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    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <title xml:lang="fr">Henri IV (2e partie)</title>
        <author>
          <persName>William Shakespeare</persName>
          <note type="dates">1564–1616</note>
        </author>
        <respStmt>
          <resp>French translation</resp>
          <name>François Guizot</name>
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          <resp>XHTML-to-TEI drama conversion and structural encoding</resp>
          <name>Bookstacks project</name>
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        <edition n="1.0">Bookstacks French TEI edition</edition>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Bookstacks project</publisher>
        <pubPlace>United States</pubPlace>
        <date when="2026-08-22">22 August 2026</date>
        <idno type="local">shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra</idno>
        <availability status="free">
          <licence target="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/">This derived TEI file is made available under the Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License; the Project Gutenberg source is public domain in the United States.</licence>
        </availability>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <p>Born-digital French text from Project Gutenberg eBook #25715, converted from its EPUB XHTML reading order. Gutenberg administrative boilerplate and navigation were omitted.</p>
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        <p>Acts, scenes, dramatic speakers, prose speeches, stage directions, cast material, songs and verse, editorial notices, inline typography, and referenced translator notes were mapped to TEI P5 without inventing speaker identities.</p>
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      <langUsage>
        <language ident="fr">French</language>
      </langUsage>
      <textClass>
        <keywords scheme="https://www.gutenberg.org">
          <term>Henry IV, King of England, 1367-1413 -- Drama</term>
          <term>Historical drama</term>
          <term>Great Britain -- History -- Henry IV, 1399-1413 -- Drama</term>
        </keywords>
      </textClass>
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      <change when="2026-08-22" who="#bookstacks-encoding">Converted the French Project Gutenberg EPUB XHTML into standalone dramatic TEI P5.</change>
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  <text xml:lang="fr">
    <body>
      <div type="title-page" xml:id="fra-title-page-000001">
        <head>Henri IV (2e partie)</head>
        <p xml:id="fra-p-000001" rend="preformatted">Note du transcripteur.</p>
        <p xml:id="fra-p-000002" rend="preformatted">=================================================</p>
        <p xml:id="fra-p-000003" rend="preformatted">Ce document est tiré de:</p>
        <p xml:id="fra-p-000004" rend="preformatted">OEUVRES COMPLÈTES DE</p>
        <p xml:id="fra-p-000005" rend="preformatted">SHAKSPEARE</p>
        <p xml:id="fra-p-000006" rend="preformatted">TRADUCTION DE</p>
        <p xml:id="fra-p-000007" rend="preformatted">M. GUIZOT</p>
        <p xml:id="fra-p-000008" rend="preformatted">NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE</p>
        <p xml:id="fra-p-000009" rend="preformatted">AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE</p>
        <p xml:id="fra-p-000010" rend="preformatted">DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES</p>
        <p xml:id="fra-p-000011" rend="preformatted">Volume 7</p>
        <p xml:id="fra-p-000012" rend="preformatted">Henri IV (2e partie)</p>
        <p xml:id="fra-p-000013" rend="preformatted">Henri V</p>
        <p xml:id="fra-p-000014" rend="preformatted">Henri VI (1re, 2e et 3e partie)</p>
        <p xml:id="fra-p-000015" rend="preformatted">PARIS</p>
        <p xml:id="fra-p-000016" rend="preformatted">A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE</p>
        <p xml:id="fra-p-000017" rend="preformatted">DIDIER ET Ce, LIBRAIRES-ÉDITEURS</p>
        <p xml:id="fra-p-000018" rend="preformatted">35, QUAI DES AUGUSTINS</p>
        <p xml:id="fra-p-000019" rend="preformatted">1863</p>
        <p xml:id="fra-p-000020" rend="preformatted">==================================================</p>
        <p xml:id="fra-p-000021" rend="subheading">HENRI IV</p>
        <p xml:id="fra-p-000022" rend="subheading">TRAGÉDIE</p>
        <p xml:id="fra-p-000023" rend="subheading">DEUXIÈME PARTIE</p>
      </div>
      <div type="introduction" xml:id="fra-introduction-000001">
        <head>NOTICE SUR LA DEUXIÈME PARTIE DE HENRI IV</head>
        <p xml:id="fra-p-000024">Henri V est le véritable héros de la seconde partie; son avénement
au trône et le grand changement qui en résulte sont l'événement du
drame. La défaite de l'archevêque d'York et celle de Northumberland
ne sont que le complément des faits contenus dans la première
partie. Hotspur n'est plus là pour donner à ces faits une vie qui
leur appartienne, et l'horrible trahison de Westmoreland n'est pas
de nature à fonder un intérêt dramatique. Henri IV mourant ne se
montre que pour préparer le règne de son fils, et toute l'attention se
porte déjà sur un successeur également important par les craintes
et par les espérances qu'il fait naître.</p>
        <p xml:id="fra-p-000025">Ce n'est pas tout à fait à l'histoire que Shakspeare a emprunté le
tableau de ces divers sentiments. L'avénement de Henri V fut généralement
un sujet de joie: Hollinshed rapporte que, dans les trois
jours qui suivirent la mort de son père, il reçut de plusieurs «nobles
hommes et honorables personnages,» des hommages et serments
de fidélité tels que n'en avait reçu aucun des rois ses prédécesseurs
<note type="editorial" n="1" xml:id="fra-note-000001">Chroniques de Hollinshed, t. II, p. 543.</note>,
«tant grande espérance et bonne attente avait-on des heureuses
suites qui par cet homme devaient advenir.» L'inconstante ardeur
des esprits, entretenue par de fréquents bouleversements, faisait nécessairement
d'un nouveau règne un sujet d'espérances; et les
troubles qui avaient agité le règne de Henri IV, les cruautés qui en
avaient été la suite, les continuelles méfiances qui devraient en résulter,
portaient naturellement la nation à tourner les yeux vers
un jeune prince dont, en ce temps de désordre, les déréglements
choquaient beaucoup moins que ses qualités généreuses n'inspiraient
de confiance. On attribuait d'ailleurs une partie de ces
déréglements à la méfiance jalouse de son père, qui, en le tenant
écarté des affaires auxquelles il se portait avec une grande ardeur,
en lui ôtant même l'occasion de faire éclater ses talents militaires,
avait jeté cet esprit impétueux dans des voies de désordre où les
moeurs du temps ne permettaient guère qu'on s'arrêtât sans avoir
atteint les derniers excès. Hollinshed attribue à la malveillance de
ceux qui entouraient le roi Henri IV, non-seulement les soupçons
qu'il était disposé à concevoir contre son fils, mais encore les bruits
odieux répandus sur la conduite de ce prince. Il rapporte une occasion
où le prince, ayant à se défendre contre certaines insinuations
qui avaient mis la mésintelligence entre son père et lui, se rendit à
la cour avec une suite dont l'éclat et le nombre n'étaient pas faits
pour diminuer les soupçons du roi, et dans un costume assez singulier
pour que le chroniqueur ait cru devoir en faire mention. C'était
«une robe (<hi rend="italic">a gowne</hi>, probablement un long manteau) de satin bleu
remplie de petits trous en façon d'oeillets, et à chaque trou pendait
à un fil de soie l'aiguille avec laquelle il avait été cousu.»
Quoi qu'on puisse penser de la gêne des mouvements d'un homme
vêtu d'une manière si inquiétante, le prince se jeta aux pieds de son
père, et, après avoir protesté de sa fidélité, lui présenta son poignard,
afin qu'il se délivrât de ses soupçons en le tuant, «et en
présence de ces lords, ajouta-t-il, et devant Dieu au jour du jugement,
je jure ma foi de vous le pardonner hautement.» Le roi
attendri, jeta le poignard, embrassa son fils les larmes aux yeux,
lui avoua ses soupçons, et déclara en même temps qu'ils étaient
effacés. Le prince demanda la punition de ses accusateurs; le roi
répondit que la prudence exigeait quelques délais, et ne punit point.
Mais il paraît que l'opinion générale vengeait suffisamment le jeune
prince; et sans croire précisément avec Hollinshed, qui d'ailleurs se
contredit sur ce point, que Henri ait toujours eu soin «de contenir
ses affections dans le sentier de la vertu», on est porté à supposer
quelque exagération dans le récit des déportements de sa jeunesse
rendus plus remarquables par la révolution subite qui les a terminés,
et par l'éclat de gloire qui les a suivis.</p>
        <p xml:id="fra-p-000026">Shakspeare devait naturellement adopter la tradition la plus favorable
à l'effet dramatique; il a senti aussi combien le rôle d'un roi
et d'un père mourant, inquiet sur l'avenir de son fils et de ses sujets,
était plus propre à produire sur la scène un tableau touchant et
pathétique; et de même qu'il a inventé pour la beauté de son dénoûment
l'épisode de Gascoygne, il a ajouté, à la scène de la mort
de Henri IV, des développements qui la rendent infiniment plus intéressante.
Hollinshed rapporte simplement que le roi s'apercevant
qu'on avait ôté sa couronne de dessus son chevet, et apprenant que
c'était le prince qui l'avait emportée, le fit venir et lui demanda
raison de cette conduite: «Sur quoi le prince, avec un bon courage,
lui répondit:--Sire, à mon jugement et à celui de tout le monde,
vous paraissiez mort. Donc, comme votre plus proche héritier
connu, j'ai pris cette couronne comme mienne et non comme
vôtre.--Bien, mon fils, dit le roi avec un grand soupir, quel droit
j'y avais, Dieu le sait!--Bien, dit le prince, si vous mourez roi,
j'aurai la couronne, et je me fie de la garder avec mon épée contre
tous mes ennemis, comme vous avez fait.--Étant ainsi, dit le roi,
je remets tout à Dieu et souvenez-vous de bien faire. Ce que disant,
il se tourna dans son lit, et bientôt après s'en alla à Dieu.»
Peut-être la réponse du jeune prince, rendue comme un poëte l'eût
su rendre, aurait-elle été préférable au discours étudié que lui prête
Shakspeare; cependant il en a conservé une partie dans la dernière
réplique du prince de Galles, et le reste de la scène offre de grandes
beautés, ainsi que celles qui suivent entre Gascoygne et les princes. En
tout, Shakspeare paraît avoir voulu racheter par des beautés de détail
la froideur nécessaire de la partie tragique; elle en offre beaucoup,
et le style en est généralement plus soigné et plus exempt de bizarrerie
que celui de la plupart de ses autres pièces historiques.</p>
        <p xml:id="fra-p-000027">La partie comique, très-importante et très-considérable dans cette
seconde partie de <hi rend="italic">Henri IV</hi>, n'est cependant pas égale en mérite à
ce qu'offre, dans le même genre, la première partie. Falstaff est
parvenu, il a une pension, des grades; ses rapports avec le prince
sont moins fréquents; son esprit ne lui sert donc plus aussi fréquemment
à se tirer de ces embarras qui le rendaient si comique;
et la comédie est obligée de descendre d'un étage pour le représenter
dans sa propre nature, livré à ses goûts véritables et au milieu des
misérables dont il fait sa société, ou des imbéciles qu'il a encore
besoin de duper. Ces tableaux sont sans doute d'une vérité frappante
et abondent en traits comiques, mais la vérité n'est pas toujours assez
loin du dégoût pour que le comique nous trouve alors disposés à
toute la joie qu'il inspire; et les personnages sur qui tombe le
ridicule ne nous paraissent pas toujours valoir la peine qu'on en rie.
Cependant le caractère de Falstaff est parfaitement soutenu, et se
retrouvera tout entier quand on le verra reparaître ailleurs.</p>
        <p xml:id="fra-p-000028">La seconde partie de <hi rend="italic">Henri IV</hi> a paru, à ce qu'on croit, en 1598;
avant cette époque, on représentait sur la scène anglaise une pièce
intitulée <hi rend="italic">les Fameuses Victoires de Henri V</hi>, sorte de farce tragi-comique
dépourvue de tout mérite. Rien ne pourrait mieux faire
comprendre que ce vieux drame la merveilleuse transformation
qu'opéra Shakspeare dans les représentations théâtrales du siècle
d'Elisabeth.</p>
      </div>
      <div type="title-page" xml:id="fra-title-page-000002">
        <head>HENRI IV</head>
        <p xml:id="fra-p-000029" rend="subheading">TRAGÉDIE</p>
        <p xml:id="fra-p-000030" rend="subheading">DEUXIÈME PARTIE</p>
        <p xml:id="fra-p-000031">PERSONNAGES</p>
        <p xml:id="fra-p-000032" rend="preformatted">LE ROI HENRI IV.</p>
        <p xml:id="fra-p-000033" rend="preformatted">HENRI, prince de Galles, )</p>
        <p xml:id="fra-p-000034" rend="preformatted">ensuite roi sous le nom de )</p>
        <p xml:id="fra-p-000035" rend="preformatted">Henri V. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000036" rend="preformatted">THOMAS, duc de Clarence. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000037" rend="preformatted">LE PRINCE JEAN de Lancastre, ) ses fils</p>
        <p xml:id="fra-p-000038" rend="preformatted">ensuite duc de Bedford. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000039" rend="preformatted">LE PRINCE HUMPHROY )</p>
        <p xml:id="fra-p-000040" rend="preformatted">de Glocester, ensuite duc )</p>
        <p xml:id="fra-p-000041" rend="preformatted">de Glocester. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000042" rend="preformatted">LE COMTE DE WARWICK. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000043" rend="preformatted">LE COMTE DE WESTMORELAND. ) partisans</p>
        <p xml:id="fra-p-000044" rend="preformatted">GOWER. ) du roi</p>
        <p xml:id="fra-p-000045" rend="preformatted">HARCOURT. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000046" rend="preformatted">Le GRAND JUGE du banc du roi.</p>
        <p xml:id="fra-p-000047" rend="preformatted">UN GENTILHOMME attaché au grand juge.</p>
        <p xml:id="fra-p-000048" rend="preformatted">LE COMTE DE NORTHUMBERLAND. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000049" rend="preformatted">SCROOP, archevêque d'York. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000050" rend="preformatted">LORD MOWBRAY. ) ennemis</p>
        <p xml:id="fra-p-000051" rend="preformatted">LORD HASTINGS. ) du roi.</p>
        <p xml:id="fra-p-000052" rend="preformatted">LORD BARDOLPH. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000053" rend="preformatted">SIR JOHN COLEVILLE. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000054" rend="preformatted">TRAVERS. ) domestiques de Northumberland.</p>
        <p xml:id="fra-p-000055" rend="preformatted">MORTON. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000056" rend="preformatted">FALSTAFF.</p>
        <p xml:id="fra-p-000057" rend="preformatted">BARDOLPH.</p>
        <p xml:id="fra-p-000058" rend="preformatted">PISTOL.</p>
        <p xml:id="fra-p-000059" rend="preformatted">UN PAGE.</p>
        <p xml:id="fra-p-000060" rend="preformatted">POINS. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000061" rend="preformatted">PETO. ) attachés au prince Henri.</p>
        <p xml:id="fra-p-000062" rend="preformatted">SHALLOW. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000063" rend="preformatted">SILENCE. ) juges de comtés.</p>
        <p xml:id="fra-p-000064" rend="preformatted">DAVY, domestique de Shallow.</p>
        <p xml:id="fra-p-000065" rend="preformatted">MOULDY. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000066" rend="preformatted">SHADOW. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000067" rend="preformatted">WART. ) recrues.</p>
        <p xml:id="fra-p-000068" rend="preformatted">FEEBLE. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000069" rend="preformatted">BULLCALF. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000070" rend="preformatted">FANG. )</p>
        <p xml:id="fra-p-000071" rend="preformatted">SNARE. ) officiers du shérif.</p>
        <p xml:id="fra-p-000072" rend="preformatted">LA RENOMMÉE.</p>
        <p xml:id="fra-p-000073" rend="preformatted">UN PORTIER.</p>
        <p xml:id="fra-p-000074" rend="preformatted">UN DANSEUR qui prononce l'épilogue.</p>
        <p xml:id="fra-p-000075" rend="preformatted">LADY NORTHUMBERLAND.</p>
        <p xml:id="fra-p-000076" rend="preformatted">LADY PERCY.</p>
        <p xml:id="fra-p-000077" rend="preformatted">L'HÔTESSE QUICKLY.</p>
        <p xml:id="fra-p-000078" rend="preformatted">DOLL TEAR-SHEET.</p>
        <p xml:id="fra-p-000079" rend="preformatted">LORDS ET AUTRES PERSONNAGES DE SUITE,</p>
        <p xml:id="fra-p-000080" rend="preformatted">OFFICIERS, SOLDATS, MESSAGERS,</p>
        <p xml:id="fra-p-000081" rend="preformatted">GARÇONS DE CABARET, SERGENTS, PIQUEURS,</p>
        <p xml:id="fra-p-000082" rend="preformatted">ETC.</p>
        <p xml:id="fra-p-000083" rend="subheading">PROLOGUE</p>
        <p xml:id="fra-p-000084">À Warkworth. Devant le château de Northumberland.</p>
        <p xml:id="fra-p-000085"><hi rend="italic">Entre</hi> LA RENOMMÉE, <hi rend="italic">son vêtement parsemé de langues
peintes.</hi></p>
        <p xml:id="fra-p-000086">LA RENOMMÉE.--Ouvrez les oreilles: et qui de vous,
lorsque la bruyante Renommée se fait entendre, voudra
fermer les routes de l'ouïe? C'est moi qui, depuis l'Orient
jusqu'aux lieux où s'abaisse l'Occident, faisant du
vent mon cheval de voyage, divulgue sans cesse les entreprises
commencées sur ce globe de la terre. Sur mes
langues court sans cesse le scandale que je répands dans
tous les idiomes, remplissant de bruits mensongers les
oreilles des hommes. Je parle de paix, tandis que, cachée
sous le sourire de la tranquillité, la haine déchire le
monde. Et quel autre que la Renommée, quel autre que
moi produit le terrible appareil des armées, et les préparatifs
de défense, lorsque, gonflée d'autres maux,
l'année monstrueuse paraît prête à donner des fils au
féroce tyran de la guerre?--La Renommée est une flûte
où soufflent les soupçons, les inquiétudes, les conjectures,
et dont la touche est si simple et si facile qu'elle
peut être jouée par le monstre stupide aux têtes innombrables,
l'inconstante et factieuse multitude. Mais qu'ai-je
besoin d'anatomiser ma personne ici, au milieu de
ma propre famille? Pourquoi la Renommée se trouve-t-elle
en ce lieu? Je cours devant la victoire du roi Henri
qui, dans les plaines sanglantes de Shrewsbury, a terrassé
le jeune Hotspur et ses guerriers, éteignant le
flambeau de l'audacieuse révolte dans le sang même des
rebelles. Mais à quoi pensai-je de débuter par dire ici la
vérité! Mon rôle est plutôt de répandre au loin que Henri
Monmouth a succombé sous la colère du noble Hotspur,
que le roi lui-même a baissé, aussi bas que le tombeau,
sa tête sacrée devant la rage de Douglas. Voilà les bruits
que j'ai semés au travers des villes rustiques situées
entre ces plaines royales de Shrewsbury, et cette masse
de pierres inégales, repaire vermoulu où le père de
Hotspur, le vieux Northumberland, contrefait le malade.
Les messagers arrivent épuisés, et pas un d'eux n'apporte
d'autres nouvelles que celles qu'ils ont apprises
de moi. Ils reçoivent des langues de la Renommée, de
flatteurs et consolants mensonges, pires que le récit des
maux véritables.</p>
        <p xml:id="fra-p-000087">(Elle sort.)</p>
      </div>
      <div type="act" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-001">
        <head>ACTE PREMIER</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-001-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000001">Au même endroit.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000002">LE PORTIER <hi rend="italic">est devant la porte. Entre lord</hi> BARDOLPH.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000001">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000088">Qui garde la porte ici? Holà!--Où est le
comte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000002">
            <speaker>LE PORTIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000089">Sous quel nom vous annoncerai-je?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000003">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000090">Dis au comte que le lord Bardolph l'attend
ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000004">
            <speaker>LE PORTIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000091">Sa Seigneurie est allée se promener
dans le verger. Que Votre Honneur veuille bien prendre
la peine de frapper seulement à la porte, et il va vous
répondre lui-même.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000003">(Entre Northumberland.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000005">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000092">Voilà le comte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000006">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000093">Quelles nouvelles, lord Bardolph?
Chaque minute aujourd'hui devrait enfanter quelque
nouveau fait. Les temps sont désordonnés, et la Discorde,
comme un coursier échauffé par une trop forte nourriture,
a brisé son frein avec fureur et renverse tout sur
son passage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000007">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000094">Noble comte, je vous apporte des nouvelles
sûres de Shrewsbury.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000008">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000095">Bonnes, s'il plaît à Dieu!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000009">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000096">Aussi bonnes que le coeur les peut désirer.--Le
roi est blessé presque à mort; et de la main de milord
votre fils, le prince Henri tué roide; les deux Blount
tués par Douglas; le jeune prince Jean, Westmoreland
et Stafford ont fui du champ de bataille; et le cochon de
Henri Monmouth, le lourd sir Jean est prisonnier de
votre fils. Oh! jamais depuis les jours de bonheur de
César, aucun temps n'a été illustré d'une pareille journée
si bien défendue, si bien conduite, et si complétement
gagnée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000010">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000097">D'où tenez-vous ces nouvelles?
Avez-vous vu le champ de bataille? Venez-vous de
Shrewsbury?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000011">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000098">J'ai parlé, milord, à quelqu'un qui en venait,
un gentilhomme de bonne race et d'un nom recommandable,
qui m'a de lui-même raconté ces nouvelles
comme véritables.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000012">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000099">J'aperçois Travers, mon domestique,
que j'avais envoyé mardi dernier pour tâcher
d'apprendre quelques nouvelles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000013">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000100">Milord, je l'ai dépassé sur la route; il ne
sait rien de certain que ce qu'il peut avoir appris de moi.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000004">(Entre Travers.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000014">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000101">Eh bien, Travers, quelles bonnes
nouvelles nous apportez-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000015">
            <speaker>TRAVERS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000102">Milord, sir Jean Umfreville m'a fait retourner
sur mes pas avec de joyeuses nouvelles. Comme
il était mieux monté que moi, il m'a devancé. Après lui
j'ai vu venir, piquant avec ardeur, un cavalier presque
épuisé de la rapidité de sa course, qui s'est arrêté près
de moi pour laisser souffler son cheval tout ensanglanté:
il s'est informé du chemin de Chester; et je lui ai demandé
des nouvelles de Shrewsbury. Il m'a dit que la
cause des rebelles n'avait pas été heureuse, et que l'éperon
du jeune Henri Percy était refroidi. En disant ces
mots, il abandonne la bride à son cheval courageux, et,
courbé en avant, il enfonce ses éperons tout entiers dans
les flancs haletants de la pauvre bête, et partant d'un
élan, sans attendre d'autres questions, il semblait dans
sa course dévorer le chemin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000016">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000103">Ah!--Répète.--Il t'a dit que l'éperon
du jeune Percy était refroidi? Qu'Hotspur était sans
vigueur? Que les rebelles avaient été malheureux?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000017">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000104">Milord, je n'ai que cela à vous dire. Si le
jeune lord votre fils n'a pas l'avantage, sur mon honneur
je consens à donner ma baronnie pour un lacet de
soie; n'en parlons plus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000018">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000105">Eh pourquoi donc le cavalier qui
a rencontré Travers lui aurait-il donné les indices d'une
défaite?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000019">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000106">Qui? Lui? Bon, c'était quelque misérable
qui avait volé le cheval qu'il montait, et qui, sur ma
vie, a parlé au hasard: mais, tenez, voici encore des
nouvelles.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000005">(Entre Morton.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000020">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000107">Mais quoi, le front de cet homme,
semblable à la couverture d'un livre, annonce un volume
du genre tragique. Tel est l'aspect du rivage lorsqu'il
porte encore la trace de la tyrannique invasion des
flots. Parle, Morton, viens-tu de Shrewsbury?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000021">
            <speaker>MORTON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000108">Mon noble lord, je fuis de Shrewsbury, où
la mort détestée a revêtu ses traits les plus hideux pour
porter l'effroi dans notre parti.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000022">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000109">Comment se portent mon fils et
mon frère?--Tu trembles, et la pâleur de tes joues est
plus prompte que ta langue à me révéler ton message.
Tel, et ainsi que toi défaillant, inanimé, sombre, la mort
dans les yeux, vaincu par le malheur, parut celui qui
dans la profondeur de la nuit ouvrant le rideau de Priam,
essaya de lui dire que la moitié de la ville de Troie était
consumée; Priam vit la flamme avant que son serviteur
eût pu retrouver la voix. Et moi, je vois la mort de mon
cher Percy avant que tu me l'annonces. Je vois que tu
voudrais me dire: «Votre fils a fait ceci et ceci; votre
frère cela; ainsi a combattu le noble Douglas:» tu voudrais
arrêter mon oreille avide sur le récit de leurs vaillantes
prouesses, mais l'arrêtant en effet tout à coup,
un soupir gardé pour la fin va dissiper d'un souffle toutes
ces louanges, et terminer tout par ces mots: «Frère,
fils, tous sont morts.»</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000023">
            <speaker>MORTON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000110">Douglas est vivant et votre frère aussi, mais
pour milord votre fils....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000024">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000111">Quoi, il est mort! Vois combien la
crainte est prompte! Celui qui ne fait que redouter encore
ce qu'il voudrait ne pas apprendre sait par instinct
démêler dans les yeux d'autrui que ce qu'il redoute est
arrivé.--Cependant parle, Morton; dis à ton maître
que sa prescience lui a menti, et je recevrai cela comme
un affront qui m'est cher; et je t'enrichirai pour récompense
de cette injure.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000025">
            <speaker>MORTON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000112">Vous êtes trop grand pour que je vous contredise.
Votre pressentiment n'est que trop vrai, et vos
craintes que trop fondées.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000026">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000113">Malgré tout, cela ne dit pas que
Percy soit mort. Je vois un cruel aveu dans tes regards;
tu secoues la tête, et tiens pour dangereux ou criminel
de dire la vérité. S'il est tué, dis-le; ce ne sera point
une faute que d'annoncer sa mort: c'en est une que de
mentir sur une mort véritable, mais non pas de dire que
le mort ne vit plus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000027">
            <speaker>MORTON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000114">Cependant celui qui le premier apporte une
fâcheuse nouvelle est chargé d'un office où tout est perte
pour lui. De ce moment sa voix prend le son d'une cloche
funèbre qu'on se rappelle toujours accompagnant
de son tintement la mort d'un ami.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000028">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000115">Non, milord, je ne puis croire que votre
fils soit mort.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000029">
            <speaker>MORTON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000116">Je suis bien affligé d'être obligé de vous
forcer à croire ce que je demanderais au ciel de n'avoir
pas vu. Mais mes propres yeux l'ont vu, sanglant, épuisé
hors d'haleine, et ne répondant plus que par de faibles
coups à ceux d'Henri Monmouth, dont la rapide fureur
a renversé Percy, jusqu'alors invincible, sur la poussière,
d'où il ne s'est plus depuis relevé vivant. La mort
de ce héros, dont l'ardeur enflammait le plus stupide manant
de son camp, une fois ébruitée, a glacé l'ardeur du
plus brillant courage de son armée: car c'était de la
trempe de son âme que son parti empruntait la fermeté
de l'acier; une fois qu'elle a été détruite en lui, tout le
reste s'est affaissé sur soi-même, comme un plomb
inerte et lourd; et de même qu'une masse pesante de
sa nature vole avec d'autant plus de vitesse qu'elle est
lancée par une force supérieure; ainsi, lorsque la perte
de Hotspur eut appesanti nos soldats, ce poids reçut de
la peur une telle rapidité, que la flèche volant vers son
but ne surpasse pas en légèreté nos soldats voulant
chercher leur salut loin du champ de bataille. Alors le
noble Worcester fut trop tôt fait prisonnier; et ce fougueux
Écossais, le sanglant Douglas, dont l'active et laborieuse
épée avait tué jusqu'à trois fois la ressemblance
du roi, commença à mollir et perdre coeur, et honora
de son exemple la honte de ceux qui tournaient le dos!
La frayeur le fit trébucher en fuyant, et il fut pris. Enfin,
le résumé de tout ceci, c'est que le roi a la victoire;
et il a envoyé un détachement avec ordre de marcher à
grands pas contre vous, milord, sous la conduite du
jeune Lancastre et de Westmoreland. Voilà toutes les
nouvelles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000030">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000117">J'aurai assez de temps pour pleurer
ce malheur. Dans le poison se trouve le remède. Cette
nouvelle, si j'eusse joui de la santé, m'aurait rendu malade;
me trouvant malade, elle m'a en quelque sorte
guéri. Ainsi qu'un malheureux dont les nerfs affaiblis
par la fièvre fléchissent, comme des gonds sans force,
sous le poids de la vie, et qui dans l'impatience de son
accès s'élance, semblable à la flamme, des bras de son
gardien; ainsi mes membres, affaiblis par la douleur,
trouvent dans la rage de la douleur une force triple de
leur vigueur naturelle. Loin d'ici, faible béquille; maintenant
c'est un gantelet écailleux avec des charnières
d'acier qui doit revêtir cette main. Loin de moi aussi,
bonnet de malade, trop incertaine sauvegarde d'une tête
que des princes fortifiés par la conquête aspirent à frapper.
Ceignez de fer mon front. Vienne l'heure la plus
effroyable qu'osent annoncer la haine et les circonstances;
qu'elle menace de ses regards Northumberland
au désespoir; que le ciel et la terre se confondent; que
la main de la nature ne contienne plus l'impétuosité des
flots; que l'ordre périsse; et que ce monde cesse d'être
un théâtre où la discorde se nourrit de languissantes
querelles; que l'esprit de Caïn le premier-né s'empare de
tous les coeurs; que, toutes les âmes se précipitant dans
une sanglante carrière, cette terrible scène finisse en
laissant aux ténèbres le soin d'ensevelir les morts.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000031">
            <speaker>TRAVERS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000118">Ce violent transport aggrave votre mal,
milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000032">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000119">Cher comte, ne faites pas divorce avec
votre prudence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000033">
            <speaker>MORTON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000120">La vie de tous vos confédérés qui vous aiment
repose sur votre santé; si vous vous abandonnez
ainsi à des passions orageuses, elle doit nécessairement
dépérir. Mon noble lord, vous vous êtes déterminé à
risquer les chances de la guerre, et avant de dire: rassemblons
une armée, vous avez calculé la somme de
tous ses hasards. Vous avez supposé d'avance que dans
la dispensation des coups votre fils pouvait périr; vous
saviez qu'il marchait sur les périls, sur un bord escarpé
où la chute était plus vraisemblable que le salut; vous
étiez bien averti que sa chair était susceptible de blessures
et de plaies, et que son ardent courage le lancerait
toujours aux lieux où serait plus actif le commerce des
dangers; et cependant vous lui avez dit: marche. Nulle
de ces considérations, bien que vivement présentes à
votre imagination, n'a pu vous détourner de cette entreprise
obstinément résolue dans votre âme. Qu'est-il donc
arrivé? ou qu'a produit cette entreprise audacieuse,
sinon l'événement qui devait probablement advenir?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000034">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000121">Nous tous qui sommes intéressés dans
cette perte, nous savions que nous nous hasardions sur
une mer si dangereuse qu'il y avait dix contre un à parier
que nous y laisserions la vie. Cependant nous en avons
couru les risques. Pour conquérir l'avantage que nous
nous proposions, nous avons étouffé la considération du
péril presque évident que nous avions à redouter. Puisque
nous avons fait naufrage, hasardons encore. Venez;
nous mettrons tout dehors, corps et biens.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000035">
            <speaker>MORTON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000122">Il en est plus que temps; et, mon noble et
digne lord, j'ai appris avec certitude, et ce que je vous
dis ici est véritable, que le noble archevêque d'York
était en marche à la tête d'une armée bien disciplinée.
