesse, sans examiner l'usage
que nous en avons fait. Non, jamais nous n'avons
fait cas de ce trône chétif de l'Angleterre; et en conséquence,
vivant loin de lui, nous nous sommes abandonné
à une licence effrénée, comme il arrive toujours
que les hommes sont plus gais quand ils sont hors
de chez eux; mais dites au dauphin que je saurai garder
ma dignité, que je me conduirai en roi, et que je déploierai
toute l'étendue de ma grandeur quand je me réveillerai
sur mon trône de France. C'est pour y parvenir
que, déposant ici ma majesté, j'ai travaillé comme un
pauvre journalier. Mais c'est en France qu'on me verra
m'élever avec tant d'éclat que j'éblouirai tous les yeux:
oui, le dauphin sera aveuglé en contemplant les rayons
de ma gloire. Et dites encore à ce prince si plaisant, que
cette plaisanterie de sa façon a changé ses balles de
paume en boulets de pierre
<note type="editorial" n="5" xml:id="fra-note-000005">Les premiers boulets furent de pierre.</note>, et que sa conscience restera
mortellement chargée de la vengeance meurtrière
qu'elles feront voler dans ses États. Cette plaisanterie
fera pleurer mille veuves privées de leurs époux, mille
mères privées de leurs enfants: elle coûtera la ruine de
maint château; des générations qui ne sont pas encore
nées auront sujet de maudire l'insultante ironie du
dauphin. Mais les événements sont dans la main de
Dieu, à qui j'en appelle, et c'est en son nom, annoncez-le
au dauphin, que je me mets en marche pour me venger,
suivant mon pouvoir, et déployer un bras armé par
la justice dans une cause sacrée. Allez, sortez de ces
lieux en paix, et dites au dauphin que sa raillerie paraîtra
le jeu d'un esprit bien léger et bien indiscret, lorsqu'elle
fera verser plus de larmes qu'elle n'a excité de
sourires.--Conduisez ces députés sous une sûre escorte.--Adieu.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000009">(Les ambassadeurs sortent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000052">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000081">C'est là vraiment un joyeux message!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000053">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000082">Nous espérons bien en faire rougir l'auteur;
ainsi, mes lords, ne perdons aucun instant qui puisse
accélérer notre expédition; car nous n'avons plus maintenant
d'autres pensées que la France, après nos devoirs
envers Dieu qui doivent passer avant nos affaires. Rassemblons
promptement le nombre de troupes nécessaires
pour ces guerres, et méditons sur tous les moyens qui
peuvent ajouter, avec une célérité raisonnable, des plumes
à nos ailes; car, j'en atteste Dieu, nous châtierons le
dauphin aux portes de son père; ainsi que chacun s'occupe
des moyens d'entamer promptement cette belle
entreprise.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000010">(Tous sortent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-002">
        <head>ACTE DEUXIÈME</head>
        <p xml:id="fra-p-000083" rend="subheading">LE CHOEUR.</p>
        <p xml:id="fra-p-000084">Maintenant toute la jeunesse d'Angleterre brûle du
feu des combats, et les parures de soie reposent dans les
gardes-robes, les armuriers prospèrent, et l'honneur est
la seule pensée qui règne dans tous les coeurs. Ils vendent
les prés pour acheter un cheval de bataille, et suivent le
miroir de tous les rois chrétiens, des ailes au talon,
comme des Mercures anglais. L'Espérance est assise sur
les airs, tenant une épée dont le fer, depuis la garde
jusqu'à la pointe, est caché sous l'amas de couronnes de
toutes grandeurs qui l'entourent; couronnes d'empereur,
de rois et de ducs, promises à Henri et aux braves
qui le suivent. Les Français, que des avis certains ont
instruits de ce redoutable appareil, tremblent et cherchent
à détourner par les ruses de la pâle politique les
projets de l'Angleterre. O Angleterre! ton étroite enceinte
est l'emblème de ta grandeur: un petit corps qui
renferme un grand coeur! De combien d'exploits n'enrichirais-tu
pas ta gloire, si tous tes enfants avaient pour
leur mère la tendresse et les sentiments de la nature!
Mais vois ta disgrâce! La France a trouvé dans ton sein
un nid de coeurs vides qu'elle remplit de trahisons par
ses présents. Elle a trouvé trois hommes corrompus:
l'un, Richard comte de Cambridge; le second, le lord
Henri Scroop de Marsham; le troisième, Thomas Grey,
chevalier de Northumberland; ils ont, pour l'or de la
France (ô crime!), scellé une conspiration avec la France
alarmée; et c'est de leurs mains que ce roi, l'honneur
des rois, doit périr (si l'enfer et la trahison tiennent
leurs promesses) à Southampton avant de s'embarquer
pour la France.--Accordez-nous votre patience et pardonnez
l'abus du changement de lieu auquel nous sommes
réduits pour resserrer la pièce dans son cadre.--La
somme est payée, les traîtres sont d'accord.--Le roi est
parti de Londres, et la scène est maintenant transportée
à Southampton; c'est à Southampton que le théâtre s'ouvre
en ce moment; c'est là qu'il faut vous asseoir. De ce
lieu nous vous ferons passer en France, et nous vous en
ramènerons en charmant les mers pour vous procurer
un passage heureux et calme: car, autant que nous le
pourrons, nous tâcherons que nul de vous n'ait le plus
léger malaise pendant tout le spectacle. Mais jusqu'au
moment du départ du roi, c'est à Southampton que nous
transférons la scène.</p>
        <p xml:id="fra-p-000085">(Le choeur sort.)</p>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-002-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000011">Londres; East-Cheap.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000012"><hi rend="italic">Entrent</hi> NYM et BARDOLPH.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000054">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000086">Ah! je suis charmé de vous rencontrer,
caporal Nym.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000055">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000087">Bonjour, lieutenant Bardolph.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000056">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000088">Eh bien, le vieux Pistol et vous, êtes-vous
toujours amis?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000057">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000089">Pour moi, certes, cela m'est bien égal: je ne fais
pas grand bruit; mais quand l'occasion se présentera,
on me verra la saisir en souriant. N'importe, il arrivera
ce qui pourra. Non, je n'ose pas me battre. Mais je ne
veux que donner un coup d'oeil, et puis tenir mon fer
devant moi. C'est une simple lame; mais qu'est-ce que
cela fait? elle sera bonne pour le chaud et le froid autant
qu'épée d'homme vivant; et voilà tout le plaisant de la
chose.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000058">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000090">Je veux vous donner à déjeuner pour
vous rapatrier: et nous irons tous trois en France
comme de bons frères. Allons, ainsi soit-il, caporal Nym?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000059">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000091">Ma foi, je vivrai tant que j'ai à vivre, voilà ce
qu'il y a de sûr; et quand je ne pourrai plus vivre, je
ferai comme je pourrai. Voilà ce que j'ai à dire là-dessus,
et tout finit là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000060">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000092">Ce qu'il y de certain, caporal, c'est qu'il
est marié à Hélène Quickly; et il n'est pas douteux qu'elle
vous a manqué essentiellement; car enfin elle vous
avait donné sa foi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000061">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000093">Je ne sais pas: il faut bien que les choses arrivent
comme elles doivent arriver. Les gens peuvent dormir
quelquefois, et pendant ce temps-là avoir leur gorge
à côté d'eux; et comme on dit les couteaux ont des
tranchants. Il faut laisser aller les choses. Quoique Patience
soit un cheval fatigué, il faudra bien qu'elle laboure;
les choses auront nécessairement une fin: enfin
je ne puis rien dire.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000013">(Entrent Pistol et mistriss Quickly.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000062">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000094">Voilà le vieux Pistol, et sa femme qui
viennent. Mon cher caporal, soyez patient.--Eh bien!
comment vous va, mon hôte Pistol?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000063">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000095">Maraud, je crois que tu m'appelles ton hôte?
je jure par cette main que j'en déteste le titre; aussi
mon Hélène ne tiendra plus d'auberge.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000064">
            <speaker>QUICKLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000096">Non, sur ma foi, je ne tiendrai pas encore
longtemps; car nous n'oserions prendre en pension une
douzaine de femmes honnêtes, vivant honnêtement
avec la pointe de leurs aiguilles, sans que les gens
s'imaginassent aussitôt qu'on tient un lieu suspect.--Oh!
par Notre-Dame (<hi rend="italic">apercevant Nym, qui tire l'épée</hi>), qu'il
ne dégaine pas! Ou nous allons voir un adultère et un
meurtre prémédités.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000065">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000097">Bon lieutenant... bon caporal... n'offrez
pas ce spectacle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000066">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000098">Bah!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000067">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000099">Nargue pour toi, chien d'Islande, roquet
d'Islande aux longues oreilles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000068">
            <speaker>QUICKLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000100">Mon bon caporal Nym, fais voir ta valeur,
et rengaine ton épée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000069">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000101">Veux-tu que nous allions à l'écart? je voudrais
t'avoir <hi rend="italic">solus</hi>.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000014">(Rengainant son épée.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000070">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000102"><hi rend="italic">Solus
<note type="editorial" n="6" xml:id="fra-note-000006">Il se fâche du mot solus qu'il ne comprend pas, et auquel il attache un sens déshonorant.</note>!</hi> maudit chien! basse vipère, je te
renvoie le <hi rend="italic">solus</hi> sur ta face, dans les dents, dans ton gosier,
dans tes maudits poumons, ta mâchoire, et ta sale
bouche, ce qui est pire encore; je te reporte ton <hi rend="italic">solus</hi>,
jusque dans tes entrailles; car je puis prendre feu, ma
mèche est allumée
<note type="editorial" n="7" xml:id="fra-note-000007">On ne doit pas oublier que Pistol veut dire pistolet, et l'imperfection de cette arme dans ce temps-là.</note>, et l'explosion s'ensuivra.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000071">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000103">Je ne suis pas Barbason
<note type="editorial" n="8" xml:id="fra-note-000008">Ce mot est également employé dans les Joyeuses Bourgeoises de Windsor.</note>: vous ne pouvez me
conjurer.--Il me prend une envie de vous assommer
passablement bien. Si vous commencez une fois à me
parler salement, Pistol, vous pouvez compter que je vous
frotterai avec ma rapière, pour parler net, comme je le
sais faire. Tenez, si vous voulez seulement venir à
quatre pas, je vous chatouillerai les intestins de la
belle manière, comme je le sais faire; et voilà le plaisant
de la chose!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000072">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000104">Oh! vil fanfaron et furibond maudit! ton
tombeau bâille, et la mort s'avance sur toi: rends l'âme.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000015">(Ils tirent tous deux l'épée.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000073">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000016">en les séparant</stage>
            <p xml:id="fra-p-000105">Écoutez, écoutez-moi un
peu auparavant. Celui de vous qui donnera le premier
coup peut compter que je lui passerai mon épée au
travers du corps jusqu'à la garde; et je le ferai, foi de
soldat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000074">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000106">Voilà un serment bien redoutable! Ce grand
feu s'abattra.--Donne-moi ton poing, entends-tu?
Donne-moi ta patte de devant, te dis-je. Ma foi, j'admire
ton courage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000075">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000107">Tiens, pour te parler clair et net, je te couperai
la gorge un de ces jours, et voilà le plaisant de la chose!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000076">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000108">Couper la gorge? Dis-tu! Je t'en défie mille
fois, mâtin de Crète. Crois-tu t'emparer de ma femme?
Oh, non! va-t'en au tonneau de l'infamie retirer ton gibier
d'hôpital de la famille de Cresside qu'on appelle Doll-tear-Sheet;
et épouse-la. Pour moi, j'ai et j'aurai ma
chère <hi rend="italic">quondam</hi> Quickly pour femme, et <hi rend="italic">pauca</hi>, voilà tout.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000017">(Arrive le petit page de Falstaff.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000077">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000109">Mon cher hôte Pistol, accourez donc bien
vite chez mon maître, et vous aussi, l'hôtesse, il est bien
mal et au lit. Toi, mon bon Bardolph, viens fourrer ta
figure entre ses draps, pour lui servir de bassinoire. Sur
ma foi, il est bien malade.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000078">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000110">Veux-tu courir, petit coquin!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000079">
            <speaker>QUICKLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000111">Par ma foi, je ne lui donne pas beaucoup de
jours encore, avant qu'il aille apprêter un splendide repas
aux corbeaux. Le roi l'a frappé au coeur. Oh, ça! mon
mari, ne tarde pas à me suivre.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000018">(Quickly sort avec le page.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000080">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000112">Allons, vous raccommoderai-je à présent
tous les deux? Tenez, il faut que nous allions voir la
France tous ensemble. Pourquoi diable avoir des couteaux
pour se couper la gorge les uns aux autres?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000081">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000113">Laissons d'abord les eaux se déborder, et les
diables hurler après leur pâture.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000082">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000114">Vous me payerez les huit schellings que je vous
ai gagnés l'autre jour à un pari?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000083">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000115">Fi! il n'y a que la canaille qui paye.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000084">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000116">Oh! pour cela, je ne le passerai pas, par exemple;
et voilà le plaisant de la chose!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000085">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000117">Il faudra voir qui des deux est le plus brave.
Allons, tire à fond.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000086">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000118">Par l'épée que je tiens, celui qui porte la
première botte, je le tue: oui, par cette épée, je le ferai
comme je le dis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000087">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000119">Diable! l'épée vaut un serment, et les serments
doivent être respectés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000088">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000120">Caporal Nym, veux-tu te réconcilier, être
bons amis, ou ne le veux-tu pas? Eh bien, soyez donc
ennemis avec moi aussi.--Je t'en prie, mon ami, rengaine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000089">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000121">Je veux avoir mes huit schellings que j'ai gagnés
à un pari.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000090">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000122">Eh bien, je te donnerai un <hi rend="italic">noble</hi>
<note type="editorial" n="9" xml:id="fra-note-000009">Noble, noble à carat, monnaie d'or anglaise qui valait 6 schellings huit pence.</note> comptant,
et je te payerai encore à boire: l'amitié et la fraternité
régneront dorénavant entre nous: je vivrai par Nym, et
Nym vivra par moi. Cela n'est-il pas juste? Car je serai
vivandier dans le camp, et nos profits croîtront. Donne-moi
ta main.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000091">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000123">Moi, je veux mon <hi rend="italic">noble</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000092">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000124">Tu l'auras comptant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000093">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000125">Allons donc, soit: et voilà le plaisant de la
chose!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000019">(Entre mistriss Quickly.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000094">
            <speaker>QUICKLY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000126">Aussi vrai comme ce sont des femmes qui
vous ont mis au monde... Oh! accourez bien vite chez
sir John: ah! le pauvre coeur! Il a été si bien secoué
d'une fièvre tierce quotidienne, qu'il fait pitié à voir.
Mes chers bons amis, venez donc chez lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000095">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000127">Le roi a fait tomber sur lui la mauvaise humeur;
voilà le vrai de l'histoire!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000096">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000128">Nym, tu as dit la vérité; il a le coeur fracturé
et <hi rend="italic">corroboré</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000097">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000129">Le roi est un bon roi; enfin, on en dira ce qu'on
voudra, il a ses humeurs aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000098">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000130">Allons consoler le pauvre baron; car, parbleu!
nous n'avons pas envie de mourir, mes agneaux.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000020">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-002-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000099">
            <speaker>S</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000021">outhampton</stage>
            <p xml:id="fra-p-000131">Chambre du conseil.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000022">EXETER, BEDFORD et WESTMORELAND.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000100">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000132">J'en atteste Dieu; le roi est bien hardi de
se confier à ces traîtres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000101">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000133">Ils ne tarderont pas à être arrêtés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000102">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000134">Quelle douceur et quel calme ils affectent!
On dirait que la fidélité repose dans leurs
coeurs, entre l'obéissance et la parfaite loyauté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000103">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000135">Le roi est instruit de tous leurs complots
par des avis interceptés, ce dont ils ne se doutent guère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000104">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000136">Quoi! l'homme qui était son camarade de
lit
<note type="editorial" n="10" xml:id="fra-note-000010">Le lord Scroop était tellement en faveur auprès du roi, que celui-ci l'admettait quelquefois à partager son lit, dit Hollinshed. Ce titre familier de bedfellow se retrouve dans une lettre du sixième comte de Northumberland à son bien-aimé cousin Th. Arundel, qui commence ainsi: «Mon cher camarade de lit,» etc.</note>, qu'il avait enrichi et comblé de faveurs dignes des
princes, a-t-il pu ainsi, pour une bourse d'or étranger,
vendre la vie de son souverain à la trahison et à la mort!</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000023">(On entend les trompettes.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000024">(Entrent le roi, Scroop, Cambridge, Grey, et suite.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000105">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000137">Maintenant les vents sont favorables, et nous
allons nous embarquer.--Milord de Cambridge, et vous,
mon cher lord de Marsham, et vous, brave chevalier,
faites-moi part de vos pensées. N'espérez-vous pas que
l'armée qui nous suit sur nos vaisseaux s'ouvrira un passage
au travers de la France, et exécutera l'entreprise pour
laquelle nous l'avons rassemblée?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000106">
            <speaker>SCROOP</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000138">Rien n'est plus sûr, mon souverain, si chacun
fait son devoir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000107">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000139">Je n'en doute point: nous sommes bien persuadés
que nous n'emmenons pas de cette île un coeur
qui ne soit de la plus parfaite intelligence avec le nôtre,
et que nous n'en laissons pas un seul derrière nous qui ne
fasse des voeux pour que le succès et la conquête suivent
nos pas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000108">
            <speaker>CAMBRIDGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000140">Jamais monarque ne fut plus aimé et plus
redouté que ne l'est Votre Majesté, et je ne crois pas
qu'il y ait un sujet dont le coeur soit chagrin et mécontent,
sous l'ombre propice de votre gouvernement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000109">
            <speaker>GREY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000141">C'est vrai, ceux-là même qui furent les ennemis
de votre père ont changé leur fiel en miel; ils vous servent
avec des coeurs remplis de soumission et de zèle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000110">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000142">Nous avons donc de grands motifs de reconnaissance,
et nous oublierons l'usage de cette main
avant d'oublier de récompenser le mérite et les services,
suivant leur étendue et leur importance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000111">
            <speaker>SCROOP</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000143">C'est le moyen de prêter au zèle des muscles
d'acier, et le travail se réparera avec l'espérance de vous
rendre des services continuels.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000112">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000144">Nous n'attendons pas moins.--Mon oncle
Exeter, faites élargir cet homme emprisonné d'hier, qui
déclamait contre nous. Nous croyons que c'était l'excès
du vin qui le poussait à cette licence; à présent que ses
sens refroidis l'ont rendu plus calme, nous lui pardonnons.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000113">
            <speaker>SCROOP</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000145">C'est un acte de clémence; mais c'est aussi
un excès de sécurité. Qu'il soit puni, mon souverain; il
est à craindre que votre indulgence et l'exemple de son
impunité n'enfantent que des coupables.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000114">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000146">Ah! laissez-nous exercer la clémence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000115">
            <speaker>CAMBRIDGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000147">Votre Majesté peut l'exercer, et cependant
punir aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000116">
            <speaker>GREY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000148">Prince, ce sera montrer encore une assez
grande clémence, si vous lui faites don de la vie, après
lui avoir fait subir un sévère châtiment.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000117">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000149">Ah! c'est votre excès de zèle et d'attachement
pour moi qui vous porte à presser le supplice de ce
malheureux. Eh! si l'on ne ferme pas les yeux sur des
fautes légères, produites par l'ivresse, de quel oeil faudra-t-il
regarder des crimes capitaux, conçus, médités et
arrêtés dans le coeur, lorsqu'ils paraîtront devant nous?--Nous
voulons qu'on élargisse cet homme, quoique
Cambridge, Scroop et Grey..., dans leur tendre zèle et
leur inquiète sollicitude pour la conservation de notre
personne, désirent sa punition.--Passons maintenant à
notre expédition de France.--Qui sont ceux qui doivent
recevoir de nous une commission?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000118">
            <speaker>CAMBRIDGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000150">Moi, milord. Votre Majesté m'a enjoint de
la demander aujourd'hui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000119">
            <speaker>SCROOP</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000151">Vous m'avez enjoint la même chose, mon
souverain.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000120">
            <speaker>GREY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000152">Et à moi aussi, mon digne souverain.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000121">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000153">Tenez, Richard, comte de Cambridge, voilà
votre commission.--Voici la vôtre, lord Scroop de Marsham.--Et
vous, chevalier Grey de Northumberland, recevez
aussi la vôtre. (<hi rend="italic">Il leur donne à chacun un écrit contenant
l'exposé de leur crime.</hi>) Lisez-la, et apprenez que
je connais tout votre mérite.--Mon oncle Exeter, nous
nous embarquerons cette nuit.--Quoi! qu'avez-vous
donc, milords? Que voyez-vous dans ces écrits qui puisse
vous faire ainsi changer de couleur?--Ciel! quel trouble
se peint sur leurs visages! Leurs joues sont de la couleur
du papier. Eh bien! que lisez-vous donc qui vous fait
ainsi trembler et chasse la couleur de vos joues?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000122">
            <speaker>CAMBRIDGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000154">Je confesse mon crime, et je me livre à la
merci de Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000123">
            <speaker>GREY ET SCROOP</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000025">ensemble</stage>
            <p xml:id="fra-p-000155">C'est à votre clémence que
nous avons recours.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000124">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000156">La clémence vivait dans mon coeur, mais vos
conseils l'ont étouffée, l'ont assassinée: c'est une honte
à vous d'oser parler de clémence! Vos propres arguments
se tournent contre vous comme un dogue furieux
contre de son maître, pour le déchirer.--Voyez-vous,
mes princes, et vous, mes nobles pairs, ces
monstres anglais? Le lord Cambridge, que voilà... vous
savez combien mon amitié était empressée à le combler
de tous les dons qui pouvaient l'honorer; eh bien,
cet homme, pour quelques viles couronnes, a lâchement
comploté, a juré aux agents clandestins de la France, de
nous assassiner ici même à Hampton: et ce chevalier...,
qui ne devait pas moins que Cambridge à mes bontés, a
fait le même serment.--Mais que te dirai-je à toi, lord
Scroop? Toi, cruelle, ingrate, sauvage et inhumaine
créature! toi, qui tenais la clef de mes conseils les plus
secrets; toi, qui connaissais le fond de mon coeur; toi,
qui aurais pu monnayer en or ma propre personne, si tu
avais entrepris de m'employer pour cet usage dans ton
intérêt, est-il possible qu'un vil salaire de l'étranger ait
tiré de ton sein une étincelle de trahison seulement
assez pour offenser mon petit doigt? Ta conduite est si
étrange pour moi, que, malgré l'évidence de ton crime,
aussi claire que l'est la différence du blanc et du noir,
mon oeil a peine encore à se persuader qu'il le voit. La
trahison et le meurtre se tiennent toujours ensemble,
comme deux démons dévoués l'un à l'autre, attachés au
même joug, et travaillant si bassement à un résultat
naturel qu'on n'en éprouve point d'étonnement: mais
toi, tu excites la surprise en offrant la trahison et le meurtre
unis en toi contre nature! Quel que soit le démon artificieux
qui ait fait naître en toi cette monstruosité, il
doit avoir enlevé tous les suffrages de l'enfer. Les autres
démons qui suggèrent des trahisons ne sont que des
manoeuvres grossiers et subalternes, qui ne travaillent
en damnation qu'à l'aide de prétextes, de faux-semblants
de vertu; mais celui qui a si bien manié ton âme n'a
fait que te commander la révolte, sans te donner d'autre
motif pour t'engager à la trahison que l'honneur de te
revêtir du nom de traître. Ce démon qui t'a suborné
pourrait parcourir fièrement l'univers, et rentrant dans
le fond du Tartare, dire aux légions infernales: «Non,
jamais je ne pourrai gagner une âme aussi facilement
que j'ai gagné celle de cet Anglais.»--Oh! de quels
soupçons tu as empoisonné la douceur de la confiance!
Est-il des hommes qui paraissent attachés à leur devoir?
tu le paraissais aussi. Sont-ils graves et savants? tu le
paraissais aussi. Sont-ils sortis d'une famille illustre? tu
le paraissais aussi. Sont-ils sobres dans leur vie, exempts
des passions grossières, de la folle joie, de la colère,
montrant une âme constante, que ne domine jamais la
fougue du sang, toujours décents et modestes, accomplis
en tout point, ne se déterminant jamais sur le seul témoignage
des yeux, sans qu'il fût confirmé par celui des
oreilles, et ne se fiant à tous deux qu'après l'examen d'un
jugement épuré? tu semblais aussi parfaitement doué.
Aussi ta chute laisse-t-elle une sorte de tache, qui s'étend
sur l'homme le plus parfait, et le ternit de quelque
soupçon. Je pleurerai sur toi; car il me semble que
cette trahison est comme une seconde chute de l'homme.--(<hi rend="italic">À
Exeter.</hi>) Leurs crimes sont manifestes: arrêtez-les,
pour qu'ils en répondent aux lois: et que Dieu veuille
les absoudre de la peine due à leurs complots!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000125">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000157">Je t'arrête pour crime de haute trahison,
sous le nom de Richard, comte de Cambridge.