C'est un homme qui attache à lui ses partisans par un
double lien. Votre fils, milord, n'avait que les corps, des
ombres, des simulacres de soldats. Ce mot de rébellion
séparait leurs âmes de l'action de leurs corps. Ils ne
combattaient qu'avec répugnance et contrainte, comme
on avale une médecine. Leurs armes semblaient seules
de notre parti; car pour leur courage et leurs âmes, ce
mot de rébellion les avait congelés comme le poisson
dans un étang glacé. Mais aujourd'hui l'archevêque
tourne l'insurrection en entreprise religieuse: regardé
comme un homme de pures et saintes pensées, il est
suivi à la fois des corps et des âmes; sa puissance s'élève
fortifiée par le sang du beau roi Richard versé sur les
pierres de Pomfret. Il fait descendre du ciel sa querelle
et sa cause; il annonce à tous qu'il veut délivrer une
terre ensanglantée, respirant à peine sous le puissant
Bolingbroke; grands et petits s'assemblent par troupeaux
pour le suivre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000036">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000123">Je le savais auparavant; mais je
l'avoue, cette douleur présente l'avait effacé de ma mémoire.
Entrez avec moi, et que chacun donne son avis
sur les moyens les plus favorables à notre sûreté et à
notre vengeance. Faisons partir des courriers et des
lettres; hâtons-nous de nous faire des amis: jamais on
n'en eut si peu, et jamais on eut tant de besoin d'en
avoir.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000006">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-001-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000007">Une rue de Londres.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000008"><hi rend="italic">Entre</hi> SIR JEAN FALSTAFF, <hi rend="italic">suivi de son page qui porte
son épée et son bouclier</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000037">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000124">Eh bien, page, grand colosse, que dit le
docteur, que dit-il de mon urine?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000038">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000125">Monsieur, il a dit que l'urine en elle-même
était bonne et bien saine; mais que la personne dont
elle sortait avait l'air d'être attaquée de plus de maladies
qu'elle ne s'imaginait.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000039">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000126">Enfin les gens de toute espèce se font une
gloire de tirer sur moi. La cervelle de cette argile si
ridiculement pétrie, qu'on appelle <hi rend="italic">homme</hi>, n'est pas
capable de rien inventer de plus plaisant et de plus risible,
que ce que j'invente moi-même, ou ce qui s'invente
sur mon compte. Non-seulement je suis facétieux, moi,
mais c'est encore moi qui suis la cause de tout l'esprit
que peuvent avoir les autres. Je ressemble, en marchant
devant toi, à une laie qui a étouffé toute sa portée hors
un seul petit. Si le prince, en te mettant à mon service,
a eu quelque autre intention que celle de me faire ressortir,
je veux bien n'avoir pas le sens commun. Petit-maître
de mandragore
<note type="editorial" n="2" xml:id="fra-note-000002">On supposait que la mandragore représentait en petit la figure d'un homme.</note> que tu es, tu serais plus propre
à figurer sur mon chapeau qu'à courir sur mes talons.
Ma foi, je n'avais pas encore fait usage d'une agate
<note type="editorial" n="3" xml:id="fra-note-000003">I was never manned with an agate till now. Il paraît que l'agate au doigt était le signe de dignité d'un alderman. Le peu d'épaisseur de la pierre, et les figures qu'elle représente, en font assez souvent dans Shakspeare un objet de comparaison pour des figures minces et petites. Manned signifie servi, pourvu d'un valet (man). Selon toute apparence, il signifiait aussi du temps de Shakspeare, qui a la main garnie; man dans le sens de main, est encore en anglais la racine de plusieurs mots; dans cette supposition manned produirait ici un jeu de mots, ce qui est toujours probable.</note>; je
ne te ferai monter pourtant ni en or, ni en argent, mais
je t'empaqueterai dans de mauvais haillons pour te renvoyer
à ton maître, en manière de bijou; oui, à ce jouvenceau,
le prince ton maître, dont le menton n'est pas
encore emplumé: j'aurai de la barbe dans la paume de
ma main avant qu'il en ait sur les joues. Cependant il ne
fera pas difficulté de vous dire que sa face est une face
royale. Je ne sais quand il plaira au bon Dieu d'y donner
le dernier coup. Elle n'a pas encore perdu un poil
<note type="editorial" n="4" xml:id="fra-note-000004">Ceci fait probablement allusion à la tonte du drap, qui est une des dernières opérations de sa fabrication.</note>, et il
est bien sûr de la garder toujours face royale, car jamais
un barbier n'en tirera six pence
<note type="editorial" n="5" xml:id="fra-note-000005">He may keep it still as ou (selon les anciennes éditions) at a face-royal, for a barber shall never earn six pence out of it. Face-royal signifie certainement ici autre chose que royal face. C'était, selon toute apparence, le nom d'une pièce de monnaie, d'une valeur assez considérable, et le sens de la plaisanterie de Falstaff serait alors que le prince la conservera dans toute sa valeur, car un barbier ne gagnera jamais six pence dessus. Voilà ce qu'on y peut voir de plus clair; on trouvera souvent dans le cours de cette pièce des allusions aux usages du temps qu'il est impossible de traduire littéralement, et même d'expliquer tout à fait clairement.</note>; et cependant il veut
faire le coq, comme s'il avait brevet d'homme dès le
temps où son père était garçon. Ma foi, qu'il conserve
tant qu'il voudra sa grâce, je puis bien l'assurer qu'il
n'est plus dans la mienne.--Eh bien! que dit Dumbleton
au sujet du satin que je lui ai demandé pour me
faire un manteau court et des chausses à la matelote?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000040">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000127">Il dit, monsieur, qu'il faut que vous lui donniez
une meilleure caution que Bardolph: il ne veut
point de votre billet ni du sien, il ne s'est point soucié
de pareilles sûretés.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000041">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000128">Qu'il soit damné comme le riche glouton
<note type="editorial" n="6" xml:id="fra-note-000006">Le mauvais riche.</note>,
et la langue encore plus chaude! Le matin d'Achitophel!
Un misérable, un vrai maraud, qui vous tient un gentilhomme
le bec dans l'eau, et va chicaner sur des sûretés!
Ces canailles à têtes chauves ne portent plus que des
souliers à talons hauts et de gros paquets de clefs à leur
ceinture; et, si l'on veut entrer avec eux dans quelque
honnête marché à crédit, ils vous arrêtent sur les sûretés.
J'aimerais autant qu'ils me missent de la mort aux rats
dans la bouche, que de venir me la fermer avec leurs
sûretés. Je m'attendais qu'il allait m'envoyer vingt-deux
aunes de satin: sur mon Dieu, comme je suis loyal chevalier,
j'y comptais; et ce misérable-là m'envoie des
sûretés! Eh bien, il n'a qu'à dormir en <hi rend="italic">sûreté</hi>; car il porte
la corne d'abondance, et l'on voit les légèretés
<note type="editorial" n="7" xml:id="fra-note-000007">The lightness, légèreté et clarté.</note> de sa
femme briller au travers, et lui n'en voit rien, malgré la
lanterne qu'il porte pour s'éclairer.--Où est Bardolph?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000042">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000129">Il est allé à Smithfield pour acheter un cheval
à votre seigneurie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000043">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000130">Je l'ai acheté à Saint-Paul
<note type="editorial" n="8" xml:id="fra-note-000008">Saint-Paul passait pour le rendez-vous des escrocs et des mauvais sujets.</note>, lui, et il va
m'acheter un cheval à Smithfield! Si je pouvais seulement
raccrocher une femme dans la rue, il ne me faudrait
plus que cela pour être servi, monté et marié de la
même manière.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000009">(Entre le lord grand juge, et un huissier.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000044">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000131">Monsieur, voilà le lord juge qui a envoyé le
prince en prison, pour l'avoir frappé à l'occasion de Bardolph
<note type="editorial" n="9" xml:id="fra-note-000009">La tradition commune, suivie ici par Shakspeare, c'est que le lord grand juge Gascoygne, dont il est ici question, ayant fait arrêter pour félonie un des domestiques du jeune Henri, prince de Galles, celui-ci se rendit au tribunal pour demander qu'on le remît en liberté, et sur le refus du grand juge, se mit en devoir de le délivrer par force, et qu'alors le grand juge lui ayant commandé de se retirer, Henri s'emporta jusqu'à le frapper sur son tribunal. Cependant sir Thomas Elyot, qui écrivait sous Henri VI, dit simplement, en rapportant ce fait, que le prince s'avança vers le grand juge dans une telle fureur qu'on crut qu'il allait le tuer, ou lui faire quelque outrage; mais que le juge, sans se déranger de son siége, avec une contenance pleine de majesté, l'arrêta par les paroles suivantes: «Monsieur, souvenez-vous que je tiens ici la place du roi, votre souverain seigneur et père, à qui vous devez une double obéissance. Je vous ordonne donc en son nom de vous désister sur-le-champ de votre entreprise téméraire et illégale, et de donner désormais bon exemple à ceux qui seront un jour vos sujets; quant à présent, pour votre désobéissance et mépris de la loi, vous vous rendrez à la prison du banc du roi, où je vous constitue prisonnier, et vous y demeurerez jusqu'à ce que le roi votre père ait fait connaître sa volonté.» Sur quoi, le prince, frappé de respect, déposant aussitôt son épée, se rendit en prison. Shakspeare a suivi la version de Hollinshed, qui, d'après Hall, rapporte que le prince frappa le grand juge. Il suppose aussi, d'après le même écrivain, qu'à cette occasion Henri perdit sa place au conseil, où il fut remplacé par son frère Jean de Lancastre (voy. la 1re partie d'Henri IV, acte III, scène II.) Mais ce fait paraîtrait en contradiction avec les paroles que prononça, dit-on, le roi à cette occasion, et que Shakspeare lui-même rapporte à la fin de la seconde partie d'Henri IV, dans le discours qu'il prête à Henri V devenu roi: au surplus, ce discours et la circonstance qui y donne occasion, sont, autant qu'on en peut juger, une invention du poëte. Il paraît constant que le grand juge Gascoygne mourut avant Henri IV, vers la fin de 1412. Hume rapporte comme Shakspeare la conduite de Henri V avec Gascoygne. On serait tenté de croire qu'il n'a eu sur ce point d'autre autorité que le poëte dont il emprunte à peu près les expressions.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000045">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000132">Suis-moi promptement; je ne veux pas le
voir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000046">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000133">Quel est cet homme qui s'en va là-bas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000047">
            <speaker>L'HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000134">C'est Falstaff, sous le bon plaisir de votre
seigneurie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000048">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000135">Celui qui était impliqué dans l'affaire du vol?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000049">
            <speaker>L'HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000136">Oui, milord, c'est lui-même: mais depuis
ce temps-là il a bien servi à Shrewsbury; et, à ce que
j'entends dire, il va partir chargé de quelque commission
pour Son Altesse Royale de Lancastre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000050">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000137">Quoi! il part pour York? Rappelez-le.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000051">
            <speaker>L'HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000138">Sir Jean Falstaff?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000052">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000010">au page</stage>
            <p xml:id="fra-p-000139">Mon garçon, dis-lui que je suis
sourd.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000053">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000140">Parlez plus haut: mon maître est sourd.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000054">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000141">Je suis bien sûr qu'il est sourd à tout ce
qu'on peut lui dire de bon. Allez, tirez-le par le coude.
Il faut absolument que je lui parle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000055">
            <speaker>L'HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000142">Sir Jean?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000056">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000143">Qu'est-ce qu'il y a? Comment, maraud,
jeune comme tu l'es, mendier! N'y a-t-il pas une guerre?
N'y a-t-il pas de l'emploi? Le roi n'a-t-il pas besoin de
sujets? Les rebelles, de soldats? Quoiqu'il n'y ait qu'un
seul parti qu'on puisse suivre avec honneur, il est encore
plus honteux de mendier que de suivre le plus mauvais,
fût-il même encore cent fois plus odieux que le nom de
rébellion ne peut le faire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000057">
            <speaker>L'HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000144">Monsieur, vous me prenez pour un autre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000058">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000145">Eh quoi! monsieur? Est-ce que je vous ai
dit que vous étiez un honnête homme? Sauf le respect
que je dois à ma qualité de chevalier et à mon état militaire,
j'en aurais menti par la gorge, si je l'avais dit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000059">
            <speaker>L'HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000146">Eh bien, je vous en prie, monsieur, mettez
donc votre qualité de chevalier et votre état militaire
de côté, et permettez-moi de vous dire que vous en avez
menti par la gorge, si vous osez dire que je suis autre
chose qu'un honnête homme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000060">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000147">Moi, que je te permette de me parler ainsi?
Que je mette de côté ce qui tient à mon existence? Si tu
obtiens jamais cette permission-là de moi, je veux bien
que tu me pendes; et si tu la prends, il vaudrait mieux
pour toi que tu fusses pendu, infâme happe-chair; veux-tu
courir, gredin?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000061">
            <speaker>L'HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000148">Monsieur, milord voudrait vous parler.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000062">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000149">Sir Jean Falstaff, je voudrais vous dire un
mot.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000063">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000150">Ah! mon cher lord, je souhaite bien le
bonjour à votre seigneurie: je suis enchanté de voir
votre seigneurie sortie; on m'avait dit que votre seigneurie
était malade; j'espère sans doute que c'est par
avis de médecin que votre seigneurie prend l'air. Quoique
votre seigneurie ne soit pas encore tout à fait hors
de la jeunesse, cependant elle ne laisse pas d'avoir déjà
un avant-goût de maturité et de se ressentir un peu des
amertumes de l'âge: permettez donc que je supplie en
grâce votre seigneurie d'avoir le soin le plus attentif de
sa santé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000064">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000151">Sir Jean, je vous avais fait demander avant
votre expédition de Shrewsbury.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000065">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000152">Avec votre permission, on dit que Sa Majesté
est revenue du pays de Galles avec quelques chagrins.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000066">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000153">Je ne parle pas de Sa Majesté. Vous ne vous
êtes pas soucié de venir, lorsque je vous ai envoyé chercher.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000067">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000154">Et on dit même que Sa Majesté a eu une
nouvelle attaque de cette coquine d'apoplexie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000068">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000155">Eh bien, que Dieu veuille la guérir! mais
écoutez ce que j'ai à vous dire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000069">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000156">Cette apoplexie est, à ce que je m'imagine,
une espèce de léthargie; n'est-ce pas, milord? comme
qui dirait un assoupissement du sang, un coquin de
tintement dans les oreilles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000070">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000157">Qu'est-ce que vous me contez là? Qu'elle
soit ce qu'elle voudra.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000071">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000158">Cela vient de beaucoup de chagrin, de
l'étude et des tourments d'esprit. J'ai lu la cause de ses
effets dans Galien; c'est une espèce de surdité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000072">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000159">Je crois, ma foi, que vous tenez aussi un peu
de cette surdité-là; car vous n'entendez rien de ce que
je vous dis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000073">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000160">Fort bien dit, milord, fort bien: ou plutôt,
avec votre permission, c'est la maladie de ne pas écouter,
l'infirmité de ne pas faire attention, dont je suis attaqué.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000074">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000161">Une correction par les talons pourrait guérir
le défaut d'attention de vos oreilles. C'est ce qui ne
m'embarrassera guère si je deviens votre médecin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000075">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000162">Je suis bien aussi pauvre que Job, milord,
mais pas tout à fait si patient que lui. Dans le premier
cas, votre seigneurie peut bien, si cela lui plaît, m'administrer
la recette de l'emprisonnement à cause de ma
pauvreté: mais jusqu'à quel point votre patient consentirait-il
à suivre vos ordonnances, c'est en quoi les savants
pourraient bien admettre quelques parties de scrupule,
et peut-être même un scrupule tout entier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000076">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000163">Je vous ai envoyé chercher, pour me parler
sur des choses où il n'allait pas moins que de votre vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000077">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000164">Et comme j'ai été conseillé par mon avocat,
qui est très-versé dans les lois de ce pays, je ne me
suis pas rendu chez vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000078">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000165">Fort bien; mais le fait est, sir Jean, que vous
vivez dans une grande infamie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000079">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000166">Je défie quiconque pourra se serrer dans
mon ceinturon de vivre à moins.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000080">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000167">Vos moyens sont très-minimes, et vous faites
grosse dépense.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000081">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000168">Je voudrais qu'il en fût autrement. J'aimerais
bien mieux avoir des moyens plus grands, et dépenser
moins gros
<note type="editorial" n="10" xml:id="fra-note-000010">Le grand juge a dit à Falstaff your waste (consommation) is great. Falstaff répond I would... my waist (taille) slenderer. Jeu de mots impossible à rendre littéralement.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000082">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000169">Vous avez perverti le jeune prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000083">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000170">C'est le jeune prince qui m'a perverti. Je
suis l'homme au gros ventre, et lui mon chien
<note type="editorial" n="11" xml:id="fra-note-000011">I am the fellow the great belly, and he my dog. Probablement on voyait dans les rues, du temps de Shakspeare, un homme que son gros ventre empêchait tellement de voir devant lui qu'il se faisait conduire par un chien.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000084">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000171">Enfin, je ne veux pas rouvrir une plaie récemment
guérie: votre service à la journée de Shrewsbury
a un peu replâtré vos exploits de nuit à Gadshill.
Vous avez à remercier les troubles d'aujourd'hui, de ce
que vous avez vu se passer sans trouble une pareille
affaire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000085">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000172">Milord?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000086">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000173">Mais puisque tout est raccommodé, ayez
soin que les choses restent comme elles sont, et n'éveillez
pas le loup qui dort.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000087">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000174">Réveiller un loup est aussi fâcheux que
de sentir un renard.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000088">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000175">Songez que vous êtes comme une chandelle,
le meilleur en est usé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000089">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000176">Comme un gros cierge, milord, et tout de
suif, et quand j'aurais dit de cire, cela ne conviendrait
pas mal à la gravité de ma personne
<note type="editorial" n="12" xml:id="fra-note-000012">If I did say of wax, my growth would approve the truth. Wax signifie cire et croître, croissance. Si l'on veut prendre le jeu de mots sur cire (sire), en compensation du jeu de mots anglais impossible à rendre, on en a toute liberté.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000090">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000177">Il n'y a pas un poil blanc sur toute votre
figure qui ne dût produire en vous sa portion de gravité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000091">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000178">Qui ne dût produire sa part de jus, jus,
jus
<note type="editorial" n="13" xml:id="fra-note-000013">Le juge a dit gravity (gravité). Falstaff répond gravy (jus).</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000092">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000179">Vous suivez le jeune prince partout comme
son mauvais ange.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000093">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000180">Vous vous trompez, milord, un mauvais
ange n'est pas de poids
<note type="editorial" n="14" xml:id="fra-note-000014">Angel, ange, angelot, nom d'une monnaie.</note>; au lieu que quiconque me
regardera seulement me prendra bien, j'espère, sans
me peser: et cependant, je l'avoue, à quelques égards,
je ne serais pas de cours. La vertu a si peu de prix dans
ces vils siècles de négoce, que le véritable courage se
fait meneur d'ours, la vivacité d'esprit servante de cabaret,
et elle est obligée d'employer toute la promptitude
de ses reparties à présenter des comptes et dépenses: et
tous les autres dons qui appartiennent à l'homme, à la
manière dont la méchanceté du siècle les accommode,
ne valent pas un grain de groseille. Vous qui êtes vieux,
vous ne nous tenez pas compte de nos facultés à nous
autres qui sommes jeunes; vous jugez de la chaleur de
notre foie suivant l'amertume de votre bile; et nous qui
sommes dans la fougue de la jeunesse, j'avoue que nous
sommes aussi un peu crânes parfois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000094">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000181">Osez-vous encore placer votre nom dans la
liste des jeunes gens, vous sur qui la main du temps a
écrit en toutes lettres que vous êtes vieux? N'avez-vous
pas l'oeil larmoyant, la main sèche, le visage jaune, la
barbe blanche, une jambe qui diminue et un ventre qui
grossit? N'avez-vous pas la voix cassée, l'haleine courte,
le menton épais et l'esprit mince? Enfin tout n'est-il pas
chez vous ravagé par la vieillesse? Et vous vous traitez
encore de jeune homme? Fi, fi, fi, sir Jean!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000095">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000182">Milord, je suis né à trois heures de l'après-dînée,
ayant la tête blanche et le ventre déjà un peu
rond. Quant à ma voix, je l'ai perdue à force de crier
après mes soldats et de chanter des antiennes. Vous
donner d'autres preuves encore de ma jeunesse, c'est
ce que je ne ferai point. La vérité est que je ne suis
vieux que d'esprit et de conception; et quiconque voudra
gagner mille guinées avec moi à qui fera le meilleur
entrechat n'a qu'à m'avancer l'enjeu, et je suis son
homme. Pour le soufflet que le prince vous a donné, il
vous l'a donné en homme brutal, et vous, vous l'avez
reçu en seigneur sensé. Je l'ai réprimandé dans le temps
pour cela; et le jeune lion en fait pénitence aujourd'hui,
non pas à la vérité dans la cendre et le cilice, mais avec
des habits de soie neufs et de vieux vin d'Espagne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000096">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000183">Allons; Dieu veuille donner au prince un
meilleur compagnon!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000097">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000184">Dieu veuille donner au compagnon un
meilleur prince! car je ne saurais me dépêtrer de lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000098">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000185">Eh bien! le roi vous a séparé du prince
Henri, car on m'a dit que vous partiez avec le prince de
Lancastre qui marche contre l'archevêque et le comte de
Northumberland.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000099">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000186">Oui, et j'en rends grâces à votre aimable et
charmante imagination; mais songez donc à prier, vous
autres qui restez à la maison à caresser milady la Paix,
que nos deux armées ne se joignent pas dans une journée
chaude: car, ma foi, je n'emporte que deux chemises
avec moi, et je ne prétends pas suer extraordinairement.
Si la journée est chaude, je veux ne jamais
cracher blanc de ma vie, si je brandis autre chose que
la bouteille. Il ne lui passe pas par la tête une entreprise
dangereuse qu'il ne me fourre dedans. A la bonne
heure, mais je ne peux pas toujours durer.--Ç'a toujours
été notre tic à nous autres Anglais, quand nous avons
quelque chose de bon, nous le mettons à toutes sauces.
S'il vous convient de me trouver si vieux, vous devriez
bien me donner un peu de repos. Plût à Dieu que mon
nom ne fût pas aussi terrible à l'ennemi qu'il l'est!
J'aimerais mieux mille fois être mangé de la rouille jusqu'aux
os, que de me voir fondu et réduit à rien par un
mouvement perpétuel.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000100">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000187">Allons, soyez honnête homme, soyez honnête
homme. Et que Dieu bénisse votre expédition!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000101">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000188">Votre seigneurie voudrait-elle me prêter
seulement un millier de guinées pour monter mon équipage?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000102">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000189">Pas un penny, pas un penny. Vous êtes
trop vif à vouloir vous charger de croix
<note type="editorial" n="15" xml:id="fra-note-000015">Crosses, nom d'une pièce de monnaie.</note>. Adieu, faites
bien mes compliments à mon cousin de Westmoreland.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000011">(Il sort avec l'huissier.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000103">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000190">Si j'en fais rien, je veux bien qu'on me
berne sur la couverture d'un coffre
<note type="editorial" n="16" xml:id="fra-note-000016">Filliss me with a three-man bretle to filliss. Fillissing est le nom d'une espèce de jeu, qui consiste à placer un crapaud sur le bout d'une bascule dont on frappe l'autre bout avec un maillet, ce qui fait sauter le crapaud en l'air. Le three-man bretle est un instrument mis en mouvement par trois hommes, pour enfoncer des pieux. Ces deux allusions étant impossibles à rendre, on a choisi ce qui a paru exprimer le mieux la même idée.</note>. L'homme ne peut
pas plus séparer la vieillesse de l'avarice, qu'il ne peut
chasser la luxure d'un jeune corps. Mais aussi l'un est
pris de la goutte, et l'autre prend.....
<note type="editorial" n="17" xml:id="fra-note-000017">The poe.</note> Ce qui fait que je
n'ai plus rien à leur souhaiter.--Page!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000104">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000191">Monsieur!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000105">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000192">Combien y a-t-il dans ma bourse?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000106">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000193">Sept groats et deux pence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000107">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000194">Je ne sais aucun remède contre cette consomption
de la bourse. Emprunter ne sert qu'à la faire
traîner, et traîner jusqu'à la fin; mais le mal reste incurable.
Tiens; va porter cette lettre à milord de Lancastre,
celle-ci au prince, cette autre au comte de Westmoreland,
celle-ci, c'est pour la vieille mistriss Ursule, à qui
je promets toutes les semaines de l'épouser, depuis que
j'ai aperçu le premier poil blanc à mon menton. A propos
de cela, vous savez où me rejoindre. (<hi rend="italic">Le page sort.</hi>)
La peste soit de cette goutte
<note type="editorial" n="18" xml:id="fra-note-000018">A poe of this gout! on a gout of this poe! Il a fallu ôter au langage de Falstaff beaucoup de son naturel pour rendre ce passage supportable en français.</note> ou que la goutte soit de
l'autre! Car je ne sais de la goutte ou de l'autre lequel
fait le diable autour de mon gros orteil. Il n'y a pas grand
mal, si je fais un peu de halte; je donnerai mes guerres
pour cause de mes souffrances, et ma pension en paraîtra
d'autant plus juste; avec de l'esprit, on tire parti de tout:
je ferai servir mes infirmités à mon bien-être.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000012">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-001-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000108">
            <speaker>Y</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000013">ork</stage>
            <p xml:id="fra-p-000195">Appartement dans le palais de l'archevêque.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000014"><hi rend="italic">Entrent</hi> L'ARCHEVÊQUE D'YORK, <hi rend="italic">les lords</hi> HASTINGS,
MOWBRAY et BARDOLPH.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000109">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000196">Vous venez d'entendre nos motifs,
et vous connaissez nos ressources; à présent, mes
nobles et dignes amis, je vous prie tous de déclarer franchement
ce que vous pensez de nos espérances; et d'abord,
vous, lord maréchal, qu'en dites-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000110">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000197">Je conviens qu'il y a lieu à prendre les
armes; mais je voudrais voir un peu mieux comment,
avec ce que nous avons de forces, nous pourrons parvenir
à faire tête, avec quelque confiance et quelque sûreté,
aux troupes et à la puissance du roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000111">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000198">Le nombre actuel de nos troupes, d'après
la dernière revue, monte à vingt-cinq mille hommes d'élite,
et derrière nous de vastes ressources reposent sur
l'espérance des secours du puissant Northumberland,
dont le coeur brûle d'une flamme allumée par les injures.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000112">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000199">Ainsi, lord Hastings, voici donc l'état de
la question; pouvons-nous, avec les vingt-cinq mille
hommes que nous avons actuellement, tenir tête au
roi, sans Northumberland?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000113">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000200">Avec lui, ils peuvent suffire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000114">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000201">Eh! oui, sans doute, avec lui. Mais si,
sans lui, nous nous croyons trop faibles, mon avis est
que nous ne devons pas nous avancer trop loin, avant
d'avoir reçu son renfort. Car, dans une affaire d'un
aspect aussi sanglant que celle-ci, les conjectures, les
vaines attentes, et la perspective des secours incertains
ne doivent pas être admis dans nos calculs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000115">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000202">Rien n'est plus vrai, lord Bardolph;
car c'est là précisément le cas où s'est trouvé le
jeune Hotspur à Shrewsbury.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000116">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000203">Précisément, milord. Soutenu par l'espérance,
il vécut d'air, attendant les renforts promis, et se
flattant de la perspective d'un secours qui se trouva
bien au-dessous de la plus petite de ses idées; ainsi, par
la force de son imagination, ce qui est le propre des
fous, il conduisit ses troupes à la mort, et s'élança les
yeux fermés dans l'abîme de la destruction.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000117">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000204">Mais avec votre permission, il n'y a jamais
eu d'inconvénient à calculer les probabilités et les motifs
d'espérance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000118">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000205">Il y en a dans une guerre de la nature de
la nôtre. Dans une entreprise commencée, l'action du
moment s'enrichit d'espérances, de même qu'un printemps
hâtif nous montre les boutons qui commencent à
poindre; mais l'espoir qu'ils se changeront en fruits
s'appuie sur de bien moindres certitudes que la crainte
de les voir mordus de la gelée. Quand nous voulons
bâtir, nous commençons par examiner le projet, ensuite
nous traçons le plan; et, lorsque nous avons le dessin de
la maison sous nos yeux, il faut ensuite faire le calcul
des frais de construction. Si nous trouvons qu'ils excèdent
nos facultés, que faisons-nous alors? nous traçons
un plan nouveau où les appartements sont rétrécis; ou
bien, nous renonçons à bâtir. A plus forte raison dans
cette grande entreprise, où il s'agit presque de renverser
un royaume et d'en élever un autre, devons-nous examiner
d'abord l'état des choses, considérer le plan, tomber
d'accord d'une base sûre, consulter les ouvriers en
chef, connaître nos propres facultés, considérer quelles
sont nos forces pour entreprendre un pareil ouvrage et
les peser contre celles de notre ennemi. Autrement,
nous nous composerons des armées sur le papier et en
peinture, nous prendrons des noms d'hommes pour les
hommes mêmes, et nous serons dans le cas de celui qui
trace un modèle d'édifice au-dessus des ressources qu'il
a pour le construire; puis il abandonne l'ouvrage à moitié
fait, laissant la portion qu'il a élevée à grands frais,
exposée sans défense comme pour servir d'objet aux
pleurs des nuages, et de victime à la tyrannie du cruel
hiver.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000119">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000206">Supposez que nos espérances, malgré leur
belle apparence, avortent en naissant, et que nous possédions
en ce moment jusqu'au dernier des soldats que
nous pouvons attendre, je crois encore que, dans cet état
même, nous formons un corps assez puissant pour balancer
les forces du roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000120">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000207">Quoi! le roi n'a-t-il que vingt-cinq
mille hommes?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000121">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000208">Contre nous, pas davantage; pas même
tant, lord Bardolph; car, pour répondre aux divers
points où la guerre menace, il a coupé son armée en
trois corps. L'un marche contre les Français
<note type="editorial" n="19" xml:id="fra-note-000019">Débarqués dans le pays de Galles pour soutenir Glendower.</note>: le second
contre Glendower, et il est forcé de nous opposer le troisième.
Ainsi, ce roi mal assuré est obligé de se partager
en trois, et ses coffres ne rendent plus que le son creux
du vide et de la pauvreté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000122">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000209">Qu'il puisse rassembler ses
forces divisées, et qu'il vienne fondre sur nous avec toute
sa puissance, c'est ce qui n'est nullement à craindre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000123">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000210">Il faudrait pour cela, qu'il laissât ses derrières
sans défense contre les Français et les Gallois continuellement
sur ses talons: ne craignez pas qu'il en
fasse rien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000124">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000211">Qui doit, suivant les apparences, commander
l'armée destinée contre nous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000125">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000212">Le duc de Lancastre et Westmoreland.
Contre les Gallois, c'est lui-même avec Henri Monmouth;
mais quel est le chef qu'on oppose aux Français, c'est ce
dont je n'ai aucune certitude.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000126">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000213">Marchons en avant, et publions
les motifs qui nous mettent les armes à la main. Le
peuple est las de son propre choix. Son trop avide amour
s'est fatigué de ses propres excès. C'est une demeure
mobile et incertaine que celle qui se bâtit sur le coeur
du vulgaire! O multitude imbécile, avec quelles bruyantes
acclamations n'as-tu pas fatigué le ciel de tes bénédictions
sur Bolingbroke, avant qu'il fût ce que tu souhaitais
qu'il devînt! Et aujourd'hui que tes voeux se trouvent
accomplis, animal vorace, tu es si rassasié de lui,
que tu t'excites toi-même à le rejeter.... Ce fut ainsi,
chien sans pudeur, que de ton estomac glouton tu vomis
l'auguste Richard; et maintenant tu voudrais revenir à
ton vomissement
<note type="editorial" n="20" xml:id="fra-note-000020">Expression de l'Ecriture.</note>, et tu hurles pour le retrouver. Quelle
confiance fonder sur des temps comme les nôtres? Ceux
qui, lorsque Richard vivait, le souhaitaient mort, sont
maintenant amoureux de son tombeau!... Toi qui jetais
de la poussière sur sa tête sacrée, lorsqu'au travers
de la superbe Londres il marchait en soupirant derrière
les admirés de Bolingbroke, tu cries aujourd'hui: <hi rend="italic">O
terre, rends-nous ce roi, et prends celui-ci.</hi> Maudites soient
les pensées des hommes! Le passé et l'avenir sont toujours
préférés, et le présent est toujours le pire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000127">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000214">Irons-nous rassembler nos troupes, et
nous mettrons-nous en campagne?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000128">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000215">Nous sommes les sujets du temps, et le
temps nous ordonne de partir.</p>
          </sp>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-002">
        <head>ACTE DEUXIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-002-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000015">Une rue de Londres.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000016"><hi rend="italic">Entrent</hi> L'HÔTESSE <hi rend="italic">avec</hi> FANG <hi rend="italic">et son valet</hi>,
SNARE
<note type="editorial" n="21" xml:id="fra-note-000021">Fang, serre; snare, piége. La plupart des noms comiques de cette pièce sont significatifs.</note> <hi rend="italic">quelques instants après</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000129">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000216">Eh bien, monsieur Fang, avez-vous dressé
ma plainte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000130">
            <speaker>FANG</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000217">Oui, elle est dressée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000131">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000218">Où est votre recors? Est-ce un homme
robuste? tiendra-t-il ferme?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000132">
            <speaker>FANG</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000219">Garçon, où est Snare?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000133">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000220">Oh! oui, mon Dieu, le bon M. Snare.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000134">
            <speaker>SNARE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000221">Me voilà, me voilà.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000135">
            <speaker>FANG</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000222">Snare, il faut arrêter sir Jean Falstaff.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000136">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000223">Oui, mon bon monsieur Snare, j'ai fait
faire ma plainte et tout.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000137">
            <speaker>SNARE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000224">Il pourrait bien en coûter la vie à quelqu'un
de nous dans cette affaire-là: il jouera du poignard.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000138">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000225">Hélas! mon Dieu, prenez bien garde à lui:
il m'a poignardée moi-même dans ma propre maison, et
cela le plus brutalement du monde. Il ne s'embarrasse
pas où il frappe; une fois que son arme est tirée, il
fourrage partout comme un démon, et n'épargne ni
homme, ni femme, ni enfant.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000139">
            <speaker>FANG</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000226">Ah! si je peux le joindre et l'empoigner une
fois, je ne m'embarrasse pas de ses coups.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000140">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000227">Oh! ni moi non plus. Je serai près de
vous, je vous prêterai la main.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000141">
            <speaker>FANG</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000228">Si je l'empoigne une fois! qu'il vienne seulement
dans mes pinces.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000142">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000229">Je suis ruinée par son départ; je puis vous
assurer qu'il n'en finit pas sur mon livre de compte.
Mon bon monsieur Fang, tenez-le bien ferme! Mon bon
monsieur Snare, ne le laissez pas échapper. Il vient continuellement
à Pye-Corner pour acheter, sous votre respect,
une selle; et il est encore invité à dîner rue des
Lombards, à la <hi rend="italic">Tête-du-Léopard</hi>, chez M. Smooth, marchand
de soie. Oh! je vous en prie, puisque ma plainte
est dressée, et que mon histoire est ouvertement connue
de tout le monde, obligez-le donc à me satisfaire. Cent
marcs! c'est une grande chose à porter pour une pauvre
femme toute seule. Et j'ai pourtant supporté, supporté,
supporté! J'ai été renvoyée, renvoyée, renvoyée d'un
jour à l'autre; que cela fait honte, quand on y pense.
Ce n'est pas en agir honnêtement, à moins qu'on ne
regarde une femme comme un âne, une bête faite pour
supporter tous les torts que voudra lui faire le premier
coquin.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000017">(Entrent sir Jean Falstaff, Bardolph et le Page.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000143">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000230">Le voilà là-bas qui vient, et cet autre nez
enluminé de malvoisie, ce scélérat de Bardolph avec lui.
Faites votre devoir, faites votre devoir, monsieur Fang;
et vous aussi, monsieur Snare: oui, faites-moi, faites-moi,
faites-moi bien votre devoir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000144">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000231">Qu'est-ce que c'est? qui donc a perdu son
âne ici? de quoi s'agit-il?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000145">
            <speaker>FANG</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000232">Sir Jean, je vous arrête à la requête de mistriss
Quickly.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000146">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000233">Au diable, faquins! Dégaine, Bardolph.--Coupe-moi
la tête à ce maraud-là. Flanque-moi la princesse
dans le ruisseau.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000147">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000234">Me jeter dans le ruisseau! C'est moi qui
vais t'y jeter. Veux-tu, veux-tu, coquin de bâtard que
tu es? Au meurtre! Au meurtre! Chien d'<hi rend="italic">assassineur</hi> que
tu es, veux-tu tuer les officiers du bon Dieu et du roi?
Coquin d'<hi rend="italic">armicide</hi> que tu es. Tu es un vrai <hi rend="italic">armicide</hi>, un
bourreau d'hommes et un bourreau de femmes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000148">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000235">Écarte-moi ces canailles-là, Bardolph.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000149">
            <speaker>FANG</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000236">Main-forte! main-forte!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000150">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000237">Bons amis, prêtez-nous la main, un ou
deux de vous. Veux-tu bien? Quoi! tu ne veux pas? Ne
veux-tu pas? Tu ne veux pas? Va donc, coquin!... Va
donc, gibier de potence!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000151">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000238">Au diable, marmiton, manant, puant: je
vous chatouillerai votre catastrophe
<note type="editorial" n="22" xml:id="fra-note-000022">Catastrophe, dans l'argot du temps, signifiait, à ce qu'il paraît, une partie du corps; on ne sait pas bien laquelle.</note>.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000018">(Entre le lord grand juge.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000152">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000239">De quoi s'agit-il? Qu'on se tienne en paix
ici: holà!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000153">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000240">Mon bon seigneur, soyez-moi favorable;
je vous en prie, soyez pour moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000154">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000241">Qu'est-ce que c'est, sir Jean? Quoi! vous êtes
ici à faire tapage? Cela sied-il à votre place, aux circonstances
présentes et à votre emploi? Vous devriez déjà
être en chemin pour York. Lâche-le, toi, l'ami: pourquoi
te suspends-tu à lui de la sorte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000155">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000242">O mon très-honoré lord! Plaise à votre
grandeur; je suis une pauvre veuve d'Eastcheap, et il
est arrêté à ma requête.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000156">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000243">Pour quelle somme?
<note type="editorial" n="23" xml:id="fra-note-000023">For what sum? (pour quelle somme?) demande le juge. It is more than for some (c'est plus que pour quelque chose), répond l'hôtesse; jeu de mots intraduisible.</note></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000157">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000244">Ce n'est pas seulement pour une somme,
milord, c'est pour le tout, tout ce que j'ai; il m'a mangé
maison et tout: il a fourré tout ce que j'avais dans son
gros ventre: mais j'en retirerai quelque chose, si je
peux; ou je galoperai sur toi toutes les nuits comme le
cauchemar.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000158">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000245">Il pourrait bien arriver, je crois, que ce fût
moi, si j'avais l'avantage du terrain.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000159">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000246">Qu'est-ce que tout cela veut dire, sir Jean?
Fi donc; quel homme ayant un peu de coeur voudrait
s'exposer à cet orage de criailleries! N'avez-vous pas
honte d'obliger une pauvre veuve d'en venir à ces extrémités,
pour arracher son dû?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000160">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000247">Quelle est donc la grosse somme que je te
dois?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000161">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000248">Jarni! si tu étais un honnête homme, tu
me dois ta personne et cet argent aussi. Ne m'as-tu pas
juré sur un gobelet à figures dorées, comme tu étais assis
dans ma chambre du dauphin à la table ronde, auprès
d'un feu de houille, le mercredi de la semaine de la Pentecôte,
le jour que le prince te cassa la tête pour avoir
comparé le roi son père à un chanteur de Windsor; ne
m'as-tu pas juré alors, comme j'étais à te laver ta
plaie, que tu m'épouserais, et que tu me ferais milady
ta femme? Peux-tu nier cela? N'est-il pas venu sur ces
entrefaites la bonne femme Keech, la bouchère, qui m'a
appelée comme cela: Commère Quickly; et qui venait
m'emprunter un carafon de vinaigre, en disant qu'elle
avait un bon plat de crevettes, même à telles enseignes
que tu voulais en manger; et moi, que je te dis à
telles enseignes que ça ne valait rien pour une blessure
fraîche. Et ne m'as-tu pas recommandé, dès qu'elle a
été descendue en bas, de ne plus avoir tant de familiarités
avec ces petites gens-là, disant qu'avant peu ils
m'appelleraient madame: et ne m'as-tu pas alors embrassée
et priée de t'aller chercher trente schellings? Là!
je te mets à ton serment sur l'Évangile: nie-le, si tu peux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000162">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000249">Milord, cette pauvre créature est folle;
elle va, disant de côté et d'autre par la ville que son fils
aîné vous ressemble. Elle s'est vue assez bien autrefois;
et le fait est que la misère lui tourne la tête: mais quant
à ces imbéciles de sergents, je vous en prie, faites-m'en
justice.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000163">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000250">Sir Jean, sir Jean! il y a longtemps que je
suis informé de la manière dont vous savez donner une
entorse à la bonne cause pour la faire paraître mauvaise.
Ce n'est pas un front armé d'audace, ni tout ce flux de
paroles qui sortent de votre bouche avec une insolence
plus qu'imprudente, qui pourront m'empêcher de rendre
justice à qui il appartient. Je vois que vous avez su profiter
de la faiblesse d'esprit de cette femme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000164">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000251">Oh! oui; cela est bien vrai, milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000165">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000252">Je t'en prie, tais-toi.--Payez-lui ce que vous
lui devez, et réparez le tort que vous lui avez fait. L'un,
vous pouvez le faire avec de bonne monnaie sterling, et
l'autre, avec la pénitence d'usage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000166">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000253">Milord, ces reproches ne passeront pas
sans réplique. Ce qui n'est chez moi qu'une honorable
hardiesse, vous l'appelez une imprudente insolence.
Qu'on vous fasse la révérence sans rien dire, et l'on sera
un homme de bien. Non, milord; avec tout le respect
que je vous dois, je ne serai point un de vos courtisans;
et je vous dis nettement que je demande à être délivré
de ces huissiers, attendu que je suis chargé de messages
pressés pour les affaires du roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000167">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000254">Vous parlez bien comme un homme autorisé
à mal faire: mais moi je vous dis, commencez, pour
votre honneur, par satisfaire cette pauvre femme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000168">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000019">prenant l'hôtesse à part</stage>
            <p xml:id="fra-p-000255">Écoute ici, hôtesse?</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000020">(Entre Gower.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000169">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000256">Eh bien, maître Gower, quelles nouvelles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000170">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000257">Le roi, milord, et Henri le prince de Galles,
sont près d'arriver. Ce papier vous dira le reste.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000171">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000258">Foi de gentilhomme!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000172">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000259">C'est comme cela que vous me l'avez déjà
dit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000173">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000260">Foi de gentilhomme!--Allons, n'en parlons
plus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000174">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000261">Par cette terre de Dieu sur laquelle je
marche, j'en suis presque à vendre mon argenterie et
les tapisseries de mes salles à manger.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000175">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000262">Bon! bon! des verres, des verres, c'est
tout autant qu'il en faut pour boire: et quant à tes murailles,
une petite drôlerie de rien, comme l'histoire de
l'enfant prodigue, ou une chasse allemande en détrempe
vaut cent mille fois mieux que tous ces rideaux de lit et
ces mauvaises tapisseries mangées de vers.--Fais-en dix
guinées si tu peux. Tiens, si ce n'étaient ces moments
de mauvaise humeur, il n'y a pas de meilleure créature
que toi dans toute l'Angleterre. Va te laver la figure, et
retire ta plainte. Allons, tu ne dois pas prendre ces humeurs-là
avec moi: est-ce que tu ne me connais pas?
Tiens, je suis sûr qu'on t'a poussée à cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000176">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000263">Sir Jean, je t'en prie, n'exige de moi que
vingt nobles; je me sens de la répugnance à mettre mon
argenterie en gage; là, en vérité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000177">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000264">N'en parlons plus: tout est dit, je chercherai
ailleurs comme je pourrai.--Vous serez une folle
toute votre vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000178">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000265">Eh bien, vous l'aurez, quand je devrais
mettre ma robe en gage. J'espère que vous viendrez
souper.--Vous me payerez tout cela ensemble?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000179">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000266">Est-ce que je suis mort? (<hi rend="italic">A Bardolph.</hi>) Suis-la,
suis-la; accroche, accroche.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000180">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000267">Voulez-vous que je fasse venir Doll Tear-Sheet
pour souper avec vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000181">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000268">C'est dit, qu'elle vienne.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000021">(L'hôtesse, les huissiers, Bardolph et le valet sortent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000182">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000269">J'ai appris de meilleures nouvelles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000183">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000270">Quelles nouvelles y a-t-il donc, mon cher
lord?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000184">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000022">à Gower</stage>
            <p xml:id="fra-p-000271">Où le roi a-t-il couché cette nuit?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000185">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000272">A Basingstoke, milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000186">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000273">J'espère, milord, que tout va bien: quelles
nouvelles y a-t-il, milord?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000187">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000274">Ramène-t-il avec lui toute l'armée?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000188">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000275">Non: il y a quinze cents hommes d'infanterie,
et cinq cents de cavalerie qui sont partis pour
rejoindre monseigneur de Lancastre, contre Northumberland
et l'archevêque.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000189">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000276">Est-ce que le roi revient du pays de Galles,
mon très-honoré lord?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000190">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000277">Je vais vous donner mes dépêches tout
de suite; allons, suivez-moi, mon cher monsieur
Gower.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000191">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000278">Milord?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000192">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000279">Eh bien, qu'est-ce qu'il y a?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000193">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000280">Monsieur Gower, puis-je vous inviter à
dîner avec moi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000194">
            <speaker>GOWER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000281">Il faut que je me rende chez milord que
voici: je vous remercie, mon cher sir Jean.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000195">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000282">Vous traînez ici trop longtemps, ayant,
comme vous savez, à ramasser, chemin faisant, des soldats
dans les pays que vous traverserez.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000196">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000283">Voulez-vous souper avec moi, monsieur
Gower?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000197">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000284">Quel est donc le sot maître qui vous a enseigné
ces manières d'agir, sir Jean?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000198">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000285">Monsieur Gower, si elles ne me conviennent
pas, celui qui me les a enseignées était un sot.
Voilà ce qui s'appelle faire des armes, milord, botte
pour botte, partant quitte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000199">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000286">Le bon Dieu te conduise! Tu es un grand
vaurien.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000023">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-002-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000024">Une autre rue de Londres.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000025"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE PRINCE HENRI et POINS.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000200">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000287">Sur ma parole, je suis excessivement las.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000201">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000288">Est-il bien vrai? J'aurais cru que la lassitude
n'aurait pas osé s'attacher à une personne d'un si haut
parage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000202">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000289">Cela est pourtant vrai, quelque peu de dignité
qu'il y ait à en convenir. N'est-ce pas aussi quelque
chose qui me rabaisse singulièrement que cette envie
que j'ai de boire de la petite bière?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000203">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000290">Vraiment, un prince comme vous ne devrait
pas avoir la faiblesse de se ressouvenir d'une aussi pauvre
drogue que celle-là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000204">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000291">Apparemment que mon goût n'a pas été formé
en goût de prince, car en honneur il m'arrive en ce moment
de me ressouvenir assez tendrement de cette pauvre
malheureuse petite bière; mais au fait ces humbles
attachements me mettent assez mal avec ma grandeur.
Quelle honte pour moi de me souvenir de ton nom! ou
de pouvoir demain reconnaître ta figure, de savoir
le compte de tes bas de soie, savoir: ceux-ci, et les autres
qui furent jadis couleur de pêche; ou de tenir inventaire
de tes chemises, comme qui dirait une de superflu
et une sur ton corps. Mais quant à cela le maître
de paume le sait mieux que moi: car il faut que tu sois
bien bas sur l'article du linge, quand tu ne prends pas
là une raquette, comme tu en es privé depuis longtemps,
parce que tes Pays-Bas se sont séparés de la Hollande
en faveur d'un cotillon
<note type="editorial" n="24" xml:id="fra-note-000024">The rest of thy low countries have made a shift to eat up thy holland.</note>. Eh bien! Dieu sait si
ceux qui proclament la ruine de ton linge sont les héritiers
de ton trône; mais les sages-femmes disent que
rien ne manquera faute d'enfants, au moyen de quoi le
monde s'augmente, et les parentés se fortifient merveilleusement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000205">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000292">Comme cela jure, après vous avoir vu travailler
si ferme, de vous entendre babiller si inutilement!
Dites-moi, je vous prie, ce que feraient beaucoup
de jeunes princes, si leur père était aussi malade que
l'est maintenant le vôtre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000206">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000293">Te dirai-je une seule chose, Poins?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000207">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000294">Oui, mais que ce soit donc quelque chose de
bien excellemment bon.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000208">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000295">Cela sera toujours assez bon pour un esprit
de ton espèce.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000209">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000296">Allons, dites: j'attends de pied ferme cette
seule chose que vous allez dire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000210">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000297">Eh bien! je te dis qu'il ne convient pas que je
sois triste, à présent que mon père est malade, quoique
je puisse te dire aussi (comme à un homme que, faute
d'un meilleur, il me plaît d'appeler mon ami) que j'ai
de quoi être triste, et très-triste.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000211">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000298">Probablement pas pour cela....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000212">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000299">Mais tu me crois donc inscrit dans le livre du
diable en lettres aussi noires que toi et Falstaff, en fait
d'endurcissement et de perversité? Que la fin mette
l'homme à l'épreuve. Eh bien! moi, je te dis que mon
coeur saigne intérieurement de savoir mon père malade;
mais vivant en aussi mauvaise compagnie que toi, il
me faut bien écarter tout signe extérieur de chagrin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000213">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000300">La raison?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000214">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000301">Et que penserais-tu de moi si tu me voyais
pleurer?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000215">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000302">Je te regarderais comme le prince des hypocrites.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000216">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000303">Tout le monde en penserait autant; et tu es
un drôle fait exprès pour penser comme tout le monde:
il n'y a pas d'homme au monde dont l'esprit suive plus
fidèlement que le tien le grand chemin des vaches. Oui,
en effet, chacun me regarderait comme un hypocrite.
Et quelle est la raison qui engage votre sublime génie à
penser ainsi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000217">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000304">Ma foi, c'est que vous avez toujours paru si
libertin, et si inséparable de Falstaff....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000218">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000305">Et de toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000219">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000306">Par le jour qui luit sur nous, on parle bien de
moi. Je peux entendre de mes deux oreilles ce qu'on en
dit. Le pis qu'on puisse dire, c'est que je suis un cadet
de famille, et que je suis l'oeuvre de mes mains; et pour
ces deux articles-là, je l'avoue, je n'y saurais que faire.--Par
la messe, voilà Bardolph.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000220">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000307">Et le petit page que j'ai donné à Falstaff!--Je
le lui avais donné chrétien, et voyez si ce vilain n'en a
pas fait un vrai singe.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000026">(Entrent Bardolph et le page.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000221">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000308">Dieu garde Votre Grâce!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000222">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000309">Et la vôtre aussi, très-noble Bardolph.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000223">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000027">au petit page</stage>
            <p xml:id="fra-p-000310">Avancez ici, vous, âne de
sagesse, timide benêt; est-ce qu'il faut rougir comme
cela? Qu'est-ce qui vous fait ainsi monter la couleur au
visage? Quelle jeune fille êtes-vous donc, pour un
homme d'armes? Est-ce une si grande affaire que la défaite
<note type="editorial" n="25" xml:id="fra-note-000025">To get a pottle pot's maidenhead.</note>
d'une cruche de trois ou quatre pintes?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000224">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000028">au prince</stage>
            <p xml:id="fra-p-000311">Tout à l'heure, milord, il m'appelait
au travers d'une jalousie rouge, et je ne pouvais
pas discerner la moindre partie de son visage enluminé,
d'avec la fenêtre. A la fin, j'ai aperçu ses yeux, et j'ai
cru qu'il avait fait deux trous dans le cotillon neuf de la
marchande de bière, et qu'il regardait au travers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000225">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000312">Ce petit garçon n'a-t-il pas bien profité?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000226">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000313">Laisse-moi tranquille, race de prostituée,
vrai lapin vidé; laisse-moi tranquille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000227">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000314">Laisse-moi tranquille, pendard, rêve d'Althée;
laisse-moi tranquille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000228">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000315">Instruis-nous, mon enfant; qu'est-ce que c'est
que ce rêve-là, mon ami?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000229">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000316">Pardieu, mon prince, Althée n'a-t-elle pas
rêvé qu'elle était accouchée d'une torche allumée? Voilà
pourquoi je l'appelle <hi rend="italic">rêve d'Althée</hi>
<note type="editorial" n="26" xml:id="fra-note-000026">Shakspeare confond ici le tison d'Althée et le rêve d'Hécube.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000230">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000317">L'explication vaut bien une couronne; tiens,
la voilà, mon enfant.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000029">(Il lui donne de l'argent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000231">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000318">Dieu! qu'une fleur de si belle espérance ne
soit pas mangée des vers! Tiens, voilà six pence pour
t'en garantir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000232">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000319">Si vous ne le conduisez pas à se faire
pendre, tous tant que vous êtes, vous faites tort au gibet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000233">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000320">Comment se porte ton maître, Bardolph?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000234">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000321">Très-bien, milord. Il a appris que Votre
Grâce arrivait à Londres, et voici une lettre pour vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000235">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000322">Remise avec beaucoup de respect!--Et comment
se porte-t-il, ton maître, cet été de la Saint-Martin?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000236">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000323">Bien de corps, milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000237">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000324">Pardieu, sa partie immortelle aurait bien besoin
d'un médecin; mais il ne s'en émeut guère: cela a
beau être malade, cela ne meurt pas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000238">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000325">Je permets à cette loupe de chair d'être aussi
familier avec moi que mon chien, aussi use-t-il de la
permission; car voyez comme il m'écrit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000239">
            <speaker>POINS</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000030">lit</stage>
            <p xml:id="fra-p-000326">«Jean Falstaff, chevalier.»--Il faut qu'il
instruise tout le monde de cela chaque fois qu'il a occasion
de se nommer. C'est comme ceux qui sont parents
du roi; il ne leur arrive jamais de se piquer au bout du
doigt, qu'ils ne disent, voilà du sang royal répandu.--Comment
cela? dit quelqu'un qui fait semblant de ne
pas les entendre; la réponse est aussi preste que le
bonnet d'un emprunteur: Je suis un pauvre cousin du
roi, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000240">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000327">Et vraiment ils seront de nos parents, fallût-il
remonter jusqu'à Japhet.--Mais la lettre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000241">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000328">«Sir Jean Falstaff, chevalier, au fils du roi, le
plus proche héritier de son père, Henri, prince de
Galles; salut.» D'honneur, c'est un certificat!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000242">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000329">Poursuis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000243">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000330">«J'imiterai les honorables Romains en brièveté.»--Certainement,
c'est brièveté d'haleine qu'il
veut dire, courte respiration.--«Je te fais bien des compliments,
je te fais mon compliment
<note type="editorial" n="27" xml:id="fra-note-000027">I commend me to thee, I commend thee, commend to, faire des compliments de la part de quelqu'un. Commend lover.</note>, et puis je prends
congé de toi. Ne sois pas trop familier avec Poins, car il
abuse de tes bontés à tel point, qu'il proteste que tu dois
épouser sa soeur Nel.... Repens-toi du temps mal employé
comme tu pourras; et sur ce, adieu. Tout à toi,
oui ou non; c'est-à-dire suivant que tu en useras: Jean
Falstaff, avec mes familiers; Jean avec mes frères et
soeurs; et sir Jean avec tout le reste de l'Europe....»--Mon
prince, je veux tremper cette lettre dans du vin
d'Espagne, et la lui faire manger.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000244">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000331">Ce sera lui faire manger une vingtaine de ses
mots. Mais est-il vrai que vous parliez de moi sur ce
ton, Ned? Faut-il que j'épouse votre soeur?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000245">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000332">Je voudrais que la pauvre fille n'eût pas une
pire fortune. Mais je n'ai jamais dit cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000246">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000333">Oh çà! voilà comme nous perdons sottement
notre temps; et les esprits des sages reposent dans les
nuées, et se moquent de nous. Votre maître est-il à
Londres?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000247">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000334">Oui, milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000248">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000335">Où soupe-t-il? Le vieux cochon mange-t-il
toujours dans sa vieille auge?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000249">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000336">Au vieil endroit, milord, à Eastcheap.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000250">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000337">Quelle est sa compagnie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000251">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000338">Des Éphésiens, milord, de la vieille église.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000252">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000339">A-t-il des femmes à souper avec lui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000253">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000340">Non, milord, point d'autres que la vieille
madame Quickly, et mistriss Doll Tear-Sheet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000254">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000341">Qu'est-ce que cette païenne-là?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000255">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000342">Une femme bien comme il faut, monsieur;
une des parentes de mon maître.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000256">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000343">Ah! parente, comme les génisses de la paroisse
le sont au taureau banal du village. N'irons-nous
point les surprendre, Ned, au milieu de leur souper?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000257">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000344">Je suis votre ombre, mon prince, je vous suis
partout.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000258">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000031">au page</stage>
            <p xml:id="fra-p-000345">Toi, petit drôle, et toi Bardolph, pas
un mot à votre maître de mon arrivée à la ville. Voilà
pour payer votre silence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000259">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000346">Je n'ai plus de langue, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000260">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000347">Et pour la mienne, monsieur, je la gouvernerai.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000261">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000348">Bonjour. Cette Dorothée Tear-Sheet doit
être quelque coin de place.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000262">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000349">Je vous en réponds, et aussi publique que la
route de Saint-Albans à Londres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000263">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000350">Comment pourrions-nous faire, pour voir ce
soir Falstaff tout à fait dans sa figure naturelle, sans en
être aperçus?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000264">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000351">Nous n'avons qu'à mettre chacun une veste et
un tablier de cuir, et le servir à table, comme des garçons
de cabaret.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000265">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000352">De dieu devenir taureau! Terrible chute! Ça
fut le cas de Jupiter. De prince devenir apprenti! c'est
une métamorphose bien basse; ce sera la mienne, car il
faut qu'en tout point l'exécution réponde à la folie du
projet. Suis-moi, Ned.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000032">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-002-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000266">
            <speaker>W</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000033">arkworth</stage>
            <p xml:id="fra-p-000353">Devant le château.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000034"><hi rend="italic">Entrent</hi> NORTHUMBERLAND, LADY NORTHUMBERLAND
et LADY PERCY.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000267">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000354">Je t'en conjure, ma tendre épouse,
et toi aussi, ma chère fille, laissez un libre cours à mes
pénibles affaires; n'empruntez pas la couleur des circonstances,
et ne soyez pas, comme elles, fâcheuses à Percy.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000268">
            <speaker>LADY NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000355">J'ai cessé toutes représentations:
je ne dirai plus rien. Faites ce que vous voudrez.
Que votre prudence soit votre guide.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000269">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000356">Hélas! ma chère femme, mon honneur
est engagé, et mon départ peut seul le racheter.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000270">
            <speaker>LADY PERCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000357">Oh! cependant, au nom du ciel, n'allez
point à ces guerres. Il a été un temps, mon père, où vous
avez violé votre parole, quoiqu'elle vous fût alors bien
plus chère qu'aujourd'hui, lorsque votre fils Percy, lorsque
mon Henri, le bien-aimé de mon coeur, tourna plusieurs
fois ses regards vers le nord, pour y voir son père
lui amener une armée, et l'attendit en vain. Qui put vous
persuader de rester ici? C'étaient deux honneurs de perdus,
le vôtre et celui de votre fils. Quant au vôtre...
veuille le ciel l'illuminer de sa gloire! Pour celui de votre
fils, il était attaché à sa personne comme le soleil à la
voûte grisâtre des cieux; à sa clarté marchait aux beaux
faits d'armes toute la chevalerie de l'Angleterre: il était
véritablement le miroir devant lequel venait s'étudier
toute notre jeune noblesse. C'était n'avoir pas de jambes
que de ne pas savoir imiter sa démarche; et cette parole
confuse et précipitée, défaut qu'il avait reçu de la nature,
était comme l'accent des braves. Ceux dont le son de
voix était naturellement calme et modéré échangeaient,
pour être en tout semblables à lui, cette perfection contre
une mauvaise habitude: ainsi langage, maintien, façon
de vivre, choix de plaisirs, méthodes militaires, dispositions
de caractère, en tout il était l'objet d'attention, le
miroir, le modèle et le livre sur lequel se façonnaient
tous les autres. C'est lui, lui, ce prodige, ce miracle
parmi les hommes, lui qui n'eut jamais son second, que
vous avez laissé, sans le seconder, affronter l'horrible
dieu de la guerre avec tous les désavantages, et vous
attendre sur ce champ de mort où il ne vit rien qui pût
le défendre, que le son du nom de <hi rend="italic">Hotspur</hi>. Voilà comment
vous l'avez abandonné. Oh! jamais, jamais, ne faites à
son ombre l'injure d'être plus délicat et plus jaloux de
votre honneur avec les autres que vous ne le fûtes avec
lui! Laissez-les seuls. Le maréchal et l'archevêque sont
en force. Ah! que mon cher Henri eût eu seulement la
moitié de leurs troupes; je serais aujourd'hui suspendue
au cou de Hotspur et je parlerais du tombeau de
Monmouth!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000271">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000358">Malheur à vous; ma belle-fille; en
déplorant toujours d'anciennes fautes, vous m'enlevez
tout mon courage! Il faut que je parte et que j'aille
dans ces lieux y braver le danger, ou bien le danger
viendra me chercher ailleurs, et me trouvera moins
préparé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000272">
            <speaker>LADY NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000359">Oh! fuyez en Écosse, jusqu'à
ce que la noblesse et le peuple armés aient fait un premier
essai de leur puissance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000273">
            <speaker>LADY PERCY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000360">S'ils gagnent du terrain et remportent
l'avantage sur le roi, alors joignez-vous avec eux, comme
une colonne d'acier qui ajoutera des forces à leur force.
Mais, au nom de tout notre amour, laissez-les d'abord
s'essayer.--Voilà comment a fait votre fils, comment vous
avez souffert qu'il fît, et voilà comment je suis devenue
veuve. Et je n'aurai jamais assez de vie pour arroser de
mes pleurs ce souvenir
<note type="editorial" n="28" xml:id="fra-note-000028">To rain upon remembrance. Remembrance, souvenir, est le nom qu'on donne au romarin, gage de fidélité soit aux vivants, soit à la mémoire des morts. (V. Romeo et Juliette.)</note>, afin de le faire croître et s'élever
jusqu'aux cieux, en mémoire de mon noble époux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000274">
            <speaker>NORTHUMBERLAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000361">Allons, allons, rentrez avec moi.