Je t'arrête pour crime de haute trahison, sous le nom
de Henri, lord Scroop de Marsham.
Je t'arrête pour crime de haute trahison, sous le nom
de Thomas Grey, chevalier de Northumberland.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000126">
            <speaker>SCROOP</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000158">C'est avec justice que Dieu a dévoilé nos desseins.
Je suis moins affligé de ma mort que de ma faute,
et je conjure Votre Majesté de me la pardonner encore,
quoique je la paye de ma vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000127">
            <speaker>CAMBRIDGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000159">Pour moi.... ce n'est pas l'or de la France
qui m'a séduit, quoique je l'aie accepté comme un motif
apparent, pour hâter l'exécution de mes desseins: mais
je rends grâces au ciel qui les a prévenus, et c'est pour
moi un sentiment de joie sincère, qui me consolera au
milieu même de mon supplice. Je prie Dieu et vous,
mon roi, de me pardonner.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000128">
            <speaker>GREY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000160">Jamais sujet fidèle ne vit avec plus d'allégresse
la découverte d'une trahison dangereuse, que je n'en
ressens moi-même en cet instant, en me voyant préservé
d'un attentat exécrable. Mon souverain, pardonnez-moi
ma faute
<note type="editorial" n="11" xml:id="fra-note-000011">Un des conspirateurs contre la reine Élisabeth finit la lettre qu'il lui adressa par ces mots: A culpâ, sed non a poenâ absolve me, my dear lady.</note> sans épargner ma vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000129">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000161">Que Dieu vous pardonne dans sa miséricorde!
Écoutez votre arrêt. Vous avez conspiré contre notre
royale personne, vous vous êtes ligués avec un ennemi
déclaré, et vous avez reçu l'or de ses coffres pour salaire
de notre mort; et par ce crime, vous consentiez à
vendre votre roi au meurtre, ses princes et ses pairs à
la servitude, ses sujets à l'oppression et au mépris, et
tout son royaume à la dévastation. Quant à notre personne
nous ne demandons point de vengeance, mais
c'est un devoir pour nous de songer à la sûreté de notre
royaume, dont vous avez tous trois cherché la ruine, et
nous sommes forcé de vous livrer à ses lois. Sortez de
ces lieux, coupables et malheureuses victimes, et allez à
la mort. Dieu veuille, dans sa clémence, vous accorder
la force d'en subir l'amertume avec patience, et le
repentir sincère de votre énorme forfait! Qu'on les emmène.
(<hi rend="italic">On les entraîne</hi>.) Maintenant, lords, en France!
Cette entreprise vous promet, comme à nous, une gloire
éclatante. Nous ne doutons plus de l'heureux succès de
cette guerre. Puisque Dieu a daigné, dans sa bonté,
mettre en lumière cette fatale trahison, qui s'était cachée
sur notre route, pour nous arrêter à l'entrée de
notre carrière, nous devons croire à présent que tous
les obstacles s'aplaniront devant nous. Ainsi en avant
chers compatriotes: remettons nos forces entre les mains
du Tout-Puissant, et ne différons plus l'expédition.
Allons gaiement à bord: que les étendards de la guerre
se déploient et s'avancent. Plus de roi d'Angleterre, s'il
n'est pas aussi roi de France!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000026">(Tous sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-002-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000130">
            <speaker>L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000027">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000162">La maison de l'hôtesse Quickly, dans East-Cheap.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000028"><hi rend="italic">Entrent</hi> PISTOL, NYM, BARDOLPH, LE PAGE
DE FALSTAFF ET L'HÔTESSE QUICKLY.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000131">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000029">à Pistol</stage>
            <p xml:id="fra-p-000163">Je t'en prie, mon coeur, mon cher
petit mari, souffre que je te ramène à Staines.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000132">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000164">Non, mon grand coeur est tout navré. Allons,
Bardolph, réveille ton humeur joviale; Nym, ranime
tes bravades et ta verve; et toi, petit drôle, arme ton
courage, car Falstaff est mort: il nous faut témoigner
nos regrets.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000133">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000165">Je voudrais être avec lui quelque part,
soit au ciel ou en enfer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000134">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000166">Oh! certainement il n'est pas en enfer:
il est dans le sein d'Arthur, si jamais homme y fut. Il a
fait la plus belle fin; il a passé comme un enfant dans sa
robe baptismale! Il était entre midi et une heure, quand
il a passé: oui, précisément à la descente de la marée
<note type="editorial" n="12" xml:id="fra-note-000012">Le docteur Mead cite une opinion de son temps, et semble croire lui-même qu'on ne mourait jamais qu'à la descente de la marée. Du temps de Johnson, c'était encore une opinion de bonne femme.</note>;
quand une fois j'ai vu qu'il commençait à chiffonner ses
draps, à jouer avec des fleurs
<note type="editorial" n="13" xml:id="fra-note-000013">C'est madame de Staël qui dit quelque part que Shakspeare avait décrit en médecin les maladies morales. Voici un passage qui prouve son exactitude dans l'histoire des symptômes qui précèdent la mort dans certaines maladies: Manus ante faciem attollere, muscas quasi venari manus operâ; flocos carpere de vestibus, vel pariete. (Von Swieten.)</note>, et à rire en regardant
le bout de ses doigts, j'ai bien vu qu'il n'y avait plus pour
lui qu'un chemin à prendre; car il avait le nez aussi
pointu que le bec d'une plume, et il parlait des champs
verdoyants.--«Comment donc, sir John, lui dis-je?
Qu'est-ce donc, cher homme? allons, prenez courage.»
Mais il se mit à crier: Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu?
trois ou quatre fois; et pour le réconforter, je lui dis
qu'il ne devait pas penser à Dieu, que je ne croyais pas
qu'il fût encore nécessaire de s'embarrasser la tête de
ces pensées-là; mais il me dit pour toute réponse de lui
couvrir davantage les pieds. Je mis ma main dans le lit
pour les tâter, et ils étaient froids comme marbre. Je
lui tâtai les genoux, et puis un peu plus haut, et de là
un peu plus haut encore, mais tout était déjà froid
comme marbre!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000135">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000167">On dit qu'il criait après le vin d'Espagne?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000136">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000168">Oh! cela est bien vrai.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000137">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000169">Et après les femmes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000138">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000170">Ah! cela n'est pas vrai, par exemple.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000139">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000171">Très-vrai; car il a dit que c'étaient des diables
incarnés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000140">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000172">Il est vrai qu'il n'a jamais pu souffrir la
carnation..... C'était une couleur qui ne lui revenait
point.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000141">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000173">Il disait un jour que le diable l'emporterait
à cause des femmes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000142">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000174">Il est bien vrai qu'il déclamait de temps
en temps contre les femmes; mais c'est qu'il était goutteux
dans ce temps-là, et puis c'était de la prostituée de
Babylone qu'il parlait.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000143">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000175">Ne vous souvenez-vous pas d'un jour qu'il
aperçut une mouche sur le nez de Bardolph, et qu'il dit
que c'était une âme damnée qui brûlait dans l'enfer?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000144">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000176">Eh bien, eh bien! l'aliment qui entretenait
ce feu-là est au diable. Ce nez rubicond est toute la fortune
que j'aie amassée à son service.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000145">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000177">Décamperons-nous, enfin? Le roi sera parti de
Southampton.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000146">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000178">Allons, partons. Tends-moi tes lèvres, mon
amour; aie bien soin de mes effets et de mes meubles;
prends le bon sens pour guide. <hi rend="italic">Choisissez et payez comptant</hi>,
voilà tout ce que tu as à dire. Ne fais crédit à personne;
car les serments ne sont que paille légère, et la
foi des hommes ne vaut pas une feuille d'oublie; <hi rend="italic">tiens
bien</hi> est le meilleur chien de basse-cour, ma poulette;
c'est pourquoi, prends <hi rend="italic">caveto</hi>
<note type="editorial" n="14" xml:id="fra-note-000014">Caveto, prends garde, de la prudence.</note> pour ton conseiller. Va à
présent essuyer tes yeux
<note type="editorial" n="15" xml:id="fra-note-000015">Quelques commentateurs disent: «Va essuyer les verres de ton hôtellerie.»</note>. Allons, camarades, aux armes,
partons pour la France; et comme des sangsues,
mes amis, suçons, suçons jusqu'au sang.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000147">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000179">Ma foi, c'est une mauvaise nourriture, à ce
qu'on dit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000148">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000030">au page</stage>
            <p xml:id="fra-p-000180">Prends un baiser sur ses douces lèvres,
et marche: allons.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000149">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000181">Adieu, notre hôtesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000150">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000182">Je ne saurais t'embrasser, moi; voilà le plaisant
de la chose; mais ça n'y fait rien.--Adieu toujours.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000151">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000183">Fais voir que tu es une bonne ménagère;
sois sédentaire, je te l'ordonne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000152">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000184">Bon voyage: adieu.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000031">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-002-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000153">
            <speaker>F</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000032">rance</stage>
            <p xml:id="fra-p-000185">Appartement dans le palais du roi de France.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000033"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE ROI, LE DAUPHIN, LE DUC DE
BOURGOGNE, LE CONNÉTABLE, <hi rend="italic">et suite.</hi> <hi rend="italic">Fanfares.</hi></stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000154">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000186">Ainsi l'Anglais s'avance contre
nous avec une armée nombreuse. Il est important de lui
répondre par une défense digne de notre trône. Les ducs
de Berry, de Bretagne, de Brabant et d'Orléans vont
partir; et vous aussi, dauphin, pour visiter, réparer et
fortifier nos villes de guerre, les pourvoir de braves soldats,
et de toutes les munitions nécessaires; car l'Angleterre
s'approche avec une violence égale à celle d'eaux
qui se précipitent vers un gouffre. Il est donc à propos
de prendre toutes les mesures que la prévoyance et la
crainte nous conseillent, à la vue des traces récentes
qu'a laissées sur nos plaines l'Anglais fatal à la France,
qui l'a trop méprisé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000155">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000187">Mon auguste père, il convient, sans
doute, de nous armer contre l'ennemi. La paix elle-même,
quand la guerre serait douteuse, et qu'il ne s'agirait
d'aucune querelle, la paix ne doit jamais assez
endormir un royaume, pour dispenser de lever, d'assembler
des troupes, d'entretenir les places fortes, et de
faire tous les préparatifs comme si l'on était menacé
d'une guerre: c'est d'après ce principe que je dis qu'il
est à propos que nous partions tous pour visiter les parties
faibles et endommagées de la France; mais faisons-le
sans montrer aucune alarme. Non, sans plus
de crainte que si nous apprenions que l'Angleterre
fût en mouvement pour une danse moresque de la
Pentecôte; car, mon respectable souverain, l'Angleterre
a sur son trône un si pauvre roi, son sceptre est le jouet
d'un jeune homme si frivole, si extravagant, si superficiel,
qu'elle n'est pas dans le cas d'inspirer la crainte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000156">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000188">Ah! doucement, prince dauphin:
vous vous méprenez trop sur le caractère de
ce roi. Que Votre Altesse interroge les derniers ambassadeurs;
sachez d'eux avec quelle grandeur il a reçu leur
ambassade; de quel nombre de sages conseillers il est
environné; combien il est modeste dans ses objections;
mais aussi combien il est redoutable par la constance de
ses projets, et vous vous convaincrez que ses folies passées
n'étaient que le masque du Brutus de Rome, qui
cachait la prudence sous le manteau de la folie, comme
des jardiniers couvrent de fumier les plantes qui poussent
les premières et sont les plus délicates.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000157">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000189">Non, connétable, il n'en est pas ainsi;
mais quoique votre opinion ne soit pas la nôtre, il n'importe.
Lorsqu'il est question de se défendre, le mieux est
de supposer l'ennemi plus fort qu'il ne le paraît; c'est le
moyen d'avoir prévu tous les moyens de défense; car, si
ces moyens sont faibles et mesquins, c'est imiter l'avare
qui pour épargner un peu d'étoffe gâte son vêtement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000158">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000190">Voyons dans Henri un ennemi
puissant, et vous, princes, armez-vous énergiquement
pour le combattre. Sa race s'est engraissée de nos dépouilles,
et il est sorti de cette famille sanguinaire qui
nous vint effrayer comme des fantômes jusque dans nos
foyers: témoin ce jour trop mémorable de notre honte,
où les champs de Crécy virent cette bataille si fatale à la
France, lorsque tous nos princes furent enchaînés par le
bras de ce prince au nom sinistre, de cet Édouard, dit le
prince Noir, tandis que son père, sur le sommet d'une
montagne, et placé à une grande élévation où les rayons
dorés du soleil venaient le couronner, contemplait son
héroïque fils, souriant de le voir mutiler l'ouvrage de la
nature, et défigurer toute cette belle jeunesse que Dieu
et les pères français avaient créée depuis vingt années.
Il est un rejeton de cette tige victorieuse: craignons sa
vigueur native et ses hautes destinées.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000034">(Entre un messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000159">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000191">Des ambassadeurs d'Henri, roi d'Angleterre,
demandent audience à Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000160">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000192">Nous la donnerons dans l'instant
même. Allez, et introduisez-les. (<hi rend="italic">Le messager sort avec une
partie des seigneurs.</hi>) Vous voyez, mes amis, avec quelle
ardeur cette chasse est suivie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000161">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000193">Tournez la tête, et vous arrêterez sa
course. Les chiens les plus lâches poussent leurs plus
bruyants abois, lorsque la proie qu'ils ont l'air de menacer
court bien loin devant eux. Mon respectable souverain,
prenez les Anglais de court, et montrez-leur de
quelle monarchie vous êtes le chef. Trop de confiance,
mon prince, n'est pas un vice aussi bas que le mépris de soi.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000035">(Les seigneurs rentrent avec Exeter et une suite.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000162">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000194">Venez-vous de la part de notre frère
d'Angleterre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000163">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000195">De sa part; et voici le salut qu'il adresse à
Votre Majesté. Il vous demande, au nom du Dieu tout-puissant,
de vous dépouiller vous-même, et de déposer
cet éclat et ces grandeurs empruntées qui, par le don du
ciel, par la loi de la nature et des nations, lui appartiennent
à lui et à ses héritiers: c'est-à-dire de lui rendre
cette couronne et tous ces honneurs multipliés, que la
force et la coutume attribuent à la couronne de France.
Et afin que vous soyez convaincu que ce n'est pas de sa
part une réclamation injuste et téméraire, tirée de parchemins
vermoulus dans la nuit des siècles, et arrachés
de la poussière antique de l'oubli, il vous envoie cette
mémorable généalogie dont chaque branche est une
preuve démonstrative. (<hi rend="italic">Il remet un papier au roi.</hi>) Il vous
somme de considérer ce lignage; et après que vous aurez
vu qu'il descend directement du plus fameux de ses glorieux
ancêtres, d'Édouard III, il vous enjoint de renoncer
à votre couronne et à votre royaume, que vous ne tenez
que par usurpation sur lui, qui est né le véritable et le
seul propriétaire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000164">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000196">Et si on le refuse, qu'arrivera-t-il?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000165">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000197">Une contrainte sanglante; car vous cacheriez
sa couronne dans les derniers replis de vos coeurs,
qu'il irait l'y déterrer: et c'est dans ce projet qu'il s'avance
avec des tempêtes menaçantes, des foudres et des
tremblements de terre comme Jupiter. Si sa requête
n'est pas écoutée, il vient lui-même vous l'imposer.
Il vous enjoint, au nom de l'Éternel, de lui remettre sa
couronne, et de prendre en pitié toutes les malheureuses
victimes que la guerre affamée s'apprête à dévorer; il
rejette sur votre tête les larmes des veuves, les cris des
orphelins, le sang du peuple égorgé, les gémissements
des jeunes filles qui pleureront leurs pères et leurs fiancés
engloutis dans cette querelle. Voilà sa réclamation,
sa menace, et mon message: à moins que le dauphin ne
soit présent. S'il est dans cette assemblée, je suis chargé
aussi d'un message pour lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000166">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000198">Quant à nous, nous voulons examiner
plus à loisir cette réclamation. Demain vous porterez
nos dernières intentions à notre frère d'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000167">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000199">Quant au dauphin, je répondrai pour lui.
Que lui apportez-vous d'Angleterre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000168">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000200">Le dédain et le défi, le plus profond mépris,
et tout ce qui peut vous l'exprimer, sans avilir sa propre
grandeur: voilà l'opinion et le salut que vous adresse
mon roi. Ainsi a-t-il dit, et si votre père ne répare pas,
en satisfaisant sans réserve à toutes ses demandes, l'amère
raillerie dont vous avez insulté sa majesté, il vous
en punira si sévèrement, que les échos des cavernes et
des souterrains de France résonneront de la réponse à
vos outrages et des accents de ses canons.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000169">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000201">Dites-lui que si mon père lui rend une
réponse gracieuse, c'est contre ma volonté; car je ne désire
rien tant que de lier une partie avec le roi d'Angleterre;
et c'est dans cette vue que, pour assortir le présent
à sa frivolité et à sa jeunesse, je lui ai fait l'envoi de ces
balles de paume de Paris.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000170">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000202">Et en revanche il fera trembler jusqu'aux
fondements votre Louvre de Paris, fût-il la cour souveraine
de la puissante Europe. Et soyez bien sûr que vous
serez grandement étonné, comme nous, ses sujets, nous
l'avons été, de trouver une si grande différence entre ce
qu'annonçaient les jours de sa jeunesse et ce qu'il est
aujourd'hui. Aujourd'hui, il pèse le temps jusqu'au dernier
grain de sable, et vos pertes vous l'apprendront s'il
reste en France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000171">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000203">Demain vous serez amplement
instruit de nos résolutions.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000172">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000204">Expédiez-nous promptement, de crainte que
notre roi ne vienne ici lui-même nous demander raison
de nos délais: il est déjà descendu sur vos rivages.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000173">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000205">Vous serez bientôt congédié avec
des propositions avantageuses. Ce n'est pas trop d'une
courte nuit pour répondre sur des objets de cette importance.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000036">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003">
        <head>ACTE TROISIÈME</head>
        <p xml:id="fra-p-000206" rend="subheading">LE CHOEUR.</p>
        <p xml:id="fra-p-000207">Ainsi, d'une vitesse égale à celle de la pensée, la scène
vole sur une aile imaginaire. Figurez-vous le roi dans
l'appareil de la guerre, sur la jetée de Hampton
<note type="editorial" n="16" xml:id="fra-note-000016">«La plaine où campa Henri V est aujourd'hui couverte en entier par la mer.» (Warton.)</note>, montant
sur l'Océan, suivi de sa belle flotte, dont les pavillons
de soie éventent le jeune Phébus: livrez-vous à votre
imagination, qu'elle vous montre les mousses gravissant
le long des cordages: écoutez le sifflet perçant qui met
de l'ordre dans les sons confus: voyez les voiles, enflées
par le souffle insinuant des vents invisibles, entraîner,
au travers de la mer sillonnée, ces masses énormes qui
offrent leurs flancs aux vagues superbes: imaginez que
vous êtes debout sur le rivage; voyez une cité qui danse
sur les vagues inconstantes: tel est le tableau que
présente cette flotte royale, dirigeant sa course vers Harfleur.
Suivez! suivez! Attachez votre pensée à la poupe
des vaisseaux, et quittez votre Angleterre silencieuse
comme la nuit profonde, gardée par des vieillards, des
enfants et des femmes, qui tous ont passé ou n'ont pas
atteint encore l'âge de la force et de la vigueur. Car quel
est celui dont un léger duvet ait orné le menton qui
n'aura pas voulu suivre cette brave élite de guerriers
aux rives de la France?--Que votre pensée travaille et
vous y montre un siége: contemplez les canons sur leurs
affûts, ouvrant leurs bouches fatales sur Harfleur bloqué.--Supposez
que l'ambassadeur revient de la cour
des Français, et annonce à Henri que le roi lui offre sa
fille Catherine, et avec elle, en dot, quelques vains et
stériles duchés.--L'offre ne plaît point à Henri, et déjà
l'actif canonnier touche de sa mèche le bronze infernal
(<hi rend="italic">bruits de combat; on entend une décharge d'artillerie</hi>),
et tout se renverse devant ses foudres. Continuez d'être
favorables, et que vos pensées complètent notre représentation.</p>
        <p xml:id="fra-p-000208">(Le choeur sort.)</p>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000174">
            <speaker>H</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000037">arfleur assiégé</stage>
            <p xml:id="fra-p-000209">Bruit de combat.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000038"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE ROI HENRI, EXETER, BEDFORD,
GLOCESTER, <hi rend="italic">et des soldats avec des échelles de siége</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000175">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000210">Allons, encore une fois à la brèche, chers
amis, encore une fois: emportez-la d'assaut, ou comblez-la
de morts. Dans la paix, rien ne sied tant à un
homme que la modeste douceur et l'humilité; mais
lorsque la tempête de la guerre souffle à nos oreilles,
alors imitez l'active fureur du tigre: roidissez vos muscles,
réveillez tout votre sang, défigurez vos traits naturels
sous ceux d'une rage farouche, prêtez à votre oeil
un aspect terrible; qu'il sorte de son orbite, comme le
canon d'airain; que votre sourcil l'ombrage et inspire
autant d'effroi qu'un rocher ruiné, qui semble rejeter
sa base minée par le sauvage et pernicieux Océan; montrez
les dents, ouvrez de larges narines, contenez votre
haleine, et tendez tous vos esprits jusqu'à leur dernier
effort.--Courage! courage! nobles Anglais, dont le sang
découle d'aïeux à l'épreuve de la guerre, d'ancêtres qui,
comme autant d'Alexandres, ont, dans ces contrées,
combattu depuis le soleil naissant jusqu'à son coucher,
et n'ont reposé leurs épées que lorsque les ennemis
leur ont manqué. Ne déshonorez pas vos mères: prouvez
aujourd'hui que ceux à qui vous donnez le nom de
pères vous ont réellement engendrés; servez de modèle
aux hommes d'un sang moins noble, et enseignez-leur à
combattre. Et vous, braves milices, dont les membres
ont été formés dans l'Angleterre, montrez-nous ici la
vigueur du sol qui vous a nourris: faites-nous jurer que
vous êtes dignes de votre race. Et je n'en doute point;
car il n'en est aucun de vous, quelle que soit la bassesse
obscure de sa condition, dont je ne voie les yeux briller
d'un noble feu.--Je vous vois tous ardents comme le
chien à la laisse, qui n'attend que le signal pour s'élancer.
Eh bien, la chasse est ouverte: suivez l'ardeur qui
vous emporte, et, dans l'assaut, criez: Dieu pour Henri!
Angleterre et Saint-George!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000039">(Le roi sort avec sa suite.)</stage>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000040">(Bruit de combat; on entend une décharge d'artillerie.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000041">Les troupes défilent.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000042"><hi rend="italic">Entrent</hi> NYM, BARDOLPH ET LE PAGE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000176">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000211">Allons, avance, avance; à la brèche, à la
brèche.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000177">
            <speaker>NYM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000212">Caporal, je t'en prie, ne nous presse pas si fort,
il fait un peu chaud. Quant à moi, je n'ai pas un magasin
de vies. La plaisanterie n'en vaut rien; voilà le fin
mot de l'histoire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000178">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000213">Ce mot est des plus justes; car les mauvaises
plaisanteries abondent ici, «les coups pleuvent de droite
et de gauche, les pauvres vassaux du bon Dieu tombent
et meurent par milliers, et l'épée et le bouclier s'acquièrent
d'immortels honneurs dans des champs de sang.»</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000179">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000214">Pour moi, je voudrais être dans une taverne
à Londres; je donnerais bien toute ma gloire à venir
pour un pot de bière et ma sûreté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000180">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000215">Et moi, «s'il ne tenait qu'à faire des souhaits,
je ne resterais pas ici non plus, et je ne serais pas dix
minutes à t'y rejoindre
<note type="editorial" n="17" xml:id="fra-note-000017">Les mots entre guillemets sont en vers dans le texte.</note>.»</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000181">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000216">Voilà qui est aussi bien, mais non pas aussi
vrai que le chant d'un oiseau sur la branche.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000043">(Arrive Fluellen.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000182">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000044">les poussant</stage>
            <p xml:id="fra-p-000217">A la brèche, vous chiens,
avancez, canaille!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000183">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000218">Doucement, doucement, grand duc; ne soyez
pas si dur pour des hommes d'argile; calmez cette rage,
ralentissez cette fougue; allons, de la douceur, mon
poulet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000184">
            <speaker>NYM</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000045">à Pistol</stage>
            <p xml:id="fra-p-000219">Voilà ce qu'on appelle de la belle humeur,
(<hi rend="italic">à Fluellen</hi>) et Votre Seigneurie n'en a que de la mauvaise.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000046">(Nym, Pistol et Bardolph sortent suivis de Fluellen.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000185">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000220">Tout jeune que je suis, j'ai bien observé ces
trois ferrailleurs. Je ne suis certainement qu'un enfant
auprès d'eux trois; mais tels qu'ils sont, s'ils voulaient
me servir, il n'y en a pas un d'eux qui fût mon fait; car,
par ma foi, ces trois originaux ne font pas ensemble la
valeur d'un homme. Ce Bardolph, par exemple, il a le
sang blanc et la figure rouge; il a du front, mais il ne
se bat pas.--Et ce Pistol: il a une langue à tout tuer et
une épée pacifique; ce qui fait qu'il estropie des mots
tant qu'on veut, mais il n'entame pas une lance.--Quant
à Nym, il a entendu dire que ceux qui parlent le
moins sont les plus braves; voilà pourquoi il dédaigne
de dire même ses prières, de peur de passer pour un
lâche: mais s'il ne parle guère, il agit encore moins;
car il n'a jamais cassé d'autre tête que la sienne, et encore
était-ce contre une borne, un jour qu'il était ivre.