Mon âme est dans l'état de la mer, lorsque, montée
jusqu'à sa plus grande hauteur, elle demeure arrêtée et
immobile, sans s'épancher ni d'un côté ni de l'autre. Je
serais disposé à joindre l'archevêque; mais mille raisons
me retiennent.--Je me résoudrai à aller en Écosse, et
j'y veux rester jusqu'à ce que les circonstances et les
occasions exigent mon secours et ma présence.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000035">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-002-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000275">
            <speaker>A L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000036">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000362">A la taverne de la <hi rend="italic">Tête-de-Sanglier</hi> à Eastcheap.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000037">DEUX GARÇONS DE CABARET.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000276">
            <speaker>PREMIER GARÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000363">Que diable as-tu apporté là? des
poires de messire-jean? Tu sais bien que sir Jean ne
peut pas supporter la vue d'un messire-jean
<note type="editorial" n="29" xml:id="fra-note-000029">Apple-John, espèce de pomme.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000277">
            <speaker>SECOND GARÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000364">Par la messe, tu as raison. Le prince
mit une fois devant lui une assiette de messires-jeans, et
lui dit que c'étaient cinq autres sir Jean. Puis, ôtant son
chapeau, il dit: <hi rend="italic">je prends congé de ces six chevaliers tout
secs, tout ronds, tout vieux, tout ridés</hi>. Cela le blessa au
coeur; mais il a oublié cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000278">
            <speaker>PREMIER GARÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000365">A la bonne heure, mets le couvert
et sers. Vois aussi si tu ne pourrais pas découvrir où
Sneak fait son vacarme; car mistriss Dorothée Tear-Sheet
serait bien aise d'entendre de la musique. Dépêche:
il fait très-chaud dans la chambre où ils sont à souper,
et ils vont passer dans celle-ci tout à l'heure.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000279">
            <speaker>SECOND GARÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000366">Sais-tu que le prince va venir avec
M. Poins, et qu'ils mettront nos vestes et nos tabliers, et
qu'il ne faut pas que M. le chevalier le sache? C'est
Bardolph qui est venu nous en prévenir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000280">
            <speaker>PREMIER GARÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000367">Oh! il y aura grand réveillon; cela
fera un excellent tour!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000281">
            <speaker>SECOND GARÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000368">Je m'en vais voir si je ne pourrai pas
trouver Sneak.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000038">(Il sort.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000039">(Entrent l'hôtesse Quickly et miss Dorothée Tear-Sheet.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000282">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000369">Mon cher coeur, vous m'avez l'air à présent
d'être dans une excellente température; votre pouls
bat aussi extraordinairement qu'on puisse souhaiter: et
votre couleur, je vous assure, est aussi rouge qu'une
rose. Mais vous avez trop bu de Canarie; et c'est un vin
merveilleusement pénétrant, et qui vous parfume le
sang avant qu'on ait le temps de dire «qu'est-ce que
c'est donc que cela?» Comment vous sentez-vous à présent?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000283">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000370">Beaucoup mieux qu'auparavant; hem!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000284">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000371">Ah! voilà ce qui s'appelle bien parler! Un
bon coeur vaut de l'or. Tenez, voilà sir Jean.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000040">(Entre Falstaff chantant.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000285">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000372"><hi rend="italic">Quand Arthur parut à la cour.</hi>--Videz le
pot de chambre. (<hi rend="italic">Le garçon sort.</hi>)--<hi rend="italic">Et c'était un digne
roi</hi>... Eh! comment vous va, ma chère Dorothée?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000286">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000373">Il vient de lui prendre une faiblesse, en
vérité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000287">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000374">C'est comme elles sont toutes, il leur en
prend à tout moment
<note type="editorial" n="30" xml:id="fra-note-000030">Sick of a calm (malade d'un calme), dit l'hôtesse pour sick of a qualm (malade d'avoir eu trop chaud); et Falstaff répond: So is all her sect; an they be once in a calm they are sick (voilà comme elles sont toutes: dès qu'on les laisse en repos elles sont malades).</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000288">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000375">Vilain cancre que vous êtes, c'est là toute
la consolation que vous me donnez?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000289">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000376">Vous faites les cancres un peu gras, mistriss
Doll.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000290">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000377">Je les fais, moi? C'est la gloutonnerie et la
maladie qui les font; ce n'est pas moi qui les fais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000291">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000378">Si le cuisinier aide à la gloutonnerie, vous
aidez à la maladie, Doll. Nous vous avons pris bien des
choses, Doll; nous vous avons pris bien des choses.
Convenez-en, moyenne vertu, convenez-en.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000292">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000379">Oui vraiment, nos chaînes, nos bijoux!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000293">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000380"><hi rend="italic">Vos rubis, perles et boutons
<note type="editorial" n="31" xml:id="fra-note-000031">Your brooches, pearls and owches.</note>.</hi>--Pour bien
servir, vous le savez, il faut se tenir ferme, aller à la
brèche la pique en avant, et se remettre courageusement
entre les mains des chirurgiens. Il faut s'aventurer sur
les pièces...</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000294">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000381">Allez vous faire pendre, anguille boueuse,
allez vous faire pendre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000295">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000382">Sur mon Dieu, c'est toujours la même
histoire; vous ne pouvez pas vous voir une fois sans vous
quereller. Vous êtes tous deux, par ma foi, aussi peu
compatissants que des rôties desséchées. Vous ne savez
pas supporter les <hi rend="italic">confirmités</hi> l'un de l'autre; jour de
Dieu, il faut bien que l'un des deux supporte, et ce doit
être vous (<hi rend="italic">à Dorothée</hi>). Vous êtes le vase le plus fragile,
comme on dit, le vase vide.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000296">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000383">Et comment un vase vide et fragile pourrait-il
supporter ce gros tonneau plein? Il a dans son
ventre toute la cargaison d'un marchand de Bordeaux.
Vous n'avez jamais vu de vaisseau la cale si bien garnie.
Allons, Jack, je veux que nous nous quittions bons amis.
Tu vas aller à la guerre, et si je te reverrai jamais ou
non, c'est ce dont personne ne se soucie guère, n'est-ce pas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000297">
            <speaker>LE GARÇON</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000384">Monsieur, l'enseigne Pistol est là-bas, qui
voudrait bien vous parler.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000298">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000385">Qu'il aille se faire pendre, ce tapageur-là!
Qu'on ne le laisse pas monter ici; c'est le drôle le plus
mal embouché qu'il y ait en Angleterre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000299">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000386">Si c'est un tapageur, qu'il n'entre pas ici;
non, sur ma foi, il faut que je vive avec mes voisins, je
ne veux point de tapageurs: je suis en bonne réputation
avec ce qu'il y a de mieux. Fermez la porte; on ne reçoit
point de tapageurs ici. Je n'ai pas vécu si longtemps,
pour avoir du tapage à présent: fermez la porte, je vous
en prie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000300">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000387">Écoute donc, hôtesse?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000301">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000388">Je vous en prie, calmez-vous, sir Jean,
je ne souffre pas que les tapageurs mettent les pieds ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000302">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000389">Écoute donc: c'est mon enseigne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000303">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000390">Bah! ta ta! sir Jean, ne m'en parlez pas:
votre enseigne de tapageur ne mettra pas le pied chez
moi. J'étais l'autre jour chez M. Tisick le député, et il
m'a dit comme ça:--pas plus tard que mercredi dernier,--<hi rend="italic">Voisine
Quickly</hi>,--dit-il; M. Dumb, notre prédicateur,
était là.--<hi rend="italic">Voisine Quickly</hi>, dit-il, <hi rend="italic">recevez les gens civils</hi>;
<hi rend="italic">car</hi>, dit-il, <hi rend="italic">vous avez une mauvaise réputation</hi>; et il disait
cela, je sais bien pourquoi; <hi rend="italic">car</hi>, dit-il, <hi rend="italic">vous êtes une honnête
femme, et qu'on estime; c'est pourquoi, prenez garde
aux hôtes que vous recevez chez vous: n'y souffrez point</hi>,
dit-il, <hi rend="italic">de ces drôles qu'on appelle tapageurs</hi>. Il n'en vient
point ici. Vous seriez tout émerveillé d'entendre ce que
disait monsieur Tisick. Non, absolument, je ne veux
point de tapageurs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000304">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000391">Ce n'en est pas un, hôtesse. Il est beau
joueur, lui. Vous le taperiez à votre aise comme un tout
petit lévrier; il ne se prendrait pas de querelle avec une
poule de Barbarie, s'il lui voyait seulement hérisser ses
plumes en signe de colère.--Garçon, appelez-le.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000305">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000392">Un joueur, dites-vous? Je ne fermerai
jamais ma porte à un honnête homme ni à un joueur,
mais je n'aime pas le tapage. Sur ma foi, je suis toute
sens dessus dessous, quand on dit: faisons tapage. Tâtez
un peu seulement, messieurs, comme je tremble, voyez-vous.
Ah! je vous en réponds.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000306">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000393">Oui, en vérité, hôtesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000307">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000394">Si je tremble? Oh! oui, en bonne vérité,
je tremble comme une feuille de tremble. Tenez, je ne
peux pas souffrir les tapageurs.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000041">(Entrent Pistol, Bardolph et le page.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000308">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000395">Dieu vous garde, sir Jean!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000309">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000396">Soyez le bienvenu, enseigne Pistol. Tenez,
Pistolet
<note type="editorial" n="32" xml:id="fra-note-000032">Pistol signifie pistolet, et les plaisanteries de Falstaff portent sur cette acception du mot. On peut supposer que Falstaff emploie ici le diminutif.</note>, je vous charge d'un verre de vin d'Espagne;
faites feu sur mon hôtesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000310">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000397">De bon coeur, sir Jean, elle peut compter sur
deux balles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000311">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000398">Elle est à l'épreuve du pistolet, mon cher,
vous ne sauriez lui faire mal.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000312">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000399">Non pas, on ne me fera pas boire ainsi
par épreuve ni à coups de pistolet. On ne me ferait pas
boire quand cela ne me convient pas, pour le service
d'homme au monde, entendez-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000313">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000400">Eh bien, à vous donc, mistriss Dorothée,
c'est vous que j'attaque.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000314">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000401">M'attaquer, moi! je te méprise, vilain galeux.
Qu'est-ce que c'est donc qu'une misérable canaille
comme ça, un drôle, un filou, un va-nu-pieds? Veux-tu
me laisser tranquille, coquin moisi? veux-tu me laisser
tranquille? c'est pour ton maître que je suis faite.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000315">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000402">Ce n'est pas d'aujourd'hui que je vous connais,
mistriss Dorothée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000316">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000403">Veux-tu me laisser tranquille! coquin de
voleur, vilain bouchon, veux-tu me laisser tranquille!
Par ce verre de vin, je te flanque mon couteau dans ton
groin crotté, si tu fais l'insolent avec moi. Laisse-moi
tranquille, gredin de petit Pierre, mauvais bretailleur
éreinté. Et depuis quand, je vous en prie, cela s'appelle-t-il
monsieur? Comment! deux aiguillettes sur l'épaule?
Voyez donc ça.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000317">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000404">Pour cette affaire-là votre collerette ne
mourra que de ma main.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000318">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000405">Allons finissons, Pistol. Je ne trouverais
pas bon que vous vinssiez à vous oublier ici. Débarrassez-nous
de votre personne, Pistolet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000319">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000406">Non, mon bon capitaine Pistol; pas ici,
mon cher capitaine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000320">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000407">Toi capitaine! abominable damné de filou;
n'as-tu pas honte de t'entendre appeler capitaine?
Si les capitaines étaient de mon avis, vous seriez bâtonné
pour avoir pris ce nom-là avant de l'avoir gagné. Vous
capitaine! Un gredin! Et pourquoi? pour avoir déchiré
dans un mauvais lieu la collerette de quelque pauvre
coquine. Lui capitaine! puisse-t-il être pendu, le coquin!
Mangeur de pruneaux cuits et de vieux gâteaux secs!
Capitaine! Ces vilains-là parviendront à rendre le nom
de capitaine aussi odieux que le mot <hi rend="italic">occuper</hi>
<note type="editorial" n="33" xml:id="fra-note-000033">Occupy, occupier, occupant, étaient devenus, à ce qu'il paraît, par l'usage qu'on en avait fait, des expressions obscènes.</note>, qui était
une très-bonne expression avant qu'ils la déshonorassent;
c'est à quoi les capitaines feront bien de prendre
garde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000321">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000408">Je t'en prie, va-t'en, mon cher enseigne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000322">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000409">Écoute un peu, mistriss Doll.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000323">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000410">Non pas, je te dis la chose comme elle est,
caporal Bardolph. Je suis capable de la mettre en loques;
il faut que je sois vengé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000324">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000411">Je t'en prie, va-t'en.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000325">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000412">Je la verrai plutôt damnée dans l'étang maudit
de Pluton, au fin fond de l'enfer, avec l'Érèbe et tous
les plus vilains tourments. Prenez la ligne et le hameçon;
je dis, à bas, à bas, chiens! à bas, drôles! N'avons-nous
pas Hirène ici?
<note type="editorial" n="34" xml:id="fra-note-000034">Have we not hiren here? Il est absolument impossible de donner aucune explication satisfaisante sur les allusions et les citations dont se compose le langage de Pistol. Tirées pour la plupart de pièces de théâtre aujourd'hui inconnues, et pour la plupart encore défigurées par ce burlesque personnage, elles pouvaient avoir pour le public du temps de Shakspeare un mérite entièrement perdu aujourd'hui, et ne laissent plus saisir que l'intention du rôle. Il paraît bien, au reste qu'hiren était, en style d'argot, une des dénominations des filles publiques (huren en allemand). Il serait possible aussi qu'en raison de la consonnance de ce mot avec iron (fer), les tapageurs du temps eussent donné ce même nom à leur épée.</note></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000326">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000413">Mon bon capitaine.... Tranquillisez-vous,
il est bien tard; je vous en supplie, apaisez votre colère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000327">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000414">Soyons de bonne humeur, je le veux bien;
mais des chevaux de transport, de mauvaises rosses
d'ânes gorgés de nourriture, qui ne peuvent faire plus
de trente milles par jour, iront-ils se comparer aux
César, aux Cannibal, aux Grecs Troyens? Non, qu'ils
soient plutôt damnés avec le roi Cerbère, et puisque les
cieux mugissent, nous ne nous troublerons pas pour des
bagatelles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000328">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000415">En vérité, capitaine, ce sont là des paroles
bien dures.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000329">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000416">Va-t'en, bon enseigne, tout cela finirait
par de la brouille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000330">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000417">Que les hommes meurent comme des chiens,
que les écus se donnent comme des épingles! N'avons-nous
pas Hirène ici?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000331">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000418">Sur ma parole, capitaine, il n'y a ici personne
comme cela. Par mon salut, est-ce que vous
croyez que je la cacherais? Pour l'amour de Dieu, point
de bruit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000332">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000419">Eh bien, mange donc et engraisse-toi, ma
belle Callipolis: allons, verse-moi du vin d'Espagne. <hi rend="italic">Si
fortuna me tormenta, sperato me contenta.</hi> Est-ce qu'une
bordée nous fait peur? Non, non: que l'ennemi fasse
feu.... Un peu de vin d'Espagne; et toi, mon cher coeur
(<hi rend="italic">A son épée qu'il pose à terre</hi>), mets-toi là. Eh bien donc,
est-ce là tout, n'aurons-nous pas le <hi rend="italic">et cætera</hi>?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000333">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000420">Pistol, je voudrais être tranquille ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000334">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000421">Mon cher chevalier, je vous baise le poing;
nous avons vu les sept étoiles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000335">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000422">Jette-le à bas des escaliers. Je ne veux pas
supporter le galimatias de ce drôle-là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000336">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000423">Me jeter à bas des escaliers, comme si nous
ne connaissions pas les haquenées de Galloway
<note type="editorial" n="35" xml:id="fra-note-000035">Galloway nags, chevaux de louage.</note>!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000337">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000424">Bardolph! lance-le-moi au bas des escaliers
comme un petit palet: s'il ne fait ici rien autre chose
que de dire des riens, il y comptera pour rien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000338">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000425">Allons, descendez l'escalier tout à l'heure.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000339">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000426">Comment! faudra-t-il donc en venir aux incisions?
Allons-nous tirer du sang? (<hi rend="italic">Il saisit son épée.</hi>) Eh
bien, cela étant, que la mort me berce, qu'elle m'endorme,
qu'elle abrége mes tristes jours; allons, que les
trois soeurs défilent ici de cruelles, d'effroyables, de
larges blessures. Allons, Atropos, viens, je te dis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000340">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000427">Oh! mon Dieu; voilà de belles affaires!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000341">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000042">à son page</stage>
            <p xml:id="fra-p-000428">Donne-moi ma rapière, garçon.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000342">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000043">à Falstaff</stage>
            <p xml:id="fra-p-000429">Oh! je t'en prie, Jack, je t'en
prie, ne va pas dégainer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000343">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000430">Descends-moi les escaliers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000344">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000431">Voilà un beau vacarme! Ah! je renoncerai
à tenir maison plutôt que de consentir à me voir exposée
à toutes ces palpitations et ces frayeurs. Oh! il va
y avoir du carnage, j'en suis sûre. Hélas! mon Dieu,
remettez vos épées dans le fourreau, remettez vos épées
dans le fourreau.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000044">(Sortent Pistol et Bardolph.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000345">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000432">Je t'en prie, Jack, calme-toi, le drôle est
parti. Ah! que vous êtes un courageux mâtin de petit
vilain!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000346">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000433">N'êtes-vous pas blessé à l'aine? Il me semble
que je l'ai vu vous pousser un mauvais coup dans
le ventre.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000045">(Rentre Bardolph.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000347">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000434">L'avez-vous mis à la porte?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000348">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000435">Oui, monsieur, le misérable était ivre;
vous l'avez blessé à l'épaule, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000349">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000436">Le drôle! venir m'insulter!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000350">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000437">Ah! cher petit coquin! hélas! pauvre
singe, comme te voilà tout en sueur! Attends, laisse-moi
t'essuyer le visage.--Viens donc, mauvaise canaille.--Ah!
pendard, par ma foi, je t'aime. Tu es aussi courageux
qu'Hector de Troie, tu vaux cinq Agamemnon,
et dix fois mieux que les neuf preux.--Ah! vilain!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000351">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000438">Un gredin de maraud! Je ferai sauter ce
drôle-là dans la couverture.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000352">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000439">Fais-le, si tu l'oses, pour l'amour de moi;
si tu le fais, je te le revaudrai dans une paire de draps
<note type="editorial" n="36" xml:id="fra-note-000036">I'll canvas thee between a pair of sheets.</note>.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000046">(Les musiciens arrivent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000353">
            <speaker>LE PAGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000440">Monsieur, la musique est arrivée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000354">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000441">Eh bien, qu'ils jouent! Jouez, messieurs.
Assieds-toi sur mon genou, Doll. Un gredin de fanfaron!
Le pendard m'a échappé comme du vif-argent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000355">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000442">Oui, par ma foi, et tu le suivais comme
une église. Dis donc, mâtin, dis donc, mon joli petit
cochon de la Saint-Barthélemy
<note type="editorial" n="37" xml:id="fra-note-000037">La foire de la Saint-Barthélemy était une foire célèbre en Angleterre.</note>, quand est-ce que tu
cesseras de te battre le jour et de t'escrimer la nuit, et
que tu commenceras à raccommoder ton vieux corps
pour l'autre monde?</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000047">(Entrent derrière eux le prince Henri et Poins, déguisés en garçons de cave.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000356">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000048">sans faire attention à eux, à sa Dorothée</stage>
            <p xml:id="fra-p-000443">Tais-toi,
mon coeur, ne parle pas comme une tête de
mort
<note type="editorial" n="38" xml:id="fra-note-000038">Du temps de Shakspeare, la grande élégance pour les femmes de l'espèce de Dorothée était de porter au doigt du milieu une bague représentant une tête de mort.</note>; ne me fais pas souvenir de ma fin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000357">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000444">Dis-moi un peu, mon petit ami, quel
homme est le prince?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000358">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000445">C'est un assez bon garçon, taillé en lame
de couteau: il aurait fait un fort bon panetier, il aurait
coupé le pain à merveille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000359">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000446">On dit que Poins, par exemple, ne manque
pas d'esprit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000360">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000447">Lui, de l'esprit? Le diable l'emporte, le
magot! Son esprit est aussi épais que de la moutarde
de Tewksbury: il n'y a pas plus de sens chez lui que
dans une tête de maillet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000361">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000448">Comment se fait-il donc que le prince
l'aime tant?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000362">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000449">Parce que leurs jambes sont de la même
dimension, qu'il joue fort bien au petit palet, qu'il
mange de l'anguille de mer assaisonnée de fenouil
<note type="editorial" n="39" xml:id="fra-note-000039">Eats conger and fennel. L'anguille de mer, assaisonnée de fenouil, passait pour donner des forces.</note>,
qu'il avale des bouts de chandelle en guide de brûlots
<note type="editorial" n="40" xml:id="fra-note-000040">Drinks off candles ends for fluss dragons. C'était un acte de galanterie que d'avaler pour l'amour de sa maîtresse des choses repoussantes et même dangereuses; le fluss dragon était une amande qu'on faisait brûler dans un bol d'eau-de-vie. Le courage consistait à l'avaler tout enflammée, et l'adresse à exécuter cette opération sans se faire mal.</note>,
qu'il court à cheval sur un bâton avec les petits garçons,
qu'il saute à pieds joints par-dessus des tabourets, qu'il
jure de bonne grâce, qu'il porte des bottes bien collées,
précisément à la forme de la jambe, et qu'il ne cause
point de querelles entre les gens en rapportant les histoires
secrètes; enfin, pour une foule d'autres qualités
futiles de cette sorte, qui dénotent un pauvre génie et
un corps adroit; et voilà ce qui fait que le prince l'admet
auprès de lui; car le prince est tout à fait de la
même espèce; il ne faudrait pas ajouter à leur poids
celui d'un cheveu pour faire pencher la balance d'un
côté ou de l'autre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000363">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000450">Ce moyen de roue-là ne mériterait-il pas bien
qu'on lui coupât les oreilles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000364">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000451">Battons-le sous les yeux de sa maîtresse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000365">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000452">Regarde si ce vieux décrépit ne se fait pas
gratter la tête comme un perroquet.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000366">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000453">N'est-il pas singulier que le désir survive ainsi
tant d'années à la faculté de pécher?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000367">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000454">Embrasse-moi, Doll.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000368">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000455">Saturne et Vénus en conjonction cette année!
Que dit l'almanach là-dessus?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000369">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000456">Et voyez un peu son valet, ce Trigon enflammé,
lécher les vieilles tablettes de son maître, son livre de
notes, sa conseillère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000370">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000457">C'est pour me flatter que tu me caresses
ainsi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000371">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000458">Non, sur ma foi, c'est de bien bon coeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000372">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000459">Ah! je suis vieux, je suis vieux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000373">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000460">Je t'aime mille fois mieux que je n'aime
aucun de tous ces galeux de jeunes gens que tu vois là.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000374">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000461">Quelle étoffe veux-tu avoir pour te faire
une mante? Je dois recevoir de l'argent jeudi; tu auras
un joli bonnet demain. Allons, une chanson joyeuse: il
se fait tard, nous irons nous mettre au lit.--Tu m'oublieras,
quand je serai parti!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000375">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000462">Sur mon honneur, tu vas me faire pleurer,
si tu parles comme cela. Eh bien, essaye seulement, pour
voir si je me parerai une fois avant ton retour.--Mais
allons, écoute la fin de la chanson.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000376">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000463">Un peu de vin d'Espagne, François.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000377">
            <speaker>HENRI ET POINS</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000049">se présentant à lui</stage>
            <p xml:id="fra-p-000464">Tout à l'heure,
tout à l'heure, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000378">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000050">reconnaissant le prince</stage>
            <p xml:id="fra-p-000465">Ah! quelque bâtard
du roi! Et n'est-ce pas là Poins, son frère?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000379">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000466">Oh! globe de péchés, où l'on ne pourrait
apercevoir un continent
<note type="editorial" n="41" xml:id="fra-note-000041">Globe of sinful continents. Le jeu de mots ne pouvait se traduire littéralement; il a fallu tâcher d'en conserver quelque chose, non pour le mérite, mais pour l'exactitude.</note>, quelle vie mènes-tu là?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000380">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000467">Meilleure que la tienne; je suis un gentilhomme,
et toi, un tireur de vin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000381">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000468">Ce que je suis venu tirer, mon cher monsieur,
ce sont vos oreilles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000382">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000469">Oh! que Dieu conserve ta Grâce! Par ma
foi, sois le bienvenu à Londres. Que le seigneur bénisse
ton aimable figure! Oh! Jésus! vous voilà donc revenu
du pays de Galles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000383">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000470">Te voilà donc, mâtin; tu es folle, engeance
de roi (<hi rend="italic">portant la main sur Dorothée</hi>), je te le jure par sa
peau flexible et son sang corrompu, tu es le bienvenu!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000384">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000471">Qu'est-ce que c'est que ça, gros butor que
vous êtes? Je vous méprise.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000385">
            <speaker>POINS</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000051">au prince</stage>
            <p xml:id="fra-p-000472">Milord, si vous ne prenez pas la
chose dans le premier feu, il vous fera perdre l'envie de
vous venger, et tournera le tout en plaisanterie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000386">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000473">Comment! infâme mine à suif, avec quel mépris
n'avez-vous pas parlé de moi tout à l'heure en présence
de cette sage, honnête et vertueuse dame?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000387">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000474">Dieu bénisse votre excellent coeur! Elle
est bien tout cela, sur mon honneur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000388">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000475">Est-ce que tu m'as entendu?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000389">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000476">Oui; et vous m'avez reconnu aussi, comme le
jour où vous vous sauvâtes auprès de Gadshill. Vous
saviez certainement que j'étais derrière vous, et vous
avez dit tout cela exprès pour mettre ma patience à l'épreuve.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000390">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000477">Oh! non, non, non, tu te trompes; je ne
croyais pas que tu fusses à portée de m'entendre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000391">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000478">Je veux vous forcer à avouer l'insulte que
vous m'avez faite de dessein prémédité; et alors je saurai
bien comment vous arranger.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000392">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000479">Il n'y avait pas d'insulte, Hal; sur mon
honneur, il n'y avait pas d'insulte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000393">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000480">Comment! en me dépréciant, en m'appelant
panetier, taille-pain, et je ne sais encore comment.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000394">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000481">Point d'insulte, Hal.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000395">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000482">Quoi! ce ne sont pas là des insultes?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000396">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000483">Pas du tout, point d'insulte, du tout, Ned,
honnête Ned. Je l'ai déprécié devant les méchants, afin
que les méchants ne se prissent point d'amour pour lui:
en quoi faisant, j'ai joué le rôle d'un véritable ami, d'un
fidèle sujet, et ton père doit me remercier pour cela. Il
n'y a point là d'insulte, Hal; pas du tout, Ned, pas du
tout: non, mes enfants, pas du tout.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000397">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000484">Vois donc, si de peur et de pure lâcheté tu
n'insultes pas à présent cette vertueuse dame, pour te
tirer d'affaire avec nous? Est-elle du nombre des méchants?
Ton hôtesse que voilà, en est-elle? Ce pauvre
petit page en est-il un? Ou bien cet honnête Bardolph,
dont le nez brûle de zèle, est-il un méchant?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000398">
            <speaker>POINS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000485">Réponds donc, vieil arbre mort, réponds donc!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000399">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000486">Le diable a déjà marqué Bardolph à tout
jamais, et son visage est la cuisine particulière de Lucifer,
où il ne fait autre chose que de lui rôtir de la vermine:
quant à ce petit page, il a un bon ange à ses
côtés; mais le diable est plus fort que lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000400">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000487">Pour les femmes....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000401">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000488">Il y en a une qui est déjà en enfer; elle
brûle, la pauvre diablesse. Quant à l'autre, je lui dois
de l'argent; si pour cela elle doit être damnée ou non,
c'est ce que je ne sais pas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000402">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000489">Oh! pour cela non, je vous assure.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000403">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000490">A te dire le vrai, je ne le crois pas non
plus; je crois que tu es quitte pour cet article. Mais,
pardieu! il y a une autre affaire contre toi; de souffrir
qu'on mange de la viande chez toi, en contravention à
la loi! C'est pourquoi je pense que tu hurleras.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000404">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000491">Tous ceux qui tiennent auberge en font
autant: qu'est-ce qu'un gigot de mouton ou deux durant
tout un carême?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000405">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000492">Et vous, ma belle dame?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000406">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000493">Que dit Votre Grâce?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000407">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000494">Ce que dit Sa Grâce, elle le dit tout à fait
à contre-coeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000408">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000495">Qui frappe si fort à la porte? Voyez qui
est à la porte, François.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000052">(Entre Peto.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000409">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000496">Eh bien, Peto, quelle nouvelle?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000410">
            <speaker>PETO</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000497">Le roi votre père est à Westminster; vingt
courriers bien las et bien épuisés arrivent du nord; et
chemin faisant j'ai rencontré et passé une douzaine de
capitaines, nu-tête et suant à grosses gouttes, qui frappaient
à tous les cabarets, et demandaient si l'on n'avait
pas vu sir Jean Falstaff.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000411">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000498">Sur mon Dieu, Poins, je me sens bien coupable
de profaner ainsi à des sottises un temps si précieux,
tandis que la tempête de la révolte, comme le
vent du sud accompagné de noires vapeurs, commence
à fondre en orage sur nos têtes nues et désarmées.
Donnez-moi mon épée et mon manteau. Bonsoir, Falstaff.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000053">(Sortent Henri, Poins, Peto et Bardolph.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000412">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000499">Voilà que m'arrivait le plus friand morceau
de la soirée, et il faut partir sans y mettre la dent!
Encore frapper à la porte! Qu'est-ce que c'est? qu'y
a-t-il donc encore?</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000054">(Entre Bardolph.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000413">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000500">Il faut que vous vous rendiez à la cour
tout de suite; il y a là-bas une douzaine de capitaines
qui vous attendent à la porte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000414">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000055">au page</stage>
            <p xml:id="fra-p-000501">Payez les musiciens, petit drôle;
adieu, hôtesse; adieu, Dorothée: vous voyez, mes enfants,
comme les gens de mérite sont recherchés.
L'homme inutile peut dormir, tandis que l'homme de
courage est appelé partout. Adieu, mes enfants: si l'on
ne me fait pas partir en poste sur-le-champ, je vous reverrai
avant de m'en aller.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000415">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000502">Je ne saurais parler. Si mon coeur n'est
pas prêt à crever!... Enfin, mon cher Jack, aie bien
soin de toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000416">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000503">Adieu, adieu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000417">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000504">Allons, porte-toi bien: il y aura vingt-neuf
ans à la saison des pois verts que je te connais, mais
pour un homme plus honnête et plus sincère.... Enfin,
porte-toi bien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000418">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000056">appelant dans l'intérieur</stage>
            <p xml:id="fra-p-000505">Mistriss Tear-Sheet!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000419">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000506">Qu'est-ce qu'il y a?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000420">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000507">Dites à mistriss Tear-Sheet de venir parler
à mon maître.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000421">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000508">Oh! cours vite, Dorothée; cours, cours,
ma bonne Dorothée.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000057">(Elles sortent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-003">
        <head>ACTE TROISIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-003-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000058">(Une chambre du palais.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000059">(<hi rend="italic">Entre</hi> LE ROI <hi rend="italic">en robe de chambre, accompagné d'un page</hi>).</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000422">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000509">Va: dis aux comtes de Surrey et de Warwick
de se rendre ici; mais recommande-leur de lire auparavant
ces lettres, et d'en bien méditer le contenu. Fais
diligence. (<hi rend="italic">Le page sort.</hi>) Combien de milliers de mes
plus pauvres sujets dorment à cette heure! O sommeil,
ô bienfaisant sommeil, doux réparateur de la nature,
comment donc t'ai-je effrayé, que tu ne veuilles plus
appesantir mes paupières, et plonger dans l'oubli mes
sens assoupis? Pourquoi, sommeil, te plais-tu mieux
dans la chaumière enfumée, étendu sur d'incommodes
grabats, où tu t'assoupis au bourdonnement des insectes
nocturnes, que dans les chambres parfumées des grands,
sous la pourpre d'un dais magnifique, où les sons d'une
douce mélodie invitent au repos? Dieu stupide, pourquoi
vas-tu partager le lit dégoûtant du misérable, et
laisses-tu la couche des rois semblable à la boîte d'une
horloge, ou à la cloche qui sonne l'alarme? Quoi! tu
vas fermer les yeux du mousse sur la cime agitée et périlleuse
du mât, et tu le berces sur la couche de la tempête
impétueuse, au milieu des vents qui saisissent par
le sommet les vagues scélérates, hérissent leurs têtes
monstrueuses, et les suspendent aux mobiles nuages
avec des clameurs si assourdissantes qu'à ce tapage la
mort elle-même se réveille. O injuste sommeil, peux-tu
dans ces heures terribles accorder ton repos au mousse
trempé des flots, tandis qu'au sein de la nuit la plus
calme et la plus tranquille, sollicité par tous les moyens
et toutes les séductions imaginables, tu le refuses à un
roi!--Couchez-vous donc tranquillement, heureux misérables.