Ces gens sont capables de voler tout ce qu'ils trouvent
sous leurs mains; et le <hi rend="italic">vol</hi>, ils l'appellent une <hi rend="italic">acquisition</hi>.
Bardolph a volé l'autre jour un étui de luth, l'a porté
pendant douze lieues, et puis l'a vendu pour trois demi-sous.
Ah! pour Nym et Bardolph, ce sont, ma foi! les deux
doigts de la main en fait de filouterie. A Calais, je les ai
vus voler une pelle à feu: ce qui m'a fait penser que ces
gens-là avaient envie de devenir un jour porteurs de
charbon
<note type="editorial" n="18" xml:id="fra-note-000018">Il paraît que porter des charbons était, du temps de Shakspeare, une expression proverbiale pour dire supporter un affront.</note>. Si je les avais crus, ils avaient bonne envie
de me rendre aussi familier avec les poches des autres,
que le sont les gants et le mouchoir, mais il n'est pas
du tout dans mon caractère d'ôter de la bourse d'autrui
pour mettre dans la mienne; car c'est le moyen d'empocher
des affronts.... Ma foi, il faut que je les plante là
et que je cherche quelque meilleure condition. Leur lâcheté
me soulève le coeur; oui, il faut que je les plante là.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000047">(Il s'en va.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000048">(Rentre Fluellen suivi de Gower.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000186">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000221">Capitaine Fluellen, il faut vous rendre à l'instant
aux mines: le duc de Glocester veut vous parler.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000187">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000222">Aux mines? Allez-vous-en dire au duc qu'il
n'est pas bon d'aller aux mines; car, voyez-vous, ces
mines ne sont pas suivant la discipline de la guerre. Les
concavités ne sont pas suffisantes; car, voyez-vous, l'adversaire
(vous pouvez dire ça au duc, voyez-vous) a
creusé lui-même douze pieds plus bas que les contre-mines
<note type="editorial" n="19" xml:id="fra-note-000019">Fluellen veut dire que l'ennemi a contre-miné douze pieds plus bas que la mine.</note>.
Par Jésus, j'ai peur qu'il ne nous fasse tous
sauter, si l'on ne donne pas de meilleurs ordres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000188">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000223">Le duc de Glocester, qui a la conduite du siége,
est dirigé par un Irlandais qui est ma foi un brave homme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000189">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000224">Oh! c'est le capitaine Macmorris, n'est-ce
pas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000190">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000225">Oui, je crois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000191">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000226">Par Jésus, c'est un âne, s'il y en a un
dans le monde; et je le prouverai à sa barbe. Il ne connaît
pas plus les vraies disciplines des guerres, voyez-vous,
les disciplines des Romains, qu'un petit chien.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000049">(Entrent Macmorris et le capitaine Jamy.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000192">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000227">Le voilà qui vient, accompagné du capitaine
écossais, le capitaine Jamy.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000193">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000228">Le capitaine Jamy est un bien merveilleux
et valeureux capitaine: ça n'est pas douteux, et un
homme de grande expédition et connaissances dans les
anciennes guerres, d'après la science particulière que
j'ai moi-même de ses règles. Par Jésus! il soutiendra sa
thèse aussi bien qu'aucun militaire dans le monde, sur
les disciplines des anciennes guerres des Romains.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000194">
            <speaker>JAMY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000229">Je vous donne le bonjour, capitaine Fluellen.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000195">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000230">Bonjour à Votre Seigneurie, bon capitaine
Jamy.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000196">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000231">Oh çà! capitaine Macmorris, venez-vous
des mines? Les pionniers ont-ils fini?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000197">
            <speaker>MACMORRIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000232">Par Jésus, ça ne vaut pas le diable.
L'ouvrage est abandonné, la trompette sonnant la retraite;
par ma main que voilà, et par l'âme de mon
père, je jure que l'ouvrage ne vaut rien. On y a renoncé,
sans quoi j'aurais fait sauter la ville, Dieu me pardonne!
en moins d'une heure. Oh! c'est fort mal fait, c'est fort
mal fait: par ce bras! c'est mal fait.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000198">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000233">Capitaine Macmorris, je vous en prie,
voudriez-vous bien m'accorder, voyez-vous, quelques
petits colloques avec vous, comme qui dirait, pour ainsi
dire, touchant, ou comme à l'égard des disciplines de la
guerre, les guerres des Romains, par manière de conversation,
voyez-vous, et de pure communication d'amitié;
et comme qui dirait, pour ainsi dire, pour la satisfaction
de mon esprit. Pour à l'égard de ce qui concerne
les règles de la discipline militaire, voilà le point....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000199">
            <speaker>JAMY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000234">De bonne foi ce sera la meilleure chose du
monde, mes bons capitaines, et je m'en vais profiter de
cette occasion pour prendre congé de vous, avec votre
permission.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000200">
            <speaker>MACMORRIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000235">Ce n'est pas ici le temps de discourir,
Dieu me pardonne! Le jour est chaud, et le temps, et la
guerre, et le roi, et les ducs: ce n'est pas là le temps de
discourir: la ville est assiégée, et la trompette nous appelle
à la brèche, et nous voilà à causer. Et par le
Christ, nous ne faisons rien; c'est honteux à nous tous
tant que nous sommes: Dieu me pardonne! C'est une
honte de rester tranquilles, c'est une honte, je le jure;
et il y a tant de gorges à couper et d'ouvrages à faire; et
il n'y a rien de fait, le Christ me pardonne!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000201">
            <speaker>JAMY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000236">Par la sainte messe, avant que ces yeux-là que
vous voyez soient assoupis, je ferai de la bonne ouvrage,
ou je serai sur le carreau: oui, et je travaillerai aussi
courageusement que je pourrai; c'est bien sûr cela, en
deux paroles comme en quatre. Cependant, sur ma foi,
je serai bien aise d'entendre quelques questions entre
vous deux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000202">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000237">Capitaine Macmorris, je pense, voyez-vous,
sauf votre correction, qu'il n'y en pas beaucoup
de votre nation....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000203">
            <speaker>MACMORRIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000238">De ma nation? Qu'est-ce que c'est que
ma nation? Est-ce une nation de lâches, de bâtards, de
gredins? Qu'est-ce que c'est que ma nation? Qui parle de
ma nation?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000204">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000239">Voyez-vous, si vous prenez les choses autrement
qu'on ne les dit, capitaine Macmorris, par
aventure je pourrais bien penser que vous ne me traitiez
pas avec cette affabilité, comme en toute discrétion vous
devez me traiter, voyez-vous, d'autant que je suis autant
que vous, tant dans la discipline de la guerre, que par
mon lignage et en tout autre genre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000205">
            <speaker>MACMORRIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000240">Je ne vous reconnais pas autant de bravoure
qu'à moi, et le Christ me pardonne! Je vous couperai
la tête.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000206">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000241">Amis, amis! allons, vous vous trompez tous
les deux: c'est faute de vous entendre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000207">
            <speaker>JAMY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000242">Oh! voilà une vilaine sottise.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000050">(On sonne un pourparler.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000208">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000243">La ville demande à parlementer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000209">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000244">Capitaine Macmorris, quand il se trouvera
une meilleure occasion, voyez-vous, je prendrai la
liberté de vous dire que je connais les disciplines de la
guerre; et voilà tout.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000051">(Ils partent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000052">LE GOUVERNEUR <hi rend="italic">et quelques citoyens sont sur les remparts;
au bas sont les troupes anglaises</hi>. LE ROI HENRI
<hi rend="italic">entre avec sa suite</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000210">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000245">Quelle est enfin la résolution du gouverneur?
Voici le dernier pourparler que nous admettrons encore.
Rendez-vous donc à notre clémence; ou, si vous êtes
jaloux de votre destruction, défiez notre dernière fureur.
Car, comme il est vrai que je suis soldat, nom qui, dans
mes pensées, est celui qui me sied davantage, si je recommence
à battre vos murailles, je ne quitterai plus
Harfleur, déjà à demi démoli, qu'il ne soit enseveli sous
ses cendres. Les portes de la clémence seront fermées
alors, et le soldat, au carnage animé, le coeur endurci et
féroce, donnant carrière à sa main sanguinaire, parcourra
vos foyers, avec une conscience large comme
l'enfer, moissonnant comme l'herbe vos vierges dans
l'éclat de leur fraîcheur et vos enfants dans la fleur de
leur âge. Que m'importe à moi, si la guerre impie, couronnée
de flammes comme le prince des démons, et le
front tout noirci de feux, exerce toutes les horreurs
barbares qui suivent l'assaut et le pillage? Que m'importe
à moi, lorsque vous seuls en êtes la cause, si vos chastes
vierges tombent sous la main brûlante du viol effréné?
Quel mors peut arrêter la licence et ses fureurs, lorsqu'elle
roule abandonnée sur la pente de son cours
impétueux? Nous épuiserons en vain nos ordres, pour rappeler
des soldats acharnés sur leur proie; autant commander
à l'immense Léviathan de venir sur le rivage.
Ainsi, habitants d'Harfleur, prenez pitié de votre ville et
de votre peuple, tandis que mes soldats sont encore
soumis à mes ordres, tandis que le souffle paisible de la
clémence écarte encore les nuages impurs et contagieux
du meurtre, du pillage et des excès: sinon, attendez-vous
à voir dans un moment le soldat aveugle et sanglant,
salir d'une main impure les cheveux de vos filles qui
pousseront en vain des cris aigus, vos vieillards saisis
par leurs barbes d'argent, et leurs têtes vénérables
écrasées contre les murs, et vos enfants empalés nus sur
les lances, à la vue de leurs mères égarées et perçant les
nuages de leurs hurlements, comme jadis les veuves de
Judée poursuivaient de leurs clameurs les bourreaux
d'Hérode. Que répondez-vous? Voulez-vous céder et prévenir
ces maux; ou, coupables d'une défense trop
obstinée, vous voir détruits?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000211">
            <speaker>LE GOUVERNEUR</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000246">Ce jour est le terme de notre attente.
Le dauphin, dont nous avions pressé les secours, nous
fait répondre que ses troupes ne sont pas encore prêtes,
ni en état de faire lever un si grand siége. Ainsi, roi redouté,
nous cédons notre ville et notre vie à votre généreuse
clémence: entrez dans notre port, disposez de nous
et de nos biens; nous ne pouvons nous défendre plus
longtemps.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000212">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000247">Ouvrez vos portes.--Allons, cher oncle
Exeter, entrez dans Harfleur, restez-y, et fortifiez la
ville contre les Français. Faites grâce à tous.--Pour
nous, cher oncle, l'hiver qui s'approche, et la maladie
qui se répand sur nos soldats, nous déterminent à
nous retirer vers Calais. Ce soir nous serons votre hôte
dans Harfleur, et demain prêts à nous mettre en marche.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000053">(Fanfares: ils entrent dans la ville.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000213">
            <speaker>R</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000054">ouen</stage>
            <p xml:id="fra-p-000248">Appartement du palais.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000055"><hi rend="italic">Entrent</hi> CATHERINE ET ALIX.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000214">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000249">Alix, tu as été en Angleterre, et tu parles
bien le langage?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000215">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000250">Un peu, madame.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000216">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000251">Je te prie de m'enseigner; il faut que
j'apprenne à parler. Comment appelez-vous la main, en
anglais?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000217">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000252">La main? Elle est appelée <hi rend="italic">de hand</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000218">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000253">Et les doigts?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000219">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000254">Les doigts? Ma foi, j'ai oublié les doigts; mais
je me souviendrai. Les doigts, je pense qu'ils sont appelés
<hi rend="italic">de fingres</hi>; oui, <hi rend="italic">de fingres</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000220">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000255">La main, <hi rend="italic">de hand</hi>; les doigts, <hi rend="italic">de fingres</hi>.
Je pense que je suis un bon écolier. J'ai gagné deux
mots d'anglais vitement. Comment appelez-vous les
ongles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000221">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000256">Les ongles? Nous les appelons <hi rend="italic">de nails</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000222">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000257"><hi rend="italic">De nails</hi>. Écoutez; dites-moi si je parle
bien: <hi rend="italic">de hand</hi>, <hi rend="italic">de fingres</hi>, <hi rend="italic">de nails</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000223">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000258">C'est bien dit, madame; c'est du fort bon anglais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000224">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000259">Dites-moi l'anglais pour le bras?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000225">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000260"><hi rend="italic">De arm</hi>, madame.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000226">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000261">Et le coude?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000227">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000262">
              <hi rend="italic">De elbow.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000228">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000263"><hi rend="italic">De elbow.</hi> Je fais la répétition de tous les
mots que vous m'avez appris jusqu'à présent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000229">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000264">C'est trop difficile, madame, je pense.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000230">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000265">Excusez-moi, Alix. Écoutez; <hi rend="italic">De hand</hi>, <hi rend="italic">de
fingres</hi>, <hi rend="italic">de nails</hi>, <hi rend="italic">de arm</hi>, <hi rend="italic">de bilbow</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000231">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000266"><hi rend="italic">De elbow</hi>, madame.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000232">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000267">O seigneur Dieu! je m'oublie; <hi rend="italic">de elbow</hi>.
Comment appelez-vous le cou?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000233">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000268"><hi rend="italic">De nick</hi>, madame.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000234">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000269"><hi rend="italic">De nick?</hi> Et le menton?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000235">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000270">
              <hi rend="italic">De chin.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000236">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000271"><hi rend="italic">De jin?</hi> Le cou, <hi rend="italic">de nick</hi>, le menton, <hi rend="italic">de jin</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000237">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000272">Oui: sauf votre honneur, en vérité, vous prononcez
les mots aussi droit que les natifs d'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000238">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000273">Je ne doute point d'apprendre par la
grâce de Dieu, et en peu de temps.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000239">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000274">N'avez-vous pas déjà oublié ce que je vous ai
enseigné?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000240">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000275">Non, je vous le réciterai promptement,
<hi rend="italic">de hand</hi>, <hi rend="italic">de fingres</hi>, <hi rend="italic">de mails</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000241">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000276"><hi rend="italic">De nails</hi>, madame.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000242">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000277"><hi rend="italic">De nails</hi>, <hi rend="italic">de arm</hi>, <hi rend="italic">de ilbow</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000243">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000278">Sauf votre honneur, <hi rend="italic">de elbow</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000244">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000279">Aussi dis-je <hi rend="italic">de elbow</hi>, <hi rend="italic">de neck</hi> et <hi rend="italic">de chin</hi>.
Comment appelez-vous les pieds et la robe?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000245">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000280"><hi rend="italic">De foot</hi>, madame, et <hi rend="italic">de coun</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000246">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000281"><hi rend="italic">De foot</hi>, <hi rend="italic">de coun</hi>
<note type="editorial" n="20" xml:id="fra-note-000020">The gown, la robe, et cætera.</note>? O seigneur Dieu! ce sont
des mots d'un son mauvais, corruptible, grossier et impudique,
et dont les dames d'honneur ne peuvent user.
Je ne voudrais pas prononcer ces mots devant les seigneurs
de France pour tout le monde: il faut <hi rend="italic">de foot</hi> et
<hi rend="italic">de coun</hi> néanmoins. Je réciterai une autre fois ma leçon
ensemble; <hi rend="italic">de hand</hi>, <hi rend="italic">de fingres</hi>, <hi rend="italic">de nails</hi>, <hi rend="italic">de arm</hi>, <hi rend="italic">de elbow</hi>,
<hi rend="italic">de neck</hi>, <hi rend="italic">de chin</hi>, <hi rend="italic">de foot</hi> et <hi rend="italic">de coun</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000247">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000282">Excellent, madame.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000248">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000283">C'est assez pour une fois. Allons-nous-en
dîner.</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003-scene-005">
          <head>SCÈNE V</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000056">Autre salle du même palais.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000057">LE ROI DE FRANCE, LE DAUPHIN, LE DUC DE
BOURBON, LE CONNÉTABLE DE FRANCE, ET
AUTRES SEIGNEURS.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000249">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000284">Il est certain qu'il a passé la rivière
de Somme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000250">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000285">Si nous n'allons pas le combattre,
mon roi, renonçons donc à vivre en France; abandonnons
tout, cédons nos riches vignobles à ce peuple barbare.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000251">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000286"><hi rend="italic">O Dieu vivant!</hi> quelques boutures sorties
de nous, le superflu du luxe de nos ancêtres, nos rejetons,
entés sur un tronc sauvage et inculte, s'élèveront-ils
si rapidement jusqu'aux nues, et surpasseront-ils en
hauteur la tige dont ils sont sortis?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000252">
            <speaker>BOURBON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000287">Des Normands; oui, des bâtards normands!
Mort de ma vie! s'il faut qu'ils traversent ainsi le royaume
sans combat, je veux vendre mon duché pour acheter
une chaumière et quelque marais fangeux dans cette île
irrégulière d'Albion.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000253">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000288"><hi rend="italic">Dieu des batailles!</hi> où donc ont-ils
puisé cette ardeur? Leur climat n'est-il pas couvert de
brouillards et engourdi par le froid? Le soleil ne jette
qu'à regret sur leur île de pâles rayons; il tue leurs
fruits de ses sombres regards: leur bière, de l'eau et de
l'orge fermentée, boisson faite pour des rosses surmenées,
peut-elle donc échauffer à ce degré leur sang épais, et
l'enflammer de cette bouillante valeur? Et le sang français,
avivé encore par les esprits du vin, paraîtra-t-il
glacé auprès du leur? Oh! pour l'honneur de notre patrie,
ne restons pas oisifs et immobiles comme ces glaçons
que l'hiver suspend au bord de nos toits, tandis
qu'un peuple, né dans le berceau des frimas, répand
des flots de braves jeunes gens dans nos riches campagnes;
pauvres, il faut en convenir, par les maîtres
qu'elles nourrissent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000254">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000289">Par l'honneur et la foi des chevaliers,
nos dames se raillent de nous; elles disent hautement
que notre vigueur est épuisée, et qu'elles prodigueront
leurs faveurs à la jeunesse anglaise, pour repeupler la
France de bâtards belliqueux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000255">
            <speaker>BOURBON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000290">Elles nous renvoient aux écoles de danse
de l'Angleterre, et nous conseillent d'apprendre leurs
cabrioles et leurs lavoltes
<note type="editorial" n="21" xml:id="fra-note-000021">Espèce de danse.</note>, disant que toutes nos grâces
sont dans nos talons, et que c'est dans la fuite que nos
sublimes talents se déploient.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000256">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000291">Où est le héraut Montjoie? Ordonnez-lui
de partir sur-le-champ. Qu'il aille saluer l'Anglais
d'un insultant défi.--Allons, princes, volez sur le
champ de bataille, et que l'honneur et le courage donnent
à vos coeurs une trempe plus dure que l'acier de
vos épées. Charles d'Albret, grand connétable de France;
vous aussi, d'Orléans, Bourbon et Berri, Alençon, Brabant,
Bar, Bourgogne; et vous, Jacques Châtillon, Rambure,
Vaudemont, Beaumont, Grandpré, Roussi et Fauconberg,
Foix, Lestrelles, Boucicaut et Charolais; grands
ducs, princes, comtes, barons, lords et chevaliers, grands
par vos titres, allez vous laver de ce grand opprobre:
arrêtez dans sa course Henri d'Angleterre qui traverse
en vainqueur notre royaume, et vengez l'insulte de ses
panonceaux teints du sang de Harfleur. Fondez sur son
armée comme un torrent de neiges fond sur les vallées
dont l'humble profondeur reçoit les flots que vomissent
les Alpes! tombez sur lui; vous avez assez de forces: ramenez-le
dans les murs de Rouen captif, enchaîné sur
un char victorieux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000257">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000292">Voilà le rôle qui sied aux grands
d'une nation! J'ai un regret, c'est que l'ennemi soit si
peu nombreux et si faible, que ses soldats soient épuisés
de faim et des fatigues de leur marche: car, j'en suis
sûr, aussitôt qu'il verra paraître notre armée, son coeur
s'abîmera dans la crainte, et son plus grand exploit sera
de nous offrir sa rançon.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000258">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000293">Allez donc, lord connétable: hâtez
le départ de Montjoie; qu'il déclare à l'Anglais que nous
envoyons savoir de lui quelle rançon il veut donner.
Vous, prince dauphin, vous resterez avec nous dans
Rouen.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000259">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000294">Non, mon père, j'en conjure Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000260">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000295">N'insistez point: vous resterez
avec nous.--Allons, partez, connétable; et vous aussi,
princes, et rapportez-nous promptement la nouvelle du
désastre de l'Anglais.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000058">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="6" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003-scene-006">
          <head>SCÈNE VI</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000059">Le camp anglais en Picardie.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000060">GOWER ET FLUELLEN.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000261">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000296">Eh bien, capitaine Fluellen, venez-vous du
pont?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000262">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000297">Je vous assure qu'il y a d'excellente besogne
à ce pont.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000263">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000298">Le duc d'Exeter est-il en sûreté?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000264">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000299">Le duc d'Exeter est aussi magnanime
qu'Agamemnon, et c'est un homme que j'aime et que
j'honore de toute mon âme, de tout mon coeur, de tout
mon respect, pour toute ma vie, de toutes mes forces et
de tout mon pouvoir. Il n'a pas eu (Dieu soit loué et
béni!) le plus petit accident du monde. Il a conservé le
pont le plus facilement, avec une excellente discipline.
Il y a là, au pont, un ancien lieutenant; je crois, sur
ma conscience, que c'est un autre Marc Antoine pour la
valeur; cependant c'est un homme qui n'a pas la moindre
réputation dans le monde; mais je lui ai vu faire
des choses vaillantes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000265">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000300">Comment l'appelez-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000266">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000301">On l'appelle l'<hi rend="italic">enseigne Pistol</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000267">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000302">Je ne le connais pas.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000061">(Entre Pistol.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000268">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000303">Le voilà.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000269">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000304">Capitaine, je te prie de me faire un plaisir.
Le duc d'Exeter a beaucoup d'amitié pour toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000270">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000305">Moi, j'en remercie Dieu; il est vrai que
j'ai mérité d'avoir quelque part dans son amitié.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000271">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000306">Un certain Bardolph, soldat intrépide et courageux,
a, par un sort cruel et par un tour furieux de
l'inconstante roue de cette écervelée de Fortune, cette
aveugle déesse qui se balance sur une pierre qui roule
sans fin....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000272">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000307">Avec votre permission, enseigne Pistol, la
déesse Fortune est représentée aveugle avec un bandeau
tenant les yeux pour vous faire entendre que la fortune
est aveugle: et on la peint aussi avec une roue, pour
vous faire voir, et c'est la morale qu'il en faut tirer,
qu'elle tourne toujours et qu'elle est inconstante, et
qu'elle n'est que mutabilités et vicissitudes: et son pied,
voyez-vous, est posé sur une pierre sphérique qui roule,
roule, roule.... A dire vrai, le poëte en fait une très-excellente
description: la fortune, voyez-vous, est une
excellente morale.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000273">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000308">La fortune est l'ennemie de Bardolph, et le
regarde d'un mauvais oeil; car il a volé un ciboire, et il
doit être pendu: cela fait une vilaine mort. Le gibet est
bon pour les chiens; mais l'homme devrait en être
exempt. Ne souffre donc pas que le chanvre lui coupe le
sifflet. Exeter a prononcé l'arrêt de mort, pour un ciboire
de peu de valeur: ainsi, va donc, et parle; le duc t'écoutera:
empêche que le fil de la vie du pauvre Bardolph
ne soit coupé avec une ficelle d'un sou et d'une manière
ignominieuse. Parle, capitaine, en faveur de sa vie, et
je serai reconnaissant de ce service.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000274">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000309">Enseigne Pistol, je vois bien à peu près ce
que vous voulez dire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000275">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000310">Allons, tant mieux pour vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000276">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000311">Certainement, Pistol, il n'y a pas là de
quoi dire tant mieux; car, voyez-vous, il serait mon
frère, que je prierais le duc de suivre son bon plaisir, et
de le faire exécuter; car il faut observer la discipline.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000277">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000312">Meurs, et va à tous les diables, et figue pour
ton amitié.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000278">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000313">Fort bien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000279">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000314">Je te souhaite une figue d'Espagne
<note type="editorial" n="22" xml:id="fra-note-000022">Allusion aux figues empoisonnées, instruments de la vengeance italienne et espagnole.</note>!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000062">(Pistol sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000280">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000315">Fort bon.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000281">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000316">Cet homme-là, c'est le plus fieffé misérable
qui fut jamais. Je le remets bien à présent; c'est un infâme
entremetteur, un coupe-jarret.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000282">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000317">Je vous assure qu'il proférait sur le pont
les plus braves paroles qu'on puisse jamais voir dans
les plus beaux jours de l'été; mais cela est égal, ce qu'il
vient de me dire.... C'est fort bien.... Je vous assure que
quand l'occasion se trouvera....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000283">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000318">Par Dieu! c'est un filou, un bouffon, un fripon,
qui de temps en temps va à la guerre, pour avoir
l'avantage, à son retour à Londres, de se parer du costume
d'un militaire. Ces drôles-là savent, à point nommé,
les noms de tous les chefs d'une armée; ils vous diront
par coeur tout ce qui s'est passé dans le service, et où il
s'est fait; ils vous nommeront les lieux où il y aura eu
la moindre escarmouche: <hi rend="italic">c'était à tel endroit, à telle brèche,
à tel ou tel convoi</hi>; ils vous diront qui s'est distingué,
qui fut tué, qui s'est déshonoré, quels étaient les postes
de l'ennemi; et ils vous rendent cela dans les meilleurs
termes de guerre, qu'ils vous assaisonnent des jurements
les plus nouveaux
<note type="editorial" n="23" xml:id="fra-note-000023">On se rappelle ici le passage du Menteur: Ah! le beau compliment à charmer une dame! ............................................................. On s'introduit bien mieux à titre de vaillant. Tout le secret ne gît qu'en un peu de grimaces, Qu'à mentir à propos, qu'à jurer avec grâce.</note>. Et vous ne sauriez vous imaginer
l'effet merveilleux que des moustaches taillées sur le
patron de celles du général, et d'horribles cris, contrefaisant
ceux d'un camp, font parmi des bouteilles fumantes
et des esprits abreuvés de bière mousseuse. Oh!
il faut apprendre à connaître ces misérables, qui font
la honte du siècle; ou bien vous feriez d'étranges méprises.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000284">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000319">Tenez, capitaine Gower, je vous dirai
bien une chose, c'est que je m'aperçois bien qu'il n'est
pas tout ce qu'il voudrait bien faire accroire au monde
qu'il est. A la première occasion que je pourrai trouver
le moindre trou dans son pourpoint, je lui ferai sentir
ma façon de penser.--Écoutez; voilà le roi qui vient: il
faut que je lui parle sur ce qui se passe au pont. (<hi rend="italic">Entrent
le roi, Glocester, des soldats.</hi>) Dieu bénisse Votre Majesté!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000285">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000320">Eh bien, Fluellen, venez-vous du pont?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000286">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000321">Moi! Oui, sous le bon plaisir de Votre Majesté.
Le duc d'Exeter a très-galamment conservé le
pont. Les Français se sont retirés, voyez-vous, et il y a
de beaux et libres passages à présent. Par sainte Marie,
l'adversaire aurait eu la possession du pont; mais il a
été forcé de se retirer, et le duc d'Exeter est le maître du
pont. Ah! je peux bien assurer Votre Majesté que c'est
un brave homme que ce duc.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000287">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000322">Combien avez-vous perdu de monde, Fluellen?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000288">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000323">La <hi rend="italic">perdition</hi> de l'adversaire a été très-grande,
fort raisonnablement grande. Sainte Marie!
pour moi, je pense que le duc n'a pas perdu un seul
homme, sinon un qui a bien l'air d'être pendu pour
avoir volé une église, un certain Bardolph.... Si Votre
Majesté sait qui c'est; c'est un homme qui a le visage
bourgeonné et tout couvert de boutons, et comme une
flamme ardente, et dont les lèvres étoupent le nez, et
sont comme un charbon de feu, tantôt bleues et tantôt
rouges; mais son nez est expédié à présent, et son feu
est éteint; ainsi n'en parlons plus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000289">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000324">Je voudrais nous voir défaits ainsi de tous
les pillards de son espèce.--Et nous enjoignons expressément
que, dans notre marche au travers des campagnes,
on n'enlève rien des villages par violence, qu'on
ne prenne rien sans le payer, qu'on n'insulte pas le
dernier des Français d'aucune parole de mépris ou de
reproche. Quand la douceur et la cruauté jouent à qui
aura un royaume, c'est le joueur le plus doux qui gagne.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000063">(On entend la trompette du héraut.)</stage>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000064">(Montjoie s'avance.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000290">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000325">Vous me reconnaissez à mon habillement
<note type="editorial" n="24" xml:id="fra-note-000024">Le costume du roi d'armes, appelé Montjoie, est décrit dans nos anciens chroniqueurs.</note>?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000291">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000326">Oui, je te reconnais. Qu'as-tu à m'apprendre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000292">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000327">Les intentions de mon maître.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000293">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000328">Déclare-les.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000294">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000329">Voici ce que dit mon roi.--«Annonce à
Henri d'Angleterre que, quoique nous ayons paru
morts, nous n'étions qu'endormis. La prudence est un
meilleur soldat que la témérité. Dis-lui que nous aurions
pu le repousser à Harfleur, mais que nous n'avons
pas jugé à propos de venger l'injure qu'elle ne
fût à son comble.--Maintenant c'est à notre tour à
parler, et notre voix est la voix d'un souverain. L'Anglais
se repentira de sa folie; il sentira sa faiblesse et
admirera notre patience. Dis-lui de songer à sa rançon:
elle doit être proportionnée aux pertes que nous
avons essuyées, au nombre de sujets que nous avons
perdus, à l'insulte que nous avons dévorée; et si la
réparation égalait la grandeur des offenses, sa faiblesse
succomberait sous le poids. Pour payer nos
pertes, son trésor est trop pauvre: pour payer l'effusion
de notre sang, les troupes de son royaume entier
sont un nombre insuffisant. Et quant à l'insulte qui
nous a été faite, sa personne même, à nos pieds prosternée,
ne serait qu'une faible et indigne satisfaction.
A ce discours ajoute le défi; et finis par lui déclarer
qu'il a dévoué et perdu ceux qui le suivent, et que
leur condamnation est prononcée.»--Ainsi parle le
roi mon maître: là finit mon ministère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000295">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000330">Je connais ton rang. Quel est ton nom?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000296">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000331">Montjoie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000297">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000332">Tu remplis bien ton office. Retourne sur tes
pas, et dis à ton roi:--Qu'en ce moment je ne le cherche
pas, et que je serais bien aise de marcher sans empêchement
jusqu'à Calais. Car, pour avouer la vérité,
quoique la prudence défende un pareil aveu devant un
ennemi rusé, qui sait prendre avantage de tout, mes soldats
sont considérablement affaiblis par la maladie
<note type="editorial" n="25" xml:id="fra-note-000025">L'armée anglaise était attaquée de la dysenterie.</note>;
leur nombre est diminué, et le peu qui m'en reste ne
vaut guère mieux qu'un pareil nombre de Français.--Tant
que mes soldats étaient frais et pleins de santé, je
te dis, héraut, que je croyais voir sur deux jambes anglaises
marcher trois Français.--Que Dieu me pardonne
si je me vante à ce point. C'est votre air de France qui
souffle ce vice en moi; et je dois pourtant me le reprocher.--Pars,
et dis à ton maître que tu m'as trouvé ici:
ma rançon est ce corps frêle et chétif, mon armée n'est
plus qu'une garde faible et consumée par la maladie.
Cependant, que Dieu soit mon guide, et nous marcherons
en avant, quand le roi de France lui-même, ou tout
autre voisin, s'opposerait à notre passage. (<hi rend="italic">Il lui remet
une bourse.</hi>) Voilà pour te payer ton message, Montjoie.
Va: dis à ton maître de bien se consulter. Si nous pouvons
passer, nous passerons; si l'on veut nous en empêcher,
nous rougirons de votre sang vos noirs sillons.
Adieu, Montjoie. En deux mots, voici notre réponse:
Dans l'état où nous sommes, nous n'irons pas chercher
le combat: et dans l'état où nous sommes, nous déclarons
que nous ne l'éviterons pas. Rends cette réponse à
ton roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000298">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000333">Elle sera fidèlement rendue. Je remercie
Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000065">(Montjoie s'en va.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000299">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000334">J'espère qu'ils ne viendront pas nous
attaquer à présent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000300">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000335">Nous sommes dans la main de Dieu, frère, et
non pas dans les leurs.--Marchez au pont: la nuit s'approche.--Nous
camperons au delà de la rivière; et demain
matin, ordonnez qu'on marche en avant.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000066">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="7" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-003-scene-007">
          <head>SCÈNE VII</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000067">Le camp français, à Azincourt.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000068"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE CONNÉTABLE DE FRANCE, LE DUC
D'ORLÉANS, LE DAUPHIN,  RAMBURES,  ET
AUTRES SEIGNEURS.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000301">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000336">Par Dieu! j'ai bien la meilleure armure
du monde. Que n'est-il jour!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000302">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000337">J'avouerai que vous avez une excellente
armure; mais aussi vous rendrez justice à mon
cheval.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000303">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000338">Oh! cela est vrai; c'est le meilleur
cheval de l'Europe.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000304">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000339">Le matin n'arrivera-t-il donc jamais!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000305">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000340">Duc d'Orléans, et vous seigneur connétable,
vous parlez de cheval et d'armure?....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000306">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000341">Oh! en fait de ces deux meubles,
vous êtes aussi bien pourvu qu'aucun prince du monde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000307">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000342">Que cette nuit est longue!--Je ne changerais
pas mon cheval pour aucun qui ne marche que
sur quatre pieds; il bondit au-dessus de terre comme
une balle garnie de crin: c'est le <hi rend="italic">cheval volant</hi>, le Pégase
<hi rend="italic">aux narines de feu</hi>. Une fois en selle, je vole, je suis un
faucon; il trotte dans l'air, et la terre résonne quand il
la touche: oui, la corne de son sabot est plus musicale
et plus harmonieuse que la flûte d'Hermès.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000308">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000343">Il est couleur de muscade.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000309">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000344">Et chaud comme le gingembre. C'est un
coursier digne de Persée: il n'est formé que d'air et de
feu. Si l'on découvre en lui quelque mélange des grossiers
éléments de la terre et de l'eau, ce n'est que dans
sa patiente tranquillité, lorsque son maître le monte.
C'est là ce qui s'appelle un cheval; et tous les autres,
auprès de lui, ne méritent que le nom de bêtes de
somme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000310">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000345">Oui, prince, on peut dire que c'est
le cheval le plus accompli et le plus excellent qu'il y ait.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000311">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000346">C'est le prince des coursiers: son hennissement
ressemble à la voix impérieuse d'un monarque,
et son port majestueux vous force à lui rendre hommage....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000312">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000347">Allons, en voilà assez sur ce sujet,
mon cousin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000313">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000348">Je dis plus encore, il faut n'avoir pas
l'ombre d'esprit pour n'être pas en état, depuis le lever
de l'alouette jusqu'au coucher de l'agneau, de chanter
les louanges de mon cheval sans se répéter: c'est un
sujet aussi inépuisable que la mer. Faites des langues
éloquentes de tous les grains de sable, mon cheval peut
les occuper toutes. Il est digne d'être loué par un souverain
et monté par le souverain d'un souverain. Enfin,
il mérite que tout l'univers, connu et inconnu, ne fasse
autre chose que de l'admirer. J'ai fait un jour un sonnet
à sa louange, qui commençait ainsi: <hi rend="italic">Merveille de la
nature</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000314">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000349">J'ai vu un sonnet pour une maîtresse
qui commençait de même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000315">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000350">Eh bien, ils auront donc imité celui que
j'ai composé pour mon coursier, car mon cheval est ma
maîtresse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000316">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000351">Votre maîtresse porte bien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000317">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000352">Oui, moi seul; c'est là le mérite, la perfection
exigée d'une bonne maîtresse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000318">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000353">Ma foi, l'autre jour il m'a semblé
que votre maîtresse vous a durement mené.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000319">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000354">Peut-être la vôtre en a fait de même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000320">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000355">La mienne n'était pas bridée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000321">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000356">Elle était donc vieille et tranquille, et
vous galopâtes comme un kerne d'Irlande
<note type="editorial" n="26" xml:id="fra-note-000026">Kerne, chevalier irlandais.</note>, sans votre
haut-de-chausse français et avec des caleçons étroits.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000322">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000357">Vous vous connaissez en équitation.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000323">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000358">Recevez donc une leçon de moi. Ceux qui
chevauchent ainsi et sans précaution tombent dans de
sales fondrières: je préfère mon cheval à ma maîtresse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000324">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000359">J'aimerais autant que ma maîtresse
fût une rosse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000325">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000360">Je te dis, connétable, que ma maîtresse
porte ses propres cheveux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000326">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000361">Je pourrais en dire autant si j'avais
une truie pour maîtresse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000327">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000362"><hi rend="italic">Le chien est retourné à son vomissement, et
la truie lavée au bourbier
<note type="editorial" n="27" xml:id="fra-note-000027">Ce proverbe est en français dans le texte, comme tout ce que nous mettons en italiques.</note>.</hi> Tu te sers de tout.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000328">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000363">Cependant je ne me sers pas de mon
cheval pour maîtresse, ou d'un pareil proverbe mal à
propos.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000329">
            <speaker>RAMBURE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000364">Seigneur connétable, sont-ce des étoiles
ou des soleils qui brillent sur l'armure que j'ai vue ce
soir dans votre tente?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000330">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000365">Ce sont des étoiles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000331">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000366">Il en tombera quelques-unes demain,
j'espère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000332">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000367">Et cependant mon ciel n'en manquera
pas encore pour cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000333">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000368">Cela peut bien être, car vous en avez
tant de superflues! et cela vous ferait plus d'honneur
qu'il y en eût quelques-unes de moins.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000334">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000369">C'est comme votre cheval qui porte
tant de louanges, et qui n'en trotterait pas moins bien
quand quelques-unes de vos forfanteries seraient démontrées.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000335">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000370">Ne fera-t-il donc jamais jour?--Je veux
trotter demain l'espace d'un mille, et que mon chemin
soit pavé de faces anglaises.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000336">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000371">Moi je n'en dirai pas autant de peur
qu'on ne me fît en face l'affront de me démentir; mais
je voudrais en effet de tout mon coeur qu'il fît jour, pour
bien frotter les oreilles aux Anglais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000337">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000372">Qui veut courir avec moi le risque de
leur faire une vingtaine de prisonniers?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000338">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000373">Il faut que vous commenciez par
vous exposer au risque de l'être vous-même.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000339">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000374">Allons, il est minuit: je vais m'armer.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000069">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000340">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000375">Le dauphin soupire après le jour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000341">
            <speaker>RAMBURE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000376">Il meurt d'envie de manger les Anglais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000342">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000377">Je crois qu'il peut bien manger tous
ceux qu'il tuera.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000343">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000378">Par la blanche main de ma dame,
c'est un aimable prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000344">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000379">Jurez plutôt par son pied, afin qu'elle
puisse d'un pas effacer le serment.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000345">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000380">Tout ce qu'on peut dire de lui,
c'est que c'est peut-être l'homme de France le plus actif.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000346">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000381">Agir c'est être actif, et il sera toujours
agissant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000347">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000382">Je n'ai jamais ouï dire qu'il ait fait
de mal à personne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000348">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000383">Et je vous jure qu'il ne commencera
pas encore demain; il conservera cette bonne réputation.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000349">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000384">Je sais qu'il a du courage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000350">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000385">Je me suis laissé dire la même chose
par quelqu'un qui le connaît mieux que vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000351">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000386">Qui cela?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000352">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000387">Pardieu! c'est lui-même qui me l'a
dit, et il a ajouté qu'il ne se souciait pas qu'on le sût.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000353">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000388">Il n'a pas besoin de cette précaution;
son mérite n'est point caché.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000354">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000389">Sur ma foi, très-caché. Il n'y a jamais
eu que son laquais qui l'ait vu; mais sa valeur est
comme le faucon encore coiffé de son chaperon: quand
on le lâchera, on verra son essor.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000355">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000390">Jamais la haine n'a dit du bien de
son ennemi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000356">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000391">Je payerai ce proverbe d'un autre:
Jamais l'amitié n'est exempte de flatterie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000357">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000392">Et moi je répondrai par cet autre:
Rendez même au diable ce qui lui est dû.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000358">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000393">C'est bien dit. Vous avez votre âme
pour jouer le rôle du diable. Je riposte à ce proverbe par
ces mots: La peste du diable!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000359">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000394">Vous êtes le plus fort de nous deux
aux proverbes. Le trait d'un fou est bientôt lancé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000360">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000395">Vous avez lancé le vôtre de travers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000361">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000396">Ce n'est pas la première fois que
vous avez été manqué.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000070">(Entre un messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000362">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000397">Seigneur connétable, les Anglais ne
sont plus qu'à quinze cents pas de votre tente.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000363">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000398">Qui en a mesuré l'espace?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000364">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000399">Le seigneur Grandpré.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000365">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000400">C'est un brave homme, et qui a une
grande expérience.--Je voudrais qu'il fît jour. Hélas!
le pauvre Henri d'Angleterre ne soupire pas comme
nous, je crois, après la naissance du jour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000366">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000401">Qui est donc ce maussade et pauvre
roi d'Angleterre, pour venir rêver avec ses stupides
Anglais si loin des lieux de sa connaissance?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000367">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000402">Si les Anglais avaient un grain de
bon sens, ils se sauveraient.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000368">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000403">Oh! c'est de bon sens qu'ils manquent;
car si leurs cervelles avaient la moindre défense
intellectuelle, jamais ils ne pourraient porter des casques
si pesants.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000369">
            <speaker>RAMBURE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000404">Il faut avouer que cette île d'Angleterre
produit de valeureuses créatures: leurs dogues, par
exemple, sont d'un courage sans pareil.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000370">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000405">Oh! pardieu! oui; voilà d'excellents
chiens qui vont se jeter les yeux fermés dans la gueule
d'un ours, qui leur écrase la tête d'un coup de dent
comme des pommes cuites. C'est comme si vous disiez
que c'est une mouche bien courageuse que celle qui ose
aller prendre son déjeuner sur les lèvres d'un lion.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000371">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000406">Précisément: vous avez raison, et les
hommes de ce pays-là ressemblent aussi un peu à leurs
dogues dans leur manière lourde et pesante d'attaquer,
et de laisser leur esprit avec leurs femmes; car donnez-leur
bien à mâcher de grosses tranches de boeuf, et puis
fournissez-les de fer et d'acier, ils dévoreront comme
des loups, et se battront comme des diables.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000372">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000407">Oui, mais ces pauvres Anglais sont
diablement à court de boeuf.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000373">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000408">Eh bien, s'il en est ainsi, vous verrez
que demain ils n'auront d'appétit que pour manger, et
point du tout pour se battre: allons, il est temps de nous
armer. Irons-nous nous équiper?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000374">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000409">Il est deux heures.--Eh bien,
avant qu'il en soit dix, nous aurons chacun une centaine
d'Anglais.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000071">(Ils partent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004">
        <head>ACTE QUATRIÈME</head>
        <p xml:id="fra-p-000410" rend="subheading">LE CHOEUR.</p>
        <p xml:id="fra-p-000411">Maintenant figurez-vous ce temps de la nuit où l'on
n'entend plus qu'un faible murmure, où les aveugles
ténèbres remplissent l'immense vaisseau de l'univers.
De l'un à l'autre camp, dans le sein obscur de la nuit,
le bourdonnement des deux armées diminue par degrés.
Les sentinelles, de leurs postes éloignés, s'entendent
presque parler. Les feux des deux camps se répondent,
et, à leurs pâles lueurs, chaque armée voit les casques
et les visages ennemis dessinés dans l'ombre. Le coursier
menace le coursier, et perce l'oreille engourdie de
la nuit de ses fiers et longs hennissements. Des tentes
s'élève un bruit de hâtifs marteaux qui, sous leurs coups
précipités, achèvent ou polissent l'armure des chevaliers,
signal de terribles apprêts. Les coqs des hameaux
voisins chantent, les cloches sonnent, et nomment la
troisième heure du paresseux. Fiers de leur nombre, et
pleins de sécurité, les Français présomptueux jouent
aux dés les Anglais qu'ils dédaignent: dans leur impatience,
ils querellent la marche rampante de la nuit,
qui, comme une fée difforme et boiteuse, se traîne à pas
si lents. Les malheureux Anglais, condamnés à périr
comme des victimes, sont assis et mornes auprès de
leurs feux, et ruminent en eux-mêmes les dangers
du lendemain. A leur triste maintien, à leurs visages
hâves et décharnés, à leurs habits usés par la guerre,
on les prendrait, aux rayons de la lune, pour autant de
fantômes hideux.--Que celui qui suivra de l'oeil le chef
royal de ces troupes délabrées, marchant de garde en
garde, et d'une tente à l'autre, crie en le voyant:
Louange et gloire sur sa tête! Il visite sans cesse
toute son armée; et adresse à tous le salut du malin,
avec un modeste sourire, les appelant: mes frères, mes
amis, mes compatriotes. Sur son noble visage, on ne
voit rien qui fasse songer à l'armée formidable dont il est
environné; nulle impression de pâleur ne trahit ses
veilles et la fatigue de la nuit. Son air est dispos; une
douce majesté, une sérénité gaie brillent dans ses yeux,
où le soldat, pâle auparavant et abattu, puise l'espérance
et la force. Ainsi que le soleil, son oeil généreux verse
dans tous les coeurs une douce influence qui dissout les
glaces de la crainte. Donc, vous tous, petits et grands,
contemplez ici un faible portrait de Henri, sous le
voile de la nuit, tel que mes débiles pinceaux peuvent
l'ébaucher. De là notre scène doit passer au champ de
bataille. Mais, ô pitié! Combien nous allons déshonorer
le nom fameux d'Azincourt par le spectacle de quelques
fleurets émoussés et gauchement engagés dans une ridicule
pantomime de combat! Cependant, asseyez-vous, et
regardez, en vous figurant la vérité au moyen d'une
imitation imparfaite.</p>
        <p xml:id="fra-p-000412">(Le choeur sort.)</p>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000072">Le camp anglais, près d'Azincourt.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000073">LE ROI, BEDFORD ET GLOCESTER.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000375">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000413">Glocester, il faut l'avouer, nous sommes
dans un grand péril: notre courage doit donc devenir
plus grand encore. (<hi rend="italic">Au duc de Bedford.</hi>) Bonjour, mon
frère.--Dieu tout-puissant! toujours quelque dose de bien
repose dans le sein du mal lui-même, si les hommes
se donnent la peine de l'y chercher. Ce dangereux voisin
qui est si près de nous nous rend diligents et matinaux;
et c'est à la fois très-salutaire à la santé et d'une
bonne économie. L'ennemi est aussi pour nous une
sorte de conscience extérieure, qui nous prêche notre
devoir: elle nous avertit de nous bien préparer pour
notre but. C'est ainsi que l'homme peut cueillir du miel
sur la ronce la plus sauvage, et tirer une morale de
l'enfer lui-même. (<hi rend="italic">Entre Erpingham.</hi>) Bonjour, vieux
sir Thomas Erpingham; un bon coussin pour cette tête
à cheveux blancs te siérait mieux que l'aride gazon de
France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000376">
            <speaker>ERPINGHAM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000414">Non, mon souverain: cette tente me
plaît davantage, puisque je puis dire: je suis couché
comme un roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000377">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000415">Il est bon que l'homme apprenne de l'exemple
d'autrui à chérir ses peines: cela soulage l'âme; et
quand le coeur est excité, les organes, quoique morts
auparavant, brisent le tombeau qui les enterre, et, débarrassés
de leur lenteur, se meuvent de nouveau avec
une vive légèreté. Prête-moi ton manteau, sir Thomas.