La tête qui porte une couronne ne repose jamais
avec calme!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000060">(Entrent Warwick et Surrey.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000423">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000510">Mille bonjours à Votre Majesté!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000424">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000511">Est-ce que nous sommes déjà au matin?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000425">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000512">Il est une heure passée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000426">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000513">En ce cas, milords, je vous souhaite aussi le
bonjour à tous deux.--Avez-vous lu les lettres que je
vous ai envoyées?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000427">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000514">Oui, mon souverain.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000428">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000515">Vous voyez donc dans quel état critique est
notre royaume, de quelles maladies funestes il est atteint,
et que le plus grand danger est tout près du coeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000429">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000516">Il n'y a, seigneur, qu'un désordre naissant
dans sa constitution, et l'on peut lui rendre toute
sa vigueur avec de bons conseils et peu de remèdes.--Milord
Northumberland sera bientôt refroidi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000430">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000517">O ciel! que ne peut-on lire dans le livre du
destin! y voir tantôt la révolution des siècles aplanir
les plus hautes montagnes; tantôt le continent, comme
lassé de sa ferme solidité, se fondre et s'écouler dans les
mers; et d'autres fois la ceinture en falaises de l'Océan
devenir trop large pour les reins de Neptune! que n'y
peut-on apprendre comme le hasard se rit de nous, et
de combien de diverses liqueurs ses changements remplissent
la coupe des vicissitudes! Oh! si l'on pouvait
voir tout cela, le jeune homme le plus heureux, à l'aspect
de la route qu'il lui faut suivre à travers la vie, des
périls où il doit passer, des traverses qui doivent s'ensuivre,
ne songerait plus qu'à fermer le livre, s'asseoir
et mourir.--Dix ans ne se sont pas encore écoulés depuis
que Richard et Northumberland, amis déclarés, prenaient
ensemble de joyeux repas; et deux ans après ils
étaient en guerre. Il n'y a que huit ans que ce même
Percy était l'homme le plus près de mon coeur; il travaillait
sans relâche comme un frère pour mes intérêts,
et déposait à mes pieds son affection et sa vie. Oui, pour
l'amour de moi il bravait en face Richard. Qui de vous
était présent alors? (<hi rend="italic">A Warwick.</hi>) C'était vous, cousin
Névil, autant que je m'en puis souvenir. Lorsque Richard,
les yeux pleins de larmes, insulté, maltraité de
reproches par Northumberland, prononça ces paroles
que nous voyons maintenant avoir été prophétiques:
«Northumberland, toi l'échelle avec laquelle mon cousin
Bolingbroke monte sur mon trône.»--Bien qu'alors,
le ciel le sait, je n'eusse point cette pensée, et que la
nécessité seule ait abaissé l'État, à tel point que la souveraineté
et moi nous fûmes forcés de nous embrasser.--«Le
temps viendra, continua-t-il, le temps viendra où ce
crime infâme, comme un ulcère mûri, répandra la corruption
qu'il renferme.» Et il poursuivit, prédisant ce
qui arrive aujourd'hui et la rupture de notre amitié.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000431">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000518">Il se trouve toujours dans la vie des
hommes quelque événement propre à nous représenter
l'aspect des temps qui ne sont plus. En les observant, on
peut prophétiser assez juste les principaux événements
qui sont encore à naître, faibles commencements gardés
en réserve dans les germes où ils reposent, pour y être
couvés par le temps qui les fait éclore. D'après l'inévitable
loi des choses, le roi Richard pouvait clairement
concevoir l'idée que le puissant Northumberland, alors
traître envers lui, ferait sortir de cette semence une trahison
plus grande encore qui ne trouverait pour y attacher
ses racines d'autre terrain que vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000432">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000519">Ces événements sont-ils donc une inévitable
nécessité? Eh bien, recevons-les comme la nécessité.
C'est elle encore qui nous appelle en ce moment à grands
cris.--On dit que l'évêque et Northumberland sont forts
de cinquante mille hommes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000433">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000520">Cela est impossible, seigneur; la renommée,
répétant à la fois la voix et l'écho, double toujours
les objets de la crainte.--Que Votre Grâce veuille
bien s'aller mettre au lit. Sur ma vie, seigneur, l'armée
que vous avez envoyée viendra facilement à bout de
cette conquête; et pour vous consoler encore davantage,
j'ai reçu l'avis que Glendower est mort. Votre Majesté a
été malade toute cette quinzaine, et ces heures prises
sur le temps du sommeil doivent nécessairement aggraver
votre mal.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000434">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000521">Je vais suivre votre conseil: et si ces guerres
domestiques étaient terminées, nous partirions, mes
chers lords, pour la Terre sainte.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000061">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-003-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000062">Une cour devant la maison du juge de paix Shallow, dans le
comté de Glocester.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000063"><hi rend="italic">Entrent</hi> SHALLOW et SILENCE, <hi rend="italic">chacun de son côté,
suivi de</hi> MOULDY, SHADOW, WART, FEEBLE et
BULLCALF.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000435">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000064">à Silence</stage>
            <p xml:id="fra-p-000522">Venez, venez, venez: votre main,
monsieur, votre main, monsieur; vous êtes bien matinal,
par ma foi! Comment se porte mon cher cousin
Silence?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000436">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000523">Bonjour, mon cher cousin Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000437">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000524">Et comment se porte ma cousine votre
femme, et votre charmante fille, et la mienne, ma filleule
Hélène?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000438">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000525">Ah! ce n'est pas un merle blanc.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000439">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000526">Qu'on en dise tout ce qu'on voudra, je
gage que mon cousin Guillaume est un habile garçon à
présent. Il est toujours à Oxford, n'est-ce pas?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000440">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000527">Oui vraiment, et cela me coûte beaucoup.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000441">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000528">Vous l'enverrez bientôt, je pense, aux
écoles de droit. J'étais autrefois de celle de Saint-Clément,
où je crois qu'on parle encore, et qu'on parlera
longtemps de cet étourdi de Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000442">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000529">On vous appelait le vigoureux Shallow,
alors, cousin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000443">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000530">Oh! pardieu, j'avais toutes sortes de noms.
Et en vérité, il n'y avait rien que je ne fusse capable de
faire, et rondement encore. Il y avait moi et le petit
Jean Doit, du comté de Stafford, et le noir George Bare,
et François Pickbone, et Guillaume Squelle, un fameux
lutteur
<note type="editorial" n="42" xml:id="fra-note-000042">A Colswold man. Les jeux de Colswold étaient célèbres alors pour les exercices d'adresse et de force.</note>: je suis sûr que, dans toutes les écoles de droit,
on n'aurait pas trouvé quatre autres vauriens de tapageurs
comme nous; et j'ose dire que nous savions bien
où déterrer le gibier, et que nous avions le meilleur à
commandement. Il y avait aussi dans ce temps-là avec
nous Jean Falstaff, aujourd'hui sir Jean, alors tout jeune
et page de Thomas Mowbray, duc de Norfolk.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000444">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000531">Est-ce le même sir Jean, cousin, qui va
venir ici bientôt pour des recrues?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000445">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000532">Le même, le même sir Jean, précisément
le même. Je lui ai vu fendre la tête de Skogan
<note type="editorial" n="43" xml:id="fra-note-000043">Skogan était un poëte qui suivait la cour de Henri IV, et composait des ballades et des moralités. Il paraît avoir été un homme sérieux et nullement fait pour se trouver compromis avec un mauvais sujet de l'espèce de Falstaff. Mais on a le recueil des mauvaises plaisanteries d'un autre Skogan, espèce de bouffon qui vivait du temps d'Édouard IV. Shakspeare paraît les avoir confondus, ou peut-être est-ce un anachronisme qu'il prête à dessein à Shallow pour faire ressortir un de ses mensonges.</note> à la porte
du palais, qu'il n'était encore qu'un marmot pas plus
haut que cela: et le même jour, je me suis battu avec
un certain Samson Stock-Fish, qui tenait une boutique
de fruitier derrière les écoles de Gray. Oh! les bonnes
farces que j'ai faites! Et de voir aujourd'hui combien il
y a de mes vieilles connaissances de mortes!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000446">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000533">Nous les suivrons tous, cousin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000447">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000534">Oh! cela est certain, cela est certain, très-sûr,
très-sûr: la mort (comme dit le psalmiste) est certaine
pour tous, tous mourront.--Combien une bonne
paire de boeufs à la foire de Stampford?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000448">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000535">Pour vous dire la vérité, cousin, je n'y ai
pas été.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000449">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000536">Oui, la mort est certaine.--Et le vieux
Double de votre ville est-il toujours en vie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000450">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000537">Mort, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000451">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000538">Mort! Voyez, voyez, il tirait bien de l'arc;
et il est mort! Il avait un beau coup de fusil. Jean de
Gaunt l'aimait beaucoup, et gageait beaucoup d'argent
sur sa tête. Mort! il vous tapait dans le blanc à deux cent
quarante pas, et vous aurait lancé un trait à deux cent
quatre-vingts, et même quatre-vingt-dix pas, que cela
vous aurait enchanté à voir.--A quel prix la vingtaine
de brebis à présent?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000452">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000539">C'est selon ce qu'elles sont: une vingtaine
de bonnes brebis peut aller à dix guinées.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000453">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000540">Et comme cela, le pauvre vieux Double est
donc mort?</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000065">(Entrent Bardolph et une autre personne avec lui.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000454">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000541">Voilà, je crois, deux des gens de sir Jean
Falstaff.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000455">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000542">Bonjour, mes bons messieurs; lequel de
vous deux est le juge Shallow?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000456">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000543">Je suis Robert Shallow, monsieur, un
pauvre gentilhomme de ce comté, et l'un des juges de
paix du roi. Que désirez-vous de moi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000457">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000544">Mon capitaine, monsieur le juge, se recommande
à vous; mon capitaine, sir Jean Falstaff,
homme de belle taille, pardieu! et un très-vaillant chef
de recrues.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000458">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000545">Il me fait bien de la grâce, monsieur; je
l'ai connu un excellent espadonneur: comment se porte
ce bon chevalier? Oserai-je demander comment se porte
milady son épouse?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000459">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000546">Excusez-moi, monsieur, mais un soldat
n'est pas si mal accommodé que de n'avoir qu'une femme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000460">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000547">C'est bien dit, par ma foi, monsieur; et, en
vérité, c'est bien dit. Mieux accommodé! Il est bon! Oui,
en vérité, il est bon! Les bonnes phrases sont très-certainement
et ont toujours été en grande recommandation.
Accommodé,--cela vient d'<hi rend="italic">accommodo</hi>: fort bien!
c'est une bonne phrase!
<note type="editorial" n="44" xml:id="fra-note-000044">Accommodate était une expression à la mode.</note></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000461">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000548">Pardonnez, monsieur, mais j'ai entendu
dire ce mot-là. Comment dites-vous, une phrase? Par le
jour qui luit, je ne sais pas ce que veut dire <hi rend="italic">phrase</hi>;
mais je soutiendrai, l'épée à la main, que ce mot est un
très-bon mot de soldat, et un mot d'un sens très-avantageux.
Oui, accommodé, c'est-à-dire qu'un homme
est, comme on dit, accommodé; ou bien, quand un
homme est ce qu'on appelle.... par quoi.... et comment...
il peut passer pour accommodé, ce qui est une excellente
chose.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000066">(Arrive Falstaff.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000462">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000549">Vous avez raison; tenez, voilà le bon sir
Jean qui arrive. Donnez-moi votre chère main; que
Votre Seigneurie donne sa chère main. Sur ma parole,
vous avez bon visage; vous portez vos années à faire
plaisir. Soyez le bienvenu, mon cher sir Jean.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000463">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000550">Je suis charmé de vous voir en bonne
santé, mon cher maître Robert Shallow. C'est maître
Sure-Card que voilà, je pense?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000464">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000551">Non, sir Jean; c'est mon cousin Silence,
mon confrère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000465">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000552">Cher monsieur Silence, vous étiez bien fait
pour être juge de paix.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000466">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000553">Votre Seigneurie est la bienvenue.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000467">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000554">Pardieu! il fait bien chaud!--Messieurs,
m'avez-vous fait ici une demi-douzaine d'hommes bons
à recruter?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000468">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000555">Vraiment oui, monsieur. Voulez-vous
prendre la peine de vous asseoir?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000469">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000556">Voyons-les, s'il vous plaît.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000470">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000557">Où est la liste, où est la liste, où est la
liste? Attendez, attendez, attendez. Allons, allons, allons,
allons. Oui ma foi, monsieur. (<hi rend="italic">Il fait l'appel.</hi>) Ralph
Moisi?
<note type="editorial" n="45" xml:id="fra-note-000045">Mouldy. Il a fallu traduire les noms des recrues, sans quoi les plaisanteries de Falstaff auraient été incompréhensibles.</note> Qu'ils viennent dans l'ordre où je les appelle.
Qu'ils viennent dans l'ordre, qu'ils viennent dans l'ordre.
Voyons, où est Moisi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000471">
            <speaker>MOISI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000558">Ici, sous votre bon plaisir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000472">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000559">Que pensez-vous de celui-ci, sir Jean? C'est
un garçon bien membré, jeune, fort, et qui vient de
bonne famille.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000473">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000560">Est-ce toi qui t'appelles Moisi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000474">
            <speaker>MOISI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000561">Oui, sous votre bon plaisir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000475">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000562">Il n'est que plus pressé de t'employer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000476">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000563">Ha, ha, ha! cela est excellent, ma foi! Ce
qui est moisi a besoin d'être employé plus tôt que plus
tard. Singulièrement bon! Bien dit, par ma foi! Fort
bien dit!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000477">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000564">Piquez-le.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000478">
            <speaker>MOISI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000565">Oh! piqué, je le suis de reste. Si vous aviez pu
me laisser tranquille! Ma vieille grand'mère ne saura
où donner de la tête pour trouver quelqu'un qui lui
fasse son ménage et les gros travaux. Vous n'aviez pas
besoin de me piquer; il y en a tant d'autres plus en état
que moi!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000479">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000566">Allons, paix, Moisi: vous marcherez.
Moisi, il est temps qu'on vous emploie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000480">
            <speaker>MOISI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000567">Qu'on m'emploie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000481">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000568">Paix, drôle, paix; rangez-vous de côté:
savez-vous à qui vous parlez?--Voyons l'autre, sir Jean.
Attendez. Simon L'ombre!
<note type="editorial" n="46" xml:id="fra-note-000046">Shadow.</note></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000482">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000569">Vraiment, je veux l'avoir celui-là; ce doit
être un soldat bien frais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000483">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000570">Où est L'ombre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000484">
            <speaker>L'OMBRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000571">Me voilà, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000485">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000572">L'ombre, de qui es-tu fils?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000486">
            <speaker>L'OMBRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000573">Je suis l'enfant de ma mère, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000487">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000574">L'enfant de ta mère! c'est assez vraisemblable;
et l'ombre de ton père, l'enfant de la femelle est
l'ombre du mâle: il y en a beaucoup de cette espèce,
vraiment, mais pas beaucoup où le père ait mis du
sien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000488">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000575">Vous convient-il, sir Jean?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000489">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000576">L'ombre conviendra fort en été, pique-le;
nous avons comme cela beaucoup d'ombres qui remplissent
les cadres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000490">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000577">Thomas Bossu!
<note type="editorial" n="47" xml:id="fra-note-000047">Wart.</note></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000491">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000578">Où est-il?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000492">
            <speaker>BOSSU</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000579">Me voilà, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000493">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000580">T'appelles-tu Bossu?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000494">
            <speaker>BOSSU</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000581">Oui, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000495">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000582">Tu es, ma foi, un bossu bien bossu.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000496">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000583">Le piquerai-je, monsieur le chevalier?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000497">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000584">Il n'est pas nécessaire, car son équipage
est bâti sur son dos, et son corps ne tient qu'avec des
épingles: ne le piquez pas davantage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000498">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000585">Ha, ha, ha! C'est à faire à vous, chevalier,
c'est à faire à vous! Je vous fais mon compliment.--François
Foible.
<note type="editorial" n="48" xml:id="fra-note-000048">Feeble.</note></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000499">
            <speaker>FOIBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000586">Me voilà, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000500">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000587">Quel métier fais-tu, Foible?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000501">
            <speaker>FOIBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000588">Tailleur pour femmes, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000502">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000589">Le piquerai-je, monsieur?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000503">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000590">Si vous voulez; mais si c'eût été un tailleur
d'hommes, c'est à vous qu'il aurait piqué des points.
Feras-tu bien autant de trous dans le corps d'armée de
l'ennemi que tu en as fait dans une jupe de femme?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000504">
            <speaker>FOIBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000591">J'y ferai tout mon possible, monsieur; vous
n'en pouvez pas demander davantage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000505">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000592">C'est bien dit, mon cher tailleur pour
femmes, bien dit, courageux Foible. Tu seras aussi vaillant
qu'un pigeon en colère, ou que la plus magnanime
des souris. Piquez bien le tailleur de femmes, maître
Shallow, profondément, monsieur Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000506">
            <speaker>FOIBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000593">J'aurais été bien charmé que Bossu fût parti
aussi, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000507">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000594">Je serais bien charmé que tu fusses tailleur
pour hommes, afin que tu pusses le raccommoder
et le mettre en état d'aller. Je ne peux pas faire un simple
soldat d'un homme qui a un si gros corps derrière
lui. Cette raison doit vous suffire, très-vigoureux Foible.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000508">
            <speaker>FOIBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000595">Aussi suffira-t-elle, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000509">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000596">Je te suis bien obligé, respectable Foible.--Qui
est-ce qui vient après?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000510">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000597">Pierre le Boeuf,
<note type="editorial" n="49" xml:id="fra-note-000049">Bull-calf.</note> de la prairie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000511">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000598">Vraiment! Voyons un peu ce Pierre le Boeuf.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000512">
            <speaker>LE BOEUF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000599">Me voilà, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000513">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000600">Devant Dieu, cela fait un drôle bien bâti.
Allons, piquez-moi le Boeuf jusqu'à ce qu'il mugisse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000514">
            <speaker>LE BOEUF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000601">Oh! mon seigneur capitaine....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000515">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000602">Comment donc? tu cries avant qu'on te
pique?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000516">
            <speaker>LE BOEUF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000603">Ah! monsieur, je suis malade.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000517">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000604">Et quelle maladie as-tu?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000518">
            <speaker>LE BOEUF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000605">Un mâtin de rhume, monsieur; une toux
que j'ai attrapée à force de sonner dans les affaires du
roi, le jour de son couronnement, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000519">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000606">Allons, tu viendras à la guerre en robe
de chambre: nous ferons partir ton rhume, et nous
aurons soin que tes parents sonnent pour toi.--Est-ce là
tout?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000520">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000607">Nous en avons appelé deux de plus qu'il
ne vous faut; vous ne devez avoir que quatre hommes
ici, monsieur; faites-moi le plaisir d'entrer et d'accepter
mon dîner.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000521">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000608">Volontiers, j'irai boire un coup avec vous,
mais je ne saurais rester à dîner. Je suis bien charmé
d'avoir eu le plaisir de vous voir, maître Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000522">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000609">Oh! monsieur le chevalier, vous souvenez-vous
quand nous avons passé la nuit ensemble dans le
moulin à vent des prés Saint-George?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000523">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000610">Ne parlons plus de cela, mon cher maître
Shallow, ne parlons plus de cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000524">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000611">Ah! que de farces nous avons faites cette
nuit-là! et Jeanne Night-Work est-elle toujours en vie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000525">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000612">Toujours, maître Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000526">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000613">Elle ne pouvait se débarrasser de moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000527">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000614">Oh! jamais, jamais: aussi disait-elle toujours
qu'elle ne pouvait pas supporter maître Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000528">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000615">Pardieu! il n'y avait personne comme moi
pour la faire enrager. C'était une bonne robe alors; se
soutient-elle toujours bien?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000529">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000616">Oh! vieille, vieille, maître Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000530">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000617">En effet, elle doit être vieille; il est impossible
qu'elle ne soit pas vieille; certainement elle est
vieille, puisqu'elle avait eu Robin Night-Work du vieux
Night-Work, avant que je fusse à Saint-Clément.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000531">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000618">Il y a cinquante-cinq ans de cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000532">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000619">Ah! cousin Silence, que n'as-tu vu ce que
le chevalier et moi avons vu! ah! sir John!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000533">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000620">Nous avons entendu souvent sonner le
carillon de minuit, maître Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000534">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000621">Si nous l'avons entendu! si nous l'avons
entendu! si nous l'avons entendu! en vérité, chevalier,
nous pouvons bien dire que nous l'avons entendu. Notre
mot du guet était <hi rend="italic">hem</hi>! <hi rend="italic">enfants</hi>!--Allons-nous-en dîner.
Oh! les beaux jours que nous avons vus! Allons, allons.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000067">(Falstaff, Shallow et Silence sortent.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000535">
            <speaker>LE BOEUF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000622">Mon bon monsieur le corporal Bardolph,
soyez de mes amis, et voilà la somme de quarante schellings
de Henri en écus de France pour vous. En bonne
vérité, monsieur, j'aimerais autant être pendu, monsieur,
que de partir: et cependant, quant à moi, monsieur,
ce n'est pas que je m'en soucie beaucoup; mais
c'est que ce n'est pas mon penchant, et quant à moi j'ai
envie de rester dans ma famille; autrement, monsieur,
je ne m'en soucie pas quant à moi beaucoup.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000536">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000623">Allons, rangez-vous de côté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000537">
            <speaker>MOISI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000624">Et moi, mon bon monsieur le caporal capitaine,
soyez de mes amis pour l'amour de ma vieille
grand'mère, elle n'a personne capable de rien faire auprès
d'elle quand je serai parti; elle est vieille et ne
peut pas s'aider toute seule; je vous en donnerai quarante,
monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000538">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000625">Allons, rangez-vous de côté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000539">
            <speaker>FOIBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000626">Par ma foi, cela m'est égal; un homme ne
peut jamais mourir qu'une fois; nous devons une mort
à Dieu. Je ne porterai jamais un coeur lâche: si c'est
mon sort, soit: si ce ne l'est pas, tout de même. Personne
n'est trop bon pour servir son prince; et que cela
tourne comme cela voudra: celui qui meurt cette année
en est quitte pour l'année prochaine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000540">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000627">Bien dit, tu es un brave garçon!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000541">
            <speaker>FOIBLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000628">Non, ma foi! je ne porterai jamais un coeur
lâche.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000068">(Rentrent Falstaff et les juges de paix.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000542">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000629">Allons, monsieur, quels sont les hommes
que je dois avoir?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000543">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000630">Choisissez les quatre que bon vous semblera.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000544">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000631">Monsieur, écoutez un peu que je vous dise
un mot: j'ai
<note type="editorial" n="50" xml:id="fra-note-000050">Bardolph a reçu 80 schellings, ce qui fait environ 4 guinées il en vole une à son maître.</note> trois guinées pour décharger Moisi et le
Boeuf.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000545">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000632">Bien, j'entends.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000546">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000633">Allons, sir Jean, qui sont les quatre que
vous choisissez?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000547">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000634">Choisissez pour moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000548">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000635">Vraiment donc: Moisi, le Boeuf, Foible, et
L'ombre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000549">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000636">Moisi, le Boeuf!--Quant à vous, Moisi, restez
chez vous jusqu'à ce que vous ne soyez plus bon
pour le service. Et vous, le Boeuf, croissez jusqu'à ce que
vous y soyez propre. Je ne veux point de vous autres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000550">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000637">Ah! sir Jean, sir Jean, ne vous faites pas
tort à vous-même: ce sont vos plus beaux hommes; et
je serais bien aise que vous eussiez ce qu'il y a de mieux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000551">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000638">Voulez-vous m'apprendre, monsieur Shallow,
à choisir un homme? Est-ce que je me soucie, moi,
des membres, de la largeur, de la stature, de la corpulence,
et de toutes ces formes robustes d'un homme?
Donnez-moi le coeur, monsieur Shallow. Voilà Bossu,
par exemple; vous voyez quel air mal torché il a. Eh
bien, c'est un homme qui vous chargera et fera partir
son mousquet aussi vite que le marteau d'un chaudronnier,
qui ira et viendra aussi prestement que les seaux
du brasseur sortant la bière de la cuve. Et cet autre
demi-visage, ce maraud de L'ombre, voilà encore un
homme comme il m'en faut; cela ne présente ni surface
ni but à l'ennemi; celui qui voudra tirer sur lui pourrait
tout aussi facilement ajuster le tranchant d'un canif: et
pour une retraite, avec quelle légèreté ce Foible, tailleur
de femmes, vous saura courir! Oh! donnez-moi les
hommes de rebut, et renvoyez-moi au rebut vos hommes
d'élite. Mettez-moi un mousquet entre les mains de
Bossu, Bardolph.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000552">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000069">lui faisant faire l'exercice</stage>
            <p xml:id="fra-p-000639">Tenez-vous,
Bossu; l'arme en joue: comme cela, comme cela, comme
cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000553">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000640">Allons, maniez-moi votre mousquet;
comme cela; fort bien: marchez; fort bien, à merveille.
Oh! il n'est rien de tel pour faire un fusilier qu'un petit,
vieux, maigre, ratatiné, pelé. Par ma foi, je te dis que
c'est fort bien, Bossu. Tu es un bon garçon; tiens, voilà
un tester pour toi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000554">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000641">Il n'est pas encore passé maître là dedans;
il ne l'exécute pas très-bien. Je me souviens qu'à la
plaine de Mile-End, du temps que je demeurais à Saint-Clément,
je faisais alors le rôle de sir Dagonet dans la
farce d'Arthur; il y avait un singulier drôle de petit
corps, et il vous maniait son mousquet comme cela, et
puis il tournait par ici, et tournait par là, et puis en
avant, et puis en arrière, comme qui dirait, <hi rend="italic">ra ta ta</hi>, et
puis comme qui dirait <hi rend="italic">pan</hi>, et puis il s'en allait, et puis
il revenait encore: ah! je n'en verrai jamais un comme
lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000555">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000642">Ceux-là iront très-bien. Maître Shallow,
Dieu vous garde! maître Silence, je ne ferai pas de
longs compliments avec vous; adieu, messieurs, tous
les deux. Je vous fais mes remercîments; j'ai encore
une douzaine de milles à faire ce soir.--Bardolph, donnez
à ces miliciens leur uniforme.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000556">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000643">Sir Jean, que le ciel vous bénisse, fasse
prospérer vos affaires, et nous envoie bientôt la paix!
Ne repassez pas ici sans vous arrêter chez moi, que nous
renouvelions notre ancienne connaissance: peut-être
bien alors que je vous tiendrai compagnie pour aller à
la cour.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000557">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000644">Je voudrais qu'il vous en prît envie, maître
Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000558">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000645">Allez, en un mot comme en mille, j'ai dit.
Portez-vous bien.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000559">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000646">Adieu, mes chers messieurs.--Ici, Bardolph.
Conduis ces hommes-là.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000070">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000560">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000647">A mon retour je veux soutirer ces deux
juges de paix. Je connais déjà à fond le juge Shallow.
Seigneur mon Dieu, combien nous autres vieillards
sommes naturellement portés à mentir! Ce décharné de
juge de paix n'a fait autre chose que de m'étourdir de
toutes les extravagances de sa jeunesse, et de ses prouesses
dans la rue de Turn-Bull
<note type="editorial" n="51" xml:id="fra-note-000051">La rue de Turn-Bull était le lieu le plus fréquenté par les femmes de mauvaise vie.</note>, et jamais trois mots de suite
sans une menterie, plus exactement payée à son auditeur
que ne l'est l'impôt du Turc. Je me le rappelle très-bien
lorsqu'il était à Saint-Clément, comme de ces figures
qu'on fait, après souper, d'une pelure de fromage. Quand
il était nu, il n'y avait personne qui ne le prit pour une
rave fourchue surmontée d'une tête grotesquement
taillée au couteau; il était si mince qu'à une vue un peu
embrouillée ses dimensions auraient été tout à fait invisibles.
C'était le spectre de la famine, et cependant lascif
comme un singe. Les catins ne l'appellaient pas autrement
que Mandragore: il suivait toujours les modes
d'une lieue, et n'avait jamais de chansons à chanter à
ses mauvaises servantes d'auberges que celles qu'il entendait
siffler aux charretiers; et il vous les donnait avec
serment pour des caprices de lui, ou le fruit de ses
veilles; et voilà ce sabre de bois devenu écuyer, parlant
aussi familièrement de Jean de Gaunt que s'il eût été
son camarade, et je ferais bien serment qu'il ne l'a jamais
vu qu'une fois dans sa vie: c'était dans la cour des
joutes où Gaunt lui cassa la tête pour s'être venu fourrer
parmi les officiers du maréchal. Je dis, en voyant cela, à
Jean de Gaunt qu'il battait son propre nom; en effet
vous l'auriez pu fourrer tout vêtu dans une peau d'anguille:
l'étui d'un hautbois à trois corps lui eût fait une
maison, un palais; et aujourd'hui il a des terres et des
bestiaux! C'est bien, je ferai connaissance avec lui, si je
reviens; et il y aura bien du malheur si je ne m'en fais
une double pierre philosophale. Si le jeune goujon fait
la nourriture du vieux brochet, je ne vois pas pourquoi,
suivant toutes les lois de la nature, je ne le happerais
pas. Que l'occasion se présente, et voilà tout.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000071">(Il sort.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-004">
        <head>ACTE QUATRIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-004-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000072">Une forêt dans la province d'York.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000073">L'ARCHEVÊQUE D'YORK, MOWBRAY, HASTINGS
<hi rend="italic">et autres</hi>.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000561">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000648">Comment s'appelle cette forêt?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000562">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000649">C'est la forêt de Galtrie, sauf le bon plaisir
de Votre Grâce.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000563">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000650">Arrêtons-nous ici, mes lords,
et envoyez à la découverte pour reconnaître les forces
de l'ennemi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000564">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000651">Nos espions sont déjà en campagne.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000565">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000652">Vous avez bien fait.--Mes amis
et mes collègues dans cette grande entreprise, je dois
vous apprendre que j'ai reçu de Northumberland des
lettres d'une date très-récente. Voici la teneur et la substance
de ces froides lettres. Il souhaiterait, dit-il, être
ici à la tête d'un corps digne de son rang: mais il n'en
a pu trouver un assez nombreux, et il s'est retiré en
Écosse pour laisser croître et mûrir sa fortune: il finit
par demander à Dieu, de tout son coeur, que vos efforts
triomphent des hasards et de la redoutable puissance de
votre ennemi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000566">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000653">Ainsi voilà les espérances que nous fondions
sur lui échouées et mises en pièces.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000074">(Entre un messager.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000567">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000654">Eh bien, quelles nouvelles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000568">
            <speaker>LE MESSAGER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000655">A l'occident de cette forêt, à moins d'un
mille d'ici, les ennemis s'avancent en bon ordre, et par
l'étendue de terrain qu'ils occupent, j'estime que leur
nombre doit monter à près de trente mille hommes.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000569">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000656">C'est justement ce que nous avions supposé.
Marchons vers eux, et allons les affronter sur le
champ de bataille.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000075">(Entre Westmoreland.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000570">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000657">Quel est ce chef armé de toutes
pièces qui s'avance droit à nous? Je crois que c'est milord
Westmoreland.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000571">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000658">Salut et civilités de la part de notre
général, le prince lord Jean de Lancastre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000572">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000659">Parlez, milord Westmoreland;
expliquez-vous sans crainte. Quel motif vous amène vers
nous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000573">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000660">C'est donc à Votre Grâce, milord,
que s'adressera principalement le fond de mon discours.