(<hi rend="italic">A Bedford et Glocester.</hi>) Mes deux frères, recommandez-moi
aux princes qui sont dans notre camp: saluez-les
de ma part, et dites-leur de se rendre, sans délai, dans
ma tente.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000378">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000416">Nous le ferons, mon souverain.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000379">
            <speaker>ERPINGHAM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000417">Suivrai-je Votre Majesté?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000380">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000418">Non, mon brave chevalier. Va, avec mes
frères, trouver les lords d'Angleterre: nous avons, mon
âme et moi, quelque chose à débattre ensemble, et je
serai bien aise d'être seul.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000381">
            <speaker>ERPINGHAM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000419">Que le Dieu des cieux vous comble de ses
bénédictions, noble Henri!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000382">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000420">Grand merci, coeur fidèle; tes paroles rendent
l'assurance.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000074">(Ils sortent.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000075">(Entre Pistol.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000383">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000421">Qui va là?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000384">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000422">Ami.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000385">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000423">Raisonne un peu avec moi. Es-tu officier, ou
es-tu d'extraction basse et populaire?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000386">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000424">Je suis officier dans une compagnie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000387">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000425">Portes-tu la pique guerrière?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000388">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000426">Précisément. Et vous, qui êtes-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000389">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000427">Aussi bon gentilhomme que l'empereur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000390">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000428">Vous êtes donc plus que le roi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000391">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000429">Le roi est un bon enfant et un coeur d'or:
c'est un brave homme, un vrai fils de la gloire, de bonne
famille, et d'un bras robuste et vaillant. Je baise son
soulier crotté, et du plus profond de mon âme. J'aime
cet aimable ferrailleur.--Comment t'appelles-tu, toi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000392">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000430">Henri <hi rend="italic">le Roi</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000393">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000431"><hi rend="italic">Le Roi?</hi> Ce nom sent le Cornouailles. Es-tu
de ce pays-là?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000394">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000432">Non, je suis Gallois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000395">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000433">Connais-tu Fluellen?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000396">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000434">Oui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000397">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000435">Dis-lui que je lui frotterai la tête avec son
poireau, le jour de Saint-David.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000398">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000436">Prenez garde, vous-même, de ne pas porter
votre poignard trop près de votre chapeau, de peur qu'il
ne vous en frotte la vôtre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000399">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000437">Est-ce que tu es son ami?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000400">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000438">Et son parent aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000401">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000439">Eh bien, alors, figue pour toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000402">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000440">Grand merci. Dieu vous conduise!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000403">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000441">Je m'appelle Pistol.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000076">(Il s'en va.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000404">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000442">Votre nom s'accorde bien avec votre air
bouillant.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000077">(Entrent Fluellen et Gower.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000405">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000443">Capitaine Fluellen....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000406">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000444">Enfin, au nom de Jésus-Christ, parlez
plus bas: il n'y a rien dans le monde de plus étonnant
que de voir qu'on n'observe pas les anciennes prérogatives
et lois de la guerre. Si vous vouliez seulement
prendre la peine d'examiner les guerres de Pompée le
Grand, vous verriez, je vous assure, qu'il n'y a point de
bavardage, ni d'enfantillage dans le camp de Pompée;
je vous assure que vous verriez les cérémonies de la
guerre, et les soins de la guerre, et les formes de la
guerre être tout autrement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000407">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000445">Quoi! l'ennemi fait tant de bruit! vous l'avez
entendu toute la nuit?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000408">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000446">Et si l'ennemi est un âne, un sot, un bavard
fanfaron, faut-il, croyez-vous, que nous soyons
aussi, voyez-vous, âne, sot, et bavard et fanfaron? En
bonne conscience, que pensez-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000409">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000447">Je parlerai plus bas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000410">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000448">Je vous en prie et je vous en supplie.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000078">(Ils s'en vont.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000411">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000449">Quoiqu'il paraisse un peu de la vieille méthode,
il y a beaucoup d'exactitude et de valeur dans ce
Gallois.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000079">(Entrent John Bates, Court et Williams.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000412">
            <speaker>COURT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000450">Frère John Bates, n'est-ce pas là le jour qui
pointe là-bas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000413">
            <speaker>BATES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000451">Je m'imagine que oui; mais, ma foi, nous n'avons
pas sujet de souhaiter l'arrivée du jour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000414">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000452">Oui, c'est bien le commencement du jour
que nous voyons là-bas; mais en verrons-nous la fin?
Qui va là?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000415">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000453">Ami.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000416">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000454">De quelle compagnie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000417">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000455">De celle de sir Thomas Erpingham.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000418">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000456">Ah! c'est un bon vieux commandant, et le
plus excellent des hommes. Et que pense-t-il, je vous
prie, de notre présente situation?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000419">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000457">Il nous regarde comme des gens jetés sur un
banc de sable par un coup de vent, et qui n'attendent
plus que la prochaine marée pour être tout à fait engloutis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000420">
            <speaker>BATES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000458">Il n'a pas dit sa pensée au roi, n'est-ce pas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000421">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000459">Non; il ne serait pas fort à propos qu'il lui fit
cette confidence; car, je vous le dis, même à vous, que
je regarde le roi, après tout, comme n'étant qu'un
homme comme moi. La violette n'a pas d'autre odeur
pour lui que pour moi; l'air agit sur lui comme sur moi;
enfin ses sens sont affectés des objets comme les sens
des autres hommes. Mettez à part cette pompe qui l'environne;
une fois dépouillé et nu, vous ne verrez plus
en lui qu'un homme; et quoique ses affections soient
montées plus haut que les nôtres, cependant quand elles
s'affaissent, elles descendent aussi rapidement qu'elles
étaient montées. Par conséquent, quand il voit qu'il a
sujet d'appréhender, comme nous le voyons, il n'est pas
douteux que la crainte doit produire chez lui la même
sensation que chez nous: c'est pourquoi il ne conviendrait
pas que personne lui inspirât la moindre alarme,
de peur que, s'il venait à la laisser voir, cela ne décourageât
son armée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000422">
            <speaker>BATES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000460">Qu'il montre autant de courage qu'il voudra,
je gage que, malgré tout le froid qu'il fait cette nuit, il
ne serait pas fâché de se voir plongé dans la Tamise jusqu'au
cou; pour moi, je vous assure que je voudrais l'y
voir, et moi y être à côté de lui à toute aventure, pourvu
que nous fussions hors d'ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000423">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000461">Ma foi, je vous dirai franchement, d'après
ma conscience, ce que je pense du roi. Je crois, sur mon
honneur, qu'il ne souhaite pas de se voir ailleurs que là
où il est.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000424">
            <speaker>BATES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000462">Dans ce cas, je voudrais qu'il fût ici tout seul:
cela ferait qu'il serait bien sûr d'être rançonné, et cela
sauverait la vie à bien des pauvres malheureux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000425">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000463">Je suis persuadé que vous ne lui voulez pas
assez de mal pour souhaiter qu'il fût ici tout seul. Tout
ce que vous dites là, j'en suis sûr, n'est que pour sonder
les gens, et savoir ce qu'ils pensent. Quant à moi, il me
semble que je ne pourrais désirer de mourir en aucun
autre endroit qu'en la compagnie du roi, surtout sa
cause étant aussi juste, et sa querelle aussi honorable.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000426">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000464">C'est plus que nous n'en savons.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000427">
            <speaker>BATES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000465">Ou plus que nous ne devrions chercher à pénétrer;
car tout ce que nous avons besoin de savoir, c'est
que nous sommes sujets du roi. Si sa cause est injuste,
l'obéissance que nous lui devons efface pour nous le
crime, et nous en absout.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000428">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000466">Mais aussi, si la cause est injuste, le roi
lui-même a un terrible compte à rendre, lorsque toutes
ces jambes, ces bras et ces têtes, qui auront été coupés
dans une bataille, se rejoindront au jour du jugement,
et lui crieront: Nous sommes morts à tel endroit. Les uns
en jurant, d'autres en implorant un chirurgien, d'autres
laissant leurs pauvres femmes derrière eux, d'autres
sans payer leurs dettes, d'autres laissant leurs enfants
orphelins et nus. J'ai grand'peur encore qu'il y en ait
bien peu qui meurent bien, de tous ceux qui sont tués
dans une bataille; car enfin, comment peuvent-ils disposer
charitablement de quelque chose, quand ils n'ont
que le sang en vue? Or, si ces gens-là ne meurent pas
bien, ce sera une mauvaise affaire pour le roi qui les
aura conduits là, puisque lui désobéir serait contre tous
les devoirs d'un sujet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000429">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000467">Ainsi donc, si un fils que son père envoie faire
négoce se corrompt sur la mer, et manque l'objet de sa
mission, son crime, suivant votre règle, doit retomber
sur son père qui l'a envoyé; ou bien encore, si
un domestique, qui par ordre de son maître, portant
une somme d'argent, est attaqué par des voleurs, meurt
chargé d'un amas d'iniquités, vous accuserez le maître
d'être l'auteur de la damnation de son domestique?
Mais il n'en est pas ainsi. Le roi n'est pas obligé
de répondre des fautes personnelles et particulières de
ses soldats, non plus que le père de celles de son fils, ni
le maître de celles de son domestique: car il ne projette
nullement leur mort quand il exige leur service. De
plus, il n'est point de roi, quelque bonne que puisse être
sa cause, qui puisse se flatter, lorsqu'il en faut venir à
la décider par les armes, de la disputer avec une armée
de soldats sans tache et sans reproche. Il y en aura
peut-être parmi eux qui seront coupables d'avoir comploté
quelque meurtre; d'autres, d'avoir séduit quelques
vierges innocentes par un odieux parjure; d'autres se
seront servis du prétexte de la guerre pour se mettre à
l'abri des poursuites de la justice, après avoir troublé la
paix publique par leurs brigandages et leurs vols. Or, si
ces sortes de gens ont su tromper la vigilance des lois,
et se soustraire à la punition qui leur était due, quoiqu'ils
puissent se sauver des mains des hommes, ils
n'ont point d'ailes pour échapper à celles de Dieu. La
guerre est son prévôt, la guerre est sa vengeance; en
sorte que ces hommes se trouvent, pour leurs anciennes
offenses contre les lois du roi, punis ensuite dans la querelle
de ce même roi. Ils ont sauvé leur vie des lieux où
ils craignaient de la perdre, pour la venir perdre là où ils
croyaient la sauver. Alors, s'ils meurent sans y être préparés,
le roi n'est pas plus coupable de leur damnation
qu'il ne l'était auparavant des crimes et des iniquités
pour lesquels la vengeance céleste les a visités. Le service
de chaque sujet appartient au roi, mais à chaque
soldat appartient son âme. Tout soldat devrait donc faire
comme un malade sur son lit de mort, purger sa conscience
de tout ce qui peut la souiller; et alors, s'il meurt
dans cet état, la mort devient pour lui un avantage; s'il
survit, c'est toujours avoir bien heureusement perdu
son temps, que de l'avoir passé à cette préparation; et
celui qui échappe au trépas ne pèche sûrement point,
en pensant que c'est à l'offrande volontaire qu'il a faite à
Dieu de sa vie, qu'il doit l'avantage d'avoir survécu ce
jour-là, afin de rendre témoignage à sa grandeur et
d'enseigner aux autres comment ils doivent se préparer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000430">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000468">Il est certain que les crimes de chaque
homme qui meurt mal ne peuvent retomber que sur
lui, et que le roi ne saurait en répondre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000431">
            <speaker>BATES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000469">Je n'exige pas qu'il réponde pour moi, quoique
je sois bien déterminé à me battre vigoureusement
pour lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000432">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000470">J'ai moi-même entendu le roi dire de sa propre
bouche, qu'il ne voudrait pas être rançonné.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000433">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000471">Ah! il a dit cela pour nous faire combattre
de meilleur coeur; mais quand notre tête sera tombée
de nos épaules, on peut bien le rançonner alors; nous
n'en serons pas plus avancés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000434">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000472">Si je vis assez pour voir cela, je ne me fierai
jamais plus à sa parole.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000435">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000473">Vous nous chargerez donc de lui demander
compte; c'est s'exposer au danger de faire éclater un
vieux fusil, que de se livrer à un ressentiment particulier
contre un monarque. Autant vaudrait essayer de
faire un glaçon du soleil, en le rafraîchissant avec une
plume de paon en guise d'éventail. «Vous ne vous
fierez plus à sa parole.» Allons, sottise que vous avez
dite là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000436">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000474">Votre reproche a quelque chose de trop
franc, et je m'en fâcherais, si le temps était propice.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000437">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000475">Eh bien, faisons-en un sujet de querelle,
que nous viderons, si tu survis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000438">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000476">Je l'accepte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000439">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000477">Mais comment te reconnaîtrai-je?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000440">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000478">Donne-moi quelque gage, et je le porterai à
mon chapeau: alors, si tu oses le reconnaître, j'en ferai
le sujet de ma querelle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000441">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000479">Tiens, voilà mon gant: donne-moi le tien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000442">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000480">Le voilà.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000443">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000481">Je le porterai aussi à mon chapeau; et si
jamais, demain une fois passé, tu oses me venir dire:
C'est là mon gant, par la main que voilà, je t'appliquerai
un soufflet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000444">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000482">Si jamais je vis assez pour le voir, je t'en
ferai raison.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000445">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000483">Tu aimerais autant être pendu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000446">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000484">Oui, je le ferai, fusses-tu en la compagnie du
roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000447">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000485">Tiens ta parole, adieu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000448">
            <speaker>BATES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000486">Quittez-vous bons amis, enfants que vous
êtes; soyez amis: nous avons assez à démêler avec les
Français, si nous savions bien compter.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000449">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000487">Sans doute, les Français peuvent parier vingt
têtes
<note type="editorial" n="28" xml:id="fra-note-000028">Jeu de mots sur Crown, tête, couronne, écu, etc., etc.</note> contre nous, qu'ils nous battront: mais ce n'est
pas trahir l'Angleterre, que de couper des têtes françaises;
et demain le roi lui-même se mettra à en rogner.
(<hi rend="italic">Les soldats sortent.</hi>) Sur le compte du roi! notre vie, nos
âmes, nos dettes, nos tendres épouses, nos enfants, et nos
péchés, mettons tout sur le compte du roi!--Il faut donc
que nous soyons chargés de tout.--O la dure condition,
soeur jumelle de la grandeur, que d'être soumis aux
propos de chaque sot qui n'a d'autre sentiment que celui
de ses contrariétés! Combien de paisibles jouissances de
l'âme dont sont privés les rois, et que goûtent leurs sujets!
Eh! que possèdent donc les rois, que leurs sujets
ne partagent pas aussi, si ce n'est ces grandeurs, et ces
pompes publiques! et qu'es-tu, idole qu'on appelle grandeur?
Quelle espèce de divinité es-tu, toi dont tout le
privilége est de souffrir mille chagrins mortels, dont
sont exempts tes adorateurs? Quel est ton produit annuel?
quelles sont tes prérogatives? O grandeur! montre-moi
donc ta valeur? Qu'avez-vous de réel, vains hommages?
Es-tu rien de plus que la place, le degré, une
illusion, une forme extérieure, qui imprime le respect
et la crainte aux autres hommes? Et le monarque est
plus malheureux d'être craint que ses sujets de le craindre.
Que reçois-tu souvent? Le poison de la flatterie, au
lieu des douceurs d'un hommage sincère? O superbe
majesté, la maladie te saisit! commande donc alors à tes
grandeurs de te guérir. Penses-tu que la brûlante fièvre
sera chassée de tes veines par de vains titres enflés par
l'adulation? Cédera-t-elle à des génuflexions respectueuses?
peux-tu, quand tu dis au pauvre de fléchir le
genou, en exiger et obtenir la santé? Non, rêve de l'orgueil,
toi qui enlèves si adroitement à un roi son repos, je
suis un roi, moi, qui t'apprécie; je sais que ni le baume
qui consacre les rois, ni le sceptre, ni le globe, ni l'épée,
ni le bâton de commandement, ni la couronne impériale,
ni la robe de pourpre, tissue d'or et de perles, ni
l'amas des titres exagérés qui précèdent le nom de roi,
ni le trône sur lequel il s'assied, ni ces flots de pompe
qui battent ces hautes régions du monde, rien de tout
cet attirail, posé sur la couche royale, ne les fait dormir
d'un sommeil aussi profond que le dernier des esclaves,
qui, l'esprit vide et le corps rempli du pain amer de l'indigence,
va chercher le repos: jamais il ne voit l'horrible
spectre de la nuit, fille des enfers: le jour, depuis
son lever jusqu'à son coucher, il se couvre de sueur
sous l'oeil de Phoebus; mais toute la nuit il dort en paix
dans un tranquille Elysée; et le lendemain, à la naissance
du jour, il se lève, il aide à Hypérion à atteler ses
coursiers à son char, et il suit la même carrière, pendant
le cours éternel de l'année, dans la chaîne d'un
travail utile, jusqu'à son tombeau. Aux vaines grandeurs
près, ce misérable, dont les jours se succèdent dans les
travaux, et les nuits dans le repos, aurait l'avantage sur
le monarque. Le dernier des sujets, membre qui contribue
à la paix de sa patrie, en jouit; et dans son cerveau
grossier, le paysan ne sait guère combien de veilles
il en coûte au roi pour maintenir cette paix, dont il
goûte mieux les douces heures!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000080">(Entre Erpingham.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000450">
            <speaker>ERPINGHAM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000488">Mon prince, vos lords, impatients de
votre absence, parcourent le camp pour vous rencontrer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000451">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000489">Mon bon vieux chevalier, va les rassembler
dans ma tente; j'y serai avant toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000452">
            <speaker>ERPINGHAM</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000490">Je vais remplir vos ordres, sire.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000081">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000453">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000491">O Dieu des batailles! fortifie le coeur de mes
soldats! Écarte d'eux la peur! Ote-leur la faculté de
compter le nombre de leurs ennemis. Ne leur enlève pas
aujourd'hui leur courage, ô Seigneur! oh! pas aujourd'hui!
ne te souviens point de la faute que mon père a
commise pour saisir la couronne! J'ai rendu de nouveaux
honneurs aux cendres de Richard, et j'ai versé
sur lui plus de larmes de repentir que le coup mortel
n'a fait sortir de son sein de gouttes de sang: j'entretiens
d'une aumône journalière cinq cents pauvres qui,
deux fois le jour, lèvent vers le ciel leurs mains flétries,
et le prient de pardonner le sang répandu: j'ai bâti
deux chapelles, où des prêtres austères entonnent leurs
chants solennels pour le repos de l'âme de Richard; je
ferai plus encore, quoique, hélas! tout ce que je peux
faire ne soit d'aucune valeur, et le repentir vient encore
implorer de toi le pardon.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000082">(Entre Glocester.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000454">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000492">Mon souverain!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000455">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000493">Est-ce la voix de mon frère Glocester que
j'entends?--Oui, je connais le sujet qui vous amène.--Je
vais m'y rendre avec vous.--Le jour, mes amis, tout
m'attend.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000083">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000084">Le camp des Français.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000085">LE DAUPHIN, LE DUC D'ORLÉANS, RAMBURE,
<hi rend="italic">et autres</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000456">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000494">Le soleil dore notre armure; allons,
mes pairs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000457">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000495"><hi rend="italic">Montez à cheval.</hi>--Mon cheval! Holà,
<hi rend="italic">valets</hi>, <hi rend="italic">laquais</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000458">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000496">O noble courage!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000459">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000497"><hi rend="italic">Via!</hi>
<note type="editorial" n="29" xml:id="fra-note-000029">Allusion à la chasse du faucon.</note>--<hi rend="italic">Les eaux et la terre</hi>...</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000460">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000498"><hi rend="italic">Rien puis? L'air et le feu</hi>?...</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000461">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000499"><hi rend="italic">Ciel</hi>! Cousin Orléans!... (<hi rend="italic">Entre le connétable</hi>.)
Allons, seigneur connétable.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000462">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000500">Ecoutez comme nos coursiers hennissent
et appellent leurs cavaliers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000463">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000501">Montez-les, creusez dans leurs flancs de
profondes plaies; que leur sang bouillant jaillisse jusqu'aux
yeux des Anglais, et les épouvante de l'excès de
leur courage. Allons!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000464">
            <speaker>RAMBURE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000502">Quoi, voulez-vous leur faire pleurer le sang
à nos chevaux? Comment distinguerons-nous alors leurs
larmes naturelles?</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000086">(Arrive un messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000465">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000503">Pairs de France, les Anglais sont rangés
en bataille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000466">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000504">A cheval, vaillants princes! à cheval
sans délai. Jetez seulement un regard sur cette troupe
chétive et affamée, et la seule présence de votre belle
armée va sucer le reste de leur courage, et ne laisser
d'eux que des squelettes et des cadavres de soldats. Il
n'y a pas de quoi employer tous nos bras. A peine reste-t-il
dans leurs veines épuisées assez de sang pour teindre
d'une marque d'honneur chacune de nos haches;
il faudra que nous les renfermions aussitôt faute de victimes.
Le souffle de votre valeur les renversera. Non,
n'en doutez pas, mes nobles seigneurs, le superflu de
nos valets et nos paysans, peuple inutile qui s'attroupe en
tumulte autour de nos escadrons de bataille, suffirait
pour purger la plaine de cet ennemi méprisable; et nous
pourrions rester au pied de la montagne, spectateurs
oisifs. Mais l'honneur nous le défend. Que dirai-je de
plus? Nous n'avons que peu à faire, et tout sera fini.
Ainsi, que les trompettes sonnent la chasse et le signal
du combat; car notre approche doit répandre une si
grande terreur sur le champ de bataille, que les Anglais
vont se coucher à terre et se rendre.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000087">(Entre Grandpré.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000467">
            <speaker>GRANDPRÉ</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000505">Pourquoi tardez-vous si longtemps, nobles
seigneurs de France? Là-bas ces cadavres insulaires,
presque réduits à leurs os, figurent bien mal, aux clartés
du matin, sur un champ de bataille. Leurs enseignes
délabrées flottent en déplorables lambeaux, et notre
souffle les agite en passant avec mépris. Le farouche
Mars semble sans ressource dans leur armée ruinée, et
ne jette sur cette plaine qu'un regard indifférent au travers
de la visière de son casque rouillé. Leurs cavaliers
semblent autant de candélabres immobiles
<note type="editorial" n="30" xml:id="fra-note-000030">Allusion aux anciens candélabres qui représentaient souvent des hommes ou des anges.</note> qui portent
leurs torches; et leurs pauvres montures, dont les flancs
et la peau sont pendants, laissent tomber la tête; elles
ouvrent à demi des yeux pâles et éteints, et la bride,
souillée d'herbes remâchées, reste sans mouvement dans
leur bouche inanimée: déjà leurs derniers exécuteurs,
les funestes corbeaux, volent au-dessus de leurs têtes,
impatients d'entendre sonner leur heure. Il n'y a point
de mots qui puissent rendre la vie d'une telle bataille
dans une créature aussi inanimée que cette armée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000468">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000506">Ils ont récité leurs dernières prières,
et n'attendent plus que la mort.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000469">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000507">Voulez-vous que nous envoyions de la
nourriture et des habits neufs aux soldats, et des fourrages
à leurs chevaux affamés, et que nous les combattions
ensuite?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000470">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000508">Je n'attends que mon guidon: allons,
au champ de bataille! Je vais prendre pour étendard la
banderole d'une trompette, afin de prévenir tout retard.
Allons, partons: le soleil est déjà haut, et nous
dépensons le jour dans l'inaction.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000088">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000089">Le camp anglais.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000090"><hi rend="italic">L'armée anglaise</hi>, GLOCESTER, BEDFORD, EXETER,
ERPINGHAM, SALISBURY ET WESTMORELAND.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000471">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000509">Où est le roi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000472">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000510">Il est monté à cheval pour aller reconnaître
leur armée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000473">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000511">Ils ont soixante mille combattants.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000474">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000512">C'est cinq contre un! et des troupes toutes
fraîches.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000475">
            <speaker>SALISBURY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000513">Que le bras de Dieu combatte avec nous!
c'est une périlleuse partie! Dieu soit avec vous tous,
princes! Je vais à mon poste. Si nous ne devons plus
nous revoir que dans les cieux, nous nous reverrons
alors dans la joie. Mon noble lord Bedford, mon cher
lord Glocester;--et vous, mon digne lord Exeter, et toi,
mon tendre parent:--braves guerriers, adieu tous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000476">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000514">Adieu, brave Salisbury; que le bonheur
t'accompagne!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000477">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000515">Adieu, cher lord: combats vaillamment aujourd'hui;
mais je te fais injure en t'y exhortant: tu es
pétri de valeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000478">
            <speaker>BEDFORD</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000516">Sa valeur égale sa bonté: ce sont la valeur
et la bonté d'un prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000479">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000517">Oh! que nous eussions seulement ici
dix mille de ces hommes qui se reposent aujourd'hui en
Angleterre!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000091">(Entre le roi.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000480">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000518">Quel est celui qui fait ce voeu? Vous, cousin
Westmoreland? Non, mon beau cousin: si nous sommes
destinés à mourir, nous sommes assez nombreux, et
notre patrie perd assez en nous perdant: si nous sommes
destinés à vivre, moins nous serons de combattants,
plus notre part de gloire sera riche. Que la volonté de
Dieu soit faite! je te prie de ne pas souhaiter un seul
homme de plus. Par Jupiter, je ne convoite point l'or,
ni ne m'inquiète qui vit et prospère à mes dépens: peu
m'importe si d'autres usent mes vêtements: tous ces
biens extérieurs ne touchent point mes désirs; mais si
c'est un crime de convoiter l'honneur, je suis le plus
coupable de tous les hommes qui respirent. Non, non,
mon cousin, ne souhaitez pas un Anglais de plus. Par la
paix de Dieu, je ne voudrais pas, dans l'espérance dont
mon coeur est plein, perdre de cette gloire, ce qu'il en
faudrait seulement partager avec un homme de plus.
Oh! n'en souhaitez pas un de plus! Allez plutôt, Westmoreland,
publier, au milieu de mon camp, que celui
qui ne se sent pas d'humeur d'être de ce combat, ait à
partir: son passe-port sera signé, et sa bourse remplie
d'écus pour le reconduire chez lui. Je ne voudrais pas
mourir dans la compagnie d'un soldat qui craindrait de
mourir de société avec nous. Ce jour est appelé la fête
de Saint-Crépin
<note type="editorial" n="31" xml:id="fra-note-000031">La bataille d'Azincourt eut lieu le 25 octobre, jour de Saint-Crépin et de Saint-Crépinien.</note>. Celui qui survivra à cette journée, et
retournera dans son pays, sautera de joie, quand on
nommera cette fête, et s'enorgueillira au nom de Crépin.
S'il voit un long âge, il fêtera tous les ans ses amis, la
veille de ce grand jour, et il dira: C'est demain la Saint-Crépin:
et alors il ôtera sa manche, et montrera ses
cicatrices. Les vieillards oublient; mais quand ils oublieraient
tout le reste, ils se souviendront toujours avec
orgueil, et se vanteront avec emphase, des exploits
qu'ils auront faits en cette journée; et alors nos noms
seront aussi familiers dans leur bouche que ceux de
leur propre famille. Le roi Henri, Bedford, Exeter, Warwick
et Talbot, Salisbury et Glocester seront toujours
rappelés de nouveau, et salués à pleines coupes. Le bon
vieillard racontera cette histoire à son fils; et d'aujourd'hui
à la fin des siècles, ce jour solennel ne passera
jamais, qu'il n'y soit fait mention de nous; de nous,
petit nombre d'heureux, troupe de frères: car celui qui
verse aujourd'hui son sang avec moi sera mon frère.
Fût-il né dans la condition la plus vile, ce jour va l'anoblir:
et les gentilshommes d'Angleterre, qui reposent en
ce moment dans leur lit se croiront maudits de ne s'être
pas trouvés ici. Comme ils se verront petits dans leur
estime, quand ils entendront parler l'un de ceux qui
auront combattu avec nous le jour de Saint-Crépin!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000092">(Entre Salisbury.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000481">
            <speaker>SALISBURY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000519">Mon souverain, hâtez-vous de vous préparer:
les Français sont rangés dans un bel ordre de
bataille, et vont nous charger avec impétuosité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000482">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000520">Tout est prêt, si nos coeurs le sont.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000483">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000521">Périsse l'homme dont le coeur recule
en ce moment!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000484">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000522">Quoi, cousin, tu ne souhaites donc pas à
présent de nouveaux secours d'Angleterre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000485">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000523">Par l'esprit de Dieu, mon prince, je
voudrais que vous et moi tout seuls, sans autre secours,
pussions expédier ce combat!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000486">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000524">Allons, tu viens de rétracter ton voeu et de
retrancher cinq mille hommes, et cela me plaît bien
plus que de nous en souhaiter un seul de plus. (<hi rend="italic">A tous les
chefs.</hi>) Vous connaissez tous vos postes: Dieu soit avec
vous!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000093">(Fanfares. Entre Montjoie.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000487">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000525">Une seconde fois, je viens savoir de toi,
roi Henri, si tu veux à présent composer pour ta rançon,
avant ta ruine certaine: car, tu n'en peux douter,
tu es si près de l'abîme, que tu ne peux éviter d'y être
englouti. De plus, par pitié, le connétable te prie d'avertir
ceux qui te suivent de songer à se repentir de
leurs fautes, afin que leurs âmes puissent, dans une
douce et paisible retraite, sortir de ces plaines, où les
corps de ces infortunés doivent rester gisants et pourrir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000488">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000526">Qui t'a envoyé cette fois?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000489">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000527">Le connétable de France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000490">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000528">Je te prie, reporte-lui ma première réponse:
dis-leur qu'ils achèvent ma ruine, et qu'alors ils vendent
mes ossements. Grand Dieu! pourquoi prennent-ils
à tâche d'insulter ainsi des hommes infortunés? Celui
qui jadis vendit la peau du lion, tandis que l'animal vivait
encore, fut tué en le chassant. Nombre de nos corps,
je n'en doute point, trouveront leur tombeau dans le
sein de leur patrie; et je me flatte qu'au-dessus d'eux,
le bronze attestera aux siècles futurs l'ouvrage de cette
journée; et ceux qui laisseront leurs honorables ossements
dans la France, mourant en hommes courageux,
quoique ensevelis dans votre fange, y trouveront la
gloire: le soleil viendra les y saluer de ses rayons, et
exaltera leur honneur jusqu'aux cieux: il ne vous restera
que les parties terrestres pour infecter votre climat
et enfanter une peste sur la France
<note type="editorial" n="32" xml:id="fra-note-000032">Cette idée n'est pas particulière à Shakspeare; il se rencontre ici avec Lucain, liv. VII, v. 821: Quid fugis hanc cladem? quid olentes deseris agros? Has trahe, Cæsar, aquas; hoc, si potes, utere coelo. Sed tibi tabentes populi Pharsalica rura Eripiunt, camposque tenent victore fugato. Corneille a imité ce passage dans Pompée: .............................................de chars Sur ses champs empestés confusément épars; Ces montagnes de morts, privés d'honneurs suprêmes, Que la nature force à se venger eux-mêmes; Et de leurs troncs pourris exhalent dans les vents De quoi faire la guerre au reste des vivants. Voltaire, dans sa lettre à l'Académie française, oppose les vers qui précèdent à un passage de Shakspeare, mais il s'est prudemment arrêté à ce vers que nous venons de citer. (Steevens.) ]</note>. Songe bien à la
bouillante valeur de nos Anglais: quoique mourante,
comme un boulet amorti qui ne fait plus que glisser sur
le sable, elle se relève et détruit encore dans son nouveau
cours; ses derniers bonds donnent une mort aussi
fatale. Laisse-moi te parler fièrement.--Dis au connétable
que nous sommes des guerriers mal vêtus comme
en un jour de travail; que notre éclat et notre dorure
sont ternis par une marche pénible, pendant la pluie,
dans vos sillons. Il ne reste pas dans notre armée, et
c'est, je pense, une assez bonne preuve que nous ne fuirons
pas, une seule plume aux panaches, et le temps et
l'action ont usé notre parure guerrière. Mais, par la
messe, nos coeurs sont parés, et mes pauvres soldats me
promettent qu'avant que la nuit vienne, ils seront vêtus
de robes fraîches et nouvelles, ou qu'ils arracheront ces
panaches neufs et brillants qui ornent la tête des Français,
et qu'ils les mettront hors d'état de servir. S'ils
tiennent leur parole, comme ils la tiendront, s'il plaît à
Dieu, ma rançon alors sera facile à recueillir. Héraut,
épargne tes peines. Officieux héraut, ne viens plus me
parler de rançon: ils n'en auront point d'autre, je le
jure, que ces membres; et s'ils les ont dans l'état où je
compte les laisser, ils n'en retireront pas grande valeur:
annonce-le au connétable.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000491">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000529">Je le ferai, roi Henri; et je prends congé de
toi: tu n'entendras plus la voix du héraut.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000094">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000492">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000530">Et moi, j'ai bien peur que tu ne reviennes
encore parler de rançon.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000095">(Entre le duc d'York.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000493">
            <speaker>YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000531">Mon souverain, je vous demande à genoux la
grâce de conduire l'avant-garde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000494">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000532">Conduis-la, brave York. Allons, soldats, marchons
en avant.--Et toi, grand Dieu, dispose à ta volonté
de cette journée!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000096">(Ils <hi rend="italic">sortent</hi>.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000097">Le champ de bataille. Bruits de guerre, combats, etc.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000098"><hi rend="italic">Arrivent</hi> PISTOL, UN SOLDAT FRANÇAIS, ET <hi rend="italic">l'ancien</hi>
PAGE <hi rend="italic">de Falstaff</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000495">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000533">Rends-toi, canaille!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000496">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000534">
              <hi rend="italic">Je pense que vous êtes le gentilhomme
de bonne qualité.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000497">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000535"><hi rend="italic">Qualité</hi>, dis-tu?--Es-tu gentilhomme? Comment
t'appelles-tu? Réponds-moi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000498">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000536">
              <hi rend="italic">O Seigneur Dieu!</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000499">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000537"><hi rend="italic">O Seigneur Diou</hi> doit être un gentilhomme!
Fais bien attention à ce que je te vais dire, ô Seigneur
Diou, et observe-le. Tu meurs par l'épée, à moins, ô
Seigneur Diou, que tu ne me donnes une grosse rançon.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000500">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000538"><hi rend="italic">Oh! prenez miséricorde.</hi>--<hi rend="italic">Ayez
pitié de moi.</hi></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000501">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000539"><hi rend="italic">Moy</hi> ne fera pas mon affaire; il m'en faut
quarante <hi rend="italic">moys</hi>
<note type="editorial" n="33" xml:id="fra-note-000033">Moy, pièce de monnaie. Équivoque qui va être répétée sur le mot bras, que l'interlocuteur prend pour brass, cuivre.</note>, ou bien je t'arracherai les entrailles
sanglantes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000502">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000540">
              <hi rend="italic">Est-il impossible d'échapper à la
force de ton bras?</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000503">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000541"><hi rend="italic">Brass!</hi> Roquet! Quoi, du cuivre? Tu m'offres
du cuivre à présent, maudit bouc des montagnes?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000504">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000542">Oh! <hi rend="italic">pardonnez-moi!</hi></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000505">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000543">Ah! est-ce là ce que tu veux dire? Est-ce là
une tonne de <hi rend="italic">moys</hi>? Écoute un peu ici, page, demande
pour moi à ce vil Français comment il s'appelle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000506">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000099">au Français</stage>
            <p xml:id="fra-p-000544">
              <hi rend="italic">Écoutez: comment êtes-vous
appelé?</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000507">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000545">Monsieur le Fer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000508">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000546">Il dit qu'il s'appelle Monsieur Fer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000509">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000547">Monsieur Fer! Ah! par Dieu, je le ferrerai, je
le ferlherai, je le ferrèterai. Rends-lui cela en français.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000510">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000548">Je ne sais pas ce que c'est que ferrer, ferreter
et ferlher en français.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000511">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000549">Dis-lui qu'il se prépare; car je vais lui couper
le cou.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000512">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000100">au page</stage>
            <p xml:id="fra-p-000550">
              <hi rend="italic">Que dit-il, Monsieur?</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000513">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000551">
              <hi rend="italic">Il me commande de vous dire que vous faites-vous
prêt: car ce soldat-ci est disposé, tout à cette heure, à
couper votre gorge.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000514">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000552">i, <hi rend="italic">couper gorge</hi>, <hi rend="italic">par ma foi</hi>, <hi rend="italic">paysan</hi>, à moins
que tu ne me donnes des écus, et de bons écus, ou je
te mets en pièces avec cette épée que voilà.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000515">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000553">Oh! je vous supplie, pour l'amour
de Dieu, de me pardonner. Je suis un gentilhomme de
bonne maison: gardez ma vie, et je vous donnerai deux
cents écus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000516">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000554">Qu'est-ce qu'il dit?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000517">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000555">
              <hi rend="italic">Il vous prie d'épargner sa vie, parce qu'il est
un homme de bonne famille, et qu'il vous donnera, pour sa
rançon, deux cents écus.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000518">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000556">Dis-lui que ma fureur s'apaisera, et que je
prendrai ses écus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000519">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000557">
              <hi rend="italic">Petit monsieur, que dit-il?</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000520">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000558">
              <hi rend="italic">Encore qu'il est contre son jurement de pardonner
aucun prisonnier: néanmoins, pour les écus que
vous promettez, il est content de vous donner la liberté et le
franchissement.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000521">
            <speaker>LE SOLDAT FRANÇAIS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000559">
              <hi rend="italic">Sur mes genoux, je vous donne
mille remercîments, et je m'estime heureux d'être tombé
entre les mains d'un chevalier, je pense, le plus brave, et le
plus distingué seigneur de l'Angleterre.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000522">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000560">Interprète-moi cela, page.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000523">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000561">Il dit qu'il vous fait à genoux mille remercîments,
et qu'il s'estime très-heureux d'être tombé
entre les mains d'un seigneur, à ce qu'il croit, le plus
brave, le plus généreux et le plus distingué de toute
l'Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000524">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000562">Comme il est vrai que je respire, je
veux montrer quelque clémence. Allons, suis-moi!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000525">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000563"><hi rend="italic">Suivez</hi>, <hi rend="italic">vous</hi>, <hi rend="italic">le grand capitaine</hi>. (<hi rend="italic">Le soldat et
Pistol s'en vont.</hi>) Je n'ai, ma foi, encore jamais vu une
voix aussi bruyante sortir d'un coeur aussi vide: aussi
cela vérifie bien le proverbe qui dit: Que les tonneaux
vides sont les plus sonores. Bardolph et Nym avaient cent
fois plus de courage que ce diable de hurleur qui,
comme celui de nos antiques farces, se rogne les ongles
avec un poignard de bois. Tout le monde en peut faire
autant. Ils sont pourtant tous deux pendus: et il y a
longtemps que celui-ci aurait été leur tenir compagnie,
s'il osait voler quelque chose sans regarder derrière lui.
Il faut donc que je reste, moi, avec les goujats qui ont
la garde du bagage de notre camp. Les Français feraient
un beau butin sur nous, s'ils le savaient; car il n'y a
personne pour le garder que des enfants.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000101">(Il sort.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-005">
          <head>SCÈNE V</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000102">Autre partie du champ de bataille. Bruits de guerre.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000103">LE CONNÉTABLE, LE DUC D'ORLÉANS, BOURBON
LE DAUPHIN ET RAMBURE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000526">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000564">O diable!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000527">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000565">
              <hi rend="italic">Ah! seigneur! le jour est perdu,
tout est perdu!</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000528">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000566"><hi rend="italic">Mort de ma vie!</hi> tout est détruit: tout!
La honte se pose avec un rire moqueur sur nos panaches,
et nous couvre d'un opprobre éternel. <hi rend="italic">O méchante
fortune!</hi>--Ne nous abandonne pas.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000104">(Bruit de guerre d'un moment.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000529">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000567">Allons, tous nos rangs sont rompus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000530">
            <speaker>LE DAUPHIN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000568">O honte qui ne passera point! Poignardons-nous
nous-mêmes. Sont-ce là ces misérables soldats
dont nous avons joué le sort aux dés?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000531">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000569">Est-ce là le roi à qui nous avons
envoyé demander sa rançon?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000532">
            <speaker>BOURBON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000570">Opprobre! éternel opprobre! Partout la
honte!--Mourons à l'instant.--Retournons encore à la
charge; et que celui qui ne voudra pas suivre Bourbon
se sépare de nous, et aille, son bonnet à la main comme
un lâche entremetteur, se tenir à la porte pendant qu'un
esclave aussi grossier que mon chien souille de ses embrassements
la plus belle de ses filles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000533">
            <speaker>LE CONNÉTABLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000571">Que le désordre, qui nous a perdus,
nous sauve maintenant! Allons par pelotons offrir notre
vie à ces Anglais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000534">
            <speaker>LE DUC D'ORLÉANS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000572">Nous sommes encore assez
d'hommes vivants dans cette plaine pour étouffer les
Anglais dans la presse, au milieu de nous, s'il est possible
encore de rétablir un peu d'ordre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000535">
            <speaker>BOURBON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000573">Au diable l'ordre, à présent!--Je vais me
jeter dans le fort de la mêlée. Abrégeons la vie: autrement
notre honte durera trop longtemps.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000105">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="6" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-006">
          <head>SCÈNE VI</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000106">Autre partie du champ de bataille.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000107"><hi rend="italic">Bruits de guerre</hi>. LE ROI HENRI <hi rend="italic">entre avec ses soldats,
puis</hi> EXETER <hi rend="italic">et suite</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000536">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000574">Nous nous sommes conduits à merveille,
braves compatriotes: mais tout n'est pas fait; les Français
tiennent encore la plaine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000537">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000575">Le duc d'York se recommande à Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000538">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000576">Vit-il, ce cher oncle? Trois fois, dans l'espace
d'une heure, je l'ai vu terrassé, et trois fois se relever
et combattre. De son casque à son éperon, il n'était que
sang.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000539">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000577">C'est en cet état, le brave guerrier, qu'il est
couché, engraissant la plaine; et à ses côtés sanglants
est aussi gisant le noble Suffolk, compagnon fidèle de
ses honorables blessures! Suffolk a expiré le premier
et York, tout mutilé, se traîne auprès de son ami, se
plonge dans le sang figé où baigne son corps, et soulevant
sa tête par sa chevelure, il baise les blessures ouvertes
et sanglantes de son visage, et lui crie: «Arrête
encore, cher Suffolk, mon âme veut accompagner la
tienne dans son vol vers les cieux. Chère âme, attends
la mienne; elles voleront unies ensemble, comme dans
cette plaine glorieuse et dans ce beau combat, nous
sommes restés unis en chevaliers.» Au moment où il
disait ces mots, je me suis approché et je l'ai consolé. Il
m'a souri, m'a tendu sa main, et serrant faiblement la
mienne, il m'a dit:--Cher lord, recommande mes services
à mon souverain. Ensuite il s'est retourné, et il a
jeté son bras blessé autour du cou de Suffolk, et a baisé
ses lèvres; et ainsi marié à la mort, il a scellé de son
sang le testament de sa tendre amitié, qui a si glorieusement
fini. Cette noble et tendre scène m'a arraché ces
pleurs que j'aurais voulu étouffer; mais j'ai perdu le
mâle courage d'un homme; toute la faiblesse d'une
femme a amolli mon âme, et a fait couler de mes yeux
un torrent de larmes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000540">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000578">Je ne blâme point vos armes; car, à votre
seul récit, il me faut un effort pour contenir ces yeux
couverts d'un nuage, et prêts à en verser aussi. (<hi rend="italic">Un bruit
de guerre.</hi>) Mais écoutons! Quelle est cette nouvelle
alarme? Les Français ont rallié leurs soldats épars!
Allons, que chaque soldat tue ses prisonniers. Donnez-en
l'ordre dans les rangs.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000108">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="7" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-007">
          <head>SCÈNE VII</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000109">Autre partie du champ de bataille.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000110"><hi rend="italic">On voit entrer</hi> FLUELLEN ET GOWER.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000541">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000579">Comment! on a tué les enfants et le bagage!
C'est contre les lois expresses de la guerre; c'est
un trait de bassesse aussi grand, voyez-vous, qu'on en
puisse offrir dans le monde. En votre conscience, là,
n'est-ce pas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000542">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000580">Il est certain qu'il n'est pas resté un seul de
ces jeunes enfants en vie; et ce sont ces infâmes poltrons
qui se sauvent de la bataille qui ont fait ce carnage: ils
ont encore, outre cela, brûlé ou emporté tout ce qui
était dans la tente du roi; aussi le roi a-t-il, très à propos,
ordonné à chaque soldat d'égorger chacun leurs
prisonniers. Oh! c'est un brave roi!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000543">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000581">Il est né à Monmouth, capitaine Gower.
Comment appelez-vous la ville où Alexandre <hi rend="italic">le gros</hi> est né?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000544">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000582">Alexandre le Grand, vous voulez dire?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000545">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000583">Quoi, je vous prie, est-ce que <hi rend="italic">le gros</hi> et <hi rend="italic">le
grand</hi> ne sont pas la même chose? Le gros, ou le grand,
ou le puissant, ou le magnanime, reviennent toujours
au même, sinon que la phrase varie un peu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000546">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000584">Je crois qu'Alexandre le Grand est né en
Macédoine. Son père s'appelait.... Philippe de Macédoine,
à ce que je crois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000547">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000585">Je crois aussi que c'est en Macédoine
qu'Alexandre est né. Je vous dirai, capitaine, si vous
cherchez dans les cartes du monde, je vous assure que
vous trouverez, en comparant Macédoine avec Monmouth,
que leur situation, voyez-vous, sont toutes deux
les mêmes. Il y a une rivière en Macédoine, il y en a
une aussi à Monmouth. Celle de Monmouth s'appelle
Wye; mais pour le nom de l'autre rivière, cela m'a passé
de la cervelle; mais ça n'y fait rien; c'est aussi semblable
l'un à l'autre, comme mes doigts sont avec mes
doigts, et elles ont toutes deux du saumon. Si vous
faites bien attention à la vie d'Alexandre, la vie de Henri
de Monmouth lui ressemble passablement bien aussi,
dans ses rages et dans ses furies, et dans ses emportements
et dans ses colères, et dans ses humeurs et dans
ses chagrins, et dans ses indignations; et aussi étant un
peu enivré dans sa cervelle, il a, dans son vin et sa fureur,
tué son meilleur ami Clitus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000548">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000586">Notre roi ne lui ressemble pas en ce cas-là;
car il n'a jamais tué aucun de ses amis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000549">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000587">Cela n'est pas bien de votre part, voyez-vous,
de m'arracher la parole de la bouche avant que
mon conte soit fait et fini. Je ne parle qu'en figures et
en comparaisons de l'histoire: de même qu'Alexandre
tua son ami Clitus étant dans son vin et à boire, de
même aussi Henri Monmouth, étant dans son bon sens
et sain de jugement, a chassé le gros et gras baron, qui
avait ce gros ventre, celui qui était si plein de bons
mots, de plaisanteries, de bons tours et de bouffonneries....
j'ai oublié son nom....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000550">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000588">Quoi! le chevalier Falstaff?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000551">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000589">Précisément, c'est lui-même. Je vous dis
qu'il y a de braves gens nés à Monmouth.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000552">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000590">Voilà Sa Majesté.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000111">(Bruit de guerre. Entrent le roi Henri, Warwick, Glocester,
Exeter, Fluellen, etc. Fanfare.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000553">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000591">Depuis que j'ai posé le pied en France, je ne
me suis senti en colère que dans cet instant. Prends ta
trompette, héraut: vole à ces cavaliers que tu vois là-bas
sur la colline. S'ils veulent combattre, dis leur de
descendre, sinon qu'ils évacuent la plaine: leur vue
nous offense. S'ils ne veulent prendre ni l'un ni l'autre
parti, nous irons les trouver, et nous les précipiterons
de cette colline, aussi rapidement que la pierre lancée
par les frondes de l'antique Assyrie. En outre, nous
couperons la gorge de ceux que nous avons ici, et pas
un de ceux que nous prendrons ne trouvera miséricorde.--Va
le leur dire.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000112">(Entre Montjoie.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000554">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000592">Voici le héraut de France, mon prince, qui
vient vers nous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000555">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000593">Son regard est plus humble que de coutume.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000556">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000594">Quoi donc! Que veut dire ceci, héraut? Ne
sais-tu pas que j'ai dévoué ces ossements au payement
de ma rançon? Viens-tu encore me parler de rançon?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000557">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000595">Non, grand roi. Je viens te demander, au
nom de l'humanité, la permission de parcourir cette
plaine sanglante, d'y compter nos morts pour les ensevelir,
et séparer les nobles des morts vulgaires. Car les
vils paysans baignent leurs membres dans le sang des
princes; et nombre de princes, ô malédiction sur cette
journée! sont noyés dans un sang vil et mercenaire,
tandis que leurs coursiers, blessés et enfoncés jusqu'au
poitrail dans le sang, s'indignent, et dans leur fureur,
foulent sous leurs pieds armés de fer leurs maîtres déjà
morts, et les tuent deux fois. O permets-nous, grand
roi, d'errer en sûreté dans la plaine, et de disposer de
leurs cadavres!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000558">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000596">Je te dirai franchement, héraut, que je ne
sais pas si la victoire est à nous, ou non; car je vois encore
de nombreux escadrons de vos cavaliers galoper
sur la plaine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000559">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000597">La victoire est à vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000560">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000598">Louanges en soient rendues à Dieu, et non
pas à notre force!--Comment appelle-t-on ce château,
qui est tout près d'ici?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000561">
            <speaker>MONTJOIE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000599">On l'appelle Azincourt.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000562">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000600">Nous nommerons donc ce combat la bataille
d'Azincourt, donnée le jour des saints Crépin et Crépinien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000563">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000601">Plaise à Votre Majesté, votre grand-père,
de fameuse mémoire, et votre grand-oncle, Edouard le
Noir, prince de Galles, à ce que j'ai lu dans les chroniques,
ont soutenu une bien brave bataille ici en France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000564">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000602">Il est vrai, Fluellen.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000565">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000603">Votre Majesté dit bien vrai. Si Votre Majesté
s'en souvient, les Gallois ont été bien utiles dans
un jardin où il y avait des poireaux, en portant des poireaux
à leurs bonnets à la Monmouth; ce que Votre Majesté
sait bien être encore aujourd'hui une marque
honorable de ce service-là; et je crois bien aussi que
Votre Majesté ne dédaigne pas, sans doute, de porter
aussi le poireau à la Saint-David.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000566">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000604">Je le porte, sans doute, en signe d'un honneur
mémorable; car je suis Gallois aussi moi-même,
vous le savez, mon cher compatriote.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000567">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000605">Toute l'eau de la rivière Wye ne laverait
pas le sang gallois qui coule dans les veines de Votre
Majesté; je peux vous dire cela. Dieu vous bénisse, et
vous conserve autant qu'il plaira à Sa Grâce et à Sa Majesté
aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000568">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000606">Je te rends grâces, mon cher compatriote.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000569">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000607">Par mon Jésus! je suis le compatriote de
Votre Majesté, le sache qui voudra; je l'avouerai à toute
la terre, je n'ai pas lieu de rougir de Votre Majesté.