Si cette rébellion s'avançait comme il lui convient, sous
l'aspect d'une abjecte et vile multitude, conduite par
une jeunesse sanguinaire, animée par la fureur et soutenue
d'une troupe d'enfants et de mendiants; si, dis-je,
la révolte maudite s'offrait ainsi sous sa forme propre,
naturelle et véritable, on ne vous verrait pas, vous, mon
révérend père, et tous ces nobles lords, décorer ici de
vos légitimes dignités l'ignoble forme d'une basse et sanglante
insurrection.--Vous, lord archevêque, dont le
siége est appuyé sur la paix publique, dont la paix à la
main d'argent a caressé la barbe, dont la paix a nourri
la science et les bonnes lettres, dont les vêtements
offrent dans leur blancheur l'emblème de l'innocence, et
figurent la divine colombe et l'esprit saint de paix!
pourquoi transformer si malheureusement le gracieux
langage de la paix en un rude et bruyant idiome de
guerre, pourquoi changer vos livres en tombeaux, votre
encre en sang, vos plumes en lances, et votre langue
pieuse en une éclatante trompette et un aiguillon de
guerre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000574">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000661">Pourquoi je me conduis ainsi?
Telle est la question que vous me faites: je vais en peu
de mots droit au but.--Nous sommes tous malades; les
excès de notre intempérance et de nos folies ont allumé
dans notre sein une fièvre ardente qui demande que
notre sang soit versé. Atteint d'une pareille maladie,
notre feu roi Richard en mourut. Cependant, mon très-noble
lord Westmoreland, je ne me donne point ici pour
le médecin de ces maux, et ce n'est point en ennemi de
la paix que je me mêle dans les rangs des guerriers;
mais plutôt, en étalant pour quelques moments l'appareil
menaçant de la guerre, je veux forcer au régime des
esprits ardents, fatigués de leur bonheur, et purger un
excès d'humeur qui commence à arrêter dans nos veines
le mouvement de la vie.--Je vais vous parler plus simplement.
J'ai d'une main impartiale pesé dans une juste
balance les maux que peuvent causer nos armes et les
maux que nous souffrons, et je trouve nos griefs bien
plus graves que nos torts: nous voyons quelle direction
suit le cours des choses actuelles, et la violence du torrent
des circonstances nous emporte malgré nous hors
de notre paisible sphère. Nous avons résumé tous nos
griefs, pour les montrer article par article quand il en
sera temps. Nous les avons, longtemps avant ceci, présentés
au roi; mais tous nos efforts n'ont pu nous obtenir
audience. Lorsqu'on nous fait tort, et que nous voulons
exposer nos plaintes, l'accès à son trône nous est
fermé par les hommes mêmes qui ont le plus contribué
aux injustices dont nous nous plaignons. Ce sont les
dangers des jours tout récemment passés, et dont le
souvenir est inscrit sur la terre en caractères de sang
encore visibles; ce sont les exemples que chaque heure,
que l'heure présente amène sous nos yeux, qui nous
portent à revêtir ces armes si malséantes, non pour
rompre la paix, ni aucune de ses branches, mais pour
établir ici une paix qui en ait à la fois le nom et la réalité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000575">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000662">Et quand a-t-on jamais refusé d'écouter
vos plaintes? En quoi avez-vous été lésé par le
roi? Quel pair a jamais été suborné pour vous offenser,
en telle sorte que vous puissiez vous croire autorisé à
sceller aujourd'hui d'un sceau divin le livre sanglant et
illégitime d'une révolte mensongère, et à consacrer
l'épée cruelle de la guerre civile?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000576">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000663">J'ai fait ma querelle des maux
de l'État, notre frère commun, et de la cruauté exercée
sur le frère né de mon sang.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000577">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000664">Il n'est nullement besoin de pareille
réforme, et, quand elle serait nécessaire, ce n'est pas à
vous qu'elle appartient.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000578">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000665">Pourquoi pas à lui, du moins en partie?
Et à nous tous, qui sentons encore les plaies du passé,
et qui voyons le présent appesantir sur nos dignités une
main injuste et oppressive?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000579">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000666">Oh! mon cher lord Mowbray, jugez
des événements par la nécessité des circonstances, et
vous direz alors avec plus de vérité que c'est le temps
et non le roi qui vous maltraite. Et cependant, quant à
vous, je ne puis voir que, soit de la part du roi, soit de
la part des conjonctures nouvelles, vous ayez lieu le moins
du monde à fonder une plainte. N'avez-vous pas été rétabli
dans toutes les seigneuries du duc de Norfolk,
votre noble père, d'honorable mémoire?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000580">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000667">Eh! qu'avait donc perdu mon père dans
son honneur, qui eût besoin d'être ranimé et ressuscité
en moi? Le roi qui l'aimait fut forcé, par la situation où
se trouvait l'État, de l'exiler malgré lui. Et cela, au moment
où Henri Bolingbroke et lui étaient tous deux en
selle et haussés sur leurs étriers; leurs chevaux hennissaient
pour appeler l'éperon, leurs lances en arrêt, leurs
visières baissées, leurs yeux lançant le feu à travers
l'acier de leurs casques, et la bruyante trompette les
animant l'un contre l'autre; alors, alors, rien ne pouvait
garantir le sein de Bolingbroke de la lance de mon père.
Oh! lorsque le roi jeta contre terre son bâton de commandement,
sa vie y tenait suspendue; il se renversa
du coup, lui et tous ceux qui depuis ont péri sous Bolingbroke,
ou par jugement, ou par la pointe de l'épée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000581">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000668">Vous parlez, lord Mowbray, de ce
que vous ne savez pas. Le comte d'Hereford était réputé
alors pour le plus brave gentilhomme de l'Angleterre.
Qui sait auquel des deux la fortune aurait souri? Mais
quand votre père eût obtenu la victoire, il ne l'eût pas
portée hors de Coventry; car tout le pays, d'une voix
unanime, le poursuivait des cris de sa haine; et tous les
voeux, tout l'amour des citoyens se portaient sur Hereford,
qu'ils chérissaient avec passion, qu'ils bénissaient et
prisaient plus que le roi. Mais ceci n'est qu'une pure
digression.--Je viens ici, envoyé par le prince notre
général, pour connaître vos griefs, pour vous annoncer
de sa part qu'il est prêt à vous donner audience; et
toutes celles de vos demandes qui paraîtront justes vous
seront accordées; on écartera tout ce qui pourrait encore
vous faire regarder comme ennemis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000582">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000669">Ces offres qu'il nous fait, il nous a contraints
de les lui arracher: elles viennent de sa politique,
et non de son affection.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000583">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000670">Mowbray, c'est présomption de votre
part que de le prendre ainsi. Ces offres partent de sa
clémence et non de sa crainte: car, regardez bien, notre
armée est à la portée de votre vue, et sur mon honneur,
elle est tout entière trop pleine de confiance pour admettre
seulement la pensée de la crainte; nos rangs
comptent plus de noms illustres que les vôtres; nos soldats
sont plus aguerris; nos armures aussi fortes, et notre
cause plus juste; ainsi, la raison veut que nos courages
soient aussi bons: ne dites donc plus que nos offres sont
forcées.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000584">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000671">A la bonne heure, mais si l'on m'en croit,
nous n'accepterons aucune négociation.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000585">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000672">Cela ne prouve autre chose que le
sentiment d'une cause coupable. Un coffre pourri ne supporte
pas d'être manié.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000586">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000673">Le prince Jean est-il revêtu de pleins
pouvoirs? son père lui a-t-il transmis son autorité pour
nous entendre et régler d'une manière stable les conditions
qui seront arrêtées entre nous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000587">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000674">Le nom seul de général emporte la
plénitude de ces pouvoirs. Je m'étonne d'une question
aussi frivole.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000588">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000675">Eh bien, milord Westmoreland,
prenez cet écrit: il renferme nos plaintes générales.
Que chacun de ces abus soit réformé, et que tous
ceux de notre parti qui, présents ici ou ailleurs, se trouvent
intéressés dans cette entreprise, soient déchargés
de toutes recherches par un pardon en forme légale et
régulière; alors bornant nos volontés actuelles à ce qui
nous regarde, et à la réussite de nos projets, nous rentrons
aussitôt dans les bornes du respect, et nous enchaînons
nos armes au bras de la paix.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000589">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000676">Je vais mettre cet écrit sous les yeux
du général. Si vous voulez, milords, nous pouvons nous
joindre et nous aboucher à la vue de nos deux armées,
et tout terminer, soit par la paix, que le ciel veuille rétablir!
soit en recourant sur le lieu même de nos discussions,
aux épées qui doivent les décider.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000590">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000677">Nous y consentons, milord.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000076">(Westmoreland sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000591">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000678">Quelque chose en moi me dit que les conditions
de notre paix ne peuvent jamais être solides.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000592">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000679">Ne craignez rien: si nous pouvons la faire
sur des bases aussi larges et aussi absolues que celles que
renferment nos conditions, notre paix sera solide
comme le rocher.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000593">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000680">Oui, mais l'opinion que le roi conservera
de nous sera telle, que la cause la plus légère, le prétexte
le moins fondé, la première idée, le plus vain soupçon,
lui rappelleront toujours le souvenir de notre révolte;
et quand, avec la foi la plus loyale, nous serions
les martyrs de notre zèle pour lui, nos actions seront
toujours sassées et ressassées si rudement, que les épis
les plus pesants sembleront aussi légers que la paille, et
que le bon grain ne sera jamais séparé du mauvais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000594">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000681">Non, non, milord, faites bien
attention.--Le roi est las d'éplucher des torts si légers
et si vains: il a reconnu qu'un soupçon éteint par la
mort en fait renaître deux plus violents sur les héritiers
de la vie qu'on a sacrifiée: il effacera donc entièrement
les noms inscrits sur ses tablettes, et ne gardera plus de
témoin qui puisse rappeler à sa mémoire le souvenir de
ses pertes passées; car il sait bien qu'il ne peut jamais,
au gré de ses soupçons, purger ce royaume de tout ce
qui lui porte ombrage. Ses ennemis ont si lestement
pris racine entre ses amis, que dans ses efforts pour
extirper un ennemi, il ébranle du même coup et soulève
un ami, si bien que cette nation, comme une épouse
dont les piquantes injures ont irrité sa fureur jusqu'aux
coups, au moment où il va frapper, place devant elle son
enfant, et tient le châtiment qu'il voulait lui faire subir
suspendu dans la main déjà levée sur elle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000595">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000682">D'ailleurs, le roi a tellement usé toutes ses
verges sur les dernières victimes qu'aujourd'hui il manque
même d'instrument pour châtier; en sorte que sa
puissance, telle qu'un lion sans griffes, menace, mais ne
peut saisir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000596">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000683">Cela est vrai;--et soyez bien
sûr, mon bon lord maréchal, que si nous faisons bien
constater aujourd'hui notre pardon, notre paix, comme
un membre rompu et rejoint, n'en deviendra que plus
solide par sa rupture.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000597">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000684">Allons, soit; voici milord Westmoreland
qui revient vers nous.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000077">(Rentre Westmoreland.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000598">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000685">Le prince est à quelques pas d'ici.
Vous plaît-il, milords, de venir joindre Sa Grâce à une
distance égale de nos deux armées?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000599">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000686">Monseigneur York, au nom de Dieu,
avancez le premier.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000600">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000687">Prévenez-moi et saluez le
prince.--(<hi rend="italic">A Westmoreland.</hi>) Milord nous vous suivons.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000078">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-004-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000079">Une autre partie de la forêt.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000080"><hi rend="italic">D'un côté entrent</hi> MOWBRAY, L'ARCHEVÊQUE D'YORK,
HASTINGS <hi rend="italic">et d'autres lords; de l'autre</hi> LE PRINCE JEAN
DE LANCASTRE, WESTMORELAND, <hi rend="italic">des officiers, suite.</hi></stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000601">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000688">Mon cousin Mowbray, je me félicite de
vous rencontrer ici.--Salut, mon cher lord archevêque.--Et
à vous aussi, lord Hastings.--Salut à tous.--Milord
York, vous paraissiez plus à votre avantage, lorsqu'en
cercle autour de vous, votre troupeau assemblé au son
de la cloche écoutait avec respect vos instructions sur le
texte des livres saints, que vous ne vous montrez aujourd'hui
sous la figure d'un homme de fer, excitant,
au bruit de vos tambours, une multitude de rebelles,
changeant la parole en glaive et la mort en vie. Si
l'homme qui occupe une place dans le coeur du monarque,
qui prospère sous les rayons de sa faveur, voulait
abuser du nom de son roi, hélas! à combien de méfaits
ne pourrait-il pas ouvrir la carrière sous l'ombre d'une
telle puissance?--C'est ce qui vous arrive, lord archevêque.--Qui
n'a entendu dire cent fois combien vous
étiez versé dans les livres de Dieu? Vous étiez à nos yeux
l'orateur de son parlement; vous étiez, à ce qu'il nous
semblait, la voix de Dieu lui-même; vous étiez l'interprète
et le négociateur entre les saintes puissances du
ciel et nos oeuvres de ténèbres. Oh! qui jamais pourra
croire que vous abusiez du saint respect attaché à votre
place, et que vous employiez la faveur et la grâce du
ciel, comme un favori perfide le nom de son prince, à
des actes déshonorants? Vous avez, sous le masque du
zèle de la cause de Dieu, enrôlé les sujets de mon père,
son lieutenant sur la terre, et vous les avez ameutés ici
contre la paisible autorité du ciel et du roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000602">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000689">Mon noble lord Lancastre, je
ne suis point ici armé contre l'autorité de votre père;
mais, comme je l'ai dit à milord Westmoreland, c'est le
mauvais gouvernement des temps actuels qui, d'un
commun accord, nous assemble et nous oblige à nous
serrer sous cette forme irrégulière, pour maintenir notre
sûreté. J'ai envoyé à Votre Grâce le détail et les articles
de nos griefs, ceux que la cour a repoussés avec mépris,
et qui ont produit cette hydre, fille monstrueuse de la
guerre. Vous pouvez fermer d'un sommeil magique ses
yeux menaçants, en nous accordant nos justes et légitimes
demandes; et aussitôt la fidèle obéissance, guérie
de cette fureur insensée, s'abaissera avec soumission
aux pieds de la majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000603">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000690">Sur le refus, nous sommes résolus d'essayer
notre fortune, jusqu'à ce que le dernier de nous
périsse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000604">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000691">Et quand nous péririons ici, d'autres nous
suppléeront dans une seconde tentative; s'ils succombent,
ils en auront d'autres pour les suppléer à leur
tour: ainsi se perpétuera une succession de malheurs,
et d'héritiers en héritiers cette querelle se transmettra
tant que l'Angleterre verra naître des générations nouvelles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000605">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000692">Vous êtes trop léger, Hastings, infiniment
trop léger pour sonder ainsi la profondeur des siècles à
venir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000606">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000693">Votre Grâce voudrait-elle leur répondre
positivement et leur dire jusqu'à quel point vous
approuvez leurs articles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000607">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000694">Je les approuve tous et je les accorde volontiers,
et je jure ici par l'honneur de mon sang, que
les intentions de mon père ont été mal interprétées; je
conviens aussi que quelques-uns de ceux qui l'entourent
ont outre-passé ses intentions et abusé de son autorité.
Milord, ces griefs seront redressés sans délai; sur mon
âme, ils le seront. Veuillez renvoyer vos troupes dans
leurs différents comtés, comme nous allons faire nous-mêmes;
et ici, entre les deux armées, embrassons-nous
et buvons ensemble comme des amis, afin que tous nos
soldats puissent reporter chez eux ce qu'ils auront vu
par leurs yeux, des témoignages de notre réconciliation
et de notre amitié.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000608">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000695">Je reçois votre parole de prince
de réformer ces abus.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000609">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000696">Je vous la donne et je la tiendrai; et sur
cette promesse, je porte cette santé à Votre Grâce.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000610">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000081">à un officier</stage>
            <p xml:id="fra-p-000697">Allez, capitaine, et annoncez
à nos soldats les nouvelles de la paix; qu'ils reçoivent
leur solde et qu'ils partent: je sais qu'ils en seront très-satisfaits.--Hâte-toi,
capitaine.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000082">(Le capitaine sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000611">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000698">A vous, mon noble lord Westmoreland.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000612">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000699">Je vous fais raison; et si vous saviez
combien il m'en a coûté de peines pour former cette
paix, vous boiriez à ma santé de grand coeur; mais mon
amitié pour vous se fera bientôt mieux connaître.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000613">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000700">Je n'en doute point.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000614">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000701">J'en suis bien joyeux.--A votre
santé, mon cher cousin, lord Mowbray.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000615">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000702">Vous me souhaitez la santé fort à propos;
car je viens de me sentir tout d'un coup assez malade.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000616">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000703">Avant un malheur les hommes
se sentent toujours joyeux: mais la tristesse est un présage
de bonheur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000617">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000704">Eh bien, cher cousin, soyez donc
gai, puisqu'une tristesse soudaine doit faire supposer
qu'il vous arrivera demain quelque bonheur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000618">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000705">Croyez-moi, je me sens l'esprit
plus léger que jamais.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000619">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000706">Tant pis, si votre règle est juste.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000083">(Acclamation derrière le théâtre.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000620">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000707">On vient de leur annoncer la paix: écoutez;
quelles acclamations!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000621">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000708">Ces cris eussent été bien réjouissants après
la victoire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000622">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000709">Une paix est une conquête. Les
deux partis sont noblement vaincus sans qu'aucun y
perde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000623">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000084">à Westmoreland</stage>
            <p xml:id="fra-p-000710">Allez, milord, qu'on licencie
aussi notre armée. (<hi rend="italic">Westmoreland sort.</hi>)--(<hi rend="italic">À York</hi>.)
Et consentez, mon digne lord, à ce que les troupes défilent
devant nous, afin que nous apprenions par nos
yeux à quels hommes nous aurions eu affaire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000624">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000085">à Hastings</stage>
            <p xml:id="fra-p-000711">Lord Hastings,
allez, et avant de licencier nos soldats, qu'on les fasse
défiler près de nous.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000086">(Hastings sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000625">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000712">Je me flatte, milord, que nous reposerons
ensemble cette nuit. (<hi rend="italic">Rentre Westmoreland.</hi>) Eh bien,
cousin, pourquoi notre armée demeure-t-elle sous les
armes?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000626">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000713">Les chefs ayant reçu de vous l'ordre
de ne pas bouger, ne veulent pas partir qu'ils ne reçoivent
de votre bouche un ordre contraire.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000627">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000714">Ils connaissent leur devoir.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000087">(Rentre Hastings.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000628">
            <speaker>HASTINGS</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000715">Milord, notre armée est déjà dispersée, et
comme de jeunes taureaux détachés du joug, ils prennent
leur course à l'est, à l'ouest, au nord, au sud.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000629">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000716">Bonne nouvelle, milord Hastings:
et en conséquence je vous arrête comme coupable de
haute trahison,--et vous aussi, lord archevêque,--et
vous aussi, lord Mowbray. Je vous accuse tous deux de
trahison capitale.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000630">
            <speaker>MOWBRAY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000717">Est-ce là un procédé juste et honorable?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000631">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000718">Et votre assemblée l'est-elle?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000632">
            <speaker>L'ARCHEVÊQUE D'YORK</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000088">au prince</stage>
            <p xml:id="fra-p-000719">Voulez-vous violer
ainsi votre parole?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000633">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000720">Je ne me suis point engagé envers toi. Je
vous ai promis la réforme des abus dont vous vous êtes
plaints: et sur mon honneur, j'exécuterai cette réforme
avec l'exactitude la plus religieuse. Mais pour vous, rebelles,
préparez-vous à subir le salaire que méritent la
révolte et une conduite telle que la vôtre. Vous avez
rassemblé cette armée avec la plus grande légèreté,
vous l'avez conduite ici pleins d'espérances folles, et vous
venez de la licencier comme des imbéciles.--Qu'on batte
le tambour et qu'on poursuive les bandes errantes et dispersées:
c'est le ciel qui à notre place a combattu aujourd'hui
sans danger.--Que quelques-uns de vous gardent
ces traîtres, jusqu'à l'échafaud, lit fatal où la trahison
vient toujours rendre son dernier soupir.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000089">(Tous sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-004-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000090"><hi rend="italic">Entrent</hi> FALSTAFF ET COLEVILLE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000634">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000721">Quel est votre nom, monsieur? Votre titre?
Et de quel endroit êtes-vous, je vous prie?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000635">
            <speaker>COLEVILLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000722">Je suis chevalier, monsieur, et je m'appelle
Coleville de la Vallée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000636">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000723">Ainsi Coleville est votre nom, chevalier
votre titre, et la Vallée votre demeure. Le nom de Coleville
vous restera, traître sera votre titre et le cachot
sera votre demeure, demeure assez profonde. Ainsi vous
ne changerez point de nom et vous serez toujours Coleville
de la Vallée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000637">
            <speaker>COLEVILLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000724">N'êtes-vous pas sir Jean Falstaff?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000638">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000725">Je le vaux bien toujours, monsieur, qui
que je puisse être. Vous rendez-vous, monsieur, ou bien
faudra-t-il que je sue pour vous y forcer? Si tu me fais
suer, les larmes de tes amis me le payeront: ils pleureront
ta mort. Ainsi songe à avoir peur et à trembler, et
soumets-toi à ma clémence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000639">
            <speaker>COLEVILLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000726">Je crois que vous êtes le chevalier Falstaff,
et, dans cette idée, je me rends à vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000640">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000727">J'ai une école entière de langues dans mon
ventre, et il n'y en a pas une qui sache dire autre chose
que mon nom. Si je n'avais qu'un ventre ordinaire, je
serais simplement l'homme le plus actif qu'il y eût en
Europe; mais mon ventre, mon ventre, mon ventre me
perd.--Oh! voilà notre général.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000091">(Entrent le prince Jean de Lancastre, Westmoreland et
d'autres personnes.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000641">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000728">La première chaleur est passée; ne poursuivez
pas plus loin à présent. Rassemblez les troupes,
mon cher cousin Westmoreland. (<hi rend="italic">Westmoreland sort.</hi>) A
présent, Falstaff, qu'êtes-vous devenu pendant tout ce
temps-ci? Quand tout est fini, c'est alors que vous paraissez.
Sur ma parole, ces tours de paresseux vous fileront
un jour ou l'autre quelque corde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000642">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000729">Je serais bien fâché, mon prince, d'en agir
autrement. Je n'ai encore connu d'autre récompense
de la valeur que les rebuts et les reproches. Me prenez-vous
pour une hirondelle, une flèche, ou un boulet de
canon? Puis-je donner à mes pauvres vieux mouvements
la rapidité de la pensée? Je suis arrivé ici avec toute la
célérité qui m'était possible. J'ai coulé à fond cent quatre-vingt
et tant de postes; et après cela, tout harassé que
je suis, j'ai encore dans ma pure et immaculée valeur,
pris sir Jean Coleville de la Vallée, un des plus terribles
chevaliers, des plus vaillants ennemis qu'on puisse rencontrer:
mais après tout, quel mérite y a-t-il à cela? Il
ne m'a pas plutôt vu, qu'il s'est rendu: de façon que
je puis bien dire, avec le célèbre nez crochu de Rome:
«Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu.»</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000643">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000730">Grâce à sa courtoisie, plus qu'à votre
valeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000644">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000731">Je n'en sais rien; mais le voilà toujours,
et c'est à vous que je le remets, et je supplie en grâce
Votre Altesse que cette action soit enregistrée parmi les
autres faits de cette journée: ou bien, sur mon Dieu, je
la ferai mettre dans une ballade spéciale, avec mon portrait
en tête, où l'on verra Coleville baisant mon pied:
et quand vous m'aurez forcé à prendre ce parti, si vous
ne paraissez pas tous auprès de moi aussi minces que
des pièces de deux sous dorées, et si, placé dans le ciel
pur de la gloire, je ne vous surpasse pas alors en éclat,
comme la pleine lune surpasse les petites étincelles du
firmament, semblables près d'elle à des têtes d'épingles,
ne croyez jamais à la parole d'un chevalier. C'est pourquoi,
laissez-moi jouir de mes droits, et souffrez que le
mérite monte.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000645">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000732">Le tien est trop pesant pour monter.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000646">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000733">Eh bien! qu'il brille donc.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000647">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000734">Il est trop opaque.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000648">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000735">Enfin, qu'il lui arrive donc quelque chose,
mon cher lord, qui me fasse du bien: après cela, donnez-lui
le nom que vous voudrez.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000649">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000736">Est-ce toi qui t'appelles Coleville?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000650">
            <speaker>COLEVILLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000737">Oui, milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000651">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000738">Tu es un fameux rebelle, Coleville.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000652">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000739">Et c'est un fameux fidèle sujet qui l'a pris.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000653">
            <speaker>COLEVILLE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000740">Je ne suis, milord, que ce que sont les
chefs qui m'ont conduit ici. S'ils avaient voulu suivre
mes conseils, vous les auriez achetés plus cher que vous
n'avez fait.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000654">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000741">Je ne sais pas combien ils se sont vendus;
mais pour toi, comme un bon garçon, tu t'es donné gratis,
et je te remercie du présent que tu m'as fait de toi.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000092">(Entre Westmoreland.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000655">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000742">A-t-on cessé la poursuite?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000656">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000743">On a fait retraite et on va s'occuper
de l'exécution des rebelles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000657">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000744">Envoyez Coleville avec ses confédérés à
York, pour y être exécuté sur-le-champ. Vous, Blount,
conduisez-le hors d'ici, et voyez à ce qu'il soit bien
gardé.... (<hi rend="italic">Quelques-uns sortent avec Coleville.</hi>) A présent
hâtons-nous de partir pour la cour, mes lords, car j'apprends
que mon père est très-malade. La nouvelle de
nos succès nous devancera auprès de Sa Majesté. Ce
sera vous, cousin, qui vous chargerez de la lui porter
pour le ranimer, tandis que nous vous suivrons sans
nous presser.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000658">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000745">Milord, je vous en supplie, permettez-moi
de traverser le comté de Glocester, et quand vous arriverez
à la cour, je vous en conjure, faites un bon rapport
de moi, mon prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000659">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000746">Allez, portez-vous bien, Falstaff; pour
moi, comme c'est aussi mon caractère, je parlerai de
vous mieux que vous ne méritez.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000093">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000660">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000747">Je vous souhaiterais seulement de l'esprit,
cela vaudrait mieux que votre duché. De bonne foi, ce
jeune homme au sang-froid ne m'aime point, il est impossible
de le faire rire: mais il n'y a rien d'étonnant, cela
ne boit pas de vin. Vous ne verrez jamais aucun de ces
graves petits garçons tourner à bien, car leur maigre
boisson leur refroidit tellement le sang, que, joignez à
cela tous leurs repas de poisson, ils tombent dans des espèces
de pâles couleurs masculines, et quand ils se
marient ils ne font que des femelles. Ce sont pour la
plupart des sots et des lâches, comme le seraient quelques-uns
de nous si nous ne nous mettions pas le feu
dans le ventre. Une bonne bouteille de vin de Xérès
produit deux grands effets: 1º elle monte à la tête et
s'empare de mon cerveau, où elle dessèche toutes les
vapeurs crues, épaisses et sottes qui l'environnent. Elle
rend la conception vive, légère, la remplit de tournures
soudaines, animées, charmantes, qui, communiquées à
la voix, naissent au moyen de la langue en excellentes
saillies. Le second avantage qu'on retire de ce recommandable
vin de Xérès, c'est qu'il vous réchauffe le
sang, qui, auparavant froid et tranquille, laissait le foie
pâle et blafard, ce qui est la marque évidente de la pusillanimité
et de la lâcheté: mais le Xérès le réchauffe,
et le fait courir de l'intérieur aux extrémités extérieures:
il allume la figure qui, comme un phare, avertit tout le
reste de ce petit royaume, l'homme, de prendre les
armes: et alors la troupe des esprits vitaux, et autres
moindres habitants de l'intérieur des terres vous viennent
en grand nombre se porter vers leur capitaine, le
coeur, qui, fier et enflé de cette suite nombreuse, exécute
tout ce qu'on veut en fait d'actions de courage; et
toute cette valeur vient du Xérès; de façon que la plus
grande science dans les armes n'est rien, sans un peu
de vin d'Espagne. C'est lui qui la met en mouvement;
et le plus grand savoir n'est qu'un trésor gardé par le
diable jusqu'à ce que le vin d'Espagne le fasse sortir de
l'inaction, le mette en usage et en valeur. Aussi voilà
pourquoi le prince Henri est brave; il avait naturellement
hérité de son père un sang morne et froid; mais
il l'a si bien cultivé, travaillé et engraissé, comme on
fait une terre sèche, maigre et stérile, à force de s'accoutumer
à boire du bon, du vrai et fertile vin d'Espagne,
et à bonnes doses, qu'il est devenu chaud et très-vaillant.
Si j'avais mille fils, le premier principe que je leur
donnerais serait de renoncer à toute maigre boisson, et
de s'adonner au vin d'Espagne. (<hi rend="italic">Entre Bardolph.</hi>) Eh
bien, Bardolph, quelles nouvelles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000661">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000748">L'armée est tout à fait licenciée et partie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000662">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000749">Soit, qu'elle aille: pour moi je vais repasser
par le comté de Glocester, et là, rendre une petite
visite à maître Robert Shallow, écuyer. Je le tiens déjà
comme une cire que je façonne entre mes doigts, et je
ne tarderai pas à lui donner l'empreinte.--Allons, partons.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000094">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-004-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000663">
            <speaker>W</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000095">estminster</stage>
            <p xml:id="fra-p-000750">Appartement dans le palais.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000096"><hi rend="italic">Entrent</hi> LE ROI HENRI, CLARENCE, LE PRINCE
HUMPHREY, WARWICK, <hi rend="italic">et autres personnes.</hi></stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000664">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000751">Maintenant, lords, si le ciel donne une heureuse
issue à la sanglante querelle qui retentit à nos
portes, nous conduirons notre jeunesse sur de plus nobles
champs de bataille, et nous ne manierons plus que
des armes sanctifiées. Notre flotte est équipée, nos troupes
rassemblées, les lieutenants qui doivent gouverner en
notre absence revêtus des pouvoirs nécessaires; tout est
au point où nous le désirons: seulement nous avons
besoin d'un peu plus de forces personnelles, et nous attendons
aussi que les rebelles, maintenant armés, soient
rentrés sous le joug du gouvernement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000665">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000752">Nous ne doutons pas que Votre Majesté
ne jouisse bientôt de ce double avantage.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000666">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000753">Humphrey de Glocester, mon fils, où est le
prince votre frère?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000667">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000754">Je crois, seigneur, qu'il est allé chasser à
Windsor.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000668">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000755">Et avec qui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000669">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000756">Je l'ignore, seigneur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000670">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000757">Son frère Thomas de Clarence n'est-il pas
avec lui?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000671">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000758">Non, mon bon seigneur, il est ici présent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000672">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000759">Que veut de moi mon seigneur et mon
père?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000673">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000760">Je ne te veux que du bien, Thomas de Clarence.