Dieu soit loué, tant que Votre Majesté sera un honnête
homme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000570">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000608">Dieu veuille me conserver tel. (<hi rend="italic">Montrant le
héraut de France.</hi>) Que nos hérauts l'accompagnent. Rapportez-moi
au juste le nombre des morts de l'une et
l'autre armée. (<hi rend="italic">Le roi montrant Williams.</hi>) Qu'on m'appelle
ce soldat que voilà.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000571">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000609">Soldat, venez parler au roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000572">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000610">Soldat, pourquoi portes-tu ce gant à ton chapeau?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000573">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000611">Sous le bon plaisir de Votre Majesté, c'est
le gage d'un homme avec lequel je dois me battre, s'il
est encore en vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000574">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000612">Est-ce un Anglais?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000575">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000613">Sous le bon plaisir de Votre Majesté, c'est
un drôle avec qui j'ai eu dispute la nuit dernière, et à
qui, s'il est en vie et si jamais il ose réclamer ce gant-là,
j'ai juré d'appliquer un soufflet; ou bien, si je puis
apercevoir mon gant à son bonnet, comme il a juré foi
de soldat qu'il l'y porterait (s'il est en vie), je le lui ferai
sauter de la tête d'une belle manière.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000576">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000614">Que pensez-vous de ceci, capitaine Fluellen?--Est-il
à propos que ce soldat tienne son serment?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000577">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000615">C'est un fanfaron et un lâche s'il ne le
fait pas; plaise à Votre Majesté, en conscience.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000578">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000616">Peut-être que son ennemi est un homme
d'un rang supérieur, qui n'est pas dans le cas de lui
faire raison.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000579">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000617">Quand il serait aussi bon gentilhomme
que le diable, que Lucifer et Belzébuth lui-même, il est
nécessaire, voyez-vous, sire, qu'il tienne son voeu et son
serment. S'il se parjurait, voyez-vous, sa réputation serait
celle d'un insigne poltron, comme il est vrai que son
soulier noir a foulé la terre de Dieu, sur mon âme et
conscience.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000580">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000618">Cela étant, tiens ton serment, soldat, quand
tu rencontreras ce drôle-là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000581">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000619">Aussi ferai-je, sire, comme il est vrai que
je vis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000582">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000620">Sous qui sers-tu?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000583">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000621">Sous le capitaine Gower, sire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000584">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000622">Gower est un bon capitaine, et qui a son
bon savoir et une bonne littérature dans la guerre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000585">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000623">Va le chercher, soldat, et me l'amène.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000586">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000624">J'y vais, sire.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000113">(Williams sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000587">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000625">Tiens, Fluellen, porte cette faveur pour moi,
et mets-la à ton chapeau. Tandis qu'Alençon et moi
nous étions par terre, j'ai arraché ce gant de son casque.
Si quelqu'un le réclame, il faut que ce soit un ami
d'Alençon, et notre ennemi par conséquent: ainsi, si tu
le rencontres, arrête-le si tu m'aimes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000588">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000626">Votre Grâce me fait un aussi grand honneur
que puisse en désirer le coeur de ses sujets. Je
voudrais, de toute mon âme, trouver l'homme planté
sur deux jambes qui se trouvera offensé à la vue de ce
gant: voilà tout; mais je voudrais bien le voir une fois.
Dieu veuille, de sa grâce, que je le voie!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000589">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000627">Connais-tu Gower?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000590">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000628">C'est mon cher ami, sous le bon plaisir
de Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000591">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000629">Je t'en prie, va donc le chercher, et amène-le
à ma tente.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000592">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000630">Je pars.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000593">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000631">Lord Warwick, et vous, mon frère Glocester,
suivez de près Fluellen: le gant que je lui ai donné
comme une faveur pourrait bien lui attirer un affront.
C'est le gant d'un soldat que je devrais, d'après la convention,
porter moi-même. Suivez-le, cousin Warwick.
Si le soldat le frappait, comme je présume à son maintien
brutal qu'il tiendra sa parole, il pourrait en arriver
quelque malheur soudain; car je connais Fluellen
pour un homme courageux et, quand on l'irrite, vif
comme le salpêtre: il sera prompt à lui rendre injure
pour injure. Suivez-le, et veillez à ce qu'il n'arrive
aucun malheur entre eux deux. Venez avec moi, vous,
mon oncle Exeter.</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="8" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-004-scene-008">
          <head>SCÈNE VIII</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000114">Devant la tente du roi.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000115"><hi rend="italic">Entrent</hi> GOWER ET WILLIAMS.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000594">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000632">Je gage que c'est pour vous faire chevalier,
capitaine.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000116">(Arrive Fluellen.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000595">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000633">La volonté de Dieu soit faite et son bon
plaisir. Capitaine, je vous supplie, venez-vous-en bien
vite chez le roi; il se prépare peut-être plus de bien
pour vous par hasard, que vous ne sauriez vous imaginer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000596">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000634">Monsieur, connaissez-vous ce gant-là?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000597">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000635">Ce gant-là? Je sais que ce gant est un
gant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000598">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000636">Et moi, je connais celui-ci, et voilà comme
je le réclame.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000117">(Il le frappe.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000599">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000637">Sang-Dieu! voilà un traître s'il y en a un
dans le monde universel, en France ou en Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000600">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000638">O Dieu! qu'est-ce qu'il y a donc? (<hi rend="italic">A Williams.</hi>)
Vous, misérable....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000601">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000639">Croyez-vous que je veuille être parjure?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000602">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000640">Retirez-vous, capitaine Gower; je m'en
vais le traiter, le traître, comme il le mérite, et je l'arrangerai
d'importance, je vous assure.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000603">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000641">Je ne suis point un traître.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000604">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000642">C'est un mensonge: qu'il t'étrangle. Je
vous ordonne à vous présent, et au nom de Sa Majesté,
de l'arrêter. C'est un ami du duc d'Alençon.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000118">(Entrent Warwick et Glocester.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000605">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000643">Qu'est-ce que c'est? Qu'y a-t-il donc là?
De quoi s'agit-il?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000606">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000644">Monseigneur, voilà, Dieu soit béni, une
des plus contagieuses trahisons qui vient de se découvrir,
voyez-vous, que vous puissiez voir dans le plus
beau jour d'été.--Voici Sa Majesté.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000119">(Entrent le roi Henri et Exeter.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000607">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000645">Comment? De quoi s'agit-il donc ici?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000608">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000646">Sire, voici un scélérat, un traître, qui a,
voyez-vous, sire, frappé le gant que Votre Majesté a arraché
du casque d'Alençon.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000609">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000647">Sire, c'était là mon gant, car voilà le pareil,
et celui à qui je l'ai donné en échange m'a promis
de le porter à son bonnet: je lui ai promis de le frapper
s'il osait le faire; j'ai rencontré cet homme avec mon
gant à son bonnet, et j'ai tenu ma parole.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000610">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000648">Or, écoutez à présent, sire, sous le bon
plaisir de votre vaillance, quel misérable maraud c'est
là. J'espère que Votre Majesté assurera, attestera, témoignera,
et protestera bien, que c'est là le gant d'Alençon
que Votre Majesté m'a donné, en votre conscience,
là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000611">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000649">Donne-moi ton gant, soldat; vois-tu, voilà le
pareil. C'est moi, je te l'assure, que tu as promis de
frapper, et tu peux te ressouvenir que tu t'es servi de
termes très-durs à mon égard.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000612">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000650">Eh bien, plaise à Votre Majesté, que la
tête en réponde s'il y a des lois martiales dans le monde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000613">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000651">Comment peux-tu me faire satisfaction pour
cette offense?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000614">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000652">Toutes les offenses, mon prince, viennent
du coeur, et je proteste qu'il n'est jamais rien sorti du
mien qui puisse offenser Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000615">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000653">C'est nous-même cependant que tu as insulté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000616">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000654">Vous ne vous êtes pas présenté alors sous
les traits de Votre Majesté; vous ne m'avez paru que
comme un soldat ordinaire, témoin la nuit qu'il faisait,
votre uniforme et votre air soumis; et ce que Votre Altesse
a souffert sous cette forme, je vous supplie de le
regarder comme votre faute et non comme la mienne;
car si vous eussiez été ce que je vous croyais, il n'y
avait point d'offense: c'est pourquoi je supplie Votre
Altesse de me pardonner.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000617">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000655">Tenez, mon oncle Exeter, remplissez ce gant
d'écus, et donnez-le à ce soldat.--Garde-le, soldat, et
porte-le à ton bonnet comme une marque d'honneur,
jusqu'à ce que je le réclame: donnez-lui les écus. (<hi rend="italic">A
Fluellen.</hi>) Et vous, capitaine, il faut être aussi de ses
amis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000618">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000656">Par ce jour et par cette lumière, ce drôle-là
a du courage et du feu dans le ventre. Tiens, voilà un
écu pour toi, et je te recommande de servir bien Dieu,
et de te préserver des brouilleries, des vacarmes et des
querelles, et des discussions, et je t'assure que tu t'en
trouveras mieux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000619">
            <speaker>WILLIAMS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000657">Je ne veux point de votre argent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000620">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000658">C'est de bon coeur: moi je te dis que cela
te servira pour raccommoder ton havre-sac: allons,
pourquoi faire le honteux comme cela? Ton havre-sac
n'est déjà pas si bon. C'est un bon écu, je t'assure, ou
bien attends, je le changerai.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000120">(Entre un héraut.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000621">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000659">Eh bien, héraut, les morts sont-ils comptés?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000622">
            <speaker>LE HÉRAUT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000660">Voici la liste de ceux de l'armée française.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000623">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000661">Digne oncle, quels sont les prisonniers de
marque que nous avons faits?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000624">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000662">Charles, duc d'Orléans, neveu du roi; Jean,
duc de Bourbon, et le seigneur Boucicaut, et des autres
seigneurs, barons, chevaliers, gentilshommes, quinze
cents, sans compter les soldats.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000625">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000663">Cette liste porte dix mille Français morts
restés sur le champ de bataille. Dans ce nombre, il y en
a cent vingt-six, tant princes que nobles, portant bannière;
ajoutez huit mille quatre cents, tant chevaliers,
écuyers et autres guerriers distingués, dont il y en a
cinq cents qui n'ont été faits chevaliers que d'hier; en
sorte que, dans les dix mille hommes qu'ils ont perdus,
il n'y a que six cents mercenaires: le reste sont tous
princes, barons, seigneurs, chevaliers, écuyers et gentilshommes
de naissance et de qualité. Les noms de
leurs nobles qui ont été tués: Charles d'Albret, grand connétable
de France; Jacques Châtillon, amiral de France;
le grand maître des arbalétriers; le seigneur Rambure; le
brave Guichard Dauphin, grand maître de France; Jean,
duc d'Alençon; Antoine, duc de Brabant, frère du duc
de Bourgogne; Edouard, duc de Bar; parmi les hauts
comtes: Grandpré, Roussi, Fauconberg et de Foix, Beaumont,
Merle, Vaudemont et Lestrelles. Voilà une société
de morts illustres.--Où est la liste des morts anglais?
(<hi rend="italic">Le héraut lui présente un autre papier.</hi>) Edouard, duc
d'York; le comte de Suffolk; sir Richard Kelty; David
Gam, écuyer, point d'autre de marque; et des soldats,
vingt-cinq en tout. O Dieu du ciel! ton bras s'est signalé
ici; et c'est à toi seul, et non pas à nous, que nous devons
rendre tout l'honneur de cette journée! Quand jamais
a-t-on vu, dans la mêlée d'une bataille rangée, et
sans ruse ni stratagème, une si grande perte d'un côté,
une si légère de l'autre? Prends-en tout l'honneur, grand
Dieu, car il t'appartient tout entier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000626">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000664">Cela est miraculeux!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000627">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000665">Allons, marchons en procession au village
prochain, et proclamons dans notre armée la défense,
sous peine de mort, de se vanter de cette victoire, et
d'en enlever à Dieu l'hommage; il n'appartient qu'à lui
seul.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000628">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000666">Ne peut-on pas sans crime, s'il plaît à
Votre Majesté, dire le nombre des morts?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000629">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000667">Oui, capitaine; mais avec l'aveu que Dieu a
combattu pour nous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000630">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000668">Oui, sur ma conscience, il nous a fait
grand bien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000631">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000669">Remplissons tous les devoirs religieux. Qu'on
chante le <hi rend="italic">Non nobis</hi>
<note type="editorial" n="34" xml:id="fra-note-000034">Dans le psaume In exitu, que le roi fit chanter après la victoire, se trouve, selon la Vulgate, celui qui commence par Non nobis, Domine.</note> et le <hi rend="italic">Te Deum</hi>. Après avoir pieusement
enseveli les morts, nous marcherons vers Calais,
et de là en Angleterre, où jamais n'abordèrent de France
des mortels plus fortunés que nous.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000121">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-005">
        <head>ACTE CINQUIÈME</head>
        <p xml:id="fra-p-000670" rend="subheading">LE CHOEUR.</p>
        <p xml:id="fra-p-000671">Permettez, vous qui n'avez pas lu l'histoire, que je
vous en retrace les événements; et vous qui la connaissez,
pardonnez mes écarts sur les temps, le nombre
et l'ordre exact des faits, qui ne peuvent être présentés
ici dans leurs vastes détails, et leur vivante réalité.--Maintenant
c'est vers Calais que nous transportons
Henri. Admettez-le dans le port, et ensuite portez-le sur
l'aile de vos pensées au travers des mers: voyez autour
du rivage anglais cette large ceinture d'hommes, de
femmes et d'enfants, dont les acclamations et les applaudissements
surmontent la vaste voix de l'Océan; et
l'Océan, qui, comme un puissant héraut, semble lui
préparer sa route: voyez le roi descendre au milieu de
son peuple, et s'avancer en pompe solennelle vers Londres.
La pensée court d'un pas si rapide, que vous pouvez
déjà le suivre sur Blackheath. Là ses lords lui demandent
de porter devant lui, jusqu'à la cité, son casque
brisé, et son épée ployée dans le combat. Exempt de
vanité et d'orgueil, il défend cet honneur, et se refuse
tout trophée, tout appareil, toute ostentation de gloire,
pour les réserver à Dieu seul. Mais animez encore la
forge active et l'atelier de la pensée, et voyez avec quelle
impétuosité Londres verse les flots de ses habitants;
voyez sortir de ses portes le lord maire et tous ses collègues,
dans leur plus riche parure; semblables aux
sénateurs de l'antique Rome; suivent les plébéiens en
foule pressée, pour aller recevoir en triomphe leur
conquérant César; ou bien, par une image moins
grande, mais gracieuse pour nous, figurez-vous le
général de notre souveraine
<note type="editorial" n="35" xml:id="fra-note-000035">Le comte d'Essex, alors favori d'Elisabeth.</note> revenant aujourd'hui,
comme il pourra revenir dans un temps heureux, des
terres de l'Irlande, portant sur son glaive les trophées
de la rébellion domptée. O quelle multitude immense
quitterait le sein paisible de Londres pour courir saluer
son retour glorieux! Plus grande était la foule qui volait
au-devant de Henri, et plus grande aussi fut sa victoire.
A présent, placez-le dans le palais de Londres, où l'humble
plainte des Français gémissants invite le roi d'Angleterre
à établir son séjour; où l'empereur, s'intéressant
pour la France, vient régler les articles de la paix;
franchissez tous les événements qui se succédèrent jusqu'au
retour de Henri en France: c'est là qu'il faut le
ramener. Moi-même j'ai employé l'intervalle à vous
rappeler.... qu'il est passé. Souffrez donc cette abréviation;
et que vos yeux, suivant le vol de vos idées, reportent
leurs regards sur la France.</p>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-005-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000632">
            <speaker>F</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000122">rance</stage>
            <p xml:id="fra-p-000672">Corps de garde anglais.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000123">FLUELLEN ET GOWER.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000633">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000673">Oh! pour cela vous avez raison: mais pourquoi
portez-vous encore votre poireau à votre chapeau?
La Saint-David est passée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000634">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000674">Il y a des occasions et des causes, des
pourquoi dans toutes choses. Tenez, je vous le dirai en
ami, capitaine Gower, ce coquin, ce misérable mendiant,
ce fanfaron, ce pendard de Pistol, que vous, vous-même,
comme tout le monde, savez ne valoir pas mieux
qu'un drôle, voyez-vous, qui n'a aucun mérite: eh
bien, il est venu à moi hier m'apporter du pain et du
sel, voyez-vous, et m'a dit de manger mon poireau. Or,
c'était dans un endroit où je ne pouvais pas élever de
dispute avec lui; mais je prendrai la liberté de le porter
en emblème à mon chapeau, jusqu'à ce que je le
retrouve, et puis je lui dirai un petit morceau de mon
sentiment.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000124">(Entre Pistol.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000635">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000675">Ma foi, le voilà qui vient en se rengorgeant
comme un paon.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000636">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000676">Tous ses rengorgements et ses paons n'y
font rien.--Dieu vous assiste, vieux Pistol, infâme et
misérable vaurien, Dieu vous assiste!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000637">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000677">Ah! sors-tu de Bedlam
<note type="editorial" n="36" xml:id="fra-note-000036">Bedlam, les Petites-Maisons de l'Angleterre.</note>, toi? Est-ce que tu
veux, vil Troyen, que je déchire la toile fatale dont la
Parque ourdit ta trame. Retire-toi de moi; l'odeur du
poireau me donne des vapeurs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000638">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000678">Je vous prie en grâce, monsieur le drôle,
l'impertinent, à mon désir, à ma requête et à ma supplique,
de manger, voyez-vous, ce poireau: précisément,
voyez-vous, parce que vous ne l'aimez pas, et vos affections,
vos appétits et vos digestions ne s'accordent point
avec cela: je vous prie de vouloir bien le manger.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000639">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000679">Non, pardieu, pour <hi rend="italic">Cadwallader</hi>
<note type="editorial" n="37" xml:id="fra-note-000037">Allusion à quelque roman.</note>, et toutes
ses chèvres, je ne le mangerai pas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000640">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000680">Tiens, voilà une chèvre pour toi. (<hi rend="italic">Il le
frappe.</hi>)--Voudriez-vous avoir la bonté de le manger
tout à l'heure?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000641">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000681">Infâme Troyen, tu mourras.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000642">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000682">Vous avez raison, maraud; quand il plaira
à Dieu: en même temps je vous prierai de vouloir vivre,
afin de manger votre dîner. Tiens, voilà un peu d'assaisonnement
avec. (<hi rend="italic">Il le frappe.</hi>) Vous m'avez appelé hier
gentilhomme de montagne; mais je vous ferai aujourd'hui
gentilhomme de bas étage. Je vous en prie, commencez
donc: pardieu, si vous pouvez bien goguenarder
un poireau, vous pouvez bien le manger aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000643">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000683">Allons, en voilà assez, capitaine: vous l'avez
étourdi du coup.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000644">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000684">Je dis que je lui ferai manger ce poireau,
ou je lui frotterai la tête quatre jours de suite.--Allons,
mordez, je vous en prie, cela fera du bien à votre maladie
et à votre crête rouge de fat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000645">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000685">Quoi! faut-il que je morde?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000646">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000686">Oui, sans doute, sans question, et sans
ambiguïtés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000647">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000687">Par ce poireau, je m'en vengerai horriblement.
Je mange, mais aussi je jure....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000648">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000125">tenant la canne levée</stage>
            <p xml:id="fra-p-000688">Mangez, je vous prie.
Est-ce que vous voudriez encore un peu d'épices pour
votre poireau? Il n'y a pas encore là assez de poireau,
pour jurer par lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000649">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000689">Tiens ta canne en repos; tu vois bien que je
mange.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000650">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000690">Grand bien te fasse, lâche poltron; c'est
de bon coeur.--Oh! mais je vous en prie, n'en jetez pas
la moindre miette par terre; la pelure est bonne pour
raccommoder votre crête déchirée. Quand vous trouverez
l'occasion de voir des poireaux, vous m'obligerez
beaucoup de les goguenarder, entendez-vous? Voilà
tout.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000651">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000691">Fort bien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000652">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000692">Ah! c'est une bien bonne chose que les
poireaux! Tenez, voilà quatre sous pour guérir votre
tête.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000653">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000693">A moi, quatre sous!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000654">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000694">Oui, certainement; et en vérité vous les
prendrez; ou bien j'ai encore un poireau dans ma poche
que vous mangerez.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000655">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000695">Je prends tes quatre sous comme des arrhes
de vengeance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000656">
            <speaker>FLUELLEN</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000696">Si je vous dois quelque chose, je vous
payerai en coups de canne: vous serez marchand de
bois, et vous n'achèterez de moi que des bâtons. Dieu
vous accompagne, vous conserve et vous guérisse la tête!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000126">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000657">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000697">Mort de ma vie! je remuerai tout l'enfer pour
venger cet affront.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000658">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000698">Allez, vous n'êtes qu'un lâche rodomont.
Comment osez-vous vous moquer d'une ancienne tradition,
qui a pris sa source dans une circonstance honorable,
et dont l'emblème se porte aujourd'hui comme un
trophée, en mémoire de la mort des braves gens; surtout
lorsque vous n'osez pas soutenir vos paroles par
vos actions! Je vous ai déjà vu deux ou trois fois badiner,
invectiver ce galant homme. Vous avez cru sans
doute que, parce qu'il ne pouvait pas parler aussi bon
anglais que ceux du pays, il ne saurait pas non plus
manier un bâton anglais. Vous voyez aujourd'hui qu'il
en est tout autrement. A commencer donc de ce jour,
prenez cette correction galloise comme une bonne leçon
anglaise. Adieu, portez-vous bien.   (Il sort.)</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000659">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000127">seul</stage>
            <p xml:id="fra-p-000699">Est-ce que la Fortune se joue de moi à
présent! Je viens d'apprendre que ma chère Hélène est
morte à l'hôpital, de la maladie de France, et voilà mon
rendez-vous manqué. Je me fais vieux, et l'honneur
vient d'être expulsé de mes membres affaiblis, à grands
coups de bâton. Eh bien! je m'en vais me faire agent
de plaisir, et suivre un peu mon penchant pour couper
les bourses avec dextérité. Je m'en irai secrètement en
Angleterre, et là je filouterai, et je mettrai des emplâtres
sur ces cicatrices, et je jurerai que je les ai attrapées
dans les guerres de France.</p>
          </sp>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-v-fra-act-005-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000660">
            <speaker>T</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000128">royes en Champagne</stage>
            <p xml:id="fra-p-000700">Appartement dans le palais du roi de
France.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000129"><hi rend="italic">Par une porte entrent</hi> LE ROI HENRI, EXETER, BEDFORD,
WARWICK, <hi rend="italic">et autres lords anglais; et par l'autre</hi>
LE ROI DE FRANCE, LA REINE ISABELLE, LA
PRINCESSE CATHERINE, LE DUC DE BOURGOGNE
<hi rend="italic">et autres seigneurs français</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000661">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000701">Que la paix, qui est l'objet de notre entrevue,
y préside!--Santé et bonheur à notre frère de France,
et à notre illustre soeur!--Beaux jours et prospérité à
notre belle princesse et cousine Catherine! Et vous,
membre et rejeton de cette cour, vous dont les soins ont
formé cette auguste assemblée, brave duc de Bourgogne,
recevez notre salut, et vous aussi, princes et pairs de
France.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000662">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000702">Nous sommes dans la joie de vous
voir, digne frère d'Angleterre. Vous êtes le bienvenu! et
vous tous aussi, princes anglais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000663">
            <speaker>LA REINE ISABELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000703">Puisse la fin de ce beau jour, ô
grand roi! et l'issue de cette gracieuse assemblée, être
aussi heureuses, qu'est grande notre joie de vous voir,
et d'envisager ces yeux terribles qui ont eu pour les
Français qu'ils ont fixés l'effet mortel de ceux du basilic.
Nous avons le doux espoir que ces regards ont perdu
leur venin, et que ce jour va changer en amour toutes
les haines et tous les griefs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000664">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000704">C'est pour dire <hi rend="italic">amen</hi> à ce voeu que nous nous
montrons ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000665">
            <speaker>LA REINE ISABELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000705">Princes de l'Angleterre, je vous
salue tous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000666">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000706">Vous qui m'êtes également
chers, puissants rois de France et d'Angleterre, recevez
mes respectueux hommages.--Que j'ai déployé toutes
les ressources de mon esprit, prodigué tous mes efforts
et tous mes soins, pour amener Vos Majestés à ce rendez-vous
royal; c'est ce que vous pouvez attester tous les
deux, chacun de votre côté. Puisque ma médiation a
réussi à vous rapprocher l'un de l'autre, au point de
vous voir face à face, les yeux fixés l'un sur l'autre,
qu'on ne me fasse pas un crime de demander, en présence
de cette assemblée de rois, quel est donc l'obstacle
qui retarde la paix; qui empêche que cette tendre nourrice
des arts, de l'abondance et de toutes les productions
heureuses, maintenant indigente et nue, et le sein,
déchiré de plaies, ne puisse enfin de nouveau montrer
ses aimables traits dans ce beau jardin de l'univers, dans
notre fertile France? Hélas! depuis trop longtemps elle
est bannie de ce royaume, dont toutes les richesses naturelles
languissent en groupes informes et stériles, et
se corrompent dans leur propre fécondité. Ses vignes,
dont les esprits réjouissent le coeur, meurent non émondées.
Ses vergers, comme des prisonniers dont la chevelure
s'est allongée en désordre, poussent des rameaux
entremêlés. Ses terres en friche se couvrent d'ivraie, de
ciguë et de triste fumeterre; et le soc, qui devait extirper
ces plantes ennemies, se rouille dans le repos. Ses
vastes prairies, jadis couronnées d'une agréable moisson
de primevères veinées, de pimprenelle, et de trèfle verdoyant,
privées aujourd'hui de la faux, sont dégénérées,
et n'enfantent que des herbes paresseuses. Rien ne prospère,
que l'odieuse bougrande, le chardon épineux, et
le vil glouteron: elles ont perdu leur belle et utile parure.
Tels que nos vignobles, nos champs, nos prés et
nos vergers, qui, dépravés dans leurs qualités natives,
ne produisent plus que de sauvages avortons; nous
aussi, nos familles et nos enfants, nous avons oublié ou
cessé d'apprendre, faute de temps, les sciences, ornement
de notre patrie. Nous devenons comme des sauvages,
comme des soldats, qui ne méditent plus rien
que le sang; livrés aux imprécations grossières, aux regards
féroces, au costume barbare de la guerre, et à
toutes sortes d'habitudes étranges et indignes de l'homme.
C'est pour rétablir les choses dans leur ancien état de
splendeur, que vous êtes ici présents; et ce discours est
une prière que je vous adresse, pour savoir pourquoi la
paix ne repousserait pas tous ces maux et ne nous rendrait
pas le bonheur de ses anciennes faveurs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000667">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000707">Duc de Bourgogne, si vous voulez la paix,
dont l'absence laisse le champ libre à tous les vices que
vous avez dénombrés, il faut que vous l'achetiez par un
consentement sans réserve à toutes nos justes demandes.
Vous en avez dans vos mains les articles et les clauses
détaillés en peu de mots.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000668">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000708">Le roi de France en a entendu
la lecture, et il n'y a point encore donné sa réponse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000669">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000709">Eh bien, c'est de sa réponse que dépend la
paix que vous sollicitez avec tant d'ardeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000670">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000710">Je n'ai parcouru tous ces articles
que d'un oeil rapide. S'il plaît à Votre Grâce de nommer
quelques lords parmi ceux qui sont présents à ce conseil,
pour les relire avec nous, et les examiner avec plus
d'attention, nous allons, sans délai, accepter ce que
nous approuvons, et donner sur le reste notre réponse
décisive.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000671">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000711">Volontiers, mon frère.--Allez, mon oncle
Exeter, et vous aussi, mon frère Glocester; et vous,
Warwick, Huntington, suivez le roi; et je vous donne
le plein pouvoir de ratifier, d'augmenter, ou de changer,
selon que votre prudence le jugera avantageux à notre
dignité, tous les articles compris ou non compris dans
nos demandes; et nous y apposerons notre sceau royal.
(<hi rend="italic">A la reine.</hi>) Voulez-vous, aimable soeur, suivre les
princes, ou rester avec nous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000672">
            <speaker>LA REINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000712">Mon gracieux frère, je vais les suivre.
Quelquefois la voix d'une femme peut être utile au bien,
lorsque les hommes se débattent trop longtemps sur des
articles trop obstinément exigés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000673">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000713">Du moins laissez-nous notre belle cousine.
Catherine est l'objet de notre principale demande, et cet
article est le premier de tous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000674">
            <speaker>LA REINE ISABELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000714">Elle est libre de rester.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000130">(Tous sortent excepté Henri, Catherine et sa suivante.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000675">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000715">Belle Catherine, la plus belle des princesses,
voudriez-vous me faire la grâce d'enseigner à un soldat
des termes propres à flatter l'oreille d'une dame,
et à plaider près de son tendre coeur la cause de l'amour?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000676">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000716">Votre Majesté se moquerait de moi; je
ne saurais parler votre <hi rend="italic">Angleterre</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000677">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000717">O belle Catherine! si vous voulez bien m'aimer
de tout votre coeur français, j'aurai bien du plaisir à
vous entendre avouer votre amour en mauvais anglais.--M'aimez-vous,
Catherine?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000678">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000718">
              <hi rend="italic">Pardonnez-moi; je ne saurais dire ce qui
me ressemble
<note type="editorial" n="38" xml:id="fra-note-000038">Equivoque sur le mot like, semblable, et to like, aimer.</note>.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000679">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000719">Un ange, Catherine: et vous ressemblez à
un ange.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000680">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000720">
              <hi rend="italic">Que dit-il, que je suis semblable à ces anges?</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000681">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000721">
              <hi rend="italic">Oui vraiment (sauf votre grâce), ainsi dit-il.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000682">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000722">Je l'ai dit, Catherine, et ne rougis point de
l'affirmer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000683">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000723">
              <hi rend="italic">Oh! bon Dieu! les langues des hommes sont
pleines de tromperies.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000684">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000131">à la dame d'honneur</stage>
            <p xml:id="fra-p-000724">Que dit-elle, belle dame?
<hi rend="italic">que les langues des hommes sont pleines de tromperies</hi>?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000685">
            <speaker>LA DAME</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000725">Oui, que les langues de les hommes <hi rend="italic">sont
pleines de perfidies</hi>! Voilà le dire de la princesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000686">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000726">La princesse n'en est que meilleure Anglaise.
Sur ma foi, ma chère Catherine, ma manière de vous
faire la cour va, on ne peut pas mieux, avec votre peu
de connaissance dans ma langue. Je suis bien aise que
vous ne sachiez pas mieux parler anglais; car, si vous
le saviez, vous me trouveriez si uni et si fort sans façon
pour un roi, que vous croiriez que je viens de vendre
ma ferme pour en acheter ma couronne. Je ne sais ce
que c'est que de filer en propos galants une déclaration
d'amour; je dis tout rondement, <hi rend="italic">je vous aime</hi>; et si vous
me pressez, si vous m'en demandez plus que cette question,
<hi rend="italic">est-il bien vrai que vous m'aimez</hi>? je suis au bout de
mon rôle. Donnez-moi votre réponse; là, du coeur; en
même temps frappons-nous dans la main, et tout est dit:
c'est un marché conclu.--Que répondez-vous, madame?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000687">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000727"><hi rend="italic">Sauf votre honneur</hi>, moi entendre bien vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000688">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000728">Sainte Marie! si vous exigiez de moi des vers
ou une danse, pour vous plaire, chère Catherine, ma
foi, ce serait fait de moi; car pour les vers, je n'ai ni
mots ni mesure; et pour la danse je n'ai ni <hi rend="italic">mesure</hi> ni
cadence, quoique je sois en bonne mesure pour la force.
S'il ne fallait pour gagner le coeur d'une dame, que sauter
en selle, ma cuirasse sur le dos, sans me vanter, je
suis sûr que je ne serais pas long à sauter sur elle: ou
bien, s'il était question de combattre pour ma maîtresse,
ou de faire volter mon cheval pour obtenir ses faveurs,
je me sens en état de m'en tirer aussi bien que le plus
hardi, et de me tenir en selle comme un singe. Mais sur
mon Dieu, Catherine, je n'entends rien à faire les yeux
doux, ni à débiter avec grâce mon éloquence, et je ne
sais mettre aucun art dans mes protestations: je ne sais
faire que des serments tout ronds, que je ne profère jamais
que je n'y sois forcé, mais aussi qu'on ne peut jamais
me forcer de violer. Si tu te sens capable, Catherine,
d'aimer un cavalier de cette trempe, dont la figure
ne craint plus le hâle, qui ne se regarde jamais dans un
miroir, pour le plaisir de s'y voir, allons, qu'un coup
d'oeil déclare ton choix. Je te parle en soldat: si cette
franchise peut t'engager à m'aimer, accepte-moi; sinon,
quand je te dirai que je mourrai, cela sera bien vrai un
jour; mais que je mourrai d'amour pour toi, pardieu,
je mentirais; et cependant je t'aime bien: et tant que tu
vivras, chère Catherine, souviens-toi de prendre un
époux d'une trempe d'amour toute brute et sans artifice;
car alors il faut, de toute nécessité, qu'il te rende
ce qui t'appartient, attendu qu'il n'a pas le don d'aller
faire sa cour ailleurs. Il est de beaux diseurs, dont la
langue ne tarit jamais, et qui ont le talent d'attraper
avec des rimes les faveurs des dames; mais leurs beaux
discours les en privent bientôt. Après tout, qu'est-ce
qu'un beau parleur? un bavard. Les vers? une ballade.
Une bonne jambe peut se casser, un dos bien droit se
courbera, une barbe bien noire blanchira un jour, une
tête bien frisée deviendra chauve, une belle figure se
fanera, un oeil bien saillant se creusera; mais un bon
coeur, Catherine, vaut le soleil et la lune, on plutôt le
soleil et non la lune: car ce coeur brille toujours et ne
change jamais dans son cours invariable. Si tu veux un
coeur de cette trempe, prends le mien, prends un soldat,
prends un roi. Eh bien, que réponds-tu à présent à mon
amour? Parlez, ma belle; et avec franchise, je vous en
conjure.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000689">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000729">
              <hi rend="italic">Est-il possible à moi de aimer le ennemi de
France?</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000690">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000730">Non; il n'est pas possible, sans doute, que
vous aimiez l'ennemi de la France, belle Catherine;
mais en m'aimant vous aimeriez l'ami de la France.
Car j'aime si bien la France, que je ne me déferai pas
d'un seul de ses villages: je veux l'avoir à moi tout
entière. Alors, Catherine, quand toute la France m'appartiendra,
et que je vous appartiendrai, toute la France
sera à vous, et vous serez à moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000691">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000731">Je ne sais ce que c'est que cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000692">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000732">Non? Eh bien! Catherine, je vais essayer de
vous le dire en mots français, lesquels, j'en suis sûr,
vont rester suspendus au bout de ma langue, comme
une nouvelle mariée au cou de son époux, c'est-à-dire
de façon à ne pouvoir s'en détacher: essayons. <hi rend="italic">Quand
j'ai la possession de France, et quand vous avez la possession
de moi</hi> (attendez.... Quoi?.... Morbleu! saint Denis, aide-moi),
<hi rend="italic">donc vôtre est France, et vous estes mienne</hi>. Il me serait
aussi facile, chère Catherine, de conquérir tout le
royaume, que de dire encore autant de français. Je suis
sûr que je ne vous engagerai jamais à rien en parlant
français, sinon à vous moquer de moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000693">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000733"><hi rend="italic">Sauf votre honneur, le français que vous
parlez est meilleur que l'anglais que je parle</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000694">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000734">Non pardieu, Catherine, cela n'est pas vrai;
mais il faut avouer que nous parlons tous deux, vous
ma langue, et moi la vôtre, on ne peut pas plus <hi rend="italic">faux,</hi>
et que nous sommes bien de niveau là-dessus. Mais enfin,
chère Catherine, entendez-vous au moins assez d'anglais
pour comprendre ceci: <hi rend="italic">Peux-tu m'aimer?</hi></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000695">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000735">C'est ce que je ne puis dire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000696">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000736">Y a-t-il quelqu'un de vos voisins, Catherine,
qui puisse m'en instruire? Je les prierai de me le dire.--Allons,
je sais que vous m'aimez; et ce soir, quand
vous serez retirée dans votre cabinet, vous questionnerez
cette dame à mon sujet: et je sais bien encore, Catherine,
que les qualités que vous aimerez le mieux en
moi sont celles que vous priserez le moins devant elle.
Mais, chère Catherine, daigne épargner mes ridicules,
d'autant plus, aimable princesse, que je t'aime à la fureur.
Si jamais tu es à moi, Catherine (et j'ai en moi
une ferme foi, qui me dit que cela sera), comme je t'aurai
conquise par la victoire, il faut que tu deviennes une
mère féconde de bons soldats. Est-ce que nous ne pourrons
pas, toi et moi, entre saint Denis et saint George,
former un garçon, moitié français et moitié anglais, qui
aille un jour jusqu'à Constantinople et y tire la barbe du
Grand-Turc
<note type="editorial" n="39" xml:id="fra-note-000039">Les Turcs ne se sont emparés de Constantinople qu'en l'année 1453, et il y avait déjà trente-un ans que Henri était mort.</note>. Hem! que dis-tu à cela, ma belle fleur de
lis?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000697">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000737">Je ne sais pas cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000698">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000738">Non, pas à présent; c'est dans la suite que
tu le sauras: mais aujourd'hui tenons-nous-en à la promesse.
Promettez-moi donc seulement, belle Catherine,
que de votre côté vous ferez bien votre rôle de Française,
pour former un tel héritier; et pour ma moitié
anglaise du rôle, recevez ma parole, foi de roi et de
garçon, que je saurai m'en acquitter. <hi rend="italic">Que répondez-vous
à cela, la plus belle Catherine du monde, ma très-chère et
divine déesse?</hi></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000699">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000739"><hi rend="italic">Your</hi> majesté <hi rend="italic">have</hi> fausse <hi rend="italic">french enough to
deceive de most</hi> sage demoiselle <hi rend="italic">dat is</hi> en France
<note type="editorial" n="40" xml:id="fra-note-000040">Dialogue moitié français, moitié anglais.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000700">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000740">Oh! fi de mon mauvais français! Sur mon
honneur, en bon anglais je t'aime, chère Catherine. Je
n'oserais pas faire le même serment, que tu m'aimes et
en jurer aussi par mon honneur: cependant le frémissement
de mon coeur commence à me flatter qu'il en est
quelque chose, malgré le peu de pouvoir de ma figure.
Je maudis en ce moment l'ambition de mon père; c'était
un homme qui avait la tête pleine de guerres civiles,
quand il m'a engendré: voilà pourquoi j'ai apporté en
naissant cet air déterminé, cet aspect d'acier qui fait
que, quand je veux courtiser les dames, je leur fais
peur; mais au fond, Catherine, plus je vieillirai, et plus
je changerai en bien. Ma consolation est que l'âge (ce
destructeur de la beauté) ne saurait enlaidir ma figure.
Tu m'auras, si tu m'as, dans le pire état où je puisse
être; et si tu me supportes, tu me supporteras de mieux
en mieux. Ainsi, dis-moi donc, belle Catherine, veux-tu
de moi?--Mettez de côté cette rougeur virginale; déclarez
les pensées de votre coeur avec le regard décidé
d'une impératrice; prenez-moi par la main, et dites:
<hi rend="italic">Henri d'Angleterre, je suis à toi</hi>; et tu n'auras pas plus tôt
enchanté mon oreille de cette douce parole, que je te
répondrai à haute voix: <hi rend="italic">Chère Catherine, l'Angleterre est
à toi, l'Irlande est à toi, et Henri Plantagenet est à toi</hi>; et
ce Henri, j'ose le dire en sa présence, s'il n'est pas le
meilleur des rois, tu le trouveras le roi des bons garçons.
Allons, répondez en musique discordante; car le son de
votre voix est une musique, et c'est votre anglais qui
détonne. Allons, reine des reines, belle Catherine, ouvre-moi
ton coeur quoique en mauvais anglais; dis, veux-tu
de moi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000701">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000741">C'est comme il plaira au roi mon père.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000702">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000742">Oh! cela lui plaira, Catherine, celui lui plaira.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000703">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000743">Eh bien, j'en serai contente aussi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000704">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000744">Oh! cela étant, je vous baise la main, et je
vous nomme ma reine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000705">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000745"><hi rend="italic">Laissez, mon seigneur, laissez, laissez; sur
mon honneur, je ne souffrirai pas que vous abaissiez votre
grandeur en baisant la main de votre indigne serviteure</hi>:
excusez-moi, je vous supplie, mon très-puissant seigneur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000706">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000746">Eh bien, je vous baiserai donc les lèvres, Catherine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000707">
            <speaker>CATHERINE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000747">
              <hi rend="italic">Les dames et demoiselles de France pour être
baisées devant leurs nopces, il n'est pas la coutume de France.</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000708">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000748">Madame mon interprète, que dit-elle?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000709">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000749">Que ne pas être de mode par les ladies de
France, je ne sais pas dire <hi rend="italic">baisers</hi> en english.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000710">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000750">Baiser!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000711">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000751">Votre Majesté entendre mieux que moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000712">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000752">Ce n'est pas la mode des filles en France de
baiser avant d'être mariées. N'est-ce pas ce qu'elle a
voulu dire?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000713">
            <speaker>ALIX</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000753">Oui vraiment.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000714">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000754">Oh! Catherine, les vaines modes cèdent à la
puissance des rois. Ma chère Catherine, nous ne saurions,
vous et moi, être compris dans la liste vulgaire
de ceux qui doivent se soumettre aux usages d'un pays.
C'est nous, Catherine, qui faisons les usages; et la liberté,
qui marche à notre suite, ferme la bouche à la censure,
comme je veux, pour vous punir de votre attachement
aux petites modes de votre pays, fermer la vôtre par un
baiser: ainsi, de la complaisance.... et de bonne grâce,
je vous prie. (<hi rend="italic">Il l'embrasse.</hi>) Vous avez un charme sur
les lèvres! La seule impression de leur douce ambroisie
a plus d'éloquence que toutes les voix du conseil de
France, et elles persuaderaient bien plus vite Henri
d'Angleterre qu'une pétition générale des monarques.
Votre père vient à nous.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000132">(Entrent le roi et la reine de France, le duc de Bourgogne,
Bedfort, Glocester, Exeter, Westmoreland et
autres seigneurs anglais et français.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000715">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000755">Dieu garde Votre Majesté!
Étiez-vous là, mon cousin, occupé à enseigner l'anglais
à notre princesse?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000716">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000756">Je voulais lui enseigner, mon beau cousin,
combien je l'aime; et c'est là, je vous l'assure, du bon
anglais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000717">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000757">A-t-elle des dispositions?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000718">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000758">Notre langue est un peu dure, cousin, et mon
caractère n'est pas doucereux; de sorte que n'ayant pour
moi ni la voix, ni le coeur de l'adulation, je n'ai pas
l'art magique de conjurer en elle l'esprit d'amour, de
manière à l'engager à se montrer sans voile et sous ses
traits naturels.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000719">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000759">Pardonnez à la franchise de
ma gaieté si je vous réponds à cela. Si vous voulez conjurer
en elle, il vous faut faire un cercle; si vous voulez
conjurer l'amour en elle tel qu'il est, il faut qu'il paraisse
nu et aveugle. Or, en ce cas, pouvez-vous blâmer
une jeune fille qui n'a encore été colorée que du seul
vermillon de la pudeur virginale, si elle refuse qu'on lui
présente un enfant nu et aveugle? C'était là sûrement,
seigneur, faire une dure proposition à une jeune princesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000720">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000760">Cependant, tout en fermant les yeux, elles y
consentent toutes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000721">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000761">Elles sont donc excusables,
seigneur, puisqu'elles ne voient pas ce qu'elles font.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000722">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000762">Eh bien, mon cher duc, enseignez donc à votre
belle cousine à consentir de fermer les yeux pour moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000723">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000763">Je le veux bien, seigneur, si
vous voulez lui enseigner à comprendre ce que je vais
dire. Les filles sont comme les mouches qui, pendant
les chaleurs de l'été, sont fières et rétives; mais une fois
la Saint-Barthélemy passée, elles semblent aveugles,
quoiqu'elles aient leurs yeux: alors elles souffrent qu'on
les touche, tandis qu'auparavant elles fuyaient jusqu'aux
regards.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000724">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000764">Le sens de cela, c'est que me voilà forcé d'attendre
le temps et un été bien chaud. Enfin, du moins,
je puis prendre la mouche, votre cousine, et la faire
consentir à être aveugle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000725">
            <speaker>LE DUC DE BOURGOGNE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000765">Comme l'est l'amour, seigneur,
avant d'aimer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000726">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000766">Il est vrai: et vous avez bien des grâces à
rendre à l'amour sur mon aveuglement, qui m'empêche
de voir un si grand nombre de belles villes françaises, à
cause d'une belle fille de France qui se trouve entre
elles et moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000727">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000767">Seigneur, ce n'est qu'en perspective
que vous voyez ces villes: elles sont devenues autant
de pucelles; car elles ont toutes une ceinture de
murailles vierges, que la guerre n'a encore jamais forcées.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000728">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000768">Catherine sera-t-elle ma femme?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000729">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000769">Oui, comme vous le désirez.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000730">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000770">Je suis satisfait. Ainsi ces villes pucelles dont
vous parlez peuvent lui rendre grâce. Si la beauté vierge
qui s'est trouvée sur ma route s'oppose à l'accomplissement
de mes désirs de conquête, elle me promet de
combler mes voeux d'amour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000731">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000771">Nous avons consenti à toutes les
conditions raisonnables.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000732">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000772">Cela est-il vrai, mes lords d'Angleterre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000733">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000773">Le roi a accordé tous les articles:
d'abord sa fille, et ensuite tout le reste, dans toute la
rigueur des termes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000734">
            <speaker>EXETER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000774">Il n'y a qu'une chose à laquelle il n'a pas
consenti: c'est l'article où Votre Majesté demande que
le roi de France, ayant l'occasion d'écrire au sujet de
quelques provisions d'offices, traite Votre Altesse dans
la formule suivante, en ajoutant ces termes français:
<hi rend="italic">Notre très-cher fils Henri d'Angleterre, héritier de France</hi>;
 et en latin, ainsi: <hi rend="italic">Præclarissimus filius noster Henricis,
Rex Angliæ et hæres Franciæ</hi>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000735">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000775">Cependant, mon frère, je ne l'ai
pas si fort refusé, que si vous le désirez absolument, je
n'y souscrive encore.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000736">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000776">En ce cas, je vous prie, d'amitié et en bonne
alliance, de laisser cet article passer avec les autres: et
pour conclusion, donnez-moi votre fille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000737">
            <speaker>LE ROI DE FRANCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000777">Prenez-la, mon fils; et, de son
sang, donnez-moi des enfants qui puissent enfin éteindre
la haine qui a si longtemps subsisté entre ces deux
royaumes, rivaux jaloux, toujours en querelle, et dont
les rivages mêmes pâlissent à la vue du bonheur l'un de
l'autre. Puisse cette union établir dans leur sein l'harmonie
et une paix digne de deux monarques chrétiens!
Puisse la guerre ne plus présenter jamais son épée tirée
entre la France et l'Angleterre!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000738">
            <speaker>TOUS LES SEIGNEURS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000778">
              <hi rend="italic">Amen!</hi>
            </p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000739">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000779">A présent, chère Catherine, soyez la bienvenue.
(<hi rend="italic">A l'assemblée.</hi>) Et soyez-moi tous témoins qu'ici
j'embrasse mon épouse et ma reine.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000133">(Fanfares.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000740">
            <speaker>ISABELLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000780">Que Dieu, le premier auteur de tous les
mariages, confonde en un seul vos deux royaumes et
vos deux coeurs! Comme l'époux et l'épouse, quoique
deux êtres séparés, n'en font plus qu'un par l'amour,
qu'il règne de même entre la France et l'Angleterre une
si parfaite union, que jamais aucun acte malfaisant ne
l'altère. Que la cruelle jalousie, qui trouble trop souvent
la couche des mariages fortunés, ne vienne jamais se
glisser dans le pacte de ces royaumes, pour les désunir
par un divorce fatal! que l'Anglais accueille le Français
en Anglais, et le Français l'Anglais en Français!--Dieu
exauce ce voeu!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000741">
            <speaker>TOUS ENSEMBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000781">Qu'il l'exauce!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000742">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000782">Préparons-nous pour notre hymen.--Ce jour,
duc de Bourgogne, sera celui où nous recevrons votre
serment et celui de tous les pairs pour garants de notre
union: ensuite je jurerai ma foi à Catherine (<hi rend="italic">s'adressant
à elle</hi>), et vous me jurerez la vôtre. Et puissent tous nos
serments être fidèlement gardés et suivis du bonheur!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000743">
            <speaker>LE CHOEUR</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000783">Jusqu'ici au moyen d'une plume grossière
et inhabile notre noble auteur a poursuivi son histoire.
Courbé sous le poids de sa tâche, obligé de resserrer dans
un champ étroit les plus grands personnages, et de ne
montrer que par intervalles quelques points du cours de
leur gloire, il demande votre indulgence. Henri, cet
astre de l'Angleterre, n'a vécu que peu de jours; mais
ce court espace, il l'a rempli d'une gloire immense. La
Fortune avait forgé l'épée avec laquelle il conquit le
plus beau jardin de l'univers, dont il laissa son fils le
maître souverain. Henri VI, couronné dans les langes de
l'enfance roi de France et de l'Angleterre, monta après
lui sur le trône; mais tant de mains embarrassèrent les
rênes de son gouvernement, qu'elles laissèrent échapper
la France, et firent couler le sang de l'Angleterre. Nous
vous avons souvent offert ces tableaux sur notre théâtre:
daignez donc faire à celui-ci un accueil favorable
<note type="editorial" n="41" xml:id="fra-note-000041">Il y eut une pièce composée sur le même sujet (Henri V) vers le temps de Shakspeare, mais on ne sait pas positivement si elle parut avant ou après son Henri V. Il paraît cependant assez probable qu'elle est antérieure. Cette pièce anonyme est fort courte et très-médiocre.</note>.</p>
          </sp>
        </div>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