Par quel hasard n'es-tu pas avec le prince ton
frère? Il t'aime, Thomas, et tu le négliges. Tu es placé
dans son affection plus avant qu'aucun de tes frères:
cultive-la, mon fils; et après que je serai mort, tu pourras
revêtir entre sa puissance et tes autres frères le noble
rôle de médiateur. N'omets donc rien de ce qui peut lui
plaire, n'émousse point la vivacité de sa tendresse, et ne
perds point l'avantage de ses bonnes grâces, en te montrant
froid ou négligent pour ce qu'il désire; car il est
bienveillant pour qui sait le ménager par des soins: il
a une larme pour la pitié, et une main ouverte comme
le jour, quand la charité l'attendrit. Et cependant si on
l'irrite, il devient comme le rocher; son humeur est aussi
capricieuse que l'hiver, aussi soudaine que le coup de
la gelée aux premiers rayons du jour. Il faut donc se
conformer soigneusement à son caractère. Quand vous
le verrez disposé à la gaieté, remontrez-lui ses fautes et
toujours avec respect; s'il est mal disposé, donnez-lui
de l'espace et lâchez-lui le câble, jusqu'à ce que ses passions,
comme une baleine amenée sur le sable, se soient
consumées par leurs propres efforts. Retiens cette leçon,
Thomas, et tu seras le protecteur de tes amis, un cercle
d'or qui unira tellement tous tes frères, que jamais le
vase où vient se mêler leur sang ne sera brisé par le
poison des mauvais conseils que les années y verseront
nécessairement, dût-il le travailler aussi violemment
que l'aconit ou la poudre impétueuse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000674">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000761">Je le cultiverai avec tout le soin et toute
la tendresse dont je suis capable.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000675">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000762">Pourquoi, Thomas, n'es-tu pas avec lui à
Windsor?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000676">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000763">Il n'y est pas aujourd'hui; il dîne à Londres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000677">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000764">Et avec qui? peux-tu me le dire?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000678">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000765">Avec Poins et le reste de cette bande qui
ne le quitte pas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000679">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000766">Le sol le plus gras est aussi celui qui produit
le plus de mauvaises herbes: il en est surchargé, lui, la
noble image de ma jeunesse. Aussi mes chagrins s'étendent
par delà l'heure de ma mort; et des larmes de
sang s'échappent de mon coeur, quand mon imagination
me fait concevoir les jours d'égarement, les temps de
corruption que vous allez voir, lorsque je me serai endormi
avec mes ancêtres; car, aussitôt que la violence
de ses goûts de débauche n'aura plus de frein, que la
fougue et l'ardeur du sang seront ses seuls guides, lorsque
le pouvoir viendra se joindre à ses penchants dissolus,
de quel essor ne verrez-vous pas ses passions voler
à la rencontre du péril et de la chute dont il sera menacé?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000680">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000767">Mon gracieux souverain, vous allez beaucoup
trop loin: le prince ne fait autre chose qu'étudier
ses compagnons, comme on étudie une langue étrangère.
Pour la bien comprendre, il est nécessaire d'en
voir et d'en apprendre jusqu'aux expressions les plus
indécentes: une fois qu'on y est parvenu, Votre Altesse
sait qu'on n'en fait plus d'autre usage que de les connaître
pour les détester. De même, le prince, quand il
sera mûri par l'âge, repoussera loin de lui ses compagnons,
comme on rejette ces termes grossiers; et leur
souvenir vivra seulement dans sa mémoire, comme une
espèce de règle sur laquelle il mesurera la conduite et la
vie des autres, tirant ainsi avantage de ses fautes passées.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000681">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000768">Il est rare que l'abeille abandonne le rayon
de miel qu'elle a déposé dans un cadavre. Qui entre là?
Westmoreland!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000097">(Entre Westmoreland.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000682">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000769">Santé à mon souverain! Et puisse
un nouveau bonheur s'ajouter encore à celui que je
viens lui annoncer! Le prince Jean votre fils baise les
mains de Votre Grâce. Mowbray, l'évêque Scroop, Hastings
et tous les chefs, sont allés recevoir le châtiment
des lois. Il n'y a pas maintenant une seule épée rebelle
hors du fourreau, et la paix arbore partout son rameau
d'olivier: Votre Majesté pourra en particulier lire à son
loisir dans cet écrit la manière dont a été conduite l'action
et en suivre toutes les circonstances.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000683">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000770">O Westmoreland: tu es l'oiseau d'été, qui
sur les pas de l'hiver vient chanter la naissance du jour.
Tenez: voici encore d'autres nouvelles!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000098">(Entre Harcourt.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000684">
            <speaker>HARCOURT</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000771">Le ciel garde Votre Majesté d'avoir des
ennemis; et lorsqu'il s'en élèvera contre vous, puissent-ils
tomber comme ceux dont je viens vous apprendre le
sort! Le comte Northumberland, et le lord Bardolph à
la tête d'une armée nombreuse d'Anglais et d'Écossais,
ont été totalement défaits par le shérif de la province
d'York. Ces dépêches, s'il vous plaît de les lire, renferment
dans le plus grand détail toutes les dispositions et
les événements du combat.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000685">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000772">Eh! pourquoi donc ces heureuses nouvelles
me rendent-elles plus malade? La fortune ne viendra-t-elle
jamais les deux mains pleines? Ne tracera-t-elle
jamais ses plus belles paroles qu'en sombres caractères?
Tantôt elle donne l'appétit, et refuse l'aliment; c'est le
sort du pauvre en santé; tantôt elle offre un festin et
retire l'appétit; c'est le sort du riche, qui possède l'abondance
et n'en jouit pas. Je devrais en ce moment me réjouir
à ces heureuses nouvelles, et c'est en ce moment
même que je sens ma vue se troubler, et ma tête se
perdre. Oh! Dieu, venez à moi: je me trouve bien mal.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000099">(Il tombe sans connaissance.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000686">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000773">Que Votre Majesté prenne courage!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000687">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000774">O mon auguste père!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000688">
            <speaker>WESTMORELAND</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000775">Mon souverain, reprenez vos esprits,
levez les yeux....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000689">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000776">Calmez-vous, princes: attendez; vous savez
que ces accès lui sont très-ordinaires. Éloignez-vous
de lui: donnez-lui de l'air: bientôt vous le verrez revenir
à lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000690">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000777">Non, non, il ne peut soutenir longtemps
ces angoisses. Les inquiétudes et les peines continuelles
de son âme ont tellement usé l'enceinte qui devait les
contenir, qu'à travers sa mince épaisseur, on aperçoit la
vie prête à s'échapper.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000691">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000778">Le peuple m'épouvante de ses récits: il
a vu des animaux nés sans père, des productions monstrueuses
de la nature. Les saisons ont changé leur caractère;
on dirait que l'année, dans son cours, a trouvé
certains mois endormis, et les a franchis d'un saut.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000692">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000779">La rivière a éprouvé trois flux successifs
que n'a séparés aucun reflux; et les vieillards, chroniques
babillardes du temps passé, disent que le même
phénomène arriva peu de temps avant que notre aïeul,
le grand Édouard, ne tombât malade et ne mourût.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000693">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000780">Parlez plus bas, princes: le roi commence
à reprendre ses sens.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000694">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000781">Cette apoplexie sera sûrement le mal qui
terminera ses jours.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000695">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000782">Je vous prie, soulevez-moi, et m'emportez
dans quelque autre chambre.... Doucement, je vous en
prie. (<hi rend="italic">On emporte le roi dans une partie plus reculée de la
chambre, où on le place sur un lit.</hi>) Qu'on n'y fasse aucun
bruit, mes chers amis, à moins qu'une main secourable
ne récrée mes sens fatigués par quelque douce musique.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000696">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000783">Qu'on fasse venir des musiciens dans la
chambre voisine.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000697">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000784">Placez ma couronne ici sur le chevet de mon
lit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000698">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000785">Ses yeux se creusent, il change visiblement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000699">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000786">Moins de bruit, moins de bruit.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000100">(Entre Henri.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000700">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000787">Qui de vous a vu le duc de Clarence?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000701">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000788">Me voici, mon frère, accablé de tristesse.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000702">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000789">Comment, de la pluie sous les toits quand il
n'y en a pas dehors? Comment se porte le roi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000703">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000790">Très-mal.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000704">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000791">Sait-il les bonnes nouvelles? Dites-les-lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000705">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000792">C'est en les apprenant que sa santé s'est
si fort altérée.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000706">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000793">S'il est malade de joie, il se rétablira sans médecin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000707">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000794">Pas tant de bruit, milords.--Cher prince,
parlez bas: le roi votre père est disposé à s'assoupir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000708">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000795">Retirons-nous dans l'autre chambre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000709">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000796">Votre Grâce voudrait-elle bien s'y retirer
avec nous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000710">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000797">Non: je vais m'asseoir ici et veiller auprès
du roi. (<hi rend="italic">Tous sortent, excepté le prince.</hi>) Pourquoi la couronne,
cette importune camarade de lit, est-elle placée
sur son oreiller? O brillante agitation, inquiétude dorée,
combien de fois ne tiens-tu pas les portes du sommeil
toutes grandes ouvertes pendant des nuits sans repos!--Il
dort avec elle maintenant, mais non pas d'un sommeil
si parfait et si profondément doux que celui de l'homme
qui, le front ceint d'un bonnet grossier, ronfle pendant
toute la durée de la nuit. O grandeur, quand de ton
poids tu presses celui qui te portes, tu te fais sentir à lui
comme une riche armure qui, dans la chaleur du jour,
brûle en même temps qu'elle défend. Je vois près des
issues de son haleine un brin de duvet qui demeure
immobile. S'il respirait, cette plume légère et mobile
serait nécessairement agitée. Mon gracieux seigneur!
mon père!--Ce sommeil est profond! En effet, c'est le
sommeil qui a détaché pour jamais ce cercle d'or du
front de tant de rois d'Angleterre.--Ce que je te dois ce
sont des larmes, et la profonde douleur des affections
du sang; la nature, l'amour, la tendresse filiale te les
payeront, ô père chéri, et avec abondance! Ce que tu
me dois, c'est ta couronne royale qu'héritier immédiat
de ta place et de ton sang, je vois descendre naturellement
sur ma tête. (<hi rend="italic">Il la met sur sa tête.</hi>) Eh bien, l'y
voilà: le ciel l'y maintiendra; et dût la force de l'univers
entier se réunir dans le bras d'un géant, il ne m'arracherait
pas cette couronne héréditaire; je la tiens de toi
et la laisserai aux miens, comme tu me l'as laissée.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000101">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000711">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000798">Warwick! Glocester! Clarence!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000102">(Rentrent Warwick et les autres.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000712">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000799">Le roi n'a-t-il pas appelé?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000713">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000800">Que désire Votre Majesté? Comment se
trouve Votre Grâce?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000714">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000801">Pourquoi m'avez-vous laissé seul ici, milords?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000715">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000802">Mon souverain, nous y avons laissé le
prince mon frère; il a voulu s'asseoir et veiller auprès
de vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000716">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000803">Le prince de Galles? où est-il? que je le voie.
Il n'est pas ici.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000717">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000804">Cette porte est ouverte; il sera sorti de ce
côté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000718">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000805">Il n'a point passé par la chambre où nous
nous tenions.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000719">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000806">Où est la couronne? Qui l'a ôtée de dessus
mon oreiller?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000720">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000807">Nous l'y avons laissée, mon souverain,
quand nous sommes sortis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000721">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000808">C'est le prince qui l'aura prise.--Allez; cherchez
où il peut être.--Est-il donc si impatient, qu'il
prenne mon sommeil pour la mort?--Trouvez-le, lord
Warwick; que vos reproches l'amènent ici.--Ce procédé
de sa part s'unit à mon mal et hâte ma fin.--Voyez, enfants,
ce que vous êtes; avec quelle promptitude la nature
se laisse aller à la révolte, dès que l'or devient
l'objet de ses désirs. C'est donc pour cela que les pères
insensés, dans leur inquiète prévoyance, suspendent
leur sommeil pour se livrer à leurs pensées, et brisent
leur cerveau par les soucis, leurs os par le travail! C'est
donc pour cela qu'ils ont rassemblé et entassé ces amas
corrupteurs d'un or difficilement acquis! C'est donc pour
cela qu'ils se sont appliqués à former leurs enfants dans
la science et les exercices de la guerre! lorsque, semblables
à l'abeille, recueillant sur chaque fleur des sucs
bienfaisants, nous retournons à la ruche les cuisses
chargées de cire et la bouche de miel, comme l'abeille,
nous sommes tués pour notre salaire.--Cet amer sentiment
ajoute son poids à celui sous lequel va succomber
un père! (<hi rend="italic">Rentre Warwick.</hi>) Eh bien, où est-il, ce fils qui
ne veut pas attendre que la maladie qui le sert en ait
fini avec moi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000722">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000809">Seigneur, j'ai trouvé le prince dans la
chambre voisine, couvrant de larmes de tendresse son
visage ému, et la douleur si profondément empreinte
dans tout son maintien, que la tyrannie, qui ne s'est jamais
désaltérée que de sang, aurait, en le voyant, lavé
son poignard dans des larmes de pitié.... Il vient.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000723">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000810">Mais pourquoi a-t-il emporté ma couronne?--Ah!
le voilà! (<hi rend="italic">Entre Henri.</hi>) Approche-toi de moi,
Henri.--Vous, quittez la chambre et laissez-nous seuls.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000724">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000811">Je ne croyais pas que je dusse vous entendre
encore.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000725">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000812">Ton désir, Henri, a fait naître en toi cette
pensée.--Je demeure trop longtemps près de toi; je te
fatigue.--Es-tu donc si pressé de voir mon siège vide,
que tu ne puisses t'empêcher de t'investir de mes dignités
avant que ton heure soit venue? O jeune insensé!
tu aspires à un pouvoir qui te perdra. Attends encore
un moment; le nuage de mes grandeurs n'est plus retenu
dans sa chute que par un souffle si faible, qu'il ne
tardera pas à se dissoudre; le jour de ma vie s'obscurcit.
Tu as dérobé ce qui, dans quelques heures, t'appartenait
sans reproche, et à l'instant de ma mort tu as mis le
sceau à mon attente. Ta vie a clairement prouvé que tu
ne m'aimais pas, et tu as voulu que j'en mourusse convaincu.
Tu as caché dans tes pensées un millier de poignards
que tu as aiguisés sur ton coeur de pierre, pour
frapper la dernière demi-heure de ma vie! Quoi, ne
peux-tu m'accorder encore une demi-heure? Eh bien,
pars, va creuser toi-même mon tombeau, et commande
aux cloches joyeuses d'annoncer à ton oreille non pas
que je suis mort, mais que tu es couronné; qu'au lieu
des larmes qui devraient arroser mon char funèbre,
coule le baume qui consacrera ta tête. Confonds seulement
mes restes dans une poussière oubliée, et donne
aux vers celui qui t'a donné la vie. Arrache de leurs
places mes officiers, viole mes décrets; car le temps est
venu où l'on peut se moquer de toutes règles; Henri V
est couronné. Lève-toi, folie; tombe, grandeur royale!
Loin d'ici, vous tous, sages conseillers, et vous, singes
fainéants, venez de tous les pays vous rassembler à la
cour d'Angleterre! Nations voisines, purgez-vous de
votre écume. Avez-vous quelque débauché qui jure,
boive, danse et passe toute la nuit en orgies, qui vole,
assassine et renouvelle, sous des formes différentes, tous
les crimes déjà connus? Félicitez-vous, il ne troublera
plus votre paix. L'Angleterre va de ses bienfaits redoublés
secourir son triple forfait; l'Angleterre lui donnera
des emplois, des honneurs, de la puissance: car Henri V
va arracher à la licence la muselière qui la contenait, et
ce chien fougueux va pouvoir à son gré entamer de sa
dent la chair de l'innocent. O mon pauvre royaume,
encore languissant des coups de la guerre civile, si tous
mes soins n'ont pu te garantir des excès de la débauche
et du vice, que deviendras-tu, quand la débauche sera
ton unique souci? Oh! tu redeviendras un désert, peuplé
de loups, tes anciens habitants.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000726">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000103">se mettant à genoux</stage>
            <p xml:id="fra-p-000813">Oh! pardonnez-moi, mon
souverain.--Sans mes larmes, l'humide obstacle qui
m'a coupé la parole, j'aurais prévenu cette amère et déchirante
réprimande, avant que la douleur se fût mêlée
à vos paroles, et que j'eusse entendu tout ce que je viens
d'entendre.--Voilà votre couronne, et que celui qui
porte la couronne éternelle vous conserve longtemps
celle-ci! Si je l'aime autrement que comme le gage de
votre valeur et de votre renommée, que jamais je ne me
relève de cette posture soumise, honorable témoignage
de respect que m'enseigne le sincère et profond sentiment
de mon devoir! Le ciel sait, lorsque entré dans ce
lieu, je vis Votre Majesté entièrement privée de respiration,
de quel froid mortel fut saisi mon coeur! Si je mens
à la vérité, oh! puissé-je mourir au milieu du désordre
de ma vie actuelle, sans que jamais ma vie apprenne au
monde incrédule le noble changement résolu dans mon
âme! Venant pour vous voir et vous croyant mort (presque
mort moi-même, ô mon souverain, de l'idée que
vous l'étiez), j'ai adressé la parole à cette couronne,
comme si elle eût pu m'entendre, et je lui faisais ces reproches:
«Les inquiétudes qui t'accompagnent ont pris
pour aliment la santé de mon père. Ainsi donc, toi qui
es composée de l'or le plus pur, de toutes les sortes
d'or tu es le pire. Un or d'un degré moins raffiné devient
bien plus précieux, puisqu'il conserve la vie
quand la médecine l'a rendu potable; mais toi, le plus
fin, le plus honoré, le plus célèbre de tous, tu dévores
celui qui te porte.» C'était en l'accusant ainsi, mon
très-honoré souverain, que je l'ai posée sur ma tête,
pour m'essayer avec elle comme avec un ennemi qui
avait, sous mes yeux mêmes, donné la mort à mon père:
sujet de plainte pour un fidèle héritier! Mais si sa possession
a souillé mon âme d'un seul sentiment de joie,
ou enflé mes pensées d'aucun mouvement d'orgueil; si
aucun sentiment de révolte ou de vaine présomption
m'inspira l'idée de saluer sa puissance du moindre mouvement
d'affection, que le ciel l'éloigne pour jamais de
ma tête, et me rende semblable au plus misérable des
vassaux qui se prosternent devant elle avec crainte et
respect!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000727">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000814">O mon fils! c'est le ciel qui t'a inspiré l'idée
de l'emporter d'ici, pour te fournir une nouvelle occasion
de mieux regagner l'amour de ton père, en te justifiant
avec autant de sagesse. Approche, Henri, assieds-toi
près de mon lit; écoute le dernier conseil, je crois,
que je doive jamais te donner. Le ciel sait, mon fils, par
quelles voies détournées, par quels obliques et tortueux
sentiers je suis parvenu à cette couronne; et je sais,
moi, avec combien d'inquiétudes ma tête l'a portée:
elle descendra sur la tienne, plus paisible, plus honorée,
mieux affermie: car les reproches que m'a coûtés sa
conquête vont s'ensevelir avec moi dans la terre. Elle
n'a paru en moi qu'un honneur arraché d'une main violente,
et un grand nombre de ceux qui m'environnaient
me reprochaient le secours qu'ils m'avaient prêté pour
m'en rendre maître. De là naissaient les querelles et
l'effusion du sang qui chaque jour venaient troubler une
paix imaginaire; tu vois avec quel péril j'ai soutenu ces
audacieuses menaces. Tout mon règne n'a été, pour
ainsi dire, qu'une scène où ce même sujet a été continuellement
mis en action; mais aujourd'hui, ma mort
change l'état des choses, car ce qui pour moi n'était
qu'un bien acquis par la force tombe sur ta tête par un
droit plus légitime; tu reçois et tu portes le diadème en
vertu d'un titre héréditaire. Cependant, quoique tu sois
plus affermi sur le trône que je n'ai pu l'être, tu ne l'es
pas assez, tant que les ressentiments sont encore tout
frais; et tous tes amis, ceux dont tu dois faire tes amis,
n'ont été que tout récemment dépouillés de leur aiguillon
et de leurs dents, dont la criminelle assistance avait fait
mon élévation et dont la force pouvait me donner la
crainte d'être renversé. Pour l'éviter, j'ai détruit les uns,
et j'avais formé le dessein de conduire les autres à la
Terre sainte, de crainte que le repos et le loisir de la
paix ne leur donnassent la tentation d'examiner de trop
près ma situation. Que ton soin, mon cher Henri, soit
donc d'occuper dans des guerres étrangères ces esprits
inquiets, afin d'user, dans une action portée hors de ce
royaume, le souvenir des temps passés.--Je voudrais te
parler encore; mais mes poumons sont tellement affaiblis,
qu'il ne me reste plus d'haleine, et que la parole
me manque entièrement. Oh! que Dieu me pardonne
les moyens qui m'ont conduit à la couronne, et m'accorde
que tu la puisses posséder en paix!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000728">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000815">Mon bien-aimé souverain, vous l'avez gagnée,
vous l'avez portée, vous l'avez soutenue, et vous me la
donnez. Ma possession doit donc être légitime et paisible;
et je promets de la défendre avec des efforts plus qu'ordinaires
contre l'univers entier.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000104">(Entrent le lord Jean de Lancastre, Warwick et autres lords.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000729">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000816">Tenez, tenez, voilà mon fils Jean de Lancastre.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000730">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000817">Santé, paix et bonheur à mon auguste père!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000731">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000818">Tu m'apportes, ô mon fils Jean, le bonheur
et la paix: mais pour la santé, hélas! elle s'est envolée
sur ses jeunes ailes loin de ce tronc desséché et flétri:
tu le vois, ma tâche en ce monde touche à sa fin.--Où
est milord Warwick?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000732">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000819">Milord Warwick!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000733">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000820">Est-il quelque nom particulier attaché à l'appartement
où je me suis évanoui la première fois?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000734">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000821">On l'appelle Jérusalem, mon noble prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000735">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000822">Dieu soit loué! C'est là que ma vie doit finir.
Il y a plusieurs années qu'on m'a prédit que je ne mourrais
que dans Jérusalem: je crus à tort que ce serait
dans la Terre sainte; mais portez-moi dans cette chambre:
je veux qu'on m'y place: c'est dans cette Jérusalem
que Henri mourra.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000105">(Tous sortent.)</stage>
        </div>
      </div>
      <div type="act" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-005">
        <head>ACTE CINQUIÈME</head>
        <div type="scene" n="1" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-005-scene-001">
          <head>SCÈNE I</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000106">Dans le comté de Glocester; une salle de la maison de Shallow.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000107"><hi rend="italic">Entrent</hi> SHALLOW, FALSTAFF, BARDOLPH,
LE PAGE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000736">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000823">Par la corbleu, chevalier, vous ne vous en
irez pas ce soir. (<hi rend="italic">Appelant.</hi>) Holà, Davy! m'entends-tu?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000737">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000824">Il faut que vous m'excusiez, maître Robert
Shallow.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000738">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000825">Je ne vous excuserai point; vous ne serez
point excusé: on n'admettra point d'excuses: il n'y a
pas d'excuses qui tiennent: vous ne serez point excusé.
Hé! Davy!</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000108">(Entre Davy.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000739">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000826">Me voilà, monsieur!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000740">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000827">Davy, Davy, Davy.--Attendez un peu,
Davy; attendez que je voie un peu,--oui c'est cela; dites
à Guillaume le cuisinier, dites-lui qu'il vienne me parler.--Sir
Jean, vous ne serez point excusé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000741">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000828">Vraiment, monsieur, je vous le dirai, ces ordonnances-là
ne sauraient s'exécuter.--Et puis encore
autre chose; est-ce en froment que nous sèmerons la
grande pièce de terre?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000742">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000829">En froment rouge, Davy; mais appelez-moi
Guillaume le cuisinier: n'avez-vous pas des pigeonneaux?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000743">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000830">Oui-da, monsieur. Voici aussi le mémoire du
maréchal, pour les fers de chevaux et les socs de charrue.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000744">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000831">Voyez à quoi il se monte et qu'on le paye:--sir
Jean, vous ne serez point excusé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000745">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000832">Monsieur, il faut de toute nécessité un cercle
neuf au baquet.--Et puis encore, monsieur, voulez-vous
qu'on retienne à Guillaume quelque chose sur ses gages,
pour le sac qu'il a perdu l'autre jour à la foire de
Hinckley?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000746">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000833">Certainement il m'en répondra.--Quelques
pigeons, Davy, une couple de petites poulardes fines,
un gigot de mouton, et puis après quelques petites drôleries,
dis cela à Guillaume.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000747">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000834">L'homme de guerre restera-t-il ici à coucher,
monsieur?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000748">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000835">Oui, Davy, je veux le bien traiter; un ami
à la cour vaut mieux qu'un penny dans la poche. Traite
bien ses gens, Davy; car ce sont de fieffés coquins, qui
pourraient mordre en arrière.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000749">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000836">Pas plus toujours qu'ils ne sont mordus eux-mêmes,
leur linge est joliment sale.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000750">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000837">Bien trouvé, Davy; allons, à ton affaire, Davy.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000751">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000838">Je vous serais bien obligé, monsieur, de vouloir
bien protéger Guillaume Visor de Woncot, contre
Clément Perkers de la Colline.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000752">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000839">Il y a déjà bien des plaintes, Davy, contre
ce Visor; ce Visor est, à ma connaissance, un grand
coquin!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000753">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000840">J'en conviens avec Votre Seigneurie, monsieur,
c'est un coquin: cependant à Dieu ne plaise qu'un
coquin ne puisse pas obtenir quelque protection à la
prière de son ami. Un honnête homme, monsieur, est
en état de se défendre lui-même, et un coquin n'a pas
cet avantage. Il y a huit ans, monsieur, que je sers fidèlement
Votre Seigneurie, et si je n'ai pas le crédit, une
fois ou deux par quartier, de faire avoir le dessus à un
coquin contre un honnête homme, il faut convenir que
j'ai bien peu de crédit auprès de Votre Seigneurie. Ce
coquin est un honnête ami à moi, monsieur, c'est pourquoi
je supplie Votre Seigneurie de lui accorder sa protection.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000754">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000841">Allons, c'est bon, il ne lui arrivera pas de
mal. Aie soin de tout, Davy.--Où êtes-vous, sir Jean?
Allons, quittez-moi ces bottes: donnez-moi la main,
monsieur Bardolph.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000755">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000842">Je suis bien charmé de voir Votre Seigneurie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000756">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000843">Je te remercie de tout mon coeur, mon
cher maître Bardolph: et toi aussi (<hi rend="italic">au page</hi>), mon grand
garçon, sois le bienvenu. Allons, sir Jean.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000109">(Shallow sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000757">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000844">Je vous suis, mon cher maître Robert
Shallow.--Bardolph, donnez un coup d'oeil à nos chevaux.
(<hi rend="italic">Bardolph et le page sortent.</hi>) Si l'on me coupait en
morceaux, on pourrait faire de moi quatre douzaines
d'échalas barbus comme maître Shallow. C'est quelque
chose d'admirable à voir que la parfaite concordance de
l'esprit de ses gens avec le sien. Eux, à force de l'avoir
devant les yeux, se comportent comme de sots juges de
paix; et lui, à force de converser avec eux, il a pris la
tournure d'un valet de juge: leurs esprits se sont si bien
unis et confondus par cette société habituelle, qu'ils se
jettent tous dans la même direction, comme une troupe
d'oies sauvages. Si j'avais une affaire auprès de maître
Shallow, je flatterais ses gens sur le crédit qu'ils ont auprès
de leur maître; si j'en avais une avec ses gens, je
chatouillerais maître Shallow de l'idée qu'il n'y a pas
d'homme au monde qui ait plus d'autorité sur ses domestiques.
Ce qu'il y a de certain, c'est que les manières
ou habiles ou sottes se gagnent comme les maladies par
la communication: c'est pourquoi les hommes doivent
bien prendre garde à ceux qu'ils fréquentent.--Je veux
tirer de ce Shallow de quoi tenir le prince Henri dans
un accès de rire non interrompu pendant la durée de six
mois, c'est-à-dire environ le temps de quatre plaidoiries,
ou de deux procédures; et ce rire-là sera sans vacations.
Oh! c'est quelque chose d'étonnant que l'effet d'un
mensonge appuyé d'un long jurement, ou d'une plaisanterie
faite d'un air triste, sur un gaillard qui n'a pas encore
senti les épaules lui faire mal. Oh! vous le verrez
rire jusqu'à ce que son visage se déforme comme un
manteau mouillé mis de travers.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000758">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000110">derrière le théâtre</stage>
            <p xml:id="fra-p-000845">Sir Jean!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000759">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000846">Je suis à vous, maître Shallow. Je suis à
vous, maître Shallow.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000111">(Il sort.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="2" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-005-scene-002">
          <head>SCÈNE II</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000112">A Westminster; un appartement du palais.</stage>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000113">LE COMTE DE WARWICK ET LE GRAND JUGE.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000760">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000847">Qu'est-ce, milord grand juge, où allez-vous?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000761">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000848">Comment se porte le roi?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000762">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000849">Que trop bien. Tous ses maux sont finis.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000763">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000850">Il n'est pas mort, j'espère?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000764">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000851">Il a terminé son voyage en ce monde. Il
ne vit plus pour nous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000765">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000852">J'aurais voulu que Sa Majesté m'eût mandé
avant de mourir. Le zèle intègre avec lequel je l'ai servi
pendant sa vie me laisse exposé à tous les traits de l'injustice.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000766">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000853">En effet, je crois que le jeune roi ne vous
aime pas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000767">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000854">Je sais qu'il ne m'aime pas; aussi je m'arme
de courage pour soutenir d'un front serein le poids des
circonstances; elles ne peuvent me menacer d'une disgrâce
plus affreuse que celle que me peint mon imagination.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000114">(Entrent le prince Jean de Lancastre, Glocester, Clarence
et autres lords.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000768">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000855">Voici les enfants affligés de feu Henri.
Oh! plût au ciel que le Henri qui est vivant eût le caractère
du moins estimable de ces trois princes! Combien
de nobles conserveraient leurs emplois, qui vont devenir
le butin d'hommes de la plus vile espèce?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000769">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000856">Hélas! je crains bien que tout l'Etat ne soit
bouleversé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000770">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000857">Bonjour, cousin Warwick.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000771">
            <speaker>GLOCESTER ET CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000858">Bonjour, cousin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000772">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000859">Nous nous abordons comme des hommes
qui ont perdu l'usage de la parole.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000773">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000860">Nous pourrions bien le retrouver; mais ce
que nous aurions à dire est trop triste, pour souffrir de
longs discours.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000774">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000861">Allons! que la paix soit avec celui qui
nous cause cette tristesse!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000775">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000862">Que la paix soit avec nous, et nous préserve
de devenir plus tristes encore!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000776">
            <speaker>GLOCESTER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000863">O mon cher lord! vous avez en effet perdu
un ami; et j'oserais jurer que vous n'avez pas emprunté
le masque de la douleur: sûrement celle que vous montrez
est sentie et bien sincère.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000777">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000864">Quoique nul homme dans ce royaume ne
puisse savoir au juste quel sera son sort, cependant
vous êtes celui qui a le moins à espérer. J'en suis affligé:
je voudrais bien qu'il en fût autrement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000778">
            <speaker>CLARENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000865">Il faut maintenant que vous ayez des
égards pour sir Jean Falstaff. Il nage contre le cours
qu'a suivi votre mérite.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000779">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000866">Aimables princes, ce que j'ai fait, je l'ai fait
en tout honneur, et conduit par l'impartiale direction
de ma conscience, et vous ne m'en verrez jamais solliciter
le pardon par de honteuses et inutiles supplications.
Si la fidélité et l'irréprochable innocence ne suffisent
pas à me défendre, j'irai trouver mon maître le roi
mort, et je lui dirai qui m'envoie après lui.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000780">
            <speaker>WARWICK</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000867">Voici le prince.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000115">(Entre Henri V.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000781">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000868">Salut! Que le ciel conserve Votre Majesté!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000782">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000869">Ce vêtement somptueux et nouveau pour
moi, la majesté, ne m'est pas aussi léger que vous pouvez
le croire.--Mes frères, votre tristesse est mêlée de
quelque crainte. Mais c'est ici la cour d'Angleterre et
non la cour de Turquie. Ce n'est point un Amurat qui
succède à un Amurat; c'est Henri qui succède à Henri.--Cependant,
soyez tristes, mes bons frères; car il faut
l'avouer, cette tristesse vous sied; la douleur se montre
en vous d'un air si noble que je veux en imiter l'exemple,
et la conserver au fond de mon âme. Soyez donc
tristes, mais pas plus, mes bons frères, que vous ne devez
l'être, d'un fardeau qui nous est imposé en commun.
Quant à moi, j'en atteste le ciel, je vous demande d'être
assurés que je serai votre père et votre frère à la fois.
Chargez-vous seulement de m'aimer, et moi je me charge
de tous vos autres soins. Cependant pleurez Henri mort:
je veux le pleurer aussi: mais vous avez un Henri vivant,
qui pour chacune de vos larmes vous rendra autant
d'heures de bonheur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000783">
            <speaker>LANCASTRE ET LES AUTRES</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000870">Nous n'attendons pas moins
de Votre Majesté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000784">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000116">les considérant l'un après l'autre</stage>
            <p xml:id="fra-p-000871">Vous me regardez
d'un air inquiet; (<hi rend="italic">au juge</hi>) et vous plus que les
autres; vous êtes, je crois, bien sûr que je ne vous aime
pas.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000785">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000872">Je suis sûr que, si l'on me rend la justice
qui m'est due, Votre Majesté n'a nul motif légitime de
me haïr.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000786">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000873">Non? Comment un prince élevé dans de si
hautes espérances pourrait-il oublier des affronts tels
que ceux que vous m'avez fait subir? Quoi! réprimander,
maltraiter de paroles, envoyer rudement en prison l'héritier
présomptif de l'Angleterre! cela se pourrait-il aisément
supporter? cela peut-il être lavé dans le Léthé?
cela peut-il être pardonné?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000787">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000874">Je représentais alors la personne de votre
père. L'image de sa puissance résidait en moi; et au
moment où je dispensais sa loi, où j'étais occupé tout
entier des intérêts publics, il plut à Votre Altesse d'oublier
ma place, la majesté de la loi, l'autorité de la justice,
et l'image du souverain que je représentais; et elle
me frappa sur le siége même où je rendais un arrêt! Alors
je déployai contre vous, comme criminel envers votre
père, toute la hardiesse de mon autorité, et je vous fis
emprisonner. Si ma conduite fut blâmable, consentez
donc, aujourd'hui que vous portez le diadème, à voir
votre fils mépriser vos décrets, arracher la justice de
votre respectable tribunal, dédaigner la loi dans son
cours, émousser le glaive qui protége la paix et la sûreté
de votre personne, que dis-je? conspuer votre royale
image, et insulter à vos oeuvres dans un second vous-même.
Interrogez vos pensées de roi, placez-vous dans
cette position: soyez aujourd'hui le père, et figurez-vous
que vous avez un fils; que vous apprenez qu'il a
profané votre dignité à cet excès, que vous voyez vos
plus redoutables lois méprisées avec tant de légèreté, et
vous-même dédaigné à ce point par un fils: et ensuite
imaginez-vous que je remplis votre rôle, et que c'est au
nom de votre autorité que j'impose, avec douceur, silence
à votre fils: après cet examen de sang-froid, jugez-moi,
et dites-moi, comme il convient à votre condition
de roi, ce que j'ai fait de malséant à ma place, à mon
caractère, ou à la majesté de mon souverain?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000788">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000875">Vous avez raison, juge, et vous avez pesé les
choses comme vous le deviez. En conséquence, continuez
de tenir la balance et le glaive; et je souhaite qu'élevé
de jour en jour à de plus grands honneurs, vous
viviez assez pour voir un de mes fils vous offenser, et
vous obéir, comme j'ai fait; puissé-je vivre aussi pour
lui répéter les paroles de mon père: «Je suis heureux
d'avoir un magistrat assez courageux pour oser exercer
la justice sur mon propre fils; et je ne suis pas
moins heureux d'avoir un fils qui se dépouille ainsi
de sa dignité entre les mains de la justice.»--Vous
m'avez mis en prison: c'est pour cela que je mets en
votre main le glaive sans tache que vous avez accoutumé
de porter, en vous rappelant que vous devez en user
avec la même fermeté, la même justice, la même impartialité
que vous avez employées avec moi. Voilà ma
main. Vous servirez de père à ma jeunesse; ma voix ne
sera que l'écho des paroles que vous ferez entendre à
mon oreille. Je soumettrai humblement mes résolutions
aux sages conseils de votre expérience.--Et vous tous,
princes, mes frères, croyez-moi, je vous en conjure.--Mon
père a emporté avec lui mes égarements; tous les
penchants déréglés de ma jeunesse sont ensevelis dans
sa tombe. Je lui survis triste et animé de son esprit,
pour tromper l'attente de l'univers, pour démentir les
prédictions et pour effacer l'injuste opinion qui s'est établie
sur moi, d'après les apparences: les flots de mon
sang ont jusqu'ici coulé au sein d'orgueilleuses folies:
maintenant ils vont refluer en arrière et retourner vers
l'océan pour se mêler à ses vagues imposantes dans une
solennelle majesté. Nous convoquons maintenant notre
cour suprême du parlement, et choisissons pour membres
de notre conseil des hommes si sages que le grand
corps de l'État puisse le disputer à la nation la mieux
gouvernée, et que les affaires de la paix ou de la guerre,
ou de toutes deux ensemble, nous soient également connues
et familières à tous. (<hi rend="italic">Au grand juge.</hi>) Vous y
aurez, mon père, la première place. Après la cérémonie
de notre couronnement, nous assemblerons, comme je
viens de l'annoncer, tous les membres de l'État, et si le
ciel seconde mes bonnes intentions, nul prince, nul pair
n'aura jamais sujet de dire: «Que le ciel abrège d'un
seul jour la vie fortunée de Henri!»</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000117">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="3" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-005-scene-003">
          <head>SCÈNE III</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000789">
            <speaker>D</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000118">ans le comté de Glocester</stage>
            <p xml:id="fra-p-000876">Le jardin de la maison de Shallow.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000119"><hi rend="italic">Entrent</hi> FALSTAFF, SHALLOW, SILENCE,
BARDOLPH, LE PAGE ET DAVY.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000790">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000120">à Falstaff</stage>
            <p xml:id="fra-p-000877">Oh! vous verrez mon verger, et
sous mon berceau nous mangerons une reinette de
l'année dernière, que j'ai greffée moi-même, avec un
plat de biscuits et quelque chose comme ça. Allons, cousin
Silence, et puis nous irons nous coucher.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000791">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000878">Pardieu, vous avez là une bonne et riche
habitation!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000792">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000879">Oh! toute nue, nue, nue! une pauvreté,
une pauvreté, sir Jean: mais, ma foi, l'air y est bon.--Sers,
Davy, sers, Davy; fort bien, Davy.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000793">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000880">Ce Davy vous sert à bien des choses; il est
tout à la fois votre valet et votre laboureur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000794">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000881">C'est un bon valet, un bon valet, un très-bon
valet, sir Jean. Par la messe, j'ai bu un peu trop de
vin d'Espagne à souper.--C'est un bon valet.--Oh! çà,
asseyez-vous donc, asseyez-vous donc: approchez donc,
cousin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000795">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000882">Ah! mon cher, je dis, je veux bien.</p>
            <lg xml:id="fra-verse-group-000001">
              <l xml:id="fra-line-000001">Ne faisons rien autre que manger et bonne chère,</l>
              <l xml:id="fra-line-000002" rend="indent-4">    Et remercier le ciel de cette joyeuse année;</l>
              <l xml:id="fra-line-000003">Quand la viande est à bon marché et que les femelles sont chères</l>
              <l xml:id="fra-line-000004" rend="indent-4">    Que de jeunes gaillards rôdent çà et là...</l>
              <l xml:id="fra-line-000005" rend="indent-4">    Vive la joie, et vive la joie à jamais!</l>
            </lg>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000121">(Il chante.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000796">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000883">Ah! voilà ce qui s'appelle un bon vivant!
Maître Silence, je vous porte une santé pour cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000797">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000884">Versez donc à M. Bardolph, Davy.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000798">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000885">Mon cher monsieur, asseyez-vous donc. (<hi rend="italic">Il fait
asseoir le page et Bardolph à une autre table.</hi>) Je suis à
vous tout à l'heure.--Mon très-cher monsieur, asseyez-vous.--Monsieur
le page, mon bon monsieur le page,
asseyez-vous. Grand bien vous fasse. Ce qui nous manque
à manger, nous l'aurons en boisson.--Il faut excuser.
Le coeur est tout.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000122">(Il sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000799">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000886">Allons, gai, monsieur Bardolph; et vous,
mon petit soldat aussi, que je vois là-bas, égayez-vous.</p>
            <p xml:id="fra-p-000887">SILENCE <hi rend="italic">chante</hi>.</p>
            <lg xml:id="fra-verse-group-000002">
              <l xml:id="fra-line-000006">Allons, gai, gai, ma femme est comme toutes les autres;</l>
              <l xml:id="fra-line-000007">Car les femmes sont des diablesses, les petites et les grandes.</l>
              <l xml:id="fra-line-000008">On est gai dans la salle quand les barbes se remuent.</l>
              <l xml:id="fra-line-000009" rend="indent-6">           Et vive la joie du carnaval!</l>
              <l xml:id="fra-line-000010" rend="indent-6">           Allons, gai, gai, etc.</l>
            </lg>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000800">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000888">Je n'aurais pas cru que maître Silence eût
été un homme de si bonne humeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000801">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000889">Qui? moi? J'ai été comme cela déjà plus
d'une fois.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000802">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000123">rentre et sert un plat de pommes devant Bardolph</stage>
            <p xml:id="fra-p-000890">Tenez,
voilà un plat de pommes de rambour pour
vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000803">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000891">Davy?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000804">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000892">Plaît-il, monsieur?--Je suis à vous tout à
l'heure. Un verre de vin, n'est-ce pas, monsieur?</p>
            <p xml:id="fra-p-000893">SILENCE <hi rend="italic">chante</hi>.</p>
            <lg xml:id="fra-verse-group-000003">
              <l xml:id="fra-line-000011">Un verre de vin, pétillant et fin,</l>
              <l xml:id="fra-line-000012">Et je bois à mes amours,</l>
              <l xml:id="fra-line-000013">Et un coeur joyeux vit longtemps.</l>
            </lg>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000805">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000894">Bravo, maître Silence.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000806">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000895">Et soyons gais, voilà le bon temps de la
nuit.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000807">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000896">Santé et longue vie à vous, maître Silence!</p>
            <p xml:id="fra-p-000897">SILENCE <hi rend="italic">chante</hi>.</p>
            <lg xml:id="fra-verse-group-000004">
              <l xml:id="fra-line-000014">Remplissez le verre et faites-le passer,</l>
              <l xml:id="fra-line-000015">Et je vous fais raison jusqu'à un mille de profondeur.</l>
            </lg>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000808">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000898">Honnête Bardolph, soyez le bienvenu: si
tu as besoin de quelque chose et que tu ne le demandes
pas, dame, tant pis pour toi. (<hi rend="italic">Au page.</hi>) Bienvenu aussi,
toi, mon petit fripon, et de toute mon âme! Je vais boire
à monsieur Bardolph et à tous les joyeux cavalleros de
Londres.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000809">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000899">J'espère bien voir Londres une fois avant de
mourir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000810">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000900">Si j'ai le plaisir de vous y rencontrer,
Davy....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000811">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000901">Vous boirez bouteille ensemble? Ha! n'est-ce
pas, monsieur Bardolph?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000812">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000902">Oui, monsieur, et à même le broc.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000813">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000903">Pardieu, je te remercie.--Le drôle se collera
à tes côtés, je puis t'en assurer: oh! il ne te renoncera
pas, il est de bonne race.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000814">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000904">Et moi, je me collerai à lui aussi, monsieur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000815">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000905">C'est parler comme un roi!--Ne vous
laissez manquer de rien; allons, qui? (<hi rend="italic">On entend frapper
à la porte.</hi>)--Voyez qui est-ce qui frappe là. Ho! qui est
là?</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000124">(Davy sort.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000816">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000125">à Silence qui avale une rasade</stage>
            <p xml:id="fra-p-000906">Ma foi! vous
m'avez bien fait raison.</p>
            <p xml:id="fra-p-000907">SILENCE <hi rend="italic">chante</hi>.</p>
            <lg xml:id="fra-verse-group-000005">
              <l xml:id="fra-line-000016">Fais-moi raison</l>
              <l xml:id="fra-line-000017">Et arme-moi chevalier.</l>
              <l xml:id="fra-line-000018">Samingo.
<note type="editorial" n="52" xml:id="fra-note-000052">Samingo pour Domingo. C'est le refrain d'une vieille chanson.</note></l>
            </lg>
            <p xml:id="fra-p-000908">N'est-ce pas cela?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000817">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000909">C'est cela.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000818">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000910">Est-ce cela? Eh bien, avouez donc qu'un
vieux homme est encore bon à quelque chose.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000126">(Rentre Davy.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000819">
            <speaker>DAVY</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000911">Plaise à Votre Seigneurie! il y a là-bas un certain
Pistol qui arrive de la cour et apporte des nouvelles.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000820">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000912">De la cour? Faites-le entrer.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000127">(Entre Pistol.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000821">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000913">Eh bien, Pistol, qu'est-ce qu'il y a?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000822">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000914">Sir Jean, Dieu vous ait en sa garde!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000823">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000915">Quel vent vous a soufflé ici, Pistol?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000824">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000916">Ce n'est pas ce mauvais vent qui ne souffle
rien de bon à l'homme.--Aimable chevalier, te voilà
devenu des plus grands personnages du royaume.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000825">
            <speaker>SILENCE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000917">Ma foi! je crois qu'il n'est autre que le bonhomme
Souffle de Barson?
<note type="editorial" n="53" xml:id="fra-note-000053">Puff de Barson. Il a fallu traduire le nom pour faire comprendre la réplique.</note></p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000826">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000918">Souffle! Je te souffle dans la face, mauvais
poltron de païen. Sir Jean, je suis ton Pistol et ton ami.
Et je suis venu ici ventre à terre; et je t'apporte des nouvelles
et des bonheurs pleins de félicités, et un siècle
d'or, et d'heureuses nouvelles du plus grand prix.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000827">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000919">Eh bien, je t'en prie, débite-les-nous donc,
comme un homme de ce monde.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000828">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000920">Au diable ce monde et ses vilenies!
<note type="editorial" n="54" xml:id="fra-note-000054">A f.... a for the world.</note> Je parle
de l'Afrique et de joies d'or.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000829">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000921">Maudit chevalier d'Assyrie, quelles sont
les nouvelles? Que le roi Cophetua sache donc enfin de
quoi il s'agit.</p>
            <p xml:id="fra-p-000922">SILENCE <hi rend="italic">chante</hi>.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000128">
Oui, et Robin-Hood, aussi, et Scarlet et le petit Jean.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000830">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000923">Est-ce à des mâtins de la basse-cour à se
mettre en comparaison avec l'Hélicon? De bonnes nouvelles
seront-elles ainsi reçues? Alors, Pistol, cache ta
tête dans le giron des Furies.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000831">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000924">Mon galant homme, je n'entends rien à
vos manières d'agir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000832">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000925">C'est de quoi tu dois te lamenter.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000833">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000926">Pardonnez-moi, monsieur. Mais, monsieur,
si vous arrivez avec des nouvelles de la cour, je
pense qu'il n'y a que deux partis à prendre, c'est ou de
les débiter, ou de les taire. Je suis, monsieur, dépositaire
d'une certaine autorité, sous le bon plaisir du roi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000834">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000927">Et quel roi, va-nu-pieds? Parle, ou meurs.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000835">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000928">Du roi Henri.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000836">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000929">Henri IV, ou Henri V?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000837">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000930">Henri IV.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000838">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000931">Au diable
<note type="editorial" n="55" xml:id="fra-note-000055">A f.... a for thine office.</note> ton office! Sir Jean, ton tendre
agneau est à présent roi; Henri V, le voilà! Je dis vrai.
Si Pistol te ment, tiens, fais-moi la figue, comme à un
fanfaron espagnol.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000839">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000932">Comment? est-ce que le vieux roi est mort?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000840">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000933">Aussi ferme qu'un clou dans une porte
<note type="editorial" n="56" xml:id="fra-note-000056">As nail in door; expression proverbiale. Door-nail signifie le clou sur lequel frappe le marteau de la porte. As nail in door pourrait signifier aussi comme un ongle pris dans une porte.</note>: ce
que je dis est la vérité.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000841">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000934">Allons, Bardolph, partons: selle mon cheval.
Maître Robert Shallow, choisis la place que tu voudras
dans tout le pays; elle est à toi. Et toi, Pistol, je te
surchargerai de dignités.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000842">
            <speaker>BARDOLPH</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000935">Oh! jour heureux! Je ne donnerais pas
ma fortune pour une baronnie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000843">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000936">Eh bien? n'ai-je pas apporté de bonnes nouvelles?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000844">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000937">Portez maître Silence à son lit.--Maître
Shallow, milord Shallow, vois ce que tu veux être: je
suis l'intendant de la fortune; prends tes bottes; nous
voyagerons toute la nuit.--Oh! mon cher Pistol! Vite,
vite, Bardolph! (<hi rend="italic">Bardolph sort.</hi>) Viens, Pistol; dis-moi
encore quelque chose, et en même temps cherche dans
ta tête quelque emploi pour toi, qui te fasse plaisir. Vos
bottes, vos bottes, maître Shallow. Je suis sûr que le
jeune roi languit après moi. Prenons les chevaux du premier
venu: n'importe qui. Les lois d'Angleterre sont actuellement
à mes ordres. Heureux ceux qui ont été mes
amis; et malheur à milord grand juge!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000845">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000938">Que de vilains vautours lui mangent les poumons!
<hi rend="italic">Qu'est-elle devenue</hi>, comme on dit, <hi rend="italic">la vie que je menais
il n'y a pas longtemps</hi>? Eh bien! nous y voilà. Bénis
soient ces jours de bonheur!</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000129">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="4" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-005-scene-004">
          <head>SCÈNE IV</head>
          <sp xml:id="fra-speech-000846">
            <speaker>L</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000130">ondres</stage>
            <p xml:id="fra-p-000939">Une rue.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000131"><hi rend="italic">Entrent</hi> DEUX HUISSIERS <hi rend="italic">traînant</hi> L'HÔTESSE
QUICKLY ET DOROTHÉE TEAR-SHEET.</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000847">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000940">Non, gueux de gredin, quand j'en devrais
mourir, je voudrais te voir pendu. Tu m'as disloqué l'épaule.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000848">
            <speaker>LE PREMIER HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000941">Les constables me l'ont remise
entre les mains; elle aura du régime du fouet autant
qu'il lui en faudra, je le lui promets. Il y a un homme ou
deux de tués à cause d'elle.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000849">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000942">Vous mentez, bec à corbin, bec à corbin
que vous êtes. Viens donc, je te dis, moi, damné coquin
au visage de tripes. Si tu me fais faire une fausse couche,
il vaudrait mieux pour toi que tu eusses battu ta mère.
Vilaine face de papier mâché!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000850">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000943">O Seigneur! pourquoi sir Jean n'est-il pas
ici? Il y aurait du sang répandu d'abord. Mais voyez,
mon Dieu, lui faire faire une fausse couche!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000851">
            <speaker>LE PREMIER HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000944">Si cela arrive, vous lui remettrez
sa douzaine de coussins; elle n'en a que onze maintenant.
Allons, je vous commande à toutes deux de venir
avec moi. Il est mort, cet homme que vous avez battu
Pistol et vous.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000852">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000945">Je vais te le dire, figure d'encensoir:
allez, on vous fera solidement gambiller en l'air pour
cela, vilaine mouche bleue
<note type="editorial" n="57" xml:id="fra-note-000057">Allusion à l'habit bleu des huissiers.</note> que vous êtes. Sale meurt-de-faim
de correcteur, si vous n'êtes pas pendu, je quitte
le métier
<note type="editorial" n="58" xml:id="fra-note-000058">Half-kirtles. C'était, à ce qui paraît, une sorte de vêtement de nuit à l'usage des femmes de l'espèce de Dorothée.</note>.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000853">
            <speaker>LE PREMIER HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000946">Venez, venez, chevaliers errants,
venez.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000854">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000947">O Dieu! faut-il que la force l'emporte ainsi
sur le bon droit? Bien, bien, de la patience vient l'aisance.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000855">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000948">Allons donc, coquin, allons donc, menez-moi
donc devant le juge.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000856">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000949">Oui, venez donc, chien de chasse affamé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000857">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000950">Mort de Dieu! tête de Dieu!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000858">
            <speaker>L'HÔTESSE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000951">Atome que tu es!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000859">
            <speaker>DOROTHÉE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000952">Allons donc, chose de rien du tout. Allons
donc, gredin.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000860">
            <speaker>LE PREMIER HUISSIER</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000953">C'est bien, c'est bien.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000132">(Ils sortent.)</stage>
        </div>
        <div type="scene" n="5" xml:id="shakespeare-king-henry-iv-part-2-fra-act-005-scene-005">
          <head>SCÈNE V</head>
          <stage type="setting" xml:id="fra-stage-000133">Une place publique près de l'abbaye de Westminster.</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000134"><hi rend="italic">Entrent</hi> DEUX VALETS <hi rend="italic">couvrant le pavé de joncs.</hi></stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000861">
            <speaker>LE PREMIER VALET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000954">Encore des roseaux, encore des
roseaux.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000862">
            <speaker>LE SECOND VALET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000955">Les trompettes ont sonné deux
fanfares.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000863">
            <speaker>LE PREMIER VALET</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000956">Il sera bien deux heures, avant
qu'on revienne du couronnement.--Dépêchons, dépêchons.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000135">(Ils sortent.)</stage>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000136">(Entrent Falstaff, Shallow, Pistol, Bardolph, le Page.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000864">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000957">Tenez-vous là à côté de moi, maître Robert
Shallow. Je vous ferai faire accueil par le roi: je vais
lui donner un coup d'oeil de côté lorsqu'il passera; et
remarquez bien de quel air il me regardera.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000865">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000958">Bénédiction sur tes poumons, bon chevalier!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000866">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000959">Approche ici, Pistol; tiens-toi derrière
moi. (<hi rend="italic">A Shallow.</hi>) Oh! si j'avais eu le temps de faire
faire des livrées neuves, j'aurais voulu y dépenser les
mille livres sterling que je vous ai empruntées. Mais cela
ne fait rien: cette manière modeste de se présenter sied
mieux encore. Cela prouve combien j'étais pressé de le
voir.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000867">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000960">Oui, c'en est une preuve.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000868">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000961">Cela fait voir l'ardeur de mon affection.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000869">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000962">Oui, sans doute.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000870">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000963">Mon dévouement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000871">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000964">Certainement, certainement, certainement.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000872">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000965">Cela a l'air d'un homme qui a couru la
poste jour et nuit, et sans délibérer, sans songer à rien,
sans se donner le temps de changer de chemise.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000873">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000966">Cela est très-certain.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000874">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000967">Mais qui vient se poster là tout sali du
voyage, tout en sueur du désir de le voir, n'ayant nulle
autre idée en tête, mettant en oubli toute autre affaire,
comme s'il n'y avait plus au monde rien à faire que de le
voir....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000875">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000968">C'est <hi rend="italic">semper idem</hi>, car <hi rend="italic">absque hoc nihil est</hi>.
Parfait en tout point.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000876">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000969">Oui vraiment.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000877">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000970">Mon chevalier, je veux enflammer ton noble
foie, et te mettre en fureur. Ta Dorothée, l'Hélène de tes
nobles pensées, est dans une honteuse réclusion, dans
une prison infecte, traînée là par la main la plus grossière
et la plus sale. Fais sortir la Vengeance de son
antre d'ébène avec les serpents agités de l'affreuse
Alecton; car ta chère Dorothée est dedans: Pistol ne dit
jamais rien que de vrai.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000878">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000971">Je la délivrerai.</p>
          </sp>
          <stage type="business" xml:id="fra-stage-000137">(Acclamations, bruits de trompettes derrière le théâtre.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000879">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000972">On a entendu mugir la mer et les sons éclatants
de la trompette.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000138">(Entre le roi avec sa suite, dans laquelle se trouve le lord
grand juge.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000880">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000973">Dieu conserve Ta Majesté, roi Hal, mon
royal Hal!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000881">
            <speaker>PISTOL</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000974">Que le ciel te garde et veille sur toi, très-royal
rejeton de la gloire!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000882">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000975">Que Dieu te conserve, mon cher enfant!</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000883">
            <speaker>LE ROI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000976">Milord grand juge, parlez à cet insensé.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000884">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000977">Êtes-vous en votre bon sens? Savez-vous ce
que vous dites?</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000885">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000978">Mon roi, mon Jupiter! C'est à toi que je
parle, mon coeur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000886">
            <speaker>HENRI</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000979">Je ne te connais point, vieillard. Va faire tes
prières.--Que ces cheveux blancs siéent mal à un insensé,
à un mauvais bouffon! J'ai vu en songe, pendant
un long sommeil, un homme de cette espèce, gonflé de
même d'un excès de nourriture, aussi vieux et aussi débauché.
Mais éveillé, je méprise mon songe.--Va travailler
à diminuer ton ventre et à grossir ton mérite.
Quitte ta vie gloutonne: sache que la tombe ouvre pour
toi une bouche trois fois plus large que pour les autres
hommes.--Ne me réplique pas par une ridicule plaisanterie.
Ne t'imagine pas que je sois aujourd'hui ce que
j'étais. Le ciel sait, et l'univers verra, que j'ai renoncé à
mon passé, et je rejetterai de même tous ceux qui firent
ma société. Quand tu entendras dire que je suis ce que
j'ai été, reviens vers moi, et tu seras ce que tu étais
alors, le guide et le promoteur de mes dérèglements.
Jusqu'à ce moment, je te bannis, sous peine de mort,
comme j'ai déjà banni le reste de ceux qui m'ont égaré,
et je te défends d'approcher de notre personne plus près
que de dix milles. Quant à votre subsistance, je vous
l'assurerai, afin que les besoins ne vous sollicitent pas au
mal; et lorsque nous apprendrons que vous avez réformé
votre vie, alors nous vous emploierons, selon votre capacité
et votre mérite. (<hi rend="italic">Au grand juge.</hi>) C'est vous, milord,
que je charge de veiller sur l'exécution de mes
ordres. Continuez la marche.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000139">(Sortent le roi et sa suite.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000887">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000980">Maître Shallow, je vous dois mille livres
sterling.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000888">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000981">Oui, vraiment, sir Jean, que je vous prie
de me rendre, pour que je puisse les remporter avec moi.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000889">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000982">Cela est bien difficile, maître Shallow. Que
tout ceci ne vous chagrine pas. Il va m'envoyer chercher
pour me parler en particulier, voyez-vous. Il faut bien
qu'il prenne ce ton devant le monde. N'ayez pas d'inquiétude
sur votre fortune. Je suis encore, tel que vous me
voyez, l'homme qui vous fera prospérer.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000890">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000983">Je ne vois pas trop comment, à moins que
vous ne me donniez votre pourpoint, et que vous ne me
rembourriez de paille. Je vous en prie, mon cher sir
Jean, sur les mille livres, rendez-m'en seulement cinq
cents.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000891">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000984">Maître, je vous tiendrai parole: ce que
vous avez entendu là n'était qu'une couleur.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000892">
            <speaker>SHALLOW</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000985">Je crains bien que vous ne soyez teint
<note type="editorial" n="59" xml:id="fra-note-000059">That you will die in; jeu de mots entre die, mourir, et dye, teindre.</note> de
cette couleur-là toute votre vie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000893">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000986">Ne craignez point de couleurs; venez dîner
avec moi. Viens, lieutenant Pistol; et toi aussi, Bardolph.--On
m'enverra chercher ce soir de bonne
heure.</p>
          </sp>
          <stage type="entrance" xml:id="fra-stage-000140">(Rentrent le prince Jean de Lancastre, le lord grand juge,
des officiers de justice, etc.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000894">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000141">à des archers</stage>
            <p xml:id="fra-p-000987">Allez, conduisez sir Jean
Falstaff à la Flotte
<note type="editorial" n="60" xml:id="fra-note-000060">Dans la prison appelée la Flotte; selon toute apparence, pour assurer l'exécution des ordres du roi, car on verra plus loin qu'ils ne sont condamnés qu'au bannissement.</note>: emmenez avec lui toute sa compagnie.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000895">
            <speaker>FALSTAFF</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000988">Milord, milord....</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000896">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000989">Je n'ai pas le temps de vous parler: je vous
entendrai tantôt.--Qu'on les emmène.</p>
            <p xml:id="fra-p-000990">PISTOL.</p>
            <lg xml:id="fra-verse-group-000006">
              <l xml:id="fra-line-000019">
                <hi rend="italic">Si fortuna me tormenta,</hi>
              </l>
              <l xml:id="fra-line-000020">
                <hi rend="italic">Spero me contenta.</hi>
              </l>
            </lg>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000142">(Sortent Falstaff, Shallow, Pistol, Bardolph, le page, et
les officiers de justice.)</stage>
          <sp xml:id="fra-speech-000897">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000991">J'aime beaucoup cette noble conduite du
roi: il a l'intention de donner à ses anciens camarades
une honnête aisance. Mais il les bannit tous, jusqu'à ce
qu'ils aient pris devant le public un langage plus sensé
et plus décent.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000898">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000992">C'est ce qui va être exécuté.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000899">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000993">Le roi a convoqué son parlement,
milord.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000900">
            <speaker>LE JUGE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000994">Oui, prince.</p>
          </sp>
          <sp xml:id="fra-speech-000901">
            <speaker>LANCASTRE</speaker>
            <p xml:id="fra-p-000995">Je parierais qu'avant la fin de cette année
nous porterons nos armes concitoyennes et notre ardeur
native jusqu'au sein de la France.--J'ai entendu
quelque oiseau chanter l'air de ces paroles, et sa musique,
à ce que je présume, a plu à l'oreille du roi. Allons,
venez.</p>
            <p xml:id="fra-p-000998">D'abord ma crainte, ensuite ma révérence, et puis mon
discours. Ma crainte, c'est votre mécontentement; ma
révérence, c'est mon devoir; et mon discours, c'est de
vous demander pardon. Si vous vous attendez à un bon
discours, je suis perdu; car ce que j'ai à vous dire est de
ma façon, et ce que je dois vous dire va encore, j'en ai
peur, me faire tort. Mais au fait, et à tout hasard, il faut
que vous sachiez, comme vous le savez très-bien, que je
parus dernièrement ici à la fin d'une pièce qui vous
avait déplu, pour vous demander votre indulgence et
vous en promettre une meilleure; je comptais, pour
vous dire la vérité, m'acquitter au moyen de celle-ci:
mais si, comme une expédition malheureuse, elle me
revient sans succès, je fais banqueroute; et vous, mes
chers créanciers, vous perdez votre dû. Je vous promis
que je me trouverais ici; et en vertu de ma parole, je
viens livrer ma personne à votre merci. Rabattez-moi
quelque chose, je vous payerai quelque chose; et suivant
l'usage de la plupart des débiteurs, je vous ferai des
promesses à l'infini.</p>
          </sp>
          <stage type="exit" xml:id="fra-stage-000143">(Ils sortent.)</stage>
          <p xml:id="fra-p-000996" rend="subheading">ÉPILOGUE</p>
          <p xml:id="fra-p-000997" rend="subheading">PRONONCÉ PAR UN DANSEUR.</p>
          <sp xml:id="fra-speech-000902">
            <speaker>S</speaker>
            <stage type="business" xml:id="fra-stage-000144">i ma langue ne peut vous persuader de me tenir quitte, voulez-vous m'ordonner d'user de mes jambes? Et pourtant ce serait un payement bien léger que de payer sa dette en gambades. Mais une conscience délicate offre toutes les satisfactions qui sont en son pouvoir, et c'est ce que je vais faire. Toutes les dames qui sont ici m'ont déjà pardonné; si les messieurs ne veulent pas en faire autant, alors les messieurs ne s'accordent donc pas avec les dames, et c'est ce qu'on n'a jamais vu dans une pareille assemblée</stage>
            <p xml:id="fra-p-000999">Encore un mot, je
vous en supplie. Si vous n'êtes pas trop dégoûtés de la
chair grasse, notre humble auteur continuera son histoire,
dans laquelle sir Jean continuera de jouer son
rôle, et où il vous fera rire par le moyen de la belle
Catherine de France; autant que j'en puis savoir,
Falstaff y mourra de gras fondu, à moins que vous ne
l'ayez déjà tué par votre disgrâce: car Oldcastle est
mort martyr, et celui-ci n'est pas le même homme.--Ma
langue est fatiguée: quand mes jambes le seront
aussi, je vous souhaiterai le bonsoir, et sur ce je me
prosterne à genoux devant vous; mais à la vérité c'est
afin de prier pour la reine.</p>
          </sp>
        </div>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
